Interview de Florent Marchet

Propos recueillis par IdolesMag.com le 17/01/2014.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








 Florent Marchet © Olivier Metzger

Florent Marchet publie le 27 janvier son nouvel album, « Bambi Galaxy », un album tout au long  duquel l’artiste s’interroge sur la place de l’homme dans l’univers. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de Florent afin d’en savoir un peu plus sur la genèse de ce nouvel opus réjouissant et excitant à plus d’un titre. Au cours de cet entretien, il sera notamment question des « Particules élémentaires » de Michel Houellebecq, du boson de Higgs, de physique quantique, de nombres premiers et même de dérives sectaires ! Rencontre avec Florent Marchet, un artiste qui a trouvé l’équilibre parfait entre thématiques ultra référencées et chanson pop totalement décomplexée. Embarquez avec lui dans son « Space Opéra »…

IdolesMag : Vous êtes-vous rapidement remis à la création de « Bambi Galaxy » après la sortie de « Courchevel », la tournée qui a suivi et « Noël’s Songs » ?

Florent Marchet, Bambi GalaxyFlorent Marchet : Même si les chansons ne sont pas arrivées tout de suite, j’ai vraiment commencé à réfléchir à toutes ces thématiques à la toute fin de la tournée de Courchevel. Et même peut-être un peu avant, lorsqu’on a monté « Noël’s Songs » et qu’on était encore un peu dans « Courchevel ». Alors, je ne suis pas très fort en dates, mais ce devait être fin 2011/début 2012. Je baignais en tout cas déjà à l’époque dans toutes ces thématiques et ces réflexions. On en discutait avec un ami qui s’occupe à la fois de la scénographie et des lumières de mes concerts. On a parlé du futur, de la façon dont nous, nous le ressentions aujourd’hui, comment nous l’appréhendions et comment nous l’avions appréhendé dans les années 80. On a donc eu ce genre de discussion à ce moment-là. Je savais que c’était une des trames de l’album, en tout cas que c’était quelque chose qui personnellement et intimement me nourrissait. Ce n’était même pas au départ pour faire un album. C’étaient des questions existentielles que je me posais, comme on peut parfois se faire des réflexions sur un changement de vie. C’était donc quelque chose d’important pour moi et je savais que j’avais le temps de les laisser infuser. De toute façon, je me dis que quand l’album doit arriver, il arrive. Ça ne sert à rien de précipiter les choses. Il ne faut pas rentrer dans des considérations de rendement quand on travaille sur un album. Donc, je ne me suis pas précipité. En plus, après la tournée « Courchevel », on a fait une tournée en Chine. C’est un voyage important et c’est d’ailleurs lors de ce voyage que j’ai trouvé le titre de l’album, « Bambi Galaxy ». J’ai donc trouvé le titre de l’album bien avant d’écrire la première chanson.

C’est donc la trame de l’album qui a servi de carcan à l’écriture des chansons.

Ce carcan est le carcan du désir, le désir de création. C’est vrai que très souvent je pars du titre, mais derrière tout ça, même si ce ne sont pas forcément les mots ou les vers qui vont avec, j’ai l’impression moi, d’avoir déjà la chanson en tête. Il faut qu’elle accouche après… Et moi, je peux mettre du temps ! Ce n’est pas parce que j’y ai pensé longtemps qu’elle va être écrite en deux minutes. Ça peut mettre un mois ou plus, mais en tout cas, je sais qu’elle existe déjà.

La création est-elle laborieuse pour vous ?

Oui, ça peut être laborieux… Écrire une chanson demande beaucoup de lâcher-prise. On cherche parfois une sorte de flash ou de fulgurance, mais ce n’est pas toujours le cas. Il faut se sentir autorisé pour écrire… On a toujours peur de ne plus savoir écrire. Surtout lorsqu’on revient d’une tournée et qu’on a été un peu moins en contact avec l’écriture, même si je suis toujours plus ou moins en contact avec. Mais il y a des périodes où l’on écrit plus et d’autres où on écrit moins. C’est un peu comme quand on se remet au sport et qu’on n’en a pas fait depuis longtemps… (sourire) Donc, au départ, c’est très laborieux, on est un peu tout cassé. Mais après ça revient vite.

