Interview de Alec Mansion (Leopold Nord & vous)

Propos recueillis par IdolesMag.com le 25/03/2010.
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Alec Mansion - © photo Gédébé DR

Alec Mansion nous reçoit, accompagné de son amie Desireless dans un studio d'enregistrement de la banlieue Bruxelloise. Alec Mansion, c'est évidemment (avec ses frères) le groupe « Léopold Nord & Vous », inoubliables interprètes du tube « C'est l'amour » en 1987. Alec nous expliquera que « C'est l'amour » est né d'un gag à l'époque! Il nous parlera aussi de sa carrière riche et variée, entre les frères Mansion et sa carrière solo, et reviendra sur ses trois participations au concours Eurovision, un peu malgré lui... Nous parlerons aussi évidemment de son nouvel album « Léopold Nord & Eux » qu'il a enregistré avec certains de ces amis des années 80, produit par 604 internautes-producteurs. Un album un brin nostalgique et pourtant bien actuel qui est en passe de devenir un classique. C'est un artiste extrêmement talentueux et disponible que nous avons eu la chance de rencontrer. Pour le paraphraser, on pourrait dire que « ce mec est un héros »!...

IdolesMag : Comment avez-vous débuté dans la musique?

Alec Mansion : Mes parents sont des musiciens issus du classique. Mon père était contrebassiste, il est décédé maintenant. Et ma mère était violoniste. Et j'ai fait le conservatoire par logique puisque mes parents étaient musiciens classiques. Mais après, j'ai vite « mal tourné » et j'ai fait des groupes de rock avec mes copains quand j'avais 15 ans.

Ensuite vous enchaînez avec des projets plus « costauds », si je puis dire...

On faisait beaucoup de musique avec mes frères. Nous étions six dans la famille! On s'amusait avec mes frères à monter des groupes. En 1980, j'ai rencontré Marc Moulin, producteur de Lio et du groupe Telex, qui a bien accroché sur mes maquettes à l'époque. Il m'a produit pendant deux albums dans un style chanson française électronique. C'était très branché, un peu avant-gardiste. On était les premiers à utiliser des synthés et des sons électroniques. Mais nous n'avions qu'un succès d'estime. On passait un peu en radio mais ce n'était pas connu...

Et en 1987, « Léopold Nord & Vous » se crée...

En 1987, j'ai décidé de monter un groupe avec mon frère Benoît. On l'a appelé « Léopold Nord & vous » par dérision parce que Benoît s'appelle en réalité. Benoît Léopold. On faisait un peu de musique brésilienne. On aimait l'idée que « Léopold Nord » chante le Sud! (rires) En fait, « Léopold Nord » est né comme çà, c'était un gag au départ...

Un « gag »?

Oui, mais on ne savait pas qu'on ferait un tube : au départ, c'était vraiment parti d'un gag!... C'était une déconnade entre frères, rien d'autre...

Un « gag » qui a fait un tube très emblématique, tout de même!... Comment est née « C'est l'amour »?

C'est une histoire de fou!
J'étais parti en Angleterre enregistrer un album en anglais avec le guitariste de Kim Wilde. Et cet album en anglais n'a jamais vu le jour parce qu'il ne plaisait pas aux maisons de disques... çà n'a pas déclenché de signature... J'ai donc décidé d'enlever les voix en anglais sur une des chansons. J'ai changé la mélodie, et ajouté un texte français. Ce texte, on l'a fait avec mes frères en 10 minutes dans un studio, un peu en déconnant... Et c'est devenu « C'est l'amour ». J'avais envie de faire une chanson un peu du style de « Y d'la Joie » de Charles Trenet, un truc un peu « Youp la Boum »... Et cette maquette, avec des voix témoins, a été signée à Paris! Ils n'ont pas voulu qu'on change le texte... Ils ont gardé la maquette telle quelle et c'est devenu « C'est l'amour ».
Mais l'orchestration était tout de même extraordinaire et très travaillée vu que nous l'avions enregistré à Londres dans de très bonnes conditions avec d'excellents musiciens. Mais tout ce qui est voix, c'est vraiment une prise de un quart d'heure en studio. Sur un texte écrit sur le coin de la table...

Vous n'aviez pas du tout anticipé « C'est l'amour » alors...

Ah non, c'était tout à fait anarchique. Rien n'avait été prévu à l'avance!

Et après « C'est l'amour »... Que se passe-t-il?

