Interview de Fabienne Thibeault

Propos recueillis par IdolesMag.com le 30/01/2010.
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Photo de Fabienne Thibeault - © Luc Dehon DR

Fin janvier, fin d'après-midi, il fait froid, il neige... On se croirait presque au Canada!
Nous avons rendez-vous avec Fabienne Thibeault. Fabienne nous reçoit chaleureusement avec la gentillesse et la disponibilité qui la caractérisent. Nous parlons de ses débuts dans Starmania, bien évidemment, mais aussi de son actualité, entre écriture, animations « agricultuelles » et projets théâtraux. Elle nous parle aussi de ses ateliers, dont celui de Gagny qui a vu naître Marie Luy, la jeune finaliste de la première saison de X-Factor...

IdolesMag : Vous avez passé votre enfance au Québec. Pouvez-vous nous raconter comment se déroulaient vos hivers?

Fabienne Thibeault : Je suis née à Montréal, fille et petite-fille de maçon. Mon père avait une petite entreprise en construction et réparation. Et je suis aussi petite-fille de cultivateur. Donc, je viens d'un milieu très simple et d'une famille nombreuse avec beaucoup de cousins et cousines. Je passais tous mes étés chez mes grands-parents à la campagne, ainsi que toute la période des fêtes. Donc, mes hivers, surtout le temps des fêtes, c'est vraiment la chaleur humaine, les grands repas de famille. La chanson le soir... C'est presque romanesque si vous voulez.
L'hiver c'est aussi quand j'allais à l'école, l'attente de l'autobus au coin de la rue par -20°C avec le vent qui vous fouette le visage. Ce sont les journées où on ne va pas à l'école parce qu'il y a une trop grosse tempête de neige et que tout est fermé.
L'hiver est une saison très puissante au Québec qui détermine beaucoup de choses dans notre quotidien. C'est aussi une saison pendant laquelle les petits enfants jouent au hockey dans la rue, pendant laquelle on aime patiner... C'est une saison avec laquelle on s'accommode assez bien en fait.

On vous a découvert dans le rôle de Marie-Jeanne dans Starmania. Quels sont vos plus beaux souvenirs de cette époque-là?

Tout d'abord la très grande complicité qui unissait les artistes et les interprètes avec Luc Plamondon et Michel Berger, qui étaient vraiment très proches de nous et qui étaient très amis. Michel Berger et Luc Plamondon avaient vraiment beaucoup de complicité, beaucoup de confiance l'un en l'autre. Ce qui était assez remarquable car ils étaient d'origines différentes. Parce que on a beau parler la même langue, on n'a pas la même mentalité. Les Québecois sont très « Nord-Américains » dans leur façon de procéder, alors que Michel Berger était très Français et très Européen. Il venait d'un milieu assez aisé, alors que Luc Plamondon venait d'un milieu très simple, un milieu paysan. Mais ce fut une rencontre exceptionnelle entre ces deux hommes. Ils s'aimaient (j'emploie le terme aimer à dessein) profondément. Et je sais que quand Michel est parti, pour Luc çà a été un drame. Il m'a dit qu'il ne s'en remettrait jamais, que Michel lui manquerait toujours. Ils avaient d'ailleurs encore des projets ensemble...
Starmania, c'est aussi évidemment le souvenir de Daniel Balavoine qui illuminait le spectacle par le timbre de sa voix exceptionnelle.
Starmania, c'est aussi ce qu'on retrouve un peu dans la tournée « Age Tendre et Têtes de Bois », la vie de troupe, le plaisir de travailler ensemble. Avec parfois des petits moments difficiles et puis qui passent. C'est un métier qui a ses avantages mais qui est très stressant. Parce que le rapport au public et au succès est très fragile. Tout çà est très fragile...
Avec Starmania, ce qui était formidable, c'est qu'on a mis au monde la première grande comédie musicale moderne. Avant Starmania, il y avait eu « La Révolution Française », qui avait remporté un très grand succès, et « MayFlower ». Après, il y a eu « Notre Dame de Paris » ou « Roméo et Juliette ». Souvent les comédies musicales traitent de thèmes historiques. Alors que Starmania était vraiment une création pure. Et çà, je dois dire que c'est assez exceptionnel. Je ne dis pas que c'est facile d'écrire une oeuvre à partir d'une oeuvre littéraire. Mais il y a le support, la crédibilité de l'oeuvre, la force de l'histoire qui sont déjà là. Starmania était, elle, totalement une oeuvre de création. Et çà, je dois dire que c'est assez exceptionnel...

