Interview de Le Coz

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/12/2013.
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Le Coz © Marcel Hartmann

Le Coz a publié en octobre dernier un premier EP, « Paradis », composé de trois chansons  originales et une reprise du « Champagne » de Jacques Higelin. Séduits par ce premier opus plutôt super bien fichu et plein de vie, nous avons été à la rencontre de Pierre Le Coz afin d’en savoir un peu plus sur lui et ses projets. Il nous expliquera notamment qu’un album est dans les tuyaux et qu’il revendique le statut de chanteur de variété ! Le Coz se produira ce soir sur la scène du Sentier des Halles et un peu partout en France à partir de l’année prochaine.

Le Coz, pochette du EP ParadisIdolesMag : Ton premier EP est paru le 14 octobre dernier. Le chemin t’a-t-il paru long jusqu’à cette sortie ?

Le Coz : Je dirais que le chemin m’a paru à la fois extrêmement rapide et court, et à la fois long mais toujours agréable et vivant. Il a paru long parce que ça fait depuis que j’ai quinze ans et que je suis au collège que je fais de la musique avec mes potes. Depuis toujours, j’écris des chansons. C’est ce qui m’anime depuis que je suis môme. J’ai toujours voulu faire un disque et mon rêve… c’est d’aller chanter au Zénith… Donc, le chemin a été long, mais il a toujours été agréable parce que je n’ai jamais eu l’impression de stagner ni de m’emmerder sur cette route. J’ai d’abord joué au bahut, ensuite, j’ai joué dans les bars parisiens, puis quelques petits festivals… et puis, il y a eu la rencontre avec l’équipe du disque, Philippe Avril et Michael Lapie, et la bande de Discograph, la bande d’Olivier Lacourt. Et depuis ça, on avance pas à pas. Et dès que je les ai rencontrés, les choses ont été assez vite. On est rapidement rentrés en studio pour enregistrer et les titres sont sortis. Aujourd’hui, finalement, tous les mois de boulot et de galère, quand tu décharges ton camion à quatre heures du mat’… tout prend son sens.

Viens-tu d’une famille de musiciens ou de chanteurs ?

Non, pas du tout ! Je viens d’une famille d’amateurs de musique et de mélomanes, mais pas du tout de musiciens. Et, moi-même, je ne suis pas du tout musicien. Je suis mélodiste ou « chansonniste », mais pas musicien ! Je ne suis pas instrumentiste du tout.

Qu’écoutait-on chez toi ?

Ça dépendait des jours. C’était aussi varié que les Beatles, les Stones, Le Forestier, Nougaro, Souchon… Après, avec mon frangin, ça a été Téléphone, Jacques Higelin, Renaud, Mano Solo, la Mano Negra… tout ce qui a été le rock des années 80. Après, j’ai eu mes propres goûts.

Le Coz © Philippe Levy

Quelle a été ta première approche de la musique et de la chanson ? Comment est-ce que tout ça est venu ?

C’est venu de la combinaison de plusieurs choses. Il y a d’abord mon père qui a ramené un jour un piano à la maison et qui l’a foutu dans ma chambre… ça m’a beaucoup plu de me mettre au piano, mais par contre je n’avais pas du tout envie de bosser, je suis assez fainéant… (sourire) Donc, je me suis dit que le seul moyen de faire du piano et de faire quelque chose qui ne nécessitait pas de travail, c’était de faire mes propres chansons. Forcément, personne ne pouvait les faire mieux que moi puisque je les avais créées. Du coup, je me suis mis à écrire des chansons. Et comme je suis plutôt d’un naturel mélancolique amoureux et que j’avais vraisemblablement une fille qui m’inspirait à ce moment-là… j’ai commencé à écrire des chansons.

Mis à part le fait que tu as grandi… écris-tu aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’à l’époque ?

