Interview de Charles Dumont

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/03/2010.
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Charles Dumont - © photo DR

Monsieur Charles Dumont nous reçoit dans son appartement au coeur de Saint-Germain-des-Prés. Dans un coin de son salon baigné par la lumière du jour, un piano... et pas n'importe lequel! Le piano sur lequel Monsieur Dumont a composé ses plus belles mélodies, le piano qui a vu naître notamment « Non, je ne regrette rien ». C'est dans ce lieu empreint de toute une histoire que Monsieur Dumont évoquera sa longue et riche carrière, de ses débuts de trompettiste prometteur à la création de « Je t'invite », son nouvel album qui fait un carton, en passant par la rencontre qui a bouleversé sa vie : la rencontre avec Madame Piaf. N'ayons pas peur des mots, Monsieur Charles Dumont est un « monument » de la chanson Française, mais c'est en toute simplicité qu'il a répondu à nos questions. Rencontre avec un artiste qui a su si bien mettre en musique les mots d'amour...

IdolesMag : Parlez-nous un peu de vos débuts. Au départ, vous aimiez le jazz...

Monsieur Charles Dumont : C'est le jazz qui m'a donné envie de pratiquer la trompette. A l'époque, le jazz était une musique très privée. C'était la fin de la guerre et il était interdit d'écouter du jazz. C'est d'ailleurs pour cela qu'on se rencontrait dans des caves. D'où l'origine des caves musicales. On se cachait pour écouter de la musique et surtout de la musique américaine. Il y avait un grand pape de la musique et du jazz à cette époque, c'était Hugues Panassié qui a été le grand diffuseur de la musique de la Nouvelle Orléans. Il nous faisait écouter des disques que nous n'avions pas en France qu'il avait ramenés des Etats-Unis. Il donnait des conférences, il nous initiait. Nous, nous étions encore des gamins. J'étais le plus jeune à l'époque. On écoutait donc de la musique jazz et j'adorais çà! Déjà parce que c'était interdit et ensuite parce que çà nous plaisait beaucoup.

C'est à ce moment que vous décidez de devenir trompettiste?

C'est à la suite d'une de ces soirées où l'on avait écouté Armstrong (j'avais trouvé çà tellement divin) que j'ai annoncé à mon père que j'avais pris la décision de ce que je voulais faire : être trompettiste. Mon père était un mélomane, il n'était pas vraiment musicien, bien qu'il ait joué un peu de trompette quand il était militaire. Je lui ai donc dit « Je ferais bien de la trompette » et il a trouvé que c'était une très bonne idée. Mais c'était cette époque imbécile où quand on voulait faire un métier, il fallait commencer par l'apprendre. (rires). Mon père s'est donc mis en quête de me trouver un professeur. Il a trouvé un professeur, Monsieur Jean Déjean, qui enseignait au conservatoire de Toulouse. Monsieur Déjean m'a reçu quelques fois afin de savoir s'il m'acceptait comme élève ou non. Un jour, il m'a présenté l'instrument et m'a dit « Soufflez dedans! ». J'ai soufflé dedans, mais très mal, parce que souffler dans une trompette n'est pas jouer de la trompette. Quelques temps après, je suis revenu avec mon père et Monsieur Déjean a dit à mon père « Votre fils est doué pour la trompette ». C'était la première fois que j'entendais quelqu'un dire que j'étais doué pour quelque chose! C'était très nouveau pour moi cette appellation « doué »! Si çà avait été un curé, je serais rentré dans les ordres!! (rires) Alors je me suis lancé dans la trompette comme on se lance dans la religion. J'ai donc appris à jouer de la trompette.

Ensuite, vous partez à Paris...

Oui, c'est ce qui m'a amené à Paris quelques années plus tard pour entrer au conservatoire. J'espérais bien épater un peu les parisiens! Je suis donc allé voir le professeur du conservatoire et je lui ai montré ce que je savais faire. Après ma « démonstration », il m'a dit que je n'étais pas prêt pour rentrer au conservatoire, qu'il y avait encore beaucoup de travail à faire. Bref, j'ai beaucoup travaillé la trompette, et puis après j'ai eu un accident...

Parlez-nous un peu de cet accident qui a fait basculer votre vie.

Est-ce la différence de climat avec le sud ou autre autre chose, le fait est que j'ai eu une abominable angine puis des complications. Un professeur, dont je ne citerai pas le nom, m'a opéré des amygdales à domicile dans un studio rue Saint-Hubert dans le 11ème où il n'y avait aucune protection clinique. Après l'opération, j'ai donc eu une très grosse infection. Mon père qui était un homme extrêmement merveilleux a pris le premier avion pour la Suisse pour aller chercher de la pénicilline. Il n'y avait à l'époque qu'en Suisse que l'on trouvait de la pénicilline. C'est la pénicilline qui m'a sauvé.
Tous ces problèmes ont duré assez longtemps. Et j'étais à la limite d'âge pour rentrer au conservatoire parce qu'après 16 ans, on ne pouvait plus rentrer dans la classe. J'avais donc le morceau du concours à travailler. J'ai travaillé ce morceau longtemps et les plaies se sont réouvertes, il y a eu hémorragie et rebelote, me revoici en grave danger. Là, j'ai eu affaire à un vrai chirurgien qui m'a opéré dans une vraie clinique. Il m'a cautérisé, et m'a dit « Jeune homme, il n'est pas question que vous retouchiez à votre instrument avant 2 ou 3 ans, çà dépendra de la vitesse à laquelle çà se réparera »...  Et pour moi, il aurait été trop tard pour rentrer au conservatoire. J'étais catastrophé, complètement catastrophé. Malheureux comme les pierres. Et j'ai dû renoncer à la trompette...