On a fait d'autres titres qui ont moins bien marché. Mais tout est relatif... Parce que aujourd'hui quand on vend un peu de disque, on trouve çà formidable... mais nous, à l'époque, les disques qui ont moins bien marché, on en a vendu tout de même plus de 200 000 exemplaires!! « Des filles et du Rock'n'Roll » a plus ou moins bien fonctionné aussi, mais bien entendu, moins connue que « C'est l'amour »...
On a donc arrêté les festivités! Pour nous, « C'est l'amour » était un gag, on n'avait rien prémédité... on n'avait pas d'album. Et on ne voulait pas rentrer dans le système des maisons de disques qui voulaient qu'on ressorte la même chose que « C'est l'amour ». Parce que c'est impossible, çà ne se commande pas.

Ensuite, vient l'aventure des Frères Mansion?

On a donc fait plein d'autres chansons qui ont pas mal marché en Belgique d'ailleurs, comme « On en a marre », « Les Travaux de la Ferme »,... Ces chansons ont marché sous un autre nom, nous nous appelions alors les Frères Mansion. On voulait prendre le contre-pied du côté hyper commercial de « C'est l'Amour ». On ne le reniait pas du tout, mais çà ne ressemblait pas vraiment à ce que nous faisions... « On en a marre » est même devenu un hymne en France! C'était l'hymne des infirmières en grève! Çà se prêtait bien à plein de manifs. (rires)

Ensuite, vous entamez votre carrière solo.

Oui, ensuite, on a décidé chacun de reprendre notre bâton de pèlerin. On s'était bien amusé, mais nous avions envie chacun de reprendre nos carrières solo en mains. J'ai alors chanté « Cette femme est un héros ».

Qui est d'ailleurs une chanson magnifique!

C'est gentil! (rires) « Cette femme est un héros » a très bien marché en Belgique (elle est devenue disque d'or) et a fait aussi l'objet d'un album, « Vivement Demain ». Qui est un album plus personnel, moins dans la dérision.

Vous avez aussi eu d'autres activités, je pense.

Entre temps, j'ai passé énormément de temps en studio à faire de l'habillage antenne. C'est-à-dire que j'ai fait pas mal de jingles et de génériques pour la radio et la télé (RTL TVI et la RFTB en Belgique, mais aussi M6 en France et RTL Luxembourg). J'ai aussi fait beaucoup de pubs, en créant des musiques pour certaines marques. C'est un boulot plus commercial mais qui me plaisait bien parce que çà m'a permis de rester créatif dans ces années où je faisais moins de chansons.

Récemment, il y a eu l'aventure « Pop Show » aussi...

En 2004, j'ai monté un groupe, qui s'appelait « Pop Show » et dont l'idée était de se passer du disque  et faire une tournée. On a fait une tournée en prenant tous les soirs une chorale différente! J'ai toujours adoré faire des chansons dans lesquelles il y a plein de voix. Comme il y a une crise dans le marché du disque, j'ai voulu relever le défi de faire des concerts sans sortir de disque. On a donc tourné dans tous les petits villages de Wallonie, en prenant des chorales locales comme choristes. C'est un truc de fous! Parce que c'était à fonds perdus. Il n'y avait aucun marketing, aucun soutien radio... C'était complètement artisanal. Mais çà a très bien marché!! On faisait parfois des salles de 70 personnes, et le lendemain des salles de 900 personnes. On a même joué au Forum de Liège. On l'a fait dans l'esprit de se lancer un défi contre la morosité dans laquelle était le milieu du disque.

Puis, il y a eu l'aventure « Party 80 »...

Oui, on m'a proposé de rentrer dans cette tournée qui regroupe tous les artistes des années 80. L'idée est venue de Olivier Kaefer. Il a eu l'idée de nous réunir tous sur un même plateau, c'est un peu l'idée d'un « concert-compil' »! Cette tournée n'était absolument pas prévue dans ma vie (ni dans celle des autres artistes d'ailleurs). C'est un peu les années 80 qui nous ont rattrapés! Mais cette tournée a donné naissance à plein d'amitiés entre les artistes...

Album Léopold Nord & Eux - © photo DRComment est venue l'idée de « Léopold Nord & Eux »?

Nous nous retrouvions ensemble pendant des heures (interminables) à sillonner la France... On faisait connaissance, on rigolait bien! Et donc j'ai eu l'idée au départ de faire une chanson avec Jean-Pierre Mader (« Bruxelles-Toulouse »). On ne se disait absolument pas que nous allions faire un buzz, nous l'avons fait par plaisir. Mais « Bruxelles-Toulouse » est devenue un vrai tube dans notre bus! Les autres artistes trouvaient çà sympa aussi. Alors, petit à petit, je me suis amusé à demander à chacun de mes potes s'ils étaient d'accord de s'embarquer dans une idée plus large de faire un album de duos... Tout le monde a trouvé çà marrant. J'ai donc tiré mon studio derrière moi pendant deux ans. J'installais tous les soirs mon studio dans la chambre d'hôtel pour pouvoir faire des maquettes. Il faut bien se rendre compte qu'on avait beaucoup de temps à tuer... Dans une tournée comme çà, c'est très long! On chante le soir, deux ou trois chansons, mais en dehors... il faut s'occuper!!

C'était presque une question de survie pour vous de créer un album?

Oui, j'ai eu besoin de trouver une survie mentale dans cette ambiance là. Parce que j'attendais toute la journée pour chanter 3 minutes sur scène... et en plus la chanson en question date d'il y a 20 ans! Je me sentais un peu étouffé, en fait... J'ai eu besoin de rebondir et de faire quelque chose d'autre. Et c'est comme çà que j'ai commencé à écrire des textes dans le bus, sur le coin des tables, dans ma chambre d'hôtel... On a essayé de faire plein de trucs. Et nous sommes arrivés à faire un album complet avec quelques uns des grands acteurs des années 80, des voix qui ont marqué cette époque-là. Sans que tout le monde n'y soit... mais ce n'était pas possible! On m'a demandé plusieurs fois « pourquoi il n'y a pas untel ou unetelle? ». C'était aussi une question d'affinité entre nous. Mais en fait, on a fait çà avec la première mouture de la tournée. Avec les artistes qui ont lancé le succès de cette tournée...

Et le succès est au rendez-vous!

Maintenant, voir qu'il y a un réel engouement en radio pour les chansons de cet album, c'est une très bonne surprise pour tout le monde! Ce n'était pas gagné d'avance. Ce n'est pas un truc qui a été marketé. Il n'y avait pas une grosse maison de disques derrière avec la grosse machinerie, rien de tout çà...

Vous avez été justement produit par les internautes sur Akamusic. Que pensez-vous de ce genre de site communautaire?

Je trouve çà super! La grosse nouveauté dans ce système-là, c'est qu'on est en prise directe avec le public. Il n'y a plus ce rapport avec la maison de disques qui nous dit : « Telle radio aime bien », « Telle autre, pas », etc... Avant c'était comme çà : L'artiste faisait un disque, puis il restait chez lui en attendant que le téléphone sonne. Il n'avait aucun contact avec le public. Et maintenant, grâce à ce système de sites comme Akamusic, on a cette relation immédiate avec le public. On peut sonder tout de suite s'il y a un intérêt des gens ou pas... Dans mon cas, çà a été assez incroyable, parce que soyons honnêtes, au départ, je ne croyais pas trop à ce système. Et je me demandais si mes chansons allaient intéresser quelqu'un... Et justement, la bonne idée (qui vient de Jean-Pierre Mader) a été de mettre le projet sur Akamusic. Sans savoir si les radios allaient suivre, on a eu plein de gens qui  se sont inscrits en tant que producteurs. Et c'est çà qui a permis à l'album de se faire!

En parlant de sites comme Akamusic, je ne peux m'empêcher de vous demander quel regard vous portez sur votre métier aujourd'hui, avec l'arrivée des nouvelles technologies.

Je ne suis pas attaché à tout çà. En fait, c'est la création qui m'intéresse. Je n'ai aucune nostalgie des objets. Que la musique soit en plastique, sur un vinyle, ou en gyproc (rires), peu importe! C'est le contenu qui compte. C'est l'artiste, ce qu'il est et ce qu'il fait qui m'importe. La seule chose que je regrette, sans que ce ne soit de la nostalgie, c'est qu'avant quand on achetait un album, on se mettait devant sa chaîne Hi-Fi et on regardait le livret. On lisait les paroles, on rêvait sur les images... on regardait les crédits pour voir qui avait joué dessus, etc...  Maintenant, avec un MP3, ce n'est plus la cas! On regarde son ordi  et on écoute la musique en faisant autre chose. C'est peut-être le seul regret que j'ai, c'est que la musique soit devenue très volatile. Mais ceci dit, c'est compensé par la très grande consommation de musique aujourd'hui. Donc, on ne peut que s'en réjouir. Même si tout le débat du téléchargement gratuit a bien entendu sa raison d'être!

Quel est votre point de vue sur le téléchargement illégal?

La gratuité de la musique, c'est un peu une manipulation des hommes politiques... Il y a un gros mensonge sur la gratuité de la musique. On nous dit partout « Venez au concert gratuit »! » « Achetez un abonnement internet et on vous offrira 10 morceaux gratuits »... C'est de la manipulation commerciale! On aime bien dire que la musique est gratuite, çà fait de la pub. Mais la musique a un coût! Çà coûte de l'argent. Venir poser sa voix en studio, ou jouer sur une guitare, çà coûte de l'argent. Fabriquer un disque aussi. Et le distribuer dans les magasins aussi... Maintenant, je pense qu'il ne faut pas diaboliser le petit mec de 12 ans qui télécharge de la musique chez lui et qui prend ce qui est à sa disposition. Où le système est vicieux, c'est que ce sont les fournisseurs d'accès qui offrent une musique qui ne leur appartient pas en se cachant derrière des slogans qui disent « Aidez les musiciens ».  Le commerce est caché partout...

Votre métier a évolué énormément en quelques années.

Mon regard sur l'évolution de mon métier, c'est qu'il y a deux mensonges : le premier, c'est la gratuité de la musique. Et le deuxième, c'est le mensonge de la télé-réalité qui prétend lancer des artistes mais qui en réalité ne fait de l'argent qu'avec la téléphonie!

Je n'ai rien contre le fait que les gens envoient un SMS pour voter pour tel ou tel artiste, mais il ne faut pas tromper le spectateur. On ne lance personne en fabriquant des artistes jetables qui deviennent star du jour au lendemain. Et puis on les démolit le lendemain...

Maintenant pour résumer : que la musique se trouve sur un vinyle, sur un lecteur MP3 ou dans un rouge à lèvres, peu importe! L'important, c'est qu'elle existe, qu'on l'écoute et qu'on l'aime...

Une dernière question... Vous avez écrit plusieurs chansons sur l'Eurovision. Quel regard portez-vous sur l'Eurovision?

Ce sont chaque fois des hasards! (rires) Je me suis retrouvé trois fois à l'Eurovision, sans jamais l'avoir voulu. Mais à chaque fois, çà a été très amusant à faire. Mais il ne faut pas croire que c'est un sport pour moi... je ne cours pas après l'Eurovision!
La première fois, c'était avec Plastic Bertrand avec une chanson improbable qui était presque perdue au fond d'une cassette. Son producteur l'a retrouvée et on m'a contacté une semaine avant en me disant que je dirigerais l'orchestre. J'ai dit oui, parce que çà se passait à Bruxelles pas loin de chez moi. C'était totalement kitch! Plastic était habillé tout en rose, et moi, je dirigeais l'orchestre avec une baguette rose que ma femme avait peinte avec du vernis à ongles!! (rires) C'était vraiment de la dérision.
La deuxième fois, c'était avec Frédéric Etherlinck, qui est le petit fils de l'écrivain Maeterlinck. C'était une chanson que j'avais co-écrite avec un ami, Pierre Theunis, « La voix est libre ». Là, nous étions en Irlande à Dublin. Çà m'a donné l'occasion de diriger l'orchestre de la radio irlandaise, qui jouait avec Wet Wet Wet à l'époque. Ce sont 60 musiciens de top qualité! L'expérience était fabuleuse, on a même pu rencontrer U2. Et le fait de jouer devant 300 millions de gens pendant 3 minutes, je trouvais çà vraiment marrant à faire! J'adore aussi tout ce qu'il y a autour de l'Eurovision... On est escortés par des motards, on a visité tous les sites Irlandais... C'est une ambiance de folie!
La dernière fois que j'ai participé à l'Eurovision (mais pas en tant que chef d'orchestre), c'était en 2005. Nous avions écrit une chanson avec Frédéric Zeitoun. C'était parti d'un pari entre Fred et moi. Un jour, nous étions dans un resto à Bruxelles et il m'a dit « J'ai un vieux fantasme : c'est de faire l'Eurovision! ». Je lui ai souhaité « Bonne Chance ». Et il m'a lancé le pari d'écrire une chanson pour l'Eurovision et d'être sélectionné... On l'a finalement fait : le soir même, on rentre au studio et on a écrit une chanson qui s'appelait « Le Grand Soir », l'histoire d'un mec qui passait à l'Eurovision... On a trouvé un chanteur qui est un mec super doué, c'est Nuno Resende. Il est phénoménal, il y a une voix incroyable. J'ai donc proposé la chanson à Nuno. Il est venu essayer la voix en studio, on a envoyé la maquette à la présélection et... on a été sélectionnés!

On va croire que j'ai la clé pour rentrer à l'Eurovision... Mais ce n'est absolument pas vrai !!
Ce qui est dommage avec l'Eurovision aujourd'hui, c'est qu'on confonde parfois un concours de chanson avec un concours de déguisement! Ce qui n'était pas le cas avant... Prenons l'exemple d'un Johnny Logan ou Philippe Lafontaine, à leur époque on jugeait la qualité de la chanson!

Propos recueillis par IdolesMag le 25 mars 2010.

 

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