Oui ! C’est assez fou. On écrit pour ce qui rend heureux et malheureux. Je suis quelqu’un qui a la mélancolie facile. C’est même parfois un état que je vais rechercher. Je ne connais rien de plus agréable que d’écrire une chanson qui nous console de nos propres chagrins. Et ça, c’est super. C’est d’ailleurs la première raison d’une chanson, c’est de nous consoler d’un chagrin ou de nous faire porter un peu plus haut le bonheur qui nous anime… La chanson, c’est ça, pour moi en tout cas. Je ne suis pas un chanteur engagé, si ce n’est que je suis engagé à fond dans les sentiments que je vis, que ce soit la joie de voir ma fille qui se réveille et qui me remplit d’une sérénité absolue ou la manière de voir une fille qui se barre… Voilà, j’écris pour ça.

Le Coz © Philippe Levy

Quel est ton parcours musical dans les grandes lignes ? Plutôt en groupe ou solo ?

Ah non, ça a toujours été en bande. Que des groupes ! Je n’ai jamais vraiment pu imaginer jusqu’à aujourd’hui faire de la musique tout seul. D’ailleurs, je n’en fait toujours pas tout seul aujourd’hui. Mettre mon nom seul sur le disque, ça n’a pas été évident. Même aujourd’hui, j’ai encore du mal à dire « je », je préfère parler du projet ou de l’équipe. De toute manière, ça a toujours été une histoire d’équipe. Pour ma part, j’ai commencé dans un groupe au lycée qui s’appelait RakeMen Band ensuite, ça a été Milan qui m’a longtemps accompagné. Et voilà, quelles que soient les aventures que j’ai pu faire dans ma vie, j’ai toujours été en bande. Toute aventure musicale est liée à un groupe, c’est certain. Par contre, avec le temps, j’ai appris à fuir le rôle de chef de bande ! C’est quelque chose que j’avais en moi au début et qui m’a, au fil du temps, de moins en moins plu. J’ai beau être le chanteur sur scène et le leader, je ne suis pas le chef de la bande. Même aujourd’hui, avec ce projet plus solo, ce n’est pas moi le patron du tout. Et ça me va comme ça, c’est très bien.

Comment en es-tu arrivé à enregistrer aux mythiques Studios Ferber ? C’est tout de même plutôt classe pour un premier EP…

(rires) C’est même carrément dingue !! C’est un concours de circonstances, en fait… Comme tout ce qui fait une vie… Un jour, je discutais avec un copain à moi et je lui disais que j’avais envie d’enregistrer un de mes concerts avec le groupe que j’avais avant. Il m’a dit que son frangin connaissait un ingé son et qu’il allait l’appeler pour voir s’il était disponible. Je ne m’attendais pas à ce que cet ingé son soit Philippe Avril qui est une des plus grandes références du son ici en France ! Mon pote, n’ayant aucun scrupule, l’a appelé directement en lui disant qu’il avait un de ses potes chanteur qui avait envie d’enregistrer son concert… Philippe, à ce moment-là, voulait un peu s’occuper d’artistes en développement. Il voulait les prendre à la base pour les amener jusqu’à une rencontre avec un label.  Et donc, je correspondais au profil… Il a écouté les trois/quatre maquettes que j’avais faites avant. On en a discuté au téléphone. Quand j’ai appris que c’était le vrai Philippe Avril, je suis tombé de ma chaise ! Je ne te raconte pas ce que ça m’a fait quand il m’a donné un premier rendez-vous à Ferber… Sachant que moi, quand j’étais gamin, j’ai passé mon temps devant le studio Ferber. Je n’habitais pas loin. J’ai passé un temps fou à attendre qu’Higelin en sorte, ou pour voir d’autres artistes. J’ai passé des mercredis après-midi entiers là-bas, devant la porte. Donc, y rentrer en tant qu’artiste, c’était… Waow ! Donc, ça a été au départ une rencontre faite par hasard et ensuite, ça a été comme une évidence assez rapide entre nous sur le plan humain. J’ai trouvé en Philippe quelqu’un d’une simplicité absolue et d’une très très grande exigence musicale. Il m’a fait progresser en un an et demi plus que je n’avais jamais progressé de vie, dans n’importe quel domaine. C’est-à-dire qu’il m’a obligé à revoir les morceaux dans leur globalité. Il m’a obligé à travailler les tessitures, les structures, les textes, la voix, etc… Du coup, il m’a fait petit à petit rentrer dans la peau de Le Coz. Il m’a permis de m’assumer en tant que chanteur, et non comme le mec d’un groupe.

