Interview de Auren

Propos recueillis par IdolesMag.com le 19/11/2013.
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Auren © Aline Diepois et Thomas Gizolme

Auren a publié début juin un album joliment subtil, « J’ose ». Séduits par l’univers de la jeune artiste, nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur ce projet et sur son parcours. Nous apprendrons notamment au cours de cet entretien qu’elle a écouté à fond dans la voiture sur la route des vacances « Voyou, voyou » de Michel Berger, qu’elle a participé aux rencontres d’Astaffort avec Francis Cabrel, qu’elle admire Frida Kahlo et que c’est sa grand-mère (à qui elle dédie une chanson sur cet album) qui lui a transmis sa passion pour la musique. Auren est actuellement en tournée, elle se produira notamment le 28 novembre prochain à Six-Fours (83) en première partie d’Alex Beaupain et le 16 décembre au Divan du monde (Paris 18ème). Rencontre avec une artiste à la fois espiègle et sensible, mais surtout, authentique.

Auren, visuel de album J'oseIdolesMag : Quand avez-vous posé les premières pierres de ce nouvel album, « J’ose » ?

Auren : Je pense que c’était à l’automne 2010. En fait, j’ai fait une jolie rencontre avec Romain Galland qui a signé quelques musiques sur cet album. Ça a été une vraie belle rencontre. Il est arrivé avec la musique de « Crocodile », la chanson qui ouvre l’album. J’ai craqué sur cette musique et j’ai écrit très vite des mots dessus. Ça a donné vraiment la couleur de ce deuxième album, ce côté un peu plus folk et un peu plus guitare. C’est vraiment la première pierre et je pense que c’est aussi pour ça que cette chanson ouvre l’album.

Y avait-il des « erreurs » entre guillemets que vous pensiez avoir faites sur le premier album (« De la tête aux pieds ») et que vous ne vouliez pas reproduire sur le deuxième ?

Je pense que rien qu’en grandissant et en mûrissant, les choses et les envies changent. Le premier album, c’était essentiellement des chansons que j’avais écrites étant adolescente. Donc, là, les thèmes sont différents. Je pense  que déjà de par le texte il y a eu une évolution. Ensuite, j’ai voulu prendre plus mon temps. Je me suis fait beaucoup plus confiance. J’ai osé parler, j’ai osé dire ce que je ressentais. J’ai dit ce que j’avais envie de faire et ne pas faire. J’ai vraiment été à mon écoute. Et je pense que c’est pour ça que ce deuxième album me ressemble vraiment.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Nicolas Dufournet (ancien bassiste de Oui-Oui) ? Que vous a-t-il apporté musicalement ?

Nicolas… son studio est une vraie caverne d’Ali Baba ! Il y a un nombre d’instruments vintage incroyables. Et c’est vraiment cette touche-là qui me faisait très envie, ce son des années 60 et des années 80. Et quand lui, de son côté, a écouté les chansons, il a vraiment trouvé que les mélodies étaient belles. J’ai aimé son discours et j’ai aimé la façon dont il a appréhendé mes chansons. Donc, ça a été une belle rencontre humaine aussi. Je savais dès le départ qu’il allait m’apporter cette petite touche qui me manquait.

Donc, ce petit côté vintage était une réelle envie de départ.

Oui, vraiment parce que quand j’ai créé cet album, j’écoutais beaucoup Johnny Cash, Elliot Smith, Nancy Sinatra… j’étais vraiment empreinte de cette musique-là. Donc, oui, j’avais envie de ça.

J’aimerais évoquer un instant la chanson « Frida » qui parle de l’artiste Frida Kahlo. En quoi vous sentez-vous proche d’elle ?

Frida… on va dire que c’est un peu l’icône des femmes de ma famille. Moi, je l’ai découverte à travers le film avec Salma Hayek. J’étais très admirative de son parcours, autant en tant que femme qu’en tant qu’artiste. Son combat, malgré la douleur, le fait de ne jamais lâcher, de toujours y croire, de toujours persévérer… ça me parlait. C’est la première des choses. Ensuite, la deuxième, c’est qu’il faut savoir que c’est une femme qui a combattu le machisme dans les années 30 au Mexique. Ce n’était vraiment pas évident de vivre là-bas à cette époque en tant que femme et en tant qu’artiste. Et enfin, il y a cet amour inconditionnel qu’elle avait pour Diego Rivera, un peintre muraliste. Sans lui, elle ne pouvait plus créer. Ce sont les trois points qui font que c’est une artiste très importante pour moi. J’aime aussi bien évidemment son œuvre. On a toujours parlé de cette femme dans ma famille, donc, j’avais vraiment envie de lui rendre hommage sur cet album.

