Interview de Pendentif

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/12/2013.
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Pendentif © Julien Roques

Le groupe Pendentif, emmené par Cindy Callède, Benoît Lambin, Mathieu Vincent, Ariel Tintar et Jonathan Lamarque, a publié « Mafia Douce » au mois de septembre dernier. Séduits par la fraîcheur de ce premier opus, qui rappelle à bien des égards l’époque bénie de la pop décomplexée des années 80 (Lio, Elli & Jacno et Mikado en tête), nous avons voulu en savoir plus sur sa genèse et sur ce quintette bordelais qui fabrique astucieusement des chansons pop légères et malicieuses. C’est Benoît, le guitariste et chanteur, qui a répondu à nos questions. Bienvenue dans l’univers de Pendentif où tout n’est que luxe, calme et volupté… pas certain pour le calme, d’ailleurs !…

Pendentif, pochette de Mafia DouceIdolesMag : Dans quelles circonstances Pendentif a-t-il vu le jour ?

Benoît Lambin de Pendentif : On était une bande de potes. Tout simplement. Les garçons avaient des groupes de leur côté. À un moment, on s’est retrouvés à composer des titres, sans vraiment de but précis. Cindy faisait partie de notre bande d’amis. Elle n’avait jamais vraiment chanté professionnellement, mais on la voyait souvent en soirée chanter, danser et s’amuser. Du coup, on lui a proposé comme ça de venir poser sa voix sur des ébauches qu’on avait. Et c’est finalement sa voix qui nous a éclairés et qui a été le début de l’aventure. Quand elle s’est mise à chanter, il y avait une certaine fraîcheur dans sa voix qui me faisait, moi, penser à des chanteuses avec des voix fragiles comme France Gall, Françoise Hardy, Jane Birkin ou Isabelle Adjani. Du coup, l’aventure a commencé à ce moment-là.

Avez-vous tous les cinq le même socle musical ou plutôt des influences différentes ?

On a tous un peu des influences différentes. Par exemple, le batteur (Jonathan Lamarque) et moi, on aime beaucoup la musique indé des années 90. Le bassiste (Mathieu Vincent), lui, est plus sur le reggae et le dub. Il aime bien des groupes un peu plus électro comme LCD Sound System, par exemple. Il aime le mélange de musique un peu répétitive électro mélangée à un peu de reggae. Le clavier (Ariel Tintar), il a fait le conservatoire de jazz et il écoute pas mal de musique électro un peu abstraite. Il s’occupe des synthés et donc, il est vraiment branché sur les nouveaux groupes électro. Et puis finalement Cindy écoute en ce moment des choses comme James Blake…

Tu m’as parlé tout à l’heure de France Gall, Françoise Hardy, Isabelle Adjani, Jane Birkin… Quand on écoute l’album « Mafia Douce », il y a quelque chose qui, moi, me fait vraiment penser à Lio, Pascale Borel (Mikado) ou Elli & Jacno. Sont-ce des artistes que vous avez les uns les autres écoutés ?

Oui, quand même. La source de Pendentif, ça va être des gens comme Polnareff, avec sa musique aérienne avec des textes en français et des influences anglo-saxonnes. Il va y avoir un Gainsbourg aussi pour le côté sexy. Et après, quand on remonte aux années 80, il y a tous ces artistes que tu viens de citer. Et notamment tout ce qu’a pu écrire Jacques Duvall pour Lio au début de sa carrière. Ce sont des textes qui nous plaisent et qui nous parlent. Quand on y regarde bien, il y a eu très peu de groupes pop entre les années 80 et 2000. C’est vrai qu’on est revenus un peu à cette source-là. Des groupes comme Elli & Jacno, justement, avaient dans les paroles un côté un peu léger, mais comme ils venaient du punk, il y avait, mine de rien, quelque chose d’assez fort. Donc, oui, ce sont des groupes qui nous ont influencés avec ces voix qui sont imperformantes, en fait.

Pendentif © Steven Monteau

Il y a eu toute cette vague pop dans les années 80, puis le désert dans les années 90 et 2000, à quelques rares exceptions près. Comment expliques-tu que la pop revienne, aujourd’hui, en force ? Un peu comme si on était, enfin, décomplexés d’écouter des chansons plus légères, du moins en apparence.