Et musicalement aussi...

Effectivement, la modernité des textes de Luc et Michel qui était un mélodiste extraordinaire, et qui a trouvé dans Starmania une conjonction assez rare de musique romantique et tendre, et de musique rythmée. Je trouve que c'est une des très grandes réussites de Starmania. Les musiques rythmées et les ballades coexistent très bien.

Et 30 ans après, c'est toujours aussi moderne...

Oui, c'est toujours aussi dans le coup. Et encore plus! Ce que çà raconte, c'est tout à fait le monde dans lequel on vit actuellement: l'omniprésence des médias, l'argent, le pouvoir, le Star System, le refus de vieillir et l'homosexualité... qui enfin a droit de cité. C'est une oeuvre qui anticipait les problématiques actuelles.

Avez-vous des anecdotes de cette période à nous raconter? Par exemple, vous recroisez actuellement Framboise de « La bande à Basile » sur la tournée « Age Tendre et Têtes de Bois »... [NDLR Framboise était la doublure de Nanette Workman / Sadia]

Framboise était une amie de Michel Berger. C'était la choriste préférée de Michel. Il avait une totale confiance en elle. Donc elle était de l'aventure du disque et du spectacle. Elle a fait plein de seconds rôles et elle était doublure de Nanette Workman. Donc, avec Framboise, çà fait 33 ans qu'on se connaît. C'est drôle! Tout à l'heure au catering, elle a dit une phrase, et cette phrase m'a rappelé un extrait de Starmania live. Je suis allée à côté d'elle et je lui ai chanté un extrait et elle m'a dit « Mais qu'est-ce que c'est ? ». Et je lui ai répondu « Mais c'est dans Starmania ». Elle me dit « Mais qui chantait çà? » et je lui ai répondu « Mais c'est toi! ». « Ah bon! » Et on a éclaté de rire. Comme quoi, avec le temps on oublie certaines choses, et puis quand on est devant quelqu'un on a des réminiscences comme çà...
Je me souviendrai toujours d'un soir où il y avait eu un cocktail entre les deux représentations du jour. Nanette [Workman] avait fait des séances en studio la veille et n'avait pas dormi de la nuit. Et elle avait un peu trop bu... sans s'en apercevoir! Entre les deux spectacles, elle vient me voir et elle me dit « Darling, je ne sais pas comment je vais faire pour monter sur scène »... Elle ne tenait plus debout. Et c'est Daniel et moi qui l'avons montée sur nos épaules. Dans Starmania, on avait un décor qui montait. Et à l'arrière il y avait plusieurs marches pour accéder au haut du décor. Avec Daniel, on l'a hissée sur scène. Et après, devant les 4000 personnes et elle a été divine.
Parfois certains artistes vont être dans un état lamentable en coulisses, fatigués, etc... et la scène, c'est comme un miracle. Parfois on a mal quelque part et on monte sur scène, on n'a plus mal et quand on sort de scène, on a de nouveau mal... La scène, c'est comme une bulle.
Vous voyez, on a des souvenirs formidables de Starmania, les répétitions, les petites chamailleries qui se règlent, les crises de larmes... enfin, bref, tout ce qui fait la vie d'une troupe.

Vous qui avez participé à Starmania, que pensez-vous des comédies musicales actuelles?

Je trouve qu'il y a des productions assez remarquables. Ils ont des costumes et des décors fabuleux. Mais je pense que la plupart doivent beaucoup à Starmania. Personnellement, sans que ce ne soit un jugement, je trouve que musicalement, c'est un peu faible. On ne trouve pas des Berger à tous les coins de rues!...
Ce qui est formidable dans Starmania (et c'est du fait des créateurs) : c'est la perfection des titres. Quand on prend chaque titre de Starmania, et qu'on l'extrait de son contexte, çà tient toujours. Ce qui n'est pas toujours le cas des comédies musicales où un titre à l'intérieur de la comédie, çà va... mais si vous le sortez... çà tient moins la route! Là, ce n'est pas le cas.

Travaillez-vous beaucoup votre voix?