Le Coz © Philippe Levy

Tu m’as touché un mot d’Higelin tout à l’heure. Tu reprends son titre « Champagne » sur le EP. Pourquoi ce titre en particulier ?

À la fois, je voulais rendre hommage à celui qui m’a donné envie de faire de la musique et de la scène, l’un n’allant pas sans l’autre. Et à la fois, ce titre, « Champagne », il faut savoir que c’est le premier morceau que j’ai joué sur scène de toute ma vie… c’était à l’époque du lycée. Le premier concert qu’on a donné, on l’a commencé par « Champagne ». Et depuis, chaque fois que je fais une scène, j’essaye de le reprendre. Et puis, c’est un titre qui avait de l’importance pour Michael, un titre qui le touchait. Comme on voulait mettre une reprise sur cet EP, « Champagne » s’est tout de suite imposée. Il n’y avait pas cinquante possibilités. C’était vraiment un lien, un lien entre nous et un lien avec le temps.

Tu me parlais tout à l’heure de ta bande de potes musiciens qui t’ont accompagné pendant des années. Sont-ce eux qui se retrouvent sur cet EP ?

Non. Quand l’aventure a pris un tournant plus que professionnel, mes potes m’ont dit que pour eux, elle s’arrêterait là. Ils s’étaient bien marrés mais ils n’avaient pas l’envie ni le temps de s’investir dans un projet plus important. Ils étaient ravis pour moi que ça continue, mais justement par amitié, ils ne souhaitaient pas être des freins dans cette aventure. Ils ne voulaient pas être ceux qui seraient peut-être sur un point technique un peu moins bons que des musiciens avec lesquels Philippe avait l’habitude de jouer. Ils ont été extrêmement élégants et ça a été pour moi une grande preuve d’amitié de leur part. Aujourd’hui, ils sont là à tous les concerts. Ils sont à fond dans le projet et ils le suivent à chaque étape, sans en être musiciens. Je leur demande leur avis très régulièrement, je leur envoie les maquettes… ils me donnent des pistes et me rappellent qui je suis vraiment. Ce sont à la fois des guides et des soutiens, donc, c’est chouette. Les musiciens qui m’accompagnent aujourd’hui sont des musiciens qui sont dans l’entourage de Philippe Avril. Ce sont de grands professionnels, parmi les meilleurs de France. C’est à chaque fois un réel bonheur de chanter à leurs côtés parce que c’est un peu comme si j’apprenais à conduire au volant d’une Ferrari… (sourire) C’est plus facile !

Le Coz © Marcel Hartmann

J’ai envie de dire que tes chansons sont à mi-chemin entre la chanson française réaliste et la variété. Es-tu d’accord avec moi ?

J’aime bien l’idée ! Et de toute façon, je le revendique : je fais de la variété ! Cette variété qui m’a fait rêver, pleurer, aimer, danser quand j’étais môme. Ce que je fais, c’est de la chanson française, de la variété française. Je n’ai aucun scrupule à revendiquer ça comme étant de la variété. Et je pense que la variété est un art populaire et un art noble. Après, comme il y a du rock français et de la chanson française de merde, il y a de la variété de merde !! (rires) Et à l’inverse, il y a de la variété de qualité comme il y a de la grande chanson de qualité. J’avoue qu’à un moment on a réfléchi sur ce qu’on allait faire… et même si pour certains, c’est compliqué d’admettre qu’on fait de la variété parce que ça sonne plus populaire que la chanson française, le rock français ou la pop française, moi, j’assume et je suis fier de faire de la variété française. Après, j’espère qu’elle est chouette, qu’elle est convaincante et qu’elle est de qualité.