Nous, nous sommes arrivés en 2010. Et nous nous sommes rendu compte que ça revenait, avec des groupes comme Aline ou La Femme. Je pense que ça s’explique parce que dans les années 90, on était beaucoup plus rock. Il y avait un fer de lance qui était Noir Désir, mais finalement, il y avait très peu de groupes de pop. Il y avait Gamine à Bordeaux. Il y avait les Innocents aussi. Après, la vague de la French Touch est arrivée, avec des musiques plus électro et où le texte était moins en avant et souvent en anglais. Les groupes qui ont commencé à se développer à l’international. Donc, je pense que tous les musiciens se sont engouffrés dans cette brèche-là. Pendant toute cette période, le fait de chanter en français était, limite, devenu un peu ringard et plus trop à la mode. Et là, depuis 2010, cette vague est un peu passée. Et il y a des groupes comme nous qui ont envie de rechanter des titres et donner des émotions en français. Et puis aussi, finalement, il y a un challenge à réussir à faire sonner la langue française sur ces influences anglo-saxonnes par lesquelles on a été nourris. Il y a un challenge et au niveau de la créativité, il y a encore pas mal de choses à faire à ce niveau-là. C’est un peu cette somme de choses qui a remis le pied à l’étrier à tous les groupes de pop…

Comment bossez-vous tous ensemble ?

On fait de la pop, donc, on fonctionne un peu de la même manière que les anglo-saxons. C’est-à-dire qu’on part toujours avant tout de la musique, contrairement à la chanson française dans laquelle on va écrire un texte et broder une mélodie dessus. Nous, c’est l’inverse. Ce qu’on recherche, c’est à faire de la pop, à garder la musicalité en premier. Le sens mélodique est primordial. On ne veut pas à tout prix mettre en avant un texte « littéraire ». Du coup, on a chacun un home studio chez soi. On commence par faire quelques démos, puis on s’échange les projets, on essaye de faire quelques instrumentations. À partir de là, on va chanter de manière un peu instinctive dans une espèce de franglais, pour essayer de trouver des mots qui claquent et qui groovent musicalement. De là vont se dégager quelques bribes de phrases. Et ces trois/quatre phrases vont finalement amener le thème de la chanson ou vont rappeler un souvenir ou une expérience qu’on a vécue. C’est à partir de là qu’on va développer vraiment l’univers de la chanson. Finalement, c’est la musique qui donne l’univers de la chanson.

Pendentif © Julien Roques

Pourquoi avez-vous appelé le groupe Pendentif ? Quelle symbolique faut-il y avoir ?

Pendentif, c’est tout simplement un des premiers morceaux qui a été composé. En fait, c’est un mot qui finalement avait une sonorité très française. Ça nous plaisait. Et puis, c’était un nom masculin qui était souvent porté par des filles. C’était aussi un objet qui est toujours rempli de quelque chose de romantique ou d’affectif. C’est un objet que ton amoureux va t’offrir ou qui va t’être légué dans la famille… Et le fait que ce soit un bijou, ça nous plaisait bien aussi.

Quelques EP sont sortis avant l’album. Était-ce important pour vous de concrétiser un album, un format plus long ?

Oui. L’album est sorti au bout de trois ans. C’était une façon de concrétiser, comme tu dis, le travail qui avait été fait pendant ces trois années. Le premier truc qu’on a sorti, c’était un EP 45 tours quatre titres. On est assez attachés au format vinyle donc, on tenait à commencer l’aventure du groupe avec un format vinyle tiré à très peu d’exemplaires. Au fil du temps, il devient un objet un peu mythique, il n’en reste plus beaucoup. Le premier EP, on l’avait fait entièrement nous-mêmes. On avait tout produit à la maison. Donc, pour l’album, on avait aussi envie d’avoir un avis extérieur par rapport à notre musique. On a donc travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Antoine Gaillet. Il a travaillé notamment pour M83 et Julien Doré. On s’est enfermés quinze jours avec lui dans un studio près de Bordeaux. C’était vraiment intéressant que quelqu’un vienne mettre un peu le nez dans nos affaires et dans nos habitudes. Il y avait aussi des morceaux qui n’étaient pas forcément terminés donc, on a travaillé les structures avec lui. On a improvisé aussi sur certains titres pour créer les arrangements. Donc, oui, cet album, ça a été pour nous une manière de changer nos habitudes et de créer un petit cocon dans lequel on a pu expérimenter pas mal de choses pendant une petite quinzaine de jours.