Dedicace de Florent Marchet pour IdolesMag

Vous écrivez des chansons depuis quelques années maintenant. Écrivez-vous aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’hier ? Votre rapport à la création a-t-il changé avec le temps ?

Oui, ça a beaucoup changé. Avant, je ne convoquais jamais l’interprète dans le sens où je ne me sentais pas encore interprète. Et d’ailleurs, c’est ce que je pouvais reprocher à mes chansons lors de l’enregistrement, c’était de manquer un peu d’air, d’avoir une voix peut-être un peu trop froide. Peut-être parce qu’elle était trop sèche ou trop mate, comme si je n’assumais pas l’interprétation. D’une certaine façon, je ne me sentais pas prêt en tant que chanteur. J’étais peut-être plus près du conteur. Et encore, ce n’est pas forcément le bon mot, le conteur… celui qui raconte des histoires, va-t-on dire. Or, quand on enregsitre, il faut convoquer l’interprète, c’est lui qui va vraiment devenir l’acteur des chansons. Et ça, j’ai mis un bon moment avant de devenir l’acteur de mes chansons. Et j’y travaille même encore. La différence, c’est qu’avec le temps, j’ai fait beaucoup de scène. Et c’est d’ailleurs un exercice qui est devenu essentiel dans ma vie. Être sur scène, c’est s’abandonner complètement et devenir complètement interprète. Aujourd’hui, quand j’écris mes chansons, je convoque l’interprète. Avant, quand j’écrivais, je chantonnais un peu ce que je venais d’écrire mais sans vraiment avoir de style en tant qu’interprète. Aujourd’hui, c’est différent. Et c’est venu tout seul, avec le temps. Quand je trouve que tel mot écrit sonne bien mais que dans ma bouche quand je le dis ou je le chante, ça sonne moins bien, j’en mets un autre. Il y donc ce côté-là qui a changé. Et puis je pense qu’il y a aussi le lien entre la musique et le texte. Alors qu’avant, j’avais un peu tendance à composer la musique d’un côté et écrire de l’autre. Aujourd’hui, ce n’est clairement plus le cas. Je commence toujours avec le titre et un début de phrase ou quelques mots mais qui vont très rapidement être accompagnés d’une mélodie. Et tout ça va évoluer en même temps. Et ça, ça marque un vrai changement dans ma façon de travailler. Aujourd’hui, je prends beaucoup plus de plaisir à écrire, je suis peut-être un peu plus en confiance. Je me sens un peu plus autorisé à écrire…

Vous me disiez tout à l’heure que vous aviez trouvé le titre, « Bambi Galaxy » bien avant l’écriture des chansons. Pouvez-vous un peu me l’expliquer, justement ?