Je voulais te poser la question parce que certains artistes ouvrent grands les yeux à la seule évocation de ce mot, « variété » !

Je sais… mais je pense que Michel Berger, Jean-Jacques Goldman, Michel Fugain, Véronique Sanson ou Maurane font partie des grandes références qui ont marqué notre histoire musicale. Je suis aussi un grand fan de Brassens, de Brel et Ferré, mais je ne vois pas pourquoi il y aurait une noblesse plus grande à faire de la chanson que de la variété…

Un EP, c’est bien, mais j’imagine qu’un album se profile derrière.

Oui, et on est en plein dedans, là ! Les morceaux sont prêts depuis longtemps maintenant puisque comme je te l’ai dit ça fait un petit moment que je fais de la musique. Donc, le répertoire est là. La grande difficulté sera de faire le choix. Mais là, on met les mains dedans. On va voir comment le EP intéresse les médias, comment il est reçu en radio… Quand les gens en auront envie, j’espère d’ici le printemps ou l’automne prochain, on le sortira.

Le format EP revient très en force ces derniers temps. Pour toi, le format album veut-il encore dire quelque chose ?

Oui ! Et pour ça, je pense que je suis un peu old school ! Je considère que le disque, c’est une tranche de vie qu’on propose. Et surtout un premier disque, un premier album. Un premier album, c’est un petit peu comme le premier mot qu’on dit à une femme, ou le premier regard, ou la première caresse à un enfant qui se réveille… C’est la première rencontre avec le public. C’est un point qu’on fait sur ce qu’on veut dire, ce qu’on présente de soi, notre plus beau côté, notre habit du dimanche qu’on met pour aller au bal… Un premier album, c’est une première rencontre, donc on n’a pas envie de la rater. Il faut un début, il faut une fin et il faut un propos.

Le Coz © Marcel Hartmann

Là, sur le EP, il est pas mal question d’amour. Il est question de ta fille aussi. Quels thèmes abordes-tu dans les autres chansons ?

Il y a une petite partie un peu plus sombre. Je suis parisien, je vis dans le monde d’aujourd’hui et il y a des choses qui me touchent. Donc, c’est normal que je les évoque dans des chansons, mais sans dénoncer. Je n’ai pas de réponses ni de solutions mais il y a des choses qui me touchent.  Je vais donc parler de certaines choses qui ont un peu plus de liens avec la ville. Et puis, il y aura également des préoccupations que tout individu peut avoir, la famille, les amis, l’amour et… les emmerdes ! (rires)

Était-ce important pour toi qu’il y ait sur ce premier EP une chanson dédiée à ta fille ?

Oui. J’ai l’impression vraiment d’être un artiste père de famille… Je ne sais pas comment dire les autres autrement. C’est en tout cas quelque chose qui fait partie de mon identité. Toute personne qui a eu des enfants, n’est plus la même. Et même quand j’écris une chanson d’amour ou de mélancolie pour une fille, j’ai besoin de me rappeler que je suis père de famille. Je ne suis plus un ado. Ça fait partie de mon identité. Ça me permet d’aller chercher une espèce de profondeur et de garder l’essentiel à l’esprit.

Pour terminer cette interview, je vais paraphraser l’une de tes chansons… Pour toi, « Le paradis, c’est quoi ? »

(sourire) C’est peut-être idiot, mais j’ai envie de te répondre en continuant la chanson… « Le paradis, c’est vous, c’est nous, c’est tout et puis voilà ». Le paradis, c’est ce qu’on en fait, c’est un regard qu’on porte sur le monde. Le monde et la vie s’imposent à nous et, ce qu’on en fait, c’est un choix. Je veux voir le monde comme un paradis. Et de tout ce que je peux faire de ma vie, je fais le choix d’en faire un paradis pour moi et pour les miens. C’est surtout un regard, le paradis.

Propos recueillis par IdolesMag le 3 décembre 2013.
Photos : Marcel Hartmann, Philippe Levy.
Site web : http://www.lecozmusic.com/









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