Pendentif © Steven Monteau

Pourquoi avez-vous fait le choix de travailler avec Antoine Gaillet précisément ? Qu’est-ce qui vous a plu dans son travail, dans son approche de la musique ?

Ce qui nous a plu, c’est qu’il avait travaillé avec Herman Dune, qui est un groupe plutôt acoustique, et aussi avec M83, qui est purement électro. Et nous, ce qu’on compose, finalement, ça se retrouvait un peu à cheval entre ces deux styles musicaux. On savait qu’il arriverait à mettre en forme ce qu’on avait avancé, et aussi ce côté naturel et artisanal qu’on a quand on travaille dans nos chambres sur nos ordinateurs. On a gardé aussi pas mal de pistes qu’on avait faites chez nous parce qu’on n’arrivait pas forcément à les recréer. C’étaient des choses qui avaient été faites à un instant T. En fait, Antoine nous a poussés, tout en gardant la fraîcheur qu’on pouvait avoir quand on compose chez nous.

Tu m’en as touché un mot tout à l’heure, le premier EP a été édité en vinyle, « Embrasse-moi » également pour le Disquaire Day et « Mafia Douce » aussi. Qu’est-ce qui vous plait dans le vinyle, plutôt le côté esthétique de l’objet ou le son ?

On a toujours mis la main à la pâte pour les visuels, donc le côté joli de la chose est très important pour nous. Nous avons toujours créé nos visuels, même la dernière pochette. Il y avait un photographe, mais c’est nous qui avons mis en scène la photo. Donc, comme on s’efforce de faire de beaux visuels, autant qu’ils soient imprimés sur des formats qui sont un peu plus importants qu’un CD. Le CD est tout de même un peu petit… Mais dans le vinyle de l’album, on a inclus le CD dedans. C’est plus pratique. À côté, comme tu l’as dit, c’est également par rapport au son. Il y a ce côté un peu plus organique que peut dégager le vinyle. Et puis, il y a, comme tu l’as souligné, « Embrasse-moi » qui est sorti dans le cadre du Disquaire Day. C’est une opération qui nous tient à cœur parce qu’elle permet à tous les petits disquaires de rester en place dans l’économie du disque qui est un peu difficile. À peu près dans chaque ville de France, il reste un petit disquaire indépendant et… résistant. Et notamment à Bordeaux, il y a un petit disquaire qui s’appelle « Total Heaven », qui est une vraie institution. Ils organisent des show-cases et ils ne vendent quasiment que des vinyles. Donc, nous, dans notre démarche, on voulait soutenir cette économie-là puisque de toute façon, l’industrie de la musique fonctionne un peu moins bien. C’est bien qu’il y ait des alternatives, même à petite échelle. Et donc, nous, on les soutient.

Pendentif © Steven Monteau

J’ai l’impression qu’il y a chez Pendentif quelque chose de profondément hédoniste, une recherche constante du plaisir, qui se traduit aussi bien dans les musiques, dans les paroles, dans les visuels que dans les intentions, tout simplement. Est-ce que je me trompe ?

Non… Cette notion de plaisir est là, le plaisir charnel. Nous nous sommes aperçu que malgré nos influences diverses, ce qui nous rassemble vraiment dans le groupe, c’est qu’on aime la musique sensuelle, la musique sexy, que ce soit dans n’importe quel style. Et de toute façon, la notion de plaisir est omniprésente. Et nous, s’il y a bien quelque chose que nous prônons, alors que nous ne sommes pas un groupe engagé, c’est de faire l’amour toute la journée… (sourire) Donc, oui, cette notion de plaisir est importante pour nous.

Pourquoi avez-vous donné le nom de « Mafia Douce » à l’album ? Cette chanson a-t-elle quelque chose de particulier ? Est-ce l’antinomie qui vous plaisait ?

Je pense que c’est l’idée… Tout à l’heure, on parlait de notre façon de travailler, et c’est vrai que ce titre-là, on l’avait depuis pas mal de temps. Finalement, si le titre est assez fort, tu sais ce qui va découler derrière. Donc, on cherchait des oxymores… quelque chose qui rappelait « Fantaisie Militaire » de Bashung. Et du coup, cette « Mafia Douce » parle d’une personne qui est perdue dans une soirée et qui cherche un peu de réconfort. Donc, pour nous, la « Mafia Douce », c’est tous les gens qui nous entourent, les amours, les amis, la famille, les gens qui nous aident… les gens sur qui on peut se reposer. Et ça nous correspondait bien parce que dans le groupe, il y a une vraie fraternité. Pour vraiment démarrer le projet avec cet album qui est vraiment une grosse pierre, on voulait finalement que ça nous qualifie.