Pour moi, Bambi, renvoie avant toute chose à deux références. Il y a d’abord cette histoire pour enfants qui est… cruelle (sourire) et qui fait d’une certaine manière référence, non pas à l’enfance, mais à l’enfant dans ce qu’il a de cruel, d’irresponsable et d’inconscient. J’étais donc à cette époque en Chine. Et on trouve là-bas, dans le fonctionnement politique et étatique, des gens qui se comportent un peu comme des enfants. Ce sont des dirigeants, mais ils se comportent un peu comme des enfants. En même temps, on leur donne plein de sucreries dans les vitrines dorées, il y a des galeries Apple… On infantilise complètement les adultes et ça, c’est une constante générale : il n’y a jamais eu autant de  jouets pour adultes ! Les dirigeants des grandes sociétés se comportent parfois comme des enfants irresponsables, se fichant un peu de la misère humaine. Donc, il y avait ce Bambi-là. Et en même temps, il y avait cette référence à Michael Jackson. J’ai des souvenirs… quand j’étais môme, on racontait des choses incroyables sur lui… comme quoi il avait trouvé le moyen de devenir immortel, qu’il passait beaucoup de temps dans un caisson à oxygène… C’était peut-être le premier homme augmenté, presque un personnage de science-fiction. Donc, pour moi, ça correspondait bien à ce dont je voulais parler : là où en était l’homme dans notre société ultra-libérale poussée à son paroxysme. Ce côté était là aussi parce que l’homme est extrêmement autocentré. Il est très narcissique. Et du coup, il a l’impression d’être au centre de l’univers alors qu’il n’est que de passage sur terre… et même de très courte durée par rapport aux dinosaures qui ont été là beaucoup plus longtemps que nous. Mais l’homme continue à penser qu’il est au centre de l’univers donc c’est pour ça ce côté Bambi : nous les humains, on agit comme des enfants complètement inconscients et en même temps, on se prend pour les représentants de la galaxie. Je voulais souligner le fait que l’homme n’est pas assez humble.

Florent Marchet © Olivier Metzger

Quand on y regarde de plus près, excepté « Noël’s Songs » qui est un projet un peu à part dans votre discographie, on se rend compte que tous vos albums ont été marqués par des lieux : « Gargilesse » (un village du Berry), « Rio Baril » (une ville imaginaire), « Courchevel » et maintenant « Bambi Galaxy » (l’espace). Êtes-vous attaché aux lieux ? Alors que paradoxalement, il est toujours question de partir et de quitter les choses dans vos chansons, il y a toujours cette  idée de départ.

Bien sûr. Alors pourquoi le départ ? Pour trouver quelque chose. Parce que dans la notion même de départ, il y a la notion d’arrivée. Ça pose la question du bonheur et de l’épanouissement. Être heureux, c’est trouver sa place. Et que fait-on pendant toute une vie sinon chercher sa place ? Et puis, il y a l’idée de la transmission : ce qu’on nous a transmis, d’où on vient, nos racines. Comment on fait parfois pour y échapper parce que ça ne nous correspond pas toujours ? Parfois on sent qu’il faut qu’on aille s’enraciner ailleurs. C’est parfois douloureux parce qu’on ne se sent pas autorisé. Et en même temps que va-t-on transmettre ? Que va-t-on transmettre à ses enfants, à ses proches ? à quoi on sert, tout simplement ? Quel est le sens de l’existence ? À chaque fois, le départ est motivé par ces grandes questions existentielles. Ce sont des questions importantes pour moi. Et la réponse passe souvent par les lieux dans lesquels on se trouve. Et on le ressent aussi parfois dans les voyages. Le fait de s’éloigner, d’aller passer quelques temps ailleurs. Moi, ça m’est surtout arrivé grâce à la musique. Quand on fait de la chanson française et qu’on va passer quinze jours /trois semaines dans un autre pays à l’autre bout du monde, tout d’un coup, le fait de déplacer le curseur, de vivre dans une autre société, différente, nous fait voir les choses différemment. En tout cas, sous un autre angle. Il y a des choses qui étaient un peu douloureuses qui nous semblent plus apaisées tout d’un coup. Ça m’a toujours fasciné à quel point le voyage, le fait de déplacer son corps, pouvait être parfois salutaire.

Le dernier titre, « Ma particule élémentaire », fait clairement référence aux « Particules élémentaires » de Michel Houellebecq. En quoi « Les particules élémentaires » vous ont-elles inspiré ? Ou en quoi l’œuvre de Michel Houellebecq plus généralement vous a-t-elle inspirée ?