Vous signez la quasi-totalité des textes et pratiquement aucune musique, sauf une, alors que si j’ai bien lu votre bio, vous êtes plutôt musicienne à la base…

Oui ! C’est vrai que je suis pianiste. Ma grand-mère m’a enseigné le piano très jeune. Et j’adore cet instrument. Plus récemment, je me suis mise à la guitare parce que j’avais envie d’apprendre un nouvel instrument. Ça me paraissait évident d’aller vers la guitare vu la couleur que prenait l’album. Et c’est vrai qu’en ce qui concerne la composition, je n’en ai fait qu’une sur cet album. Et c’était une évidence vu que cette chanson, « Comme la dernière fois », est un hommage que je rends à ma grand-mère qui est décédée quand j’écrivais cet album. Donc, cette chanson devait être 100% la mienne et de personne d’autre. Par contre, pour les autres titres, j’ai aimé m’entourer pendant toute la phase de création. Mais je n’ai travaillé qu’avec des amis et des personnes qui me connaissaient vraiment. Donc, je n’ai pas le sentiment d’être dépossédée de mes titres. Ça n’a pas été « tiens, voilà ce texte. Tiens voilà cette musique. » Non. Ça a été vraiment un laboratoire créatif qui se passait d’ailleurs dans mon appartement à Paris puisque j’ai un petit home studio. C’était un vrai petit laboratoire de création. J’écrivais une phrase, on enchaînait sur quelques notes, etc… ça a été un véritable échange… comme j’ai pu en vivre un aux rencontres d’Astaffort en 2007 avec Cabrel.

Vous venez de me parler de votre grand-mère qui vous a appris à jouer du piano, mais plus généralement, venez-vous d’une famille de musiciens ?

Non, pas du tout (rires). La seule vraie musicienne de ma famille, c’était ma grand-mère. Elle était pianiste classique. Mais par contre, j’ai vécu dans une famille où la musique était omniprésente. C’est-à-dire que j’avais tout le temps de la musique chez mes parents. Ça faisait vraiment partie de notre vie. Mes parents nous ont amenés jeunes aux concerts. Dans la voiture, il y avait toujours la musique à fond… à la maison aussi. Donc, oui, on écoutait de la musique tous les jours.

Quelle était cette musique ?

Beaucoup de chanson française… Michel Berger, Charles Aznavour, Jacques Brel… ça c’était surtout du côté de mon père. Et ma mère, elle, elle adorait les Beatles, Pink Floyd, The Who… Donc, j’ai eu un peu ce mélange des deux cultures.

Auren © Aline Diepois et Thomas Gizolme

Et vous, vers quelle musique vous êtes-vous dirigée ?

Ah la la… J’étais très chanson française. C’est vrai que l’album que j’écoutais le plus devait être celui de Vanessa Paradis ! J’écoutais aussi beaucoup Michel Berger. Je devais avoir ce côté un peu nostalgique des vacances en Corse. Quand on partait, dans la voiture, on écoutait « Voyou, voyou » à fond… (sourire) Réécouter ce titre me rappelait de bons souvenirs. J’aimais bien aussi Nirvana, j’écoutais avec mon walkman… Et puis, c’était la grande époque des New Kids on the Block aussi ! En fait, c’est vraiment plus tard que j’ai affiné ma connaissance musicale, que mon oreille a eu envie d’aller écouter d’autres choses, que j’ai eu envie de découvrir d’autres univers et de m’intéresser à plein de musiques différentes…

Chanter, écrire, composer, c’est venu vers quel âge ?

D’abord, j’ai joué du piano. À l’adolescence, j’en ai eu un peu marre du classique et j’ai donc voulu que ma grand-mère m’apprenne d’autres choses… En parallèle, j’ai toujours tenu un carnet dans lequel j’écrivais mes pensées, des proverbes ou des petites phrases qui me plaisaient… J’ai toujours eu un carnet porte-bonheur où j’écrivais mes états d’âme ou de jolies phrases. Ensuite, vers 18 ans, pendant ma prépa HEC, le chant est venu tout naturellement. Et c’est devenu mon échappatoire. Une fois que j’ai connu le plaisir de chanter, je ne me suis plus arrêtée… C’était devenu comme une évidence… C’était la liberté !

Et les rencontres d’Astaffort, elles se situent où dans votre parcours ?