Que s'est-il passé, alors? Comment avez-vous réagi?

Je suis alors entré dans une église à Saint-Ambroise, dans laquelle un monsieur jouait de l'orgue. Je suis monté dans les cintres le voir et je lui ai dit que je voulais apprendre à jouer de l'orgue. Une tante nous avait offert un piano quand j'étais gamin, donc j'avais déjà pianoté, mais rien de sérieux... Et donc, ce monsieur qui s'appelait Monsieur Paul-Silvia Hérard (il venait de l'est), a compris mon désespoir et m'a dit qu'avant de jouer de l'orgue, il fallait apprendre le piano. Il m'a pris sous son aile et m'a appris le piano pendant deux ou trois ans. Ce n'est pas en deux ou trois ans que l'on devient concertiste, mais enfin, j'en vis depuis tout de même!!... (rires)

Vous n'êtes pas devenu compositeur tout de suite. Que s'est-il passé entre cet apprentissage du piano et le moment où vous avez eu le succès que l'on connaît?

Je suis ensuite parti au service militaire et à la fin de celui-ci, je me suis marié avec une dame  merveilleuse avec qui je suis toujours marié d'ailleurs, c'était en 1951. En plus, j'ai été père à 22 ans... Donc là, s'est présentée à moi la chose la plus dure de l'existence quand vous êtes jeune : l' « opération bifteck »! En fait, je jouais du piano, mais je n'étais pas vraiment pianiste, donc, j'avais beaucoup de mal de trouver un emploi. Je trouvais tout de même des petits boulots à faire, mais ce n'était vraiment pas terrible. Bref, heureusement que j'avais une épouse qui avait une belle situation et qui a bien voulu m'aider à cette époque-là. La tendance s'est inversée depuis! (rires)

Qui admiriez-vous à cette époque?

J'avais un grand professeur qui s'appelait Charles Trenet, qui est le pape et toujours le grand président fondateur de la chanson Française. Pour moi, avant Charles Trenet, il y a eu quelques talents égarés. Mais il a été le premier a avoir une vraie carrière d'auteur de cette qualité-là. Il écrivait des choses parfaitement poétiques et parfaitement ressenties. Il avait compris qu'il fallait faire des chansons avec l'influence Américaine du jazz à la Française! Charles Trenet a inventé la musique rythmée, avec des chansons dynamiques comme « Je chante », « Boum », etc... Il avait un merveilleux et excellent pianiste qui s'appelait Léo Chauliac qui jouait du Jazz aussi. Je connaissais toutes ses chansons par coeur.

C'est donc l'époque où vous décidez de devenir compositeur et que vous entrez à la SACEM?

Je me suis rappelé que j'adorais les chansons. Ma première chanson, je l'ai écrite à 12 ans, quelque chose comme çà. J'ai commencé très tôt à écrire des chansons, j'ai toujours écrit des chansons. Je crois que dès que j'ai su écrire un peu, j'ai écrit des chansons. D'ailleurs, la première chanson que j'ai écrite à 11 ans devait être un peu prédestinée... elle s'intitulait « Petite aux Yeux si Doux ».
Là, j'ai encore eu recours à mon merveilleux père qui m'a encouragé, qui m'a aidé, qui m'a conseillé et qui m'a fait rentrer à la SACEM. Çà c'était encore une histoire extraordinaire! Çà n'existe plus pour les artistes à la SACEM, mais çà existe encore dans la fonction publique... A l'époque, pour rentrer à la SACEM, il fallait être édité et passer un petit examen, qui n'existe plus maintenant. Et si vous n'aviez pas passé cet examen... vous ne pouviez pas être édité! Il y avait comme toujours la dessous un conflit d'intérêt : en fait, si vous ne pouviez pas vous faire éditer « légalement », vous alliez voir un éditeur et vous vous faisiez éditer en payant, et non aux frais de l'éditeur. Vous étiez comme çà édité quand même et vous pouviez passer votre examen d'entrée à la SACEM. Ainsi, après avoir été édité, vous déposiez un dossier à la SACEM et vous passiez l'examen. C'est comme çà que je suis devenu auteur et compositeur à la SACEM.

Charles Dumont - © photo DR

Ensuite, vous entamez votre carrière de compositeur?