Il y a deux question en une, là ! (rires) Je vais d’abord répondre à la première… « Les particules » m’ont beaucoup inspiré et ça a été fondamental dans mes réflexions. La découverte du boson de Higgs récemment est probablement l’une des découvertes les plus importantes depuis des années. Probablement aussi importante que quand on a découvert que la Terre était ronde. Le fait de s’imaginer que nous sommes tous fait de ces mêmes particules, ces sortent de cordes qui entrent en vibration et qui constituent l’univers et nous-mêmes… mais aussi une chaise, une table et un verre. Ces cordes sont aussi parfois à des endroits différents. On se rend compte que la conception-même de la mort est un concept terrien finalement. Au fond, il n’y a pas de mort, mais une vie qui cesse. Les cordes ont toujours une existence. Les cordes qui nous constituent aujourd’hui, après, lorsqu’on n’est plus, vont peut-être faire des choses encore plus fantastiques. Ça me plait, cette idée. C’est assez rassurant de se dire qu’on participe tous à un même mouvement de l’univers. C’est peut-être ça, finalement, notre sens. On cherche un sens à la vie. Pourquoi la mort ? Etc… Ce sens-là peut paraître absurde, mais je trouve ça intéressant. On est dans un mouvement et on accompagne le mouvement de l’univers. Voilà à quoi on sert. Et entre temps, il y a la vie. Avoir conscience de ça, c’est une notion qui m’a rendu serein, qui fait que la mort m’effraye moins. Et puis, il y avait une deuxième question, à propos de l’écriture de Michel Houellebecq plus généralement. Ses poésies m’ont énormément marqué et accompagné. En faisant toutes ces recherches et en ayant toutes ces réflexions, j’ai relu plusieurs livres d’Houellebecq. Il a toujours été très novateur. Il a été un des premiers à faire rentrer la physique quantique dans la littérature. Et notamment, il s’est posé la question de la place de l’homme dans l’univers. Il a fait des œuvres d’anticipation aussi… Tout ça a fait que j’ai abordé dans cet album des thématiques que l’on retrouvait chez Houellebecq. Pas forcément de la même façon, d’ailleurs. En tout cas, ce n’était pas le même constat, ou en tout cas pas la même colère. Mais en tout cas, c’est quelqu’un pour qui j’ai une réelle admiration. Et c’est vrai que j’ai été en contact avec lui pendant la création de cet album. À un moment donné, j’avais besoin d’avoir le retour de quelqu’un qui, je trouve, a tellement bien décrit et abordé les thématiques sur lesquelles je travaillais. Et le fait d’avoir un retour extrêmement positif de sa part sur les chansons que j’étais en train d’écrire m’a aidé pendant la création de l’album et son enregistrement. Ça m’a conforté aussi dans l’idée que je ne faisais pas fausse route. C’était important pour moi d’avoir son regard, d’échanger avec lui. J’avais dans le passé déjà mis en musique certains de ses poèmes, lors de lectures musicales. C’est quelqu’un qui a beaucoup compté pour moi.

J’aimerais maintenant évoquer un instant la chanson « 647 ». C’est assez rare de donner un nombre à un titre de chanson, et qui plus est un nombre premier. En quoi les nombres sont-ils poétiques pour vous ? Et qu’est-ce qui vous a donné envie de partager l’écriture de ce titre avec Daniel Tammet ?