Un petit peu... Je fais un peu de vocalises et de mise en forme. Mais malheureusement, je n'ai pas beaucoup le temps. Je fais quand même un peu de méditation tranquillement. Je fais aussi quelques mouvements de Qi Gong chinois qui permettent d'ouvrir le processus respiratoire. J'ai pas mal d'activités en dehors du spectacle : j'enseigne, je m'occupe aussi beaucoup d'agriculture. Tout çà m'occupe pas mal. Et là, je suis en train d'écrire un bouquin, que je vais terminer bientôt...

Pouvez-vous nous en parler un peu plus?

En ce moment, je suis en train de terminer la rédaction d'un récit. Mon père est décédé en 2003. J'étais présente à ses côtés et c'est moi qui l'ai assisté dans ses derniers moments. Dans ma tête et dans mon coeur, j'ai senti comme une espèce d'obligation, même si le terme est mal choisi, de témoigner de sa vie. Je suis donc en train d'écrire un récit familial sur trois générations de ma famille; de la campagne à la ville. Je raconte un peu comment, entre 1930 et 1960, des générations de paysans ont quitté la campagne pour venir en ville. Ce qui a occasionné des changements de vie assez importants. J'ai envie de parler aussi de la pauvreté des gens de la campagne, de leur dignité dans le travail... Ce livre devrait normalement être édité à l'automne. Il s'intitulera « Une famille Canadienne Française ». J'ai la chance d'avoir plusieurs personnes qui m'aident, dont une dame qui est professeur de littérature qui porte un regard sur mon écriture. Et qui m'aide surtout pour des détails, comme la ponctuation, la mise en page... Et qui dit que... j'écris bien! Donc voilà... il faut bien comprendre que ce n'est ni un récit « showbusinestique », ni un livre « people ». Peut-être que je le ferai un jour, je n'ai rien contre. Mais là c'est plus une saga familiale, basée sur du réel, sur mes souvenirs et ceux de ma mère.

Vous avez décidément beaucoup d'occupations...
L'année dernière, vous êtes montée au théâtre. Quelle sensation avez-vous ressentie? Est-ce différent d'un spectacle de chanson?

Soyons clair, il s'agissait d'une comédie de Bruno Druart [NDLR « Tout feu, Tout femme », une comédie de Bruno Druart, mise en scène de Jean-pierre Dravel et Olivier Macé, avec Fabienne Thibeault, Pascale Petit, Claudine Coster, Corinne Darras, Line Michel et Christophe Abrial]. Une comédie sympathique avec une jolie histoire, écrite pour nous. Çà leur a donc permis de cerner mon personnage, de me permettre d'être Québecoise dans la pièce. Je sais que certains acteurs qui s'attellent à de grandes oeuvres classiques vont perdre jusqu'à 2 ou 4 kilos lors d'une représentation. Je suis d'accord qu'on n'a joué ni du Molière, ni du Racine, ni du Shakespeare, mais j'ai trouvé çà très peinard, même si j'ai trouvé cette expérience très enrichissante.

Plus peinard que la chanson?

Oui, nous en chanson, on doit arriver dans l'après-midi avec la technique pour faire les balances... Alors qu'au théâtre, on arrive en fin d'après-midi, on prend nos places, on fait deux, trois petits essais de voix et puis voilà. J'ai trouvé qu'au niveau du quotidien, c'est plus facile à gérer et moins fatigant qu'un spectacle de musique. Mais encore une fois, il y a des oeuvres qui sont épuisantes et dans lesquelles les acteurs se retrouvent complètement exsangues et crevés à la fin... Je suis bien consciente que nous avions une pièce légère. Je ne voudrais pas que les gens croient que tous les comédiens se la coulent douce!

Et le rapport avec le public?

Très bien, très sympathique. C'est plus direct. Parce qu'il n'y a pas le filtre de la sono et de la technique. J'ai trouvé çà bien agréable, surtout quand vous vous demandez si vous allez faire rire... Dans le cadre d'une pièce comme la nôtre, quand çà marche, je vous jure que... [soupir de relâchement]. Vont-ils rire? Et bien oui, ils rient : OUF! Parce qu'une pièce comique, quand les gens ne rient pas... c'est long! (rires) C'est très long!!
Nous avions la chance d'avoir un auteur de qualité et une très bonne mise en scène... bref, une équipe de pros!

Çà vous dirait de recommencer?

Oui, oui... j'ai eu une idée, je ne sais pas si çà va se faire... mais peut-être que le fait de vous en parler va nous porter chance! J'ai rencontré Sonia Dubois l'autre jour et en la regardant, j'ai trouvé qu'on se ressemblait un peu : deux femmes rondouillettes et je me suis dis que ce serait marrant d'écrire une pièce originale dans laquelle nous jouerions le rôle de deux soeurs qui se sont perdues de vue depuis leur naissance et qui se retrouvent. L'une est Québecoise et l'autre Française. Je lui en ai parlé et elle a trouvé que ce serait une jolie idée... Encore une fois, je resterai sur le registre de la comédie parce que je n'ai pas de formation théâtrale, je n'ai pas de métier... je pense que la comédie, même s'il est difficile de faire rire, est plus à ma portée que le grand texte classique.
Et tant que le public répond présent, c'est le principal...

Revenons à la chanson, si vous le voulez bien.
Pouvez-vous nous parler un peu de votre spectacle « Le Sax et la Voix »

C'est le spectacle que j'ai monté avec mon mari, le saxophoniste Jean-Pierre Debarbat. Ce sont des chansons extraites de mon album « Made In Québec » et de « Starmania ». On fait du Starmania un peu plus jazzy. Il [Jean-Pierre Debarbat] a fait tout un travail un peu Jazz autour de l'oeuvre de Berger.

Vous avez enregistré en 1992 une chanson, « Why are the colours? », écrite par Valérie Kaprisky. Comment est née cette collaboration?

A l'époque, Valérie était très amie avec un garçon qui était réalisateur de disques et on a fait un album qui s'appelait « Sur ma Voie » avec Jean-Pierre Debarbat dans lequel il y avait deux ou trois textes de Valérie. C'était très agréable, elle écrit très joliment. Malheureusement, ses textes étaient en anglais, et je suis quelqu'un qui défend le Français à tout va, comme vous le savez! Mais comme les textes étaient jolis et qu'il y avait une couleur musicale qui me plaisait bien, un peu irlandaise, on les a enregistrés. Valérie est très disponible, charmante et très agréable...

On en a parlé tout à l'heure, vous avez fait du théâtre. En parlant de Valérie Kaprisky, avez-vous des envies de cinéma?

J'en ai fait un tout petit peu! En fait, j'ai joué une scène dans le premier film d'Amanda Sthers qui est sorti l'automne dernier et qui a eu un succès moyen, mais qui était un joli premier film qui s'intitulait « Je vais te manquer » avec Michael Lonsdale et Monique Chaumette [avec aussi Carole Bouquet, Pierre Arditi, Fred Testot et Patrick Mille NDLR]. Je jouais une scène avec Monique Chaumette qui, dans le film, était à Montréal. Je jouais la copine de Monique Chaumette qui va chez le coiffeur et qui se demande si sa coiffure va plaire à Michael Lonsdale qui était son ancien amoureux, qu'elle retrouve 45 ans plus tard. C'était une expérience bien agréable. Ma fille a aussi joué dans le film, elle a fait un peu de figuration. Je retenterais l'expérience avec beaucoup de plaisir.

Tout à l'heure, on a évoqué le fait que vous donniez des cours. Comment cela se passe-t-il?

Je ne donne pas de cours de chant, je n'ai pas la formation pour. L'organe vocal d'une personne, c'est très délicat. On ne peut pas donner des cours de chant comme çà, de façon intempestive, il faut avoir une certaine expérience. Alors, moi, ce que je fais, c'est que je travaille avec des villes, des collectivités ou des communautés d'agglo qui m'engagent pendant 18 mois ou deux ans pour animer des chantiers culturels collectifs. Le but est d'inciter les citoyens, les associations, les écoles à se regrouper pour préparer des spectacles dans lesquels les citoyens sont des acteurs culturels et non des consommateurs culturels. Les gens s'inscrivent seuls ou en groupe et on a des répétitions régulières pendant lesquelles j'aide les gens à choisir des chansons, à les mettre en confiance, je les mets en scène, je crée des fils conducteurs, je suis une espèce de meneuse de revue et là, selon les circonstances, la ville engage un professeur de chant qui m'assiste pour les faire bosser vocalement. En fait, je fais plutôt du coaching. Je trouve des idées, des thèmes... Je prépare la technique, je les mets en scène et en confiance. J'essaye d'aller chercher au fond des individus ce qui est leur force vive et qu'ils ne voient pas nécessairement. Je les emmène en tournée, je les aide à se déplacer.
Là, j'ai monté un spectacle sur Starmania avec une troupe de 12 qui sont issus de mes ateliers à Gagny, en Seine-Saint-Denis, dont Marie qui a été finaliste lors de la première édition de X-Factor [NDLR : diffusé fin 2009 sur W9 en France et RTL-TVI en Belgique]. Alors, évidemment, pour X-Factor, le but, c'est de montrer que les candidats sortent de nulle part... et que sans eux, ils n'auraient rien fait, qu'en dehors de la télé, rien n'existe. Alors que j'ai formé Marie depuis ses 10 ans et demi. Je suis très fière d'elle. J'étais d'ailleurs présente à la finale.

Parlez-nous un peu de Marie Luy...

Elle est arrivée toute gamine, avec ses petites couettes. Avec des parents absolument charmants. Depuis l'âge de 10 ans, elle dit qu'elle veut être chanteuse. Donc, quand certaines personnes ont eu l'indélicatesse de dire que ses parents la poussaient à outrance, laissez-moi vous dire que c'était tout le contraire... Elle veut être chanteuse depuis l'âge de 10 ans...
Pour moi la télé, en voulant tout mettre en scène et tout inventer, passe à côté de tout, à côté de toutes les vraies histoires. Et elle invente moins bien que le réel. Les productions racontent ce qui peut faire leur affaire et surtout ce qui leur permet d'être un point d'intérêt. Ils aiment montrer que les gens n'ont pas d'histoire avant de passer à la télé. C'est un peu le tort de la télé...
Pour en revenir à Marie, il y a quelques années, j'ai dit à ses parents « Vous savez, à mon avis, c'est çà qu'elle veut faire, on ne peut pas rivaliser ». J'ai dit à Marie « Il faut que tu aies une bonne culture générale, fais attention à ton école. Dans ce métier, il y a des hauts et des bas. C'est souvent la culture générale et nos capacités qui nous permettent de résister ». Dans notre métier, il faut avoir un peu de recul sur les choses... pouvoir faire autre chose en attendant de revenir à la chanson. Mais ses parents, Emmanuel et Isabelle sont des gens formidables. Et croyez-moi, ce n'est pas eux qui l'ont poussée, c'est elle qui le veut!

Photo de Fabienne Thibeault - © Luc Dehon DR Vous êtes très attachée à notre terroir. Quelles sont les régions que vous aimez le plus, et pourquoi?

J'aime toutes les régions. Ce que j'apprécie, c'est la personnalité inhérente à chaque région. Çà va de l'architecture des bâtiments aux produits de la table, en passant par les productions agricoles, par la musique. Ce que j'aime c'est l'authenticité. Peu importe la couleur que cette authenticité peut prendre. Evidemment, je suis très attachée au Perche et à l'Orne puisque c'est la région de mes ancêtres. J'aime beaucoup le nord aussi. J'aime les régions où coexistent à la fois la terre et la mer... Je suis aussi très attachée à la Haute-Provence vers Sisteron. Parce que ce n'est pas le Lubéron, çà n'a pas la prétention du Lubéron, ni de la Côte d'Azur. C'est le bas des Alpes, c'est une région très attachante. Et là-bas, je travaille avec les producteurs de pommes. Je les aide à préparer les Festives, les animations.
En fait, j'ai créé une structure de préparation d'évènements festifs sur le thème du terroir. Çà s'appelle « Les Agriculturelles ». On prépare des spectacles, je m'occupe des journalistes et de leur apporter la technique. J'aide les producteurs agricoles dans leur communication. On va chercher ensemble des budgets auprès des collectivités territoriales.

Çà demande beaucoup d'énergie tout çà...

Oui, mais vous savez, je ne suis pas vraiment chanteuse.... Je ne voulais pas être chanteuse. Je chante depuis que je suis toute petite, dans ma famille tout le monde chante. En fait, j'ai fait une maîtrise en orthopédagogie. Pendant mes études universitaires, j'ai créé un petit groupe avec des potes. Et nous sommes allés chanter dans un festival où Luc Plamondon m'a remarquée... Et voilà comment je suis arrivée dans Starmania. Je n'ai jamais passé de casting, je n'ai jamais ni écrit ni téléphoné à une production... Mais, le fait de chanter, était naturel chez moi puisque toute ma famille chantait. Je suis très heureuse de ce que la vie m'a fait faire, mais disons qu'en plus dans les années 70, ce n'était pas une époque où l'on voulait être star... çà n'existait pas! Les années 70, c'est plus une époque de contestation, de recherche de soi-même, de valeurs... On voulait transformer le monde!... Il n'y avait pas ce désir de Star System qui est très (trop) présent aujourd'hui.
Là, maintenant, j'ai dépassé la cinquantaine allègrement, donc je trouve que c'est important de ne pas rester sur ses acquis. J'ai besoin de défis. Donc l'enseignement, la création d'ateliers et tout ce travail de préparation que je fais avec les responsables agricoles me permettent d'explorer d'autres aspects de moi-même et aussi de constater la vraie vie dans laquelle les gens sont. Parce que des fois dans ce métier, on peut être un peu en dehors de la vraie vie...
Par exemple avec les producteurs, quand on prépare des évènements, il faut qu'on aille voir les collectivités pour aller chercher les budgets. Il faut qu'on se batte. Si on nous sort par la porte, on revient par le soupirail... çà me permet de rester connectée avec la vraie vie.

A propos d'agriculture, que pensez-vous de « La Ferme Célébrités »?

« La Ferme Célébrités » en Afrique du Sud, je trouve çà un peu pire que « La ferme Célébrités » chez nous... Je trouve que là, il vont sur un terrain très délicat parce que en ce moment en Afrique, il se passe beaucoup de choses. On ne peut pas être en dehors de la réalité comme çà. En plus, ils vont s'occuper d'animaux dont beaucoup sont en problématique de survie... J'espère qu'ils sauront témoigner de la réalité Africaine et nous montrer que beaucoup d'animaux dont il est question ne sont pas là pour nous faire rire. Parce qu'il y a de gros défis de biodiversité, de préservation de la nature et des espèces.
Tant qu'on reste sur un territoire un peu entendu, veau, vache, cochon, couvée, çà va. Mais là, nous sommes sur une réalité beaucoup plus problématique : Les éléphants sont en danger... Je ne sais pas si la production a bien conscience de ce à quoi elle s'attaque.
Pour ce qui est des célébrités... Personnellement, je trouve qu'elles ont une chance incroyable de passer plusieurs semaines dans un endroit dans lequel elles ne seraient peut-être jamais allées, sans le concept de « La Ferme Célébrités ». J'espère qu'elles en profiteront pour engranger des choses belles et nobles. Mais je n'en suis pas convaincue... (rires)

Sur la tournée « Age Tendre et Têtes de Bois », vous chantez deux fois par jour 10 à 15 minutes. Ce n'est pas frustrant pour une artiste de scène comme vous?

C'est le concept. Le concept est de réunir des artistes aimés du public avec leurs tubes. Donc, chacun ne fait que ses tubes. Ce n'est pas frustrant, au contraire! C'est très agréable. On travaille dans de bonnes conditions, avec des musiciens magnifiques, des techniciens extrêmement compétents. La production est très soignée. Nous ne sommes qu'entre artistes que les gens aiment beaucoup. Des artistes qui ont accompagné le public dans leur vie, dans leur histoire. C'est un concept vraiment exceptionnel. Je lève mon chapeau à Michel Algay, le producteur, ainsi qu'à Françoise Mallet et Patrick Carrier, le régisseur! Parce qu'ils ont oeuvré avec courage. Au début, ils ont été peut-être un peu ridiculisés, mais là, ils ont prouvé qu'ils avaient totalement raison! Le public est heureux. Les spectacteurs arrivent en début d'après midi, Jean Sarrus s'occupe d'animer la salle. Ils parlent les uns avec les autres. Ils se retrouvent d'année en année. Après, ils ont les artistes qu'ils aiment et les chansons qu'ils aiment... C'est 4 heures de bonheur! Et après tout, on est là pour çà!

On arrive au terme de cette interview, je vais vous donner quelques mots. Vous allez me dire ce qu'ils vous évoquent...
Québec : Pays
France : Deuxième pays
Feeling : Richard Cocciante
Starmania : Mon histoire
Charlevoix : Mes racines
Zoé : Ma fille que j'aime
Stone : Ma chanson fétiche
Charoline : L'ambassadrice du Charolais
Marie-Jeanne : Un peu moi... Un peu beaucoup moi!

Propos recueillis par IdolesMag le 30 janvier 2010.

-> Site officiel de Fabienne Thibeault : http://www.fabiennethibeault.com/

-> Biographie de Fabienne Thibeault

 

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