De toutes les chansons, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je dis tendresse, je pense à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pendant sa création, son enregistrement, sur scène… ?

Je pense à « God Save la France »… Elle fait partie des toutes premières chansons qui ont été composées et en fait, on l’a mise sur le net pour un concours organisé par les Inrockuptibles. Et on a gagné un week-end à Londres grâce à elle. C’était un beau pied de nez puisque dans le texte, on dit « J’ai quitté mon pays pour gagner l’élégance / J’ai perdu mon pari God Save la France ». Et cette chanson nous a permis d’aller en Angleterre et de rendre hommage à la musique anglo-saxonne. Quand nous étions en Angleterre, on trouvait drôle d’avoir écrit ce titre dans notre piaule et finalement, il nous avait menés à Londres… C’était super comme expérience. On ne s’imagine jamais quand on écrit une chanson sur un cahier où elle va pouvoir nous mener, à quelles aventures elle va pouvoir nous conduire… C’est le plaisir de la musique, ça te permet de voyager, de traverser les paysages… C’est ce qui nous plait.

L’export, vous y pensez ?

Notre album est sorti au Québec. On est d’ailleurs allées jouer à Montréal il y a trois semaines. Je crois qu’il doit sortir aussi bientôt en Allemagne.

Au Japon peut-être aussi, non ?

Oui, je crois que la maison de disques essaye de le sortir là-bas. Et puis, tout en chantant en français, on a déjà été sollicités par Quiksilver Brésil pour illustrer leur site avec une chanson qui s’appelle « Riviera ». Du coup, quand on a des commentaires d’américains ou de portugais qui nous demandent les paroles, on est super contents parce que ça inverse complètement la tendance qui était justement d’aller traduire les paroles des chansons anglaises. Et on se dit finalement qu’en français, on arrive de la même manière que les anglo-saxon à provoquer des émotions chez des gens qui ne comprennent pas forcément le texte. Donc, ça nous conforte dans notre choix de chanter en français. Ce n’est pas forcément un frein au fait d’exporter un groupe.

Pendentif © Steven Monteau

Comment abordez-vous la scène ? Est-ce très carré ou plutôt un « joyeux bordel » ?

Je pense que c’est quand même assez le « joyeux bordel » ! (rires) Sur scène, on a pas mal réarrangé l’album. Le son est un peu plus intense, plus rock. On a aussi allongé pas mal de parties pour qu’il y ait des moments plus dansants. En fait, on a eu la chance d’avoir fait une centaine de dates en n’ayant pas encore sorti d’album. Du coup, on a eu de très beaux cadeaux. On a notamment fait un Olympia en première partie de La Grande Sophie. Nicola Sirkis nous a aussi invités sur six premières parties l’année dernière. Donc, on a fait à la fois des grosses dates devant 5000 personnes où on se prend de bonnes montées, et à la fois des dates dans des petits clubs. Là, on est partis quelques jours dans l’est et notamment en Suisse récemment. On n’a joué que dans des petits clubs et vraiment, on adore ça ! Du coup, là, les concerts sont un peu plus bordéliques que sur une scène où il y a beaucoup de matériel…

« Mafia Douce » est sorti il y a un peu plus de deux mois maintenant, c’est encore tout récent, mais pensez-vous déjà à la suite que vous allez lui donner ?

Oui, bien sûr ! La sortie de l’album, on l’a un peu vécue comme la conclusion de trois ans de travail où finalement on apprenait en tant que musiciens à mieux nous connaître. On a tout de même passé pas mal de temps ensemble. Et la sortie de l’album nous a vraiment donné envie de passer au deuxième album. On s’est rendu compte que ce qui nous plaisait pas mal sur scène, c’était de danser. Avant, on écrivait des chansons un peu carrées, de trois minutes trente. Donc là, on commence à recomposer et je pense qu’on va aller vers des choses un peu plus dansantes. On ne sait pas encore vraiment dans quel style, mais en tout cas, je pense qu’on va aller vers des choses qui amènent plus à la danse et au groove, tout en gardant cette fraîcheur et ce côté sexy.

Propos recueillis par IdolesMag le 10 décembre 2013.
Photos : Steven Monteau, Julien Roques
Site web : http://www.pendentifmusic.com/









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