En fait, pour vous dire la vérité, les nombres ne sont absolument pas poétiques pour moi. Je ne suis pas du tout sensible aux nombres. Il se trouve que lorsque je me faisais toutes ces réflexions et que je faisais des recherches sur le cosmos intérieur, le cerveau, la plasticité cérébrale etc… Toutes ces thématiques m’intéressaient beaucoup. Et j’ai lu ce livre, « Je suis né un jour bleu », de Daniel Tammet. C’est un autiste Asperger qui a donc un fonctionnement très différent du nôtre. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands génies vivants. J’étais fasciné par son histoire. C’est quelqu’un qui était inadapté à notre système et à notre société, malgré le fait qu’il était extrêmement intelligent, bien plus que la moyenne. Et pourtant, il a été élevé et éduqué par des parents aimants mais qui voyaient le monde différemment. Lui, il voyait des paysages numériques. C’est pour ça qu’il peut aussi faire des calculs incroyables, et sans effort. À chaque fois qu’un chiffre apparaît, il y associe une couleur et une émotion. Et c’est pour cette raison qu’il peut faire des calculs comme seuls les ordinateurs peuvent en faire. Tout ça, pour lui, n’est qu’émotion. Donc, il n’a pas vraiment le plaisir numérique, c’est une association différente. J’ai donc pris contact avec lui au moment où je faisais l’album, en lui expliquant ce que je faisais, les thématiques que je souhaitais aborder, etc… Je lui ai donc dis que j’avais envie de parler avec lui. J’ai eu de la chance parce que même s’il est anglais, il était installé à Paris. On a passé un petit peu de temps ensemble et j’ai souhaité qu’on écrive ensemble une chanson à partir des nombres premiers sachant que ces nombres premiers étaient des nombres très riches en émotion pour lui. Donc, on a fait un travail tous les deux au cours duquel on choisissait un nombre premier, et s’en suivait une sorte d’interview. Qu’est-ce que ce nombre te fait ? Quelle émotion ressens-tu à son évocation ? Il me racontait ce qu’il ressentait. On mettait donc des mots sur ces nombres premiers. Et moi, je raccrochais à ça ma propre histoire. Ce qu’il me disait, je le rapprochais de telle sensation que j’avais ressentie ou telle histoire qui m’était arrivée. Après, on voyait si c’était cohérent. L’idée était de pouvoir écrire une chanson de laquelle une vérité sortait des nombres. Je n’aurais jamais pu écrire ce titre tout seul parce que je n’ai pas ce plaisir des nombres. Je n’y ai pas accès. Mon cerveau n’a pas accès à ce sens et cette perception-là. Le sien, bien. C’est un peu comme si j’avais écrit un texte avec un norvégien, en norvégien, mais en donnant du sens en français à ce norvégien… (sourire)

Florent Marchet © Olivier Metzger

Dans « Space Opéra », vous évoquez Raël. Un peu plus loin, dans « Apollo 21 » il est question de Michel Tabachnik. Les deux sont ou ont été associés à un moment donné à des dérives sectaires. C’est un sujet que l’on a assez peu traité dans la chanson française. Avez-vous hésité un instant à évoquer ces deux personnes ?

Pas du tout. Pour être totalement honnête, je ne me suis pas posé la question un seul instant. Je sais que quand j’ai fait écouter les chansons à mes proches, ils n’ont pas été plus effrayés que ça. Donc, je me suis dit que c’était bon. De toute façon, j’ai été assez transparent par rapport à ce que j’en pensais. C’est parfois d’une ironie mordante mais après, quand on parle de gens comme Monsieur Tabachnik, c’est aussi la question de comprendre pourquoi des gens aussi brillants et intelligents peuvent parfois tomber dans le panneau d’une histoire dans lequel ne tomberait certainement même pas un enfant de cinq ans. Donc, ça aussi, ça raconte une histoire. Que cherche-t-on ? À quoi a-t-on besoin de croire ? Ce sont des questions qui m’intéressaient. Concernant Raël, le monde des sectes, je ne peux que le condamner fermement. Ce n’est pas une idée que je soutiens. En revanche, me mettre dans la peau de quelqu’un qui va être attiré par ça m’intéressait, tout le processus psychologique que ça engendre. Et puis, très souvent, les sectes ont ce point commun avec la science, de se poser la question de la place de l’homme dans l’univers. Et finalement, de l’homme un peu moins autocentré, qu’on ne retrouve pas forcément dans la société… normale, dirais-je. Donc, c’est une proposition de vie. Je ne dis pas que c’est la bonne ! Mais c’est une vision différente de celle qu’on connait habituellement. Pour moi, quelque part, et je vais peut-être aller un peu loin, un trader obéit à un gourou. Et le monde des sectes n’est pas que chez Raël ou d’autres. Donc, ce point de vue-là m’intéressait, et surtout du point de vue de la place de l’homme dans l’univers. C’est un point de vue moins narcissique que celui du monde dans lequel on vit. Maintenant, évidemment, il y a les dérives que l’on connaît et les choses ne peuvent pas souvent aboutir. Un jour au téléphone, Michel Houellebecq, pour en revenir à lui, m’avait un peu mis en garde à ce propos. Il m’avait dit « Faut-il les embêter avec ça ? Sont-ils préparés à ça ? » C’est vrai qu’il en est assez peu souvent question dans la chanson. Mais je pense que j’ai un discours assez clair et qu’à aucun moment il ne prête à confusion. J’espère que c’est ressenti comme tel, en tout cas.