Bien plus tard. C’était en 2007. Vous savez, j’ai suivi le chemin classique d’une étudiante qui marchait plutôt bien. Donc, j’ai été diplômée, mais par la suite, je ne me suis pas bien plue dans le monde de l’entreprise. En parallèle de mon travail, je donnais des petits concerts dans des bars à Paris, je prenais des cours de chant, de piano, de composition… J’en suis arrivée à un point où je n’arrivais plus à faire bien ni mon travail ni la musique. Et pour l’anecdote, c’est à cette époque que j’ai appris que j’avais été sélectionnée pour les rencontres d’Astaffort. Mon patron m’avait dit que non, il ne me donnerait pas une semaine de vacances pour aller là-bas… Donc, j’ai démissionné ! (éclat de rire)

Donc, ce sont ces rencontres d’Astaffort qui sont au début de votre parcours musical.

Oui, on peut dire ça comme ça. C’est à partir de là que je me suis consacrée à la musique.

Il se passe quoi dans votre tête à cette époque ? Parce que vous lâchez tout en fait…

Oui, je lâche tout. J’ai très très peur, à cette époque, je ne vous le cache pas. Et en même temps, je me dis que c’est tellement au fond de moi-même que je ne veux pas passer à côté de ça. Je ne veux pas passer à côté de ce qui me guide depuis que je suis ado… Donc, j’ai cette envie de créer, d’être sur scène et de partager. J’ai envie d’en faire mon métier. En tout cas, j’ai envie d’essayer d’en faire un métier et je veux m’en donner les moyens. Et là, les rencontres d’Astaffort tombent fort bien à point. Cabrel, tout comme Berger, est quelqu’un qui m’a bercé. J’aime beaucoup sa patte et comment il écrit, donc je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de ça. Je me suis dit « on verra bien ! », j’avais envie de prendre le risque…

Vous me disiez tout à l’heure que très jeune vous écriviez déjà des petits bout de jolies phrases dans un carnet, écrivez-vous aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’à l’époque ?

Je crois que oui… Avant tout, c’est un vrai besoin d’expression. Dire tout haut ce que je pense tout bas… C’est vraiment mon moyen d’expression. Donc, ça, c’est resté. Si on me demandait et si on me demande aujourd’hui pourquoi j’écris, c’est parce que j’ai besoin de me libérer des choses, de les décrire, de ne pas tourner autour du pot et les dire de manière très directe et franche, sans avoir peur. Ça, c’est vraiment la raison première pour laquelle j’écris. Ensuite, les sujets ont changé et la façon de les aborder a changé elle aussi. Et je crois que c’est ce qui montre mon évolution par rapport aux premiers textes ou aux premières phrases que j’ai pu écrire dans ce carnet. Et puis, la lecture, les films, les expos, les rencontres avec d’autres artistes ont enrichi aussi mon intérieur. Après, quand je pose tout ça sur une feuille, je le pose un peu différemment d’avant…

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire les paroles de vos textes dans le livret dans le format prose et pas le format poésie ?

J’avais envie de me permettre une petite fantaisie, et notamment par rapport au titre, « J’ose »… Je me disais que ça pouvait très bien se perpétrer dans le graphisme et dans l’image aussi. Donc, en écrivant les textes en prose, on pouvait dessiner d’une certaine manière des formes géométriques. Et ça me plaisait bien… Il y a des carrés, des rectangles, un hexagone… C’est mon frère qui fait toute la partie graphique. Et on s’est bien entendus à ce niveau-là. Nos idées s’assemblaient bien.

Est-ce une chose à laquelle vous accordez beaucoup d’importance, le graphisme ?

Oui, je m’y intéresse. J’aime bien que ce soit beau, sobre, classe… Je n’aime pas quand on en fait trop. Mais je m’intéresse plus à l’image ou à la photo, à ce qu’une photo peut dégager. Je n’ai pas vraiment le talent, ni l’œil, d’un graphiste. (sourire)

En parlant de photo et d’image, « L’échappée belle » a été filmée en Super 8, les photos ont été prises avec un polaroïd…

Oui. J’avais vraiment envie de ça, quelque chose d’authentique. Et ça a été encore plus une évidence quand les réalisateurs du clip nous ont proposé d’aller le tourner en Corse. C’est là que j’ai passé toutes mes vacances pendant mon enfance. J’y ai passé des mois et des mois… Mes parents nous filmaient en Super 8. Je revois encore ces bandes où il n’y avait pas de son et où l’image était un peu striée… Oui, bien sûr, tout ça vient enfoncer le clou pour avoir une « nostalgie heureuse » comme on dit…

Auren, visuel du single J'oseC’est le titre « J’ose » qui est mis en avant comme deuxième single. Va-t-il bénéficier lui aussi d’un clip ?

Non, pas « J’ose ». Par contre, il y en aura un pour le prochain qui va arriver avant Noël… Mais je ne dévoile pas encore lequel c’est ! (rires)

De toutes les chansons qui figurent sur l’album, je ne vais pas vous demander s’il y en a une que vous préférez plus qu’une autre parce que vous ne pourriez sans doute pas me répondre…

C’est vrai !

Mais y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je dis tendresse, je pense à quelque chose qui s’est passé autour de la chanson, pendant sa création, son enregistrement, sur scène… pas forcément à ce que la chanson raconte.

La chanson qui me tient probablement le plus à cœur et qu’à chaque fois que je la chante mon cœur bat trois fois plus vite, c’est la dernière chanson « Comme la dernière fois ». Pour vous raconter son histoire… C’est donc un hommage à ma grand-mère comme je vous l’expliquais tout à l’heure, mais c’est surtout un hommage à l’amour que mon grand-père et ma grand-mère se portaient mutuellement, même après 70 ans de mariage, même quand le corps n’existe plus… J’ai pu voir comme ils s’aimaient et c’était très très émouvant. J’ai écrit ce texte très vite, deux trois jours après son enterrement. Et j’ai maquetté la chanson toute seule à la maison, dans ma chambre. Je n’ai jamais rechanté la chanson. On a refait le piano en studio, on a rajouté des cordes et tout ça, mais la voix est celle que j’ai enregistrée un soir dans ma chambre.

Vous avez gardé la voix de la maquette pour laisser l’émotion intacte.

Oui… mais surtout, je n’avais pas envie de la rechanter. J’ai d’ailleurs mis beaucoup de temps à pouvoir la chanter sur scène. Maintenant, je la fais, mais j’ai mis du temps, beaucoup de temps…

Parlons-en un instant de la scène, justement. Que représente-t-elle pour vous ? Une étape parmi les autres ou le but ultime ?

C’est le but ultime. C’est pour la scène que je fais ce métier. C’est là où je me sens, je crois, la plus heureuse, où je suis vraiment dans l’instant présent. Tout peut se passer, je suis vraiment en contact avec les gens qui sont venus écouter mes chansons. Avec mes musiciens, il y a cet échange perpétuel. J’aime l’instantané. On ne peut pas tout contrôler. Sur scène, on peut être dans l’instant. Et c’est pour ça que j’adore y être. La première fois que je suis montée sur scène, j’ai compris pourquoi j’écrivais des chansons…

Si demain on vous propose une énorme tournée et pas d’album, vous signez ?

Oui, bien sûr. Après, je reconnais que c’est très agréable d’écouter un album, mais voir un artiste sur scène, c’est incomparable.

Pour certains artistes, ça peut être également un moment douloureux.

Oui. Et c’est un mélange de tout ça, d’ailleurs. Mais le plaisir dépasse le trac, la peur et l’angoisse. Le corps parfois m’a joué des tours… Je me souviens d’un soir où j’assurais la première partie de Francis Cabrel à la Halle Tony Garnier. J’ai vraiment cru que mon corps allait me lâcher, donc il a fallu que je fasse un petit exercice de recentrage… Après, une fois qu’on est lancé, on est lancé.

L’album est sorti en juin dernier, juste avant l’été. Quel bilan tirez-vous après cinq mois d’exploitation ?

Je suis très heureuse parce que les gens qui l’ont écouté ont apparemment passé un très bon moment. J’ai eu de très bons retours. J’en suis très contente. Je pense que si plus de gens étaient au courant que cet album existe, il y aurait encore plus de retours. Mais pour ceux qui l’ont écouté, je suis contente quand ils me disent qu’ils l’ont beaucoup aimé, que c’était un vrai voyage pour eux… C’est un album positif et joyeux et en ces temps difficiles, je pense qu’il peut faire du bien. Et ça me fait plaisir de voir que ceux qui l’ont écouté ressentent la même chose. Maintenant, il faudrait que le nombre de gens qui l’écoutent augmente… (rires) Et puis là, en ce moment je suis sur scène, c’est une autre façon de présenter cet album. C’est super aussi.

Êtes-vous déjà repartie sur un troisième album ?

Je suis déjà repartie dans l’écriture, oui. Je vous avoue que cet été et début d’année, c’était plutôt la page blanche. (sourire) Et là, ça fait quelques semaines que l’inspiration est revenue et que je me suis remise à écrire. Ça fait beaucoup de bien aussi…

Propos recueillis par IdolesMag le 19 novembre 2013.
Photos : Aline Diépois et Thomas Gizolme
Site web : http://www.auren-officiel.com/









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