Après, çà a été la quête du représentant de commerce... Je suis allé voir les vedettes de l'époque : Tino Rossi, Luis Mariano, Georges Guétary. J'étais devenu un vrai « tireur de sonnettes »!
On rencontre des gens complètement désagréables et puis il y a les rencontres merveilleuses...
Çà, c'est une permanente du milieu artistique (comme dans tous les métiers d'ailleurs). Dans notre bel hexagone, il y a une longue période de votre vie où vous êtes trop jeune, ensuite une courte (très courte) période où tout va bien, et puis... vous êtes trop vieux!! (rires). A cette époque, j'étais trop jeune... Mais j'ai rencontré un Monsieur merveilleux : Monsieur Francis Carco, membre de l'académie Goncourt. Il a bien voulu me confier des textes de chansons. En travaillant avec un auteur célèbre, j'ai pu trouver un éditeur : les éditions Beuscher. Elles existent toujours, mais leur directeur, Monsieur Paul Beuscher est décédé depuis longtemps. Après ma première chanson éditée, a commencé ma série des « bénédictions féminines ». Au départ de ma carrière, je n'ai eu que des chanteuses. Dont une qui était une très très grande chanteuse qui passait sur les antennes de Radio Monte Carlo : Marie-José. Radio Monte Carlo était la radio numéro 1 sur Paris à l'époque. Marie-José était une chanteuse de tango qui avait un succès énorme, elle était « LA » star. Elle a sorti un disque avec deux de mes chansons. Et ainsi, de Charybde en Sylla, j'ai contacté bon nombre d'artistes, et plus j'écrivais de chansons, plus çà facilitait ma vie... Cette période a duré quasiment une dizaine d'années.

Jusqu'au jour où vous rencontrez Madame Edith Piaf. Une rencontre qui va bouleverser votre destin...

Oui! Un jour, j'ai rencontré Madame Piaf! Avant d'accepter l'une de mes chansons, elle m'en avait refusé trois ou quatre. Assez vertement, d'ailleurs! Comme j'étais un garçon du Sud-Ouest, j'avais un peu l'accent du pays et çà la faisait rire. Elle ne me prenait pas au sérieux. Elle n'était pas du tout sympathique avec moi. Jusqu'au jour où un grand auteur, Michel Vaucaire, qui avait écrit beaucoup de grands succès a écrit un texte sur une musique que j'ai composée ici-même dans cet appartement. A l'époque, il n'y avait que ce piano dans cette pièce, il n'y avait pas de meubles, il n'y avait rien...  J'ai inventé sur ce piano la musique de « Non, je ne regrette rien ». [NDLR le piano de Monsieur Dumont est installé dans un coin de son salon baigné par la lumière du jour, avec, aux murs, ses nombreux disques d'or et sa magnifique bibliothèque]. J'ai appelé Michel Vaucaire par l'intermédiaire de son épouse, Cora Vaucaire qui trouvait que j'avais beaucoup de talent. Michel Vaucaire a donc condescendu à faire des paroles sur une de mes musiques.

Vous connaissiez déjà Michel Vaucaire auparavant?

Oui, nous avons fait ensemble quelques chansons qui ont bien marché. On a gagné un premier prix d'abord au « Coq de la Chanson Française ». Ce concours de chansons se déroulait à l'Olympia. Et nous avons gagné ce concours avec la chanson « Lorsque Sophie dansait ». Cette chanson a très très bien marché. J'ai eu des interprètes en Belgique, en Suisse, en Allemagne et en France, bien sûr... çà a été mon premier succès. Çà devait être en 1957.

Racontez-nous un peu comment est née « Non, je ne regrette rien ».

Dans les années 60, j'ai donc composé « Non, je ne regrette rien ». J'ai appelé Michel qui l'a trouvée bien. Deux ou trois jours plus tard, il est revenu en me disant, « J'ai une idée pour ta chanson. Elle s'appellera « Non, je ne regrette rien ». Comme tu as fait une note très longue, je ne savais pas quoi mettre, alors j'ai mis 'non' ». Je vous jure sur la tête de tous ceux que j'ai de plus chers que je lui ai répondu « Ce n'est pas terrible »! (rires). Et Michel ajoute « C'est une chanson pour Edith Piaf! ». Comme j'étais sorti quasiment humilié de trois ou quatre rendez-vous avec Madame Piaf, je lui ai dit « On la donne a qui tu veux cette chanson, mais pas à Edith Piaf parce que je ne veux plus aller chez elle! » Michel me répond qu'Edith Piaf est la plus grande chanteuse Française et que cette chanson est écrite pour elle. « Si tu veux faire ce métier, il faut aller chez Edith Piaf! ». Comme il avait une grande autorité sur moi (il était plus âgé que moi, et infiniment plus connu que moi), et que je le respectais beaucoup, j'ai accepté d'aller à ce rendez-vous. Et là, le destin a frappé...

Dans quelles circonstances avez-vous présenté votre chanson à Madame Edith Piaf?

Nous avions rendez-vous le 5 octobre 1960 à 17 heures au 67 Boulevard Lannes chez Madame Piaf. Madame Piaf voit le rendez-vous avec Michel Vaucaire pour l'écoute de la chanson et demande à Danielle Bonnel, sa secrétaire, qui en était le compositeur. Madame Bonnel lui répond que c'est un  jeune compositeur qui s'appelle Charles Dumont. Madame Piaf lui répond alors : « Si c'est Charles Dumont, tu annules tout de suite le rendez-vous! ». Par un concours de circonstance, nous n'avons pas été avertis de l'annulation du rendez-vous et nous présentons donc chez Madame Piaf avec Michel. Madame Bonnel nous reçoit en nous expliquant que Madame Piaf était fatiguée et qu'elle  ne pouvait pas nous recevoir. Je dois vous avouer que je n'étais pas très content et que j'étais dans un état de colère assez important! (rires). Parce que à l'époque, je n'avais pas de voiture, je n'avais pas les moyens de prendre le taxi, donc, j'avais pris le métro, etc... Edith, qui avait un double appartement au rez-de-chaussée avec la chambre au fond de l'appartement, a hurlé « Puisqu'ils sont là, laisse-les rentrer ». Nous sommes rentrés dans son salon qui faisait une centaine de m². Le salon, où comme chez moi, il y avait un piano, un canapé, un viel électrophone qui ne marchait pas et un pied de micro sans fil. Son salon était aussi nu que mon appartement, en somme. Mais çà allait un peu mieux chez moi : j'avais une table! (rires). Nous avons attendu une bonne heure, parce qu'elle s'est levée, elle a pris son bain, etc... Puis elle est arrivée, amaigrie au maximum, ayant perdu ses cheveux suite à un traitement... On disait à l'époque qu'elle n'allait plus chanter. Elle salue Michel très gentiment et très amicalement et moi, me donne un petit coup de la tête. Elle m'invite alors à m'installer au piano.

Vous lui jouez donc pour la première fois la mélodie de « Non, je ne regrette rien ».

Oui, et comme j'étais très en colère, je joue cette première fois de façon très nerveuse. Elle me demande alors de la lui rejouer une deuxième fois. Je la joue encore plus fort et encore plus vite. Elle me demande alors si c'est vraiment moi qui ai écrit cette musique. Je lui ai répondu que bien évidemment c'était vraiment moi! Et là, elle me fait la réflexion suivante, que je n'oublierai jamais de toute ma vie : « Jeune homme, je vais vous dire une chose : cette chanson fera le tour du monde! ». C'est assez extraordinaire car en 2'25, le temps que faisait la chanson, elle est passée de l'hostilité totale à la gentillesse la plus extrême. Comme le temps passe de l'orage au soleil.  Je suis rentré chez moi fou de joie. « Enfin, Edith Piaf m'a pris une chanson! ». Le soir-même, il devait être 11 heures du soir, Claude Figus qui était de passage chez elle, m'appelle en me disant qu'Edith Piaf souhaitait que je vienne chez elle. Cette fois-ci, j'ai pris un taxi tout de même! Je suis arrivé vers minuit chez Edith Piaf. Claude Berri était là notamment.  Chaque fois que quelqu'un arrivait, elle voulait que je joue la chanson. Même si elle était très fatiguée, Madame Piaf avait un rythme de vie qui faisait qu'elle se couchait à 3 ou 4 heures du matin et se levait à 17 heures. J'ai donc joué la chanson à tous les gens qui sont passés et elle a dit qu'elle voulait faire une rentrée avec cette chanson.

Le fameux Olympia 1960.

A cette époque, Bruno Coquatrix qui était le directeur-patron de l'Olympia, avait de grand problèmes financiers (Il était au bord de la faillite). Il est venu voir Edith en lui demandant de faire une rentrée. « Edith, fais-moi une rentrée, sinon, je ne pourrai pas garder l'Olympia ». Elle lui a répondu que huit jours auparavant, elle lui aurait répondu non, mais qu'aujourd'hui, elle avait la chanson qui lui donnait envie de faire une rentrée. Elle lui a demandé deux mois pour bien se remettre sur pieds. Elle a donc fait sa rentrée en novembre/décembre 1960 à l'Olympia. Et là dessus, elle a fait un disque « live » comme on dit. Il s'appelait « Olympia 1960 ». Sur les 15 chansons de son récital, il y en avait 13 que j'avais écrites.

Et il y a une anecdote concernant le disque live de cet Olympia 60, je pense...

Il y avait une chanson sur laquelle elle s'était trompée lors de l'enregistrement du disque. C'était une chanson dont l'auteur était Michel Rivegauche et qui s'intitulait « Mon vieux Lucien ». Elle n'avait pas eu le temps de bien l'apprendre. Elle s'était déjà trompée en la chantant la veille à l'avant-première à Versailles. Elle a donc demandé au public de pouvoir la reprendre, alors que dans la salle, il y avait Marlène Dietrich, Duke Ellington, Paul Newman, mais aussi tous les Français comme Pierre Cardin, Jean-Claude Brialy, Pierre Brasseur... Elle a recommencé la chanson, en se trompant une nouvelle fois, mais cette fois-ci, elle ne s'est pas arrêtée. Son directeur artistique (de chez Pathé Marconi) voulant sortir le disque très rapidement avait enlevé la séquence durant laquelle elle s'était trompée... Et quand il vient montrer l'épreuve à Edith, elle se rend compte qu'il n'y a pas le moment où elle s'arrête en s'excusant de s'être trompée...  Elle l'a obligé à repartir immédiatement au studio pour retrouver la bande originale. Car « Si le disque n'a pas le moment où je me trompe, le disque ne sortira jamais! ». Elle l'a mis dehors et ne voulait plus le voir tant qu'il n'avait pas réparé « la vérité de ce qui s'était passé cette soirée-là ». On a donc sorti le disque avec l'« erreur ». Et ce qui est extraordinaire avec le talent de Madame Piaf, c'est que les gens allaient chez le disquaire en demandant « le disque où Piaf se trompait ». Elle voulait uniquement « La Vérité ». Et partait du principe que ce qui n'était pas la vérité n'intéressait pas. Aujourd'hui tout le monde reprend pendant les enregistrements quand il y a une erreur... Mais avec Edith, çà n'existait pas : ce qui était du live devait être du live!

Vous avez vendu beaucoup de disques de « Non, je ne regrette rien »...

A l'époque, elle a fait l'émission « 5 colonnes à la Une », qui était une émission phare de la télévision Française. Et le lendemain, on a vendu tous les disques disponibles et dans le mois, je pense qu'on a  vendu 500 000 disques... Et on en vend encore! Moins qu'au départ, mais quand même! Voici donc l'histoire de « Non, je ne regrette rien » dans son intégralité qui est partie du Boulevard Lannes et qui s'est terminée à l'Olympia.

Johnny Hallyday a repris « Non, je ne regrette rien » à la Tour Eiffel. Que pensez-vous de sa version?

C'est une très très bonne version! Autant, je trouve qu'il a moins bien réussi « L'Hymne à l'Amour », qui est une chanson de la géniale Marguerite Monnot, que j'admire inconditionnellement, et dont les paroles sont d'Edith Piaf. Autant, je trouve qu'il a réussi parfaitement « Non, je ne regrette rien ». Bien entendu, il n'a pas fait le disque de Piaf. Il a fait un disque de Johnny Hallyday et c'est un merveilleux disque. Il l'a d'ailleurs chanté au bas de la Tour Eiffel devant un million de spectateurs. Çà m'a fait énormément plaisir, car Johnny, c'est tout de même la plus grande icône de la chanson Française. Il est une légende. Son parcours est transcendantal. Avoir une chanson reprise par un « monument » de la chanson, çà fait toujours plaisir! Je craignais beaucoup parce que passer après Piaf, ce n'était pas évident. Mais il a fait un très très bon disque, un disque magnifique... Je suis très fier de la version d'Hallyday! Mais, entre nous, je suis encore plus fier de la version d'Edith Piaf! Parce que j'en reviens toujours au fait que faire une reprise, c'est bien, mais créer une chanson, c'est encore mieux. Piaf et Hallyday ont deux parcours différents, sont deux artistes différents, mais leurs versions de « Non, je ne regrette rien » sont deux grandes joies de ma vie! Avec malgré tout, une préférence pour la version originale...

Charles Dumont - © photo DR

Comment avez-vous intégré la tournée « Age Tendre et Têtes de Bois »?

Pour être honnête, comme je pense la plupart de mes confrères et consoeurs, l'idée ne me séduisait pas beaucoup. D'autant plus que je fais encore pas mal de galas. Je n'avais pas la nécessité matérielle de faire cette prestation dans la tournée. Et puis, d'un autre côté, je me suis dit que c'était un peu comme si j'avais eu l'idée de faire le tour du monde. Même si on est bien dans son pays, avoir l'occasion de faire le tour du monde c'est unique... Pourquoi ne le ferais-je pas?  J'en ai alors parlé avec mon agent, Monsieur Jean Lahcene. Il m'a dit que ce serait une expérience formidable. D'abord parce que çà allait me remettre dans un milieu que je ne fréquente pratiquement plus (je vis dans ma tour d'ivoire et je ne vois plus beaucoup de chanteurs ni de chanteuses) et que çà allait me remettre dans une ambiance de chansons. Ensuite, que la tournée allait me permettre de refaire des villes que je ne referais probablement plus dans ma vie. J'ai repensé à tous ses arguments et je me suis dit qu'il avait sans doute raison. Aujourd'hui, je n'ai aucun problème à faire des galas. Mais faire un périple comme le faisaient les comédiens au temps de Molière, aller dans des endroits formidables, jouer dans des zéniths, je ne le fais plus. Parce que, soyons honnêtes, ce n'est pas mon volume habituel, les zéniths, 6 ou 8000 personnes! Mes grandes salles, ce sont l'Olympia, le Casino de Paris...de 1000 à 1500 places... C'était un nouveau défi pour moi.

Vous venez d'ailleurs juste de commencer cette tournée. [NDLR Au moment de notre interview, Monsieur Dumont avait chanté lors des deux premières représentations de la saison 5 d' « Âge Tendre et Têtes de Bois », à Châlon-sur-Saône]

Je n'ai fait que deux représentations, mais je vous assure que je me paye un trac comme si j'avais 18 ans! (rires) Je passe après Michelle Torr qui fait un triomphe parce qu'elle a beaucoup beaucoup de talent et parce qu'elle chante divinement bien. Lors de ces deux premiers galas, j'ai l'impression d'avoir mal chanté. Mais le public a été adorable, il m'a fait une standing ovation. [NDLR Monsieur Dumont est un peu trop modeste : il a fait un réel triomphe lors de ces représentations!]. J'ai chanté notamment « Mon Dieu » que j'ai écrit pour Edith et dont les paroles sont de Michel Vaucaire, « Non, je ne regrette rien » et « Les Amants » dont les paroles sont d'Edith Piaf et que nous avons chanté ensemble.

Et vous avez retrouvé un public de province que vous voyez plus rarement maintenant.

J'ai été très bien reçu par le public. Et ce public, effectivement, dans sa grande majorité ne me voyait plus. Je fais régulièrement Paris, mais plus rarement la province. Comme je vous l'ai dit, ce qui m'a poussé, c'est de relever le défi. C'est un défi de faire une chose sans être obligé de la faire, la faire simplement pour la beauté de la chose! Je vais revoir des gens que je n'ai plus vus depuis des années, revoir des villes et des régions que je ne reverrai peut-être plus jamais. Par exemple, il y a au moins 15 ans que je n'ai plus chanté à Marseille. Parce que, aller à Marseille, c'est un gros investissement, il y a le déplacement, la promotion, etc... C'est difficile à faire, Marseille! C'est une ville merveilleuse et extraordinaire. Mais on m'aurait proposé de faire seul un gala à Marseille j'aurais certainement dit non à cause de toutes les contraintes annexes. Mais aller à Marseille avec Michel Algay... çà veut dire jouer devant 4000 personnes l'après-midi et 4000 personnes le soir... Pour moi, comme je vous l'ai dit, c'est un défi. Je trouve qu'à un certain âge et à un certain moment de sa carrière, il est bon de se lancer des défis. Je me suis dit : « Tu vas montrer que tu peux le faire. » J'espère aller jusqu'au bout de la tournée (et je vais faire tout pour!). Mais ce n'est pas rien, c'est une grande et très belle aventure. D'après ce que j'ai vu, il y a une très belle ambiance. Et tout le monde le fait avec son coeur. Tout le monde fait du mieux qu'il peut. Je suis très heureux de faire cette tournée, même si je la crains parce que c'est une lourde responsabilité.

Parce que vous portez la mémoire de madame Piaf?

Oui, je porte tout de même la mémoire de Madame Piaf. Je dois porter ses chansons sur scène avec dignité. C'est pour moi une tournée sérieuse et importante, même si je pense que je ne la referai pas. (rires) C'est un peu comme si j'avais été élu Président de la République... ou tout au moins Premier Ministre! (rires)

Quelle différence voyez-vous entre cette tournée et un gala à l'Olympia?

Vous savez, quand je fais l'Olympia, il ne faut pas venir me trouver 48 heures à l'avance... Je suis d'une humeur pas très réceptive, vous savez!! Je porte l'Olympia dans ma tête jour et nuit. Il me tracasse, il me donne des soucis, il me donne de la peine et des inquiétudes... les « pourvu que ce soit bien », « pourvu que le public vienne »... Et ici, pour moi... c'est comme si c'était 4 fois l'Olympia, donc vous voyez... c'est à la fois très lourd et très passionnant!
Je remercie Monsieur Lahcene de m'avoir conseillé de la faire et je remercie aussi Monsieur Algay de m'avoir invité.

Dans votre actualité, il y a aussi votre nouvel album « Je t'invite », qui est d'ailleurs splendide. Pouvez-vous nous en parler un peu?

J'en suis très fier!... Car cet album est en rupture dans les bacs! Tous les disques mis en place ont été écoulés!!
Il y a une chanson, qui s'intitule « Je t'invite », dont les paroles sont de Georges Moustaki. Et Didier Lockwood, le plus grand violoniste de jazz Français (et de loin!) m'a fait l'honneur de venir jouer un peu de violon sur cette chanson. Je ne le remercierai jamais assez car en plus, il l'a fait bénévolement... simplement parce qu'il « aime bien Charles Dumont », m'a-t-il dit! Ce qui m'a aussi touché énormément.

Comme vous le dites, « Je t'invite » se vend extrêmement bien contrairement au marché du disque actuel... Quel regard portez-vous sur cette crise que traverse le monde musical? Et sur l'évolution de votre métier?

Album de Charles Dumont, Je t'invite - © photo DRDans un monde où le disque tient sur une clé USB, « Je t'invite » a été effectivement vraiment bien accueilli. Maintenant, on met 1000 titres sur une clé USB, et on peut les piquer n'importe où, n'importe comment... Il n'y a plus beaucoup de gens qui ont le courage de dépenser 20 ou 25 euros pour acheter un disque. Le disque se vend très mal actuellement, mais je ne vais pas plaindre les majors non plus!! Avant de subir çà, ils auraient peut-être pu le précéder... Et surtout en produisant autre chose que les gadgets qu'ils mettent sur le marché. Autrefois, les maisons de disques s'occupaient des artistes, ils pensaient à leur carrière. Quand j'ai débuté chez Pathé Marconi, je vendais très peu de disques, peut-être 1000 et encore... Puis, quand je les ai quittés quelques années plus tard, j'en vendais 150 000. Ils avaient travaillé, ils avaient fait leur boulot. Ils avaient « fait » un artiste. Cette chose-là n'existe quasiment plus. Il y a, heureusement, encore quelques miracles à l'heure actuelle, mais ce sont de vrais miracles. Il y a des artistes qui, de par leur talent et leur personnalité, arrivent sur le marché et qui ont la chance que çà marche tout de suite. Et bien entendu, ils font des carrières parce qu'ils ont du talent. Mais ce sont des « accidents » à l'heure actuelle. On n'essaye plus de construire un artiste en se disant que demain, il vendra plus, et après-demain, encore un peu plus. Regardez, chez Pathé Marconi, au départ, ils ont investi sur moi et après 25, 30 ans, ils ont eu ce qu'on appelle « un catalogue ». Ils viennent d'ailleurs de ressortir maintenant un triple CD dans la collection « Platinum », il doit y avoir une soixantaine de chansons. A ce qu'il paraît, ce triple CD « Platinum » marche très très bien lui aussi. Mais cette compilation est le fruit d'un long travail. Ce n'est pas comme un billet de loterie que l'on trouve au coin de la rue. Tout le monde peut aller au bout de la rue acheter un billet de loterie et faire fortune. Mais çà, c'est de la chance. On n'a pas gagné parce qu'on a travaillé. Autrefois, lorsqu'on vendait des disques, c'était souvent le résultat d'une carrière, maintenant de moins en moins. A l'époque, on faisait des tournées pour vendre des disques, on faisait de la promotion...
Maintenant, il faut un courage d'enfer pour faire une tournée! Regardez la tournée « Age Tendre », je ne sais pas combien de personnes travaillent pour cette organisation! Ils prennent des risques monstrueux. Il y a 6 ou 7 camions de matériel, il y a tous les jours 150 personnes qui travaillent autour des concerts. Les artistes que vous voyez, c'est la cerise sur le gâteau par rapport à  l'organisation. Maintenant, il va y avoir des copieurs, mais ils ne sont pas près de faire ce que Michel Algay fait, croyez-moi! Il faut la foi pour faire des choses comme çà. Il a la chance d'être très bien secondé, heureusement. Il a sa femme qui l'aide. Je lui tire mon chapeau pour son courage. Il doit être complètement fou, en somme! Et le catering... on y mange délicieusement! Et les hôtels, et les transports... tout est parfait! En plus, il faut gérer les caractères des uns et des autres! BRAVO monsieur Algay! Je le dis d'autant plus simplement que ce n'est ni un ami ni une relation, il est juste mon patron!

Votre métier a beaucoup évolué avec le temps. Dans votre dernier album, vous avez une chanson qui s'intitule « Ma Star Academy ». Quel regard portez-vous sur ce genre d'émission?

C'est plein de choses que l'on peut critiquer, évidemment. Ne serait-ce que la manière dont les artistes ou ceux qui espèrent devenir quelqu'un sont traités! (rires) Mais, il ont l'avantage d'exister. Ils chantent essentiellement des chansons françaises. C'est une émission où les gens chantent. Çà donne envie a des gens de chanter. Çà donne envie à des téléspectateurs de découvrir des chansons. C'est un modèle de vie qui est plein de toutes les vicissitudes de la vie en général. Toute pièce a son revers. Le « parfait » n'est pas vraiment de ce monde. Qu'on puisse améliorer ce genre d'émission : très certainement! Mais ils ont le mérite d'exister.

Malheureusement, nous n'avons plus beaucoup d'émissions de variétés à l'heure actuelle.

Il n'y a pas assez d'émissions de promotion et de qualité dans lesquelles la chanson n'est pas traitée comme une prostituée. Le mot est fort, mais c'est ainsi que la chanson est souvent traitée. On paye, on consomme et on s'en va, après, on ne veut plus savoir. Ce n'est pas de l'amour, çà.  Ce n'est pas çà, la chanson. La chanson c'est de l'amour, ou ce n'est pas une chanson. Mais, toutes les grandes chansons, sont des chansons d'amour... Le peintre qui a réalisé une magnifique toile, il a fait un acte d'amour. Toute oeuvre de qualité est un acte d'amour. Maintenant, la chanson n'est plus traitée avec amour, mais est traitée « business ». Et ce mot veut bien dire ce qu'il veut dire... c'est à dire : rien! « Business » ne veut rien dire! Et Monsieur Algay et Monsieur Pascal Sevran (même s'il a été un peu imprudent et a dit des choses qu'il n'aurait pas du dire), ils ont fait plaisir à combien de gens? Quand plus personne ne voulait de moi, parce que je n'étais plus avec Piaf, parce que j'étais, pour reprendre un terme américain peu délicat, « Has Been », Monsieur Pascal Sevran, lui, m'a toujours invité dans ses émissions.
On parle toujours des « Grands chanteurs »... Est-on un « grand chanteur » parce qu'on a du succès? Non. On est chanteur point barre! Les oiseaux chantent tous, on ne dit pas qu'il y a de grands oiseaux chanteurs...

Il n'est pas donné à tout le monde de devenir une vedette.

Le vedettariat, c'est quoi? C'est la chance d'être reconnu dans une spécialité que l'on fait. Çà ne veut pas dire que vous êtes meilleur qu'un autre. Çà veut dire que la vie vous a donné plus de chance ou que vous vous êtes mieux battu. Personne n'est plus grand que personne. Sauf de taille, parfois! (rires) J'ai connu des gars de ce métier qui avaient un talent immense et personne ne les connaît.

Comme vous dites, il vaut mieux exister avec des erreurs que de ne pas exister.

C'est certain. Pour en revenir à Star Academy, on peut critiquer, c'est sûr, mais néanmoins, çà existe. Ce n'est certainement pas la meilleure chose qui existe. Mais je préfère quelque chose qui existe, pas aussi bien que çà pourrait être, que la mort. La pire des choses qui pourrait arriver dans ce métier, c'est de ne pas exister.
Idem, on m'a demandé ce que je pensais du film « La Môme ». Madame Cotillard a eu un oscar... c'est la même chose : je ne suis pas là pour juger. Ce n'est ni un documentaire ni une biographie, c'est un film. J'aime mieux un film qui fait vivre la vie pathétique d'Edith Piaf et qui fait que 50 ans après sa mort, on en parle, on l'admire et on se déplace pour aller la voir... plutôt qu'on ne dise rien! Car ce qui est le plus affreux dans une profession quelle qu'elle soit, c'est quand vous êtes mort. C'est quand il ne se passe rien. Çà, c'est affreux. Il vaut mieux une oeuvre imparfaite que rien. Parce que rien, c'est pas beaucoup... comme aurait dit Monsieur de la Palice.

Vous débuteriez votre carrière maintenant, que feriez-vous?

Vous savez, à mon époque, çà a été très difficile et très long. Et aujourd'hui, c'est difficile et très long aussi, mais de façon différente. On ne peut pas faire un métier que pour ce qu'il vous apporte.

Quel regard portez-vous sur votre métier d'artiste?

J'aimerais en revenir aux oiseaux : ils ne chantent pas pour un cachet, ni pour devenir célèbres. Ils chantent parce que c'est leur nature et leur plaisir. Quand on a la chance de faire un métier artistique, le fait de chanter, çà devrait suffire au bonheur. Parce qu'il ne faut pas oublier ceux qui ne peuvent pas chanter et qui ne chanteront jamais. Ceux qui ont la chance de pouvoir chanter, même si c'est dans leur salle de bain, devraient en être heureux. Parce que c'est déjà quelque chose. C'est pareil dans la danse. Danser, chanter, c'est la nature humaine. Les gens heureux, ils chantent et ils dansent naturellement. Ils ne se disent pas qu'ils veulent devenir une vedette. Alors chantons, dansons et soyons heureux de pouvoir le faire. Et si après, par bonheur, on peut en faire un métier, alors, c'est formidable! Je dis toujours aux artistes : « ne vous plaignez pas de pouvoir faire un métier d'une chose que vous aimez faire », parce qu'il y a tellement de gens qui aimeraient faire le métier de ce qu'ils aiment et qui ne le font pas! Nous, on a la chance au départ de pouvoir faire le métier qu'on aime. Si en plus, on peut en vivre, c'est le grand bonheur... mais ce n'est pas une finalité. On ne chante pas et on ne danse pas pour gagner sa vie, on chante et on danse parce qu'on aime çà, parce que c'est notre bonheur. Si ce bonheur peut être doublé d'être reconnu, c'est la bénédiction. Mais ce n'est pas l'essence. Et dieu seul sait que je trouve tout à fait normal que l'on paye les artistes, ne nous méprenons pas! Personnellement, je chante parce que j'aime chanter, parce que j'ai toujours aimé chanter.
Quand vous faites une fête chez vous, les gens chantent. Ils ne se demandent pas « mais est-ce que je vais faire une carrière? » Quand vous voyez des jeunes qui dansent par plaisir, ils ne veulent pas tous devenir danseur étoile à l'Opéra de Paris !! Si ils peuvent le faire en plus, tant mieux. Merci la Vie!
Merci la vie qui donne la chance, le bonheur à des gens de pouvoir vivre de ce qu'ils aiment faire. Mais on sait bien que ce n'est pas permis à tous.
Alors, chantez, dansez pour vous si vous ne pouvez pas le faire pour les autres!

Si je vous posais la question stupide suivante: quelle chanson emporteriez-vous sur une île déserte? Que me répondriez-vous?

Je ne sais pas... D'abord, je trouverais très très méchant qu'on m'envoie sur un île déserte et qu'on me condamne à vivre seul. Il aurait fallu que j'aie fait des choses épouvantables!! (rires) Je ne chanterais de toutes façons jamais qu'une seule chanson. Je ne pourrais pas faire autrement que de chanter toutes celles que je porte en moi. Je chanterais n'importe quoi! Une seule chanson, çà n'existe pas! Une chanson, çà ne veut rien dire. Il existe des chansons. Une chanson, c'est un cadeau que le bon Dieu ou le Diable vous fait. Après, on vit avec la chanson, on vit dans la chanson... ce n'est pas monolithique. Il n'y a pas une chanson, il y a le monde de la chanson, il y a des chansons. Si vous alliez sur une île déserte avec une seule goutte d'eau, vous mourriez de soif, c'est pareil avec les chansons.

Une dernière question : vous avez toujours chanté l'amour, vous avez un public féminin nombreux. Quel genre de séducteur êtes-vous?

C'est le paradoxe! Je ne suis pas un séducteur! (rires) Je n'ai jamais été un séducteur et je ne serai jamais un séducteur. Il ne faut pas transformer les femmes en ce qu'elles ne sont pas. Ce ne sont pas des idiotes. Quand elles sont jeunes, comme les garçons, elles ont plutôt des profils favoris. On a tous une grande attirance par la beauté et par l'intelligence des autres. Par leur charisme. Alors, je dois sans doute avoir un peu de charisme et ne pas être complètement stupide... Je dois avoir des choses qui plaisent aux dames. Mais je pense que les dames ne sont pas intéressées que par le physique. Les gamines, oui! Quand on est jeune, on n'est attiré que par le physique. Mais après quand une femme devient ce qu'on appelle une femme, (mais c'est valable aussi pour les hommes) c'est différent. On ne s'attache pas à quelqu'un que pour son physique. Alors ne faisons pas aux femmes le procès de croire qu'elles n'aiment que les hommes beaux. Mais elles les aiment aussi, c'est certain, mais elles n'aiment pas que çà!

Propos recueillis par IdolesMag le 10 mars 2010.

-> Site officiel de Monsieur Charles Dumont : charlesdumont.free.fr

 

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