Tout à fait, mais la question méritais, je pense, d’être posée.

De toute façon, je ne pratique jamais l’autocensure. J’en serais bien incapable. Je fais les choses, je les écris et je les chante de manière tout à fait sincère. Si j’ai parlé de ces problématiques liées aux sectes, c’est que ça m’a habité et que j’ai été traversé par ça. Je n’ai pas rencontré de secte ou quoique ce soit, mais en même temps, quand je travaille sur ces thématiques, je vois beaucoup de documentaires aussi. C’est ma façon à moi de voyager et de rencontrer. Finalement, ce sont les documentaires qui me nourrissent, certains films aussi. Donc, tout ça était extrêmement important pour moi. Je ne me voyais pas ne pas aborder toutes ces questions que je me suis posées et toute cette quête. S’il y a un personnage dans l’album, c’est un personnage qui cherche sa place et qui va passer par ce questionnement vis-à-vis des sectes. Ce n’est pas un passage obligé, mais important, important parce qu’il redéfinit la place de l’homme dans l’univers. Là, j’évoque les sectes, mais j’aurais très bien pu parler des différentes religions également…

Florent Marchet © Olivier Metzger

Il y a un paradoxe très intéressant dans vos chansons. D’un côté, elles sont toujours extrêmement bien référencées, voire élitistes pour certaines, et en même temps, s’en dégage un esprit pop complètement décomplexé. Avez-vous en tête cette frontière entre les deux aspects quand vous créez ? Faites-vous en sorte que la chanson reste accessible de toute façon ?

[Florent réfléchit longuement] Non… j’aime beaucoup cette phrase de Bashung qui dit qu’on entre dans une chanson pour sa musique et qu’on y reste pour le texte. La densité, ou la complexité si l’on veut, peut venir du texte. Mais il faut la traduire en musique. Un texte doit être lu, déjà. Et puis, il doit proposer plusieurs choix, avant qu’on ne puisse en découvrir le véritable sens. Mais il faut le servir avec une musique plus simple. C’est quelque chose qui est important dans une chanson. Ou alors, il faut vraiment qu’il y ait un texte très très simple avec une musique qui a plusieurs niveaux de construction. En tout cas, c’est un assemblage que j’aime beaucoup faire. Et effectivement, ça fait partie des choses qui me plaisent.

L’album sort maintenant dans quelques jours. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis à la fois serein, parce que je me dis que j’ai fait l’album que je voulais faire et que je n’ai aucun regret par rapport à sa production, à son contenu, j’ai d’ailleurs mis beaucoup de temps pour avoir ce que je voulais. Mais après, j’ai, bien sûr, l’angoisse de comment il va être reçu. Mais très franchement, au jour d’aujourd’hui, j’ai à cœur de monter le spectacle qui va aller avec. Je veux qu’il soit vraiment cohérent par rapport à ce que j’ai envie de dire. Et puis, comme j’ai une très mauvaise mémoire, j’ai constaté très récemment que j’avais un mal fou à apprendre les textes par cœur. C’est très franchement ce qui me préoccupe le plus en ce moment. Quand je ne suis pas en interview ou en train de régler des détails techniques lors de répétitions, je passe mon temps à apprendre mes propres textes ! (rires)

Propos recueillis par IdolesMag le 17 janvier 2014.
Photos : Olivier Metzger
Site web : http://www.florentmarchet.com/









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut