Interview de Vincent Niclo

Propos recueillis par IdolesMag.com le 28/09/2016.
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Vincent Niclo © Arthur Delloye

Vincent Niclo a publié le 23 septembre dernier « 5.O », sont cinquième album solo, concocté avec la complicité de Pascal Obispo. Un album éminemment personnel et sincère où l’artiste, discret de nature, brise la glace et se met véritablement à nu. C’est une nouvelle fois avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de Vincent pour évoquer ce nouveau projet.

Dans quelles circonstances ce projet avec Pascal Obispo a-t-il vu le jour ? Vous connaissiez-vous depuis longtemps ? Nourrissiez-vous l’un et l’autre l’envie de travailler ensemble ?

Il avait déjà écrit une chanson sur mon dernier album, « Sans avoir à le dire ». Et je m’étais aperçu qu’il était capable d’écrire pour mon spectre vocal. C’était la bonne nouvelle ! (sourire) Après, nous nous sommes revus sur différentes émissions de télé. Et de fil en aiguille, en discutant, nous nous sommes rendus compte que nous avions l’un et l’autre secrètement l’envie de faire un album ensemble. Quand Obispo m’a fait la proposition… tu t’imagines bien que je n’ai pas dit non ! (rires) Du coup, on a dit banco et on l’a fait.

Votre collaboration paraît une évidence, finalement, avec les envolées et les grandes lignes mélodiques de Pascal, et ton spectre vocal.

C’est vrai qu’il m’avait découvert il y a quelques années déjà et cette idée a dû mûrir en lui. Il s’est aperçu, je pense aussi, que j’étais capable d’aller un peu plus sur un terrain pop. Je pense qu’il a aimé mon évolution. Et puis, moi, de mon côté, secrètement, j’ai toujours été fan de lui. Donc, oui, ça a très bien matché tous les deux. Nous nous sommes très bien entendus. Et je pense que ça s’entend sur l’album.

C’est Lionel Florence qui signe la quasi-totalité des paroles de l’album. Tu avais déjà travaillé avec lui sur « Sur ce que je suis ». Dans quelle direction voulais-tu aller cette fois-ci ? Comment as-tu travaillé avec lui ?

C’est très simple. Comme toujours avec Lionel. Tu le sais, j’ai toujours un peu de mal à me livrer, donc, là, il m’a fait parler… et même un peu trop parler, d’ailleurs… (sourire) J’ai réussi, du coup, à exprimer des choses qui étaient assez enfouies en moi. Je parle dans ce disque de choses dont je n’avais pas véritablement ressenti le besoin de parler auparavant. Mais là, c’était le moment. Au bout du compte, c’est un album hyper positif mais qui parle de moments assez difficiles que j’ai pu vivre dans ma vie. Et notamment dans les rapports sentimentaux, que ce soit au niveau de la famille, de l’amour ou de l’amitié.

Effectivement, tu es quelqu’un d’assez discret. Mais là, j’ai l’impression que tu te livres vraiment. Alors que, paradoxalement, tu ne signes ni ne cosignes aucun titre…

Je n’ai pas vraiment le talent d’écrire. Ces mots que je chante, j’aurais aimé les écrire. Si j’avais pu, j’aurais écrit les mêmes. Lionel et Pascal m’ont écrit un album sur mesure. Honnêtement quand on est entre les mains de deux pointures comme ces deux-là, on se laisse porter. Je me voyais mal m’imposer en tant qu’auteur et encore moins en tant que compositeur. La seule chose que je leur ai demandée, c’est de glisser dans cet album un titre de Michel Legrand parce qu’il a été très important pour moi ces deux dernières années. Ils l’ont complètement compris et c’est pour cette raison que la dernière plage est une de ses chansons.

Puisque tu me parles de Michel Legrand, pourquoi avoir choisi cette chanson, « Dans le même instant », précisément.

Parce que je trouve qu’elle n’a pas vieilli. Son propos est resté intact. On vit dans une époque où on ne sait pas si on va rentrer chez soi le soir. C’est une époque bizarre, mais qui nous fait comprendre qu’il faut vraiment profiter à fond du moment qui nous est donné. Et se concentrer sur ça. Ça a toujours été le cas, mais aujourd’hui on en prend peut-être plus conscience, la vie peut être éphémère. On a tendance à oublier qu’on a beaucoup de chance d’être en vie. il faut y aller à fond.

Dans « Je ne sais pas », tu dis « Je n’ai pas choisi le monde qui m’a fait naître ». Aussi bizarre soit-il, quel regard jettes-tu justement sur ce monde qui t’a fait naître ?

Il est de plus en plus dur, cruel et violent. Nous sommes rentrés dans une ère où on dénigre tout le monde, où on tape sur tout le monde. Au lieu de voir le positif, on ne voit que le négatif. Les réseaux sociaux y sont pour beaucoup. On tape à la moindre occasion, on critique à tout-va… c’est bizarre… je ne pense pas que c’est comme ça qu’on va avancer et qu’on ira mieux. Ça a toujours été plus facile de critiquer quelqu’un que de lui faire un compliment, mais là, ça prend des proportions différentes.

Toujours en parlant de cette étrange époque dans laquelle nous vivons, « Ainsi va la vie » peut avoir plusieurs lectures, son texte est très ouvert. Il parle précisément d’un ami disparu, mais on peut y voir aussi une corrélation avec les évènements qui ont endeuillé Paris l’année dernière. A-t-elle été écrite suite à cet épisode dramatique ?

C’est vrai qu’il pourrait y avoir symboliquement un rapport. Elle n’a pas forcément été écrite dans ce sens, mais j’aime bien les textes de chansons qui permettent à chacun d’avoir sa propre analyse et sa propre interprétation. J’aime d’ailleurs qu’on ne sache pas véritablement si je raconte ma propre vie ou celle de quelqu’un d’autre dans mes chansons. Les chansons doivent toujours garder une part de mystère. Et c’est pour cette raison que je resterai extrêmement vague dans ma réponse, pour que chacun puisse y trouver sa place.

Vincent Niclo © Renaud Corlouer

« Avant qu’il ne soit trop tard » évoque les relations tendues que peuvent entretenir un père et son fils suite aux aléas de la vie. Était-ce important pour toi de parler de ça aujourd’hui ?

Ça l’est devenu… Au départ, très franchement, je n’étais pas parti pour évoquer ce sujet. Mais à un moment dans la vie, on se sent prêt à aborder des sujets qu’on occultait. Ça a été le cas pour moi avec celui-ci. J’ai senti que c’était le moment. Ça n’a pas été un tournant facile à négocier pour moi, mais j’en suis ressorti plus fort. Aujourd’hui, cette chanson, comme les autres du disque qui s’inscrivent dans la même démarche, je veux qu’elle soit une chanson d’espoir. Tout au long de ma vie, les chansons m’ont aidé, elles ont apporté des réponses à mes questionnements, elles m’ont aidé à traverser certains moments plus ou moins agréables ou non. J’espère que cet album pourra à son tour aider certaines personnes qui se retrouveront dans les paroles et ce qu’elles racontent.

« Je n’ai jamais osé te dire » est portée par un texte très fort. Et très ouvert, lui aussi…

Cette chanson parle du rapport que j’ai avec mon frère. Tout ce que je n’ai jamais osé lui dire. Parfois, entre frères, c’est un peu compliqué. Pour des raisons diverses d’ailleurs, que ce soit la différence d’âge, ou la vie qui nous sépare tout simplement. Parfois tout simplement dire « je t’aime » à son frère, c’est difficile, mais c’est essentiel. C’est un peu le leitmotiv qui revient tout au long de l’album. Il faut dire les choses tant qu’il est encore temps. Il faut arrêter de se cacher derrière ses peurs. Et on se sent mieux, après, quand on fait ça… (sourire)

Dans plusieurs titres, tu évoques la célébrité. Je n’ai pas envie de dire que tu as connu des débuts difficiles…

… (rires) Si, si, tu peux le dire ! Je le dis sans problème !

Disons avec des hauts et des bas ! Mais là, depuis quatre albums, tu surfes sur la vague du succès. Comment vis-tu la célébrité aujourd’hui ?

Je ne le vis pas parce que je ne recherchais pas ça. Certaines personnes ont l’impression que je ne suis heureux que depuis trois ou quatre ans, depuis que ça marche bien pour moi. Mais ce n’est pas le cas. J’ai toujours eu la chance de faire mon métier. Avec des hauts et des bas, certes. Mais c’est le métier que je voulais faire. Disons qu’aujourd’hui j’ai explosé les compteurs. Si on m’avait dit ce qui m’arriverait aujourd’hui quand j’étais gamin, je n’y aurais jamais cru. Je voulais juste chanter et passer ma vie à faire ça. Juste arriver à joindre les deux bouts en chantant. C’est uniquement ça qui m’aurait rendu heureux. Alors oui, aujourd’hui, la donne a changé. Ce que la notoriété m’apporte aujourd’hui, c’est juste que de m’ouvrir des portes énormes. Ça m’a permis de travailler avec des gens que je n’aurais jamais même pensé approcher un jour ou l’autre. C’est ça qui est fabuleux aujourd’hui, c’est que je peux travailler avec les meilleurs. Et ce qui est même incroyable, c’est que la plupart du temps, ce sont eux qui viennent à moi. Donc, oui, c’est ça que la notoriété m’a apporté, elle me permet d’avancer dans ma passion entouré des meilleurs.

Ça t’ouvre un champ de possibles incroyables.

Jusque-là, oui… On verra ce que l’avenir me réserve ! (rires)

Un mot sur le visuel de l’album. Il y a un énorme décalage entre la pochette, assez ténébreuse, avec un regard profond où on te voit torse nu, sans armures, et les photos du livret plus enjouées, plus souriantes, plus décontractées.

J’aime quand une pochette raconte ce qu’on va trouver à l’intérieur du disque. C’est pour cette raison que j’ai souhaité être torse nu. Cet album, je le vois comme une mise à nu dans une démarche authentique. Je voulais une photo brute. Sans fioritures. Avec un regard profond mais pas joué. Je voulais une lumière normale, sans effets particuliers. Ce que je voulais dire au travers de cette pochette, c’est « voilà qui je suis et où j’en suis aujourd’hui ». Cette photo va dans cette optique. C’est comme un bilan, finalement. Après, à l’intérieur du livret, ce sont des photos plus joyeuses parce que ce n’est pas un album négatif. C’est un album ouvert et hyper positif, même s’il parle de sujets un peu profonds et parfois compliqués.

La profondeur n’empêche pas l’optimisme…

C’est exactement le message que j’ai essayé de passer avec ce disque. Toujours laisser un espoir.

Dans « Les jours sans », tu parles de tes fans. Tu as la chance d’avoir des fans extrêmement (ré)actifs-ves. Je pense à la Niclo Family, notamment. Quel rapport entretiens-tu avec elles/eux ?

Très sincère. Cash. Je les remercie au quotidien pour l’amour qu’elles me portent et le bonheur qu’elles m’apportent dans ma vie d’artiste. C’est super de se sentir épaulé. Elles ont monté une vraie petite armée. Il ne faut pas me toucher, pas dire de mal de moi… Je me sens protégé, comme si j’avais des milliers de gardes du corps. Et en même temps, ce rapport est très sain et très pur. On ne peut pas tromper les gens. Si cette démarche ne se fait pas dans la sincérité, elle ne pourrait pas tenir. Une supercherie ne tient jamais longtemps. Donc, oui, je leur suis hyper reconnaissant. Notre échange est sain en tout cas.

Nous évoquions tout à l’heure les côtés négatifs des réseaux sociaux. Les fans sont très friands de ces moyens de communication. Quel regard jettes-tu sur eux, qui sont devenus presque incontournables pour un artiste aujourd’hui, à quelques exceptions près ?

Vincent Niclo, 5.OTrès franchement, je lis toujours ce qui me concerne sur les réseaux sociaux. Quand c’est une vanne bien tournée et rigolote, ça me fait rire moi-même, et je tire mon chapeau. Après, quand c’est un déversement de haine non justifié, je trouve ça dommage. Honnêtement, ça ne me touche presque plus, sauf quand c’est vraiment violent. Mais j’ai la chance d’être assez épargné à ce niveau-là. Par contre, je lis tout de même pas mal de choses hyper violentes sur d’autres artistes… c’est hallucinant. Je me dis parfois qu’il faut vraiment ne pas être bien dans sa tête pour écrire des choses pareilles. C’est plus inquiétant qu’autre chose, d’être aussi malheureux et mal dans sa peau pour écrire de telles choses…

C’est facile d’écrire des méchancetés gratuites quand on est planqué derrière son écran.

C’est lâche, c’est sûr… mais c’est comme ça et l’être humain est un peu comme ça malheureusement. Aujourd’hui, les réseaux sociaux font partie de notre quotidien, il faut faire le tri. Je ne m’attarde pas trop non plus sur ça, en fait… Mais on gagnerait à être un peu moins méprisant. Ces gens qui écrivent des méchancetés, je ne pense pas qu’ils soient forcément très heureux dans leur vie. C’est dommage pour eux. Parce qu’en voulant détruire les autres, c’est eux qu’ils détruisent. Être dans le négatif constamment, ça a des répercussions sur notre propre vie…

C’est toi qui gère personnellement ton Facebook et ton Twitter ?

Ah oui ! Et quel boulot !! (rires) J’ai de plus en plus de mal, parce que ça prend de l’ampleur et de plus en plus de temps. Mais quand ça répond, c’est moi qui réponds. Après, je suis aidé et très bien entouré, donc il y a des personnes qui sont chargées de poster des news. Mais si Vincent Niclo répond, c’est moi qui réponds. À côté des réseaux sociaux officiels, il y a aussi des réseaux gérés par des fans. Et j’en suis très content également. Tout se passe très très bien.

Avant de te quitter, une question sur « Danse avec les Stars ». Entre nous, tu dansais très bien, mais je ne pense pas que tu seras un jour un très grand danseur…

(éclats de rires) Je ne l’ai jamais voulu non plus !!

Au-delà de la danse à proprement parler, que t’a apporté cette aventure ?

Énormément de choses, finalement. Ça m’a appris à me dépasser d’une autre façon. J’aime bien les défis, et c’était un sacré défi. Danser en direct sur un prime n’a rien à voir avec chanter en direct sur un prime. C’est très différent ! Après, j’ai rencontré une équipe formidable. C’était une aventure humaine incroyable. Physiquement aussi, ça m’a beaucoup apporté. Je me sens plus en sécurité et en adéquation avec mon corps aujourd’hui. Je m’autorise beaucoup plus de choses sur scène, en tout cas.

Tu le chantes, « C’est la musique qui nous fait supporter la vie ». C’est d’ailleurs aussi la dernière phrase que tu as écrite dans les remerciements du livret. J’imagine donc qu’elle trouve un écho en toi.

Tu imagines bien. Cette chanson, c’est ma philosophie de vivre. Elle restera tout le temps dans mon répertoire. J’en suis certain.

On a tous une chanson qui nous accompagne depuis des années. Pas forcément une chanson qu’on écoute tous les jours, mais une chanson qui a marqué certains moments importants dans nos vies, qui les as rythmés. Quelle est cette chanson ?

Elle est vaste ta question, parce qu’il y en a plusieurs… Résumer toute une vie en une chanson, ce n’est pas évident. Mais je pense que je vais te répondre « Lumière du jour » de Michel Berger…

Propos recueillis par Luc Dehon le 28 septembre 2016.
Photos : Arthur Delloye, Renaud Corlouer

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Vincent Niclo en concert :

Michel Legrand & Vincent Niclo :

  • 01/10/2016 – Noisy-le-Grand (93)
  • 02/10/2016 – Longjumeau (91)
  • 07/10/2016 – Yerres (91)

Tournée 2017 :

  • 05/02/2017 – Le Mans (72)
  • 08/02/2017 – Bordeaux (33)
  • 09/02/2017 – Tours (37)
  • 10/02/2017 – Nantes (44)
  • 14/02/2017 – Biarritz (64)
  • 21/02/2017 – Clermont-Ferrand (63)
  • 23/02/2017 – Cirque Royal – Bruxelles (BE)
  • 04/03/2017 – Salle Pleyel (Paris 8ème)
  • 11/03/2017 – Le Havre (76)
  • 16/03/2017 – Lyon (69)
  • 17/03/2017 – Marseille (13)
  • 19/03/2017 – Toulouse (31)
  • 23/03/2017 – Strasbourg (67)








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