Interview de Robert Miras

Propos recueillis par IdolesMag.com le 15/12/2010.
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Robert Miras © DR

Robert Miras, l'inoubliable interprète de « Jésus est né en Provence », vient de sortir une compilation reprenant l'intégrale de ses enregistrements de 73 à 77, et notamment des enregistrements sortis des tiroirs, jamais édités. Cette compilation est agrémentée de 4 inédits de 2010. Nous avons donc voulu en savoir un peu plus sur le parcours de Robert Miras, de l'Afrique du Nord à la Provence, avec un crochet par Paris. Dans cette interview, Robert reviendra avec beaucoup de sincérité sur sa carrière couronnée de succès mais aussi sur ses déconvenues. Rencontre avec un artiste romantique et sentimental qui a gardé sa voix de cristal.

IdolesMag : Vous êtes né en Afrique du Nord, mais êtes très vite arrivé en Provence. Quels souvenirs gardez-vous de votre petite enfance?

Robert Miras : Pour autant que je m'en souvienne, je garde un souvenir de guerre. C'est quelque chose que j'essaye d'occulter un peu parce que c'est ici, en Provence, que j'ai grandi. Mais je garde des images très dures et très difficiles en tête. Ce sont comme des flashs. Vous savez, les images de guerre dans les pays d'Afrique que l'ont voit parfois à la télévision, ce sont des images comme celles-là que je garde en tête... J'étais très jeune, mais je m'en souviens. Ça marque un esprit, vous savez. J'en garde des séquelles. Même quand je suis arrivé en France, je n'osais pas rester seul le soir ou sortir la nuit... C'était impossible. J'ai été très marqué, mais, après, ma vie s'est faite ici. J'ai assez peu parlé de cette histoire.

La musique avait-elle une place importante dans votre famille?

Ma mère chantait. Elle le faisait en amateur, dans les banquets, les fêtes et les mariages. Elle avait une très jolie voix. Elle chantait un peu comme Rina Ketty. Et bien entendu, elle chantait le répertoire de Rina Ketty ou de Berthe Sylva. Je pense que j'ai hérité ce goût du chant d'elle. Je n'aime pas trop ce terme de « goût », parce que j'ai l'impression que le chant était en moi depuis toujours. 

Jouiez-vous d'un instrument?

Rien du tout! Je jouais de la voix en fait. Je n'ai jamais appris ni le solfège, ni un instrument, mais je chantais. Je chantais à l'école, dans des chorales, puis après, j'ai fait des concours...

À quel âge vous êtes-vous dit que vous alliez devenir chanteur?

Je pense que j'ai toujours eu cette envie en moi. Il y a deux choses qui m'obsédaient dans la vie : je voulais devenir chanteur ou prêtre! Quand j'étais tout petit, on me faisait chanter la chanson de « Moulin Rouge » et les « Lavandières du Portugal ». On me mettait sur la table et je chantais... Et je ne me faisais pas prier. J'aimais ça! (rires)

Quelles étaient vos idoles quand vous étiez gamin et quand vous étiez ado?

J'ai toujours été bercé par la voix de Piaf. J'en ai même rêvé sans la connaître. Déjà ado, quand j'ai commencé à chanter, je chantais ses chansons... Je n'ai pas d'idoles à proprement parler, mais j'ai toujours eu beaucoup de coups de coeur. J'ai toujours été très sensible aux voix. Je ne vais pas dire que c'est grâce à elle que je chante, mais tout de même... Elle m'émouvait cette femme quand je l'entendais chanter. Dans un autre registre, j'aimais beaucoup Brel aussi.

Quand avez-vous chanté pour la première fois de façon un peu plus professionnelle?

Nous habitions un immeuble de 4 étages et nous vivions au second. Je chantais dans ma salle de bain. Et un jour, le voisin du dessous me demande qui chantait tout le temps chez moi... je lui ai répondu que c'était moi. Il m'a demandé de venir chanter à la maison des jeunes... je n'ai pas osé dire non! Et c'est lui qui m'a amené à chanter sur scène avec un pianiste et d'autres musiciens. C'est comme ça que j'ai commencé à chanter, et la première chanson que j'ai chantée, c'était « Nos doigts se sont croisés » de Jean-Jacques Debout. Nous avons donné des spectacles à la maison des jeunes, mais aussi dans les communes avoisinantes, puis nous avons participé à différents concours de chant. Vous savez, nous n'avions pas beaucoup d'autres moyens pour nous faire remarquer...

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Quel est votre parcours, avant votre rencontre avec Luc Dettome?

J'ai chanté quelques années dans ma région. J'avais déjà une petite renommée dans ma ville. D'autant plus que j'avais été sélectionné pour un concours de chant qui était retransmis à la télévision, « Podium 70 ». C'était Mireille du petit conservatoire qui passait sélectionner des candidats en province, et j'avais été choisi pour ma région. Je suis donc allé chanter dans cette émission, présentée par Georges de Caunes. Vous vous imaginez la pression? C'était la première fois que nous montions à Paris, avec la télévision, etc... J'ai terminé troisième de ce concours. Je chantais « Je reviens chez nous » de Jean-Pierre Ferland. J'ai d'ailleurs retrouvé ce document récemment et j'ai été très ému de revoir ces images...

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Luc Dettome?

J'avais donc une petite notoriété locale, comme je viens de vous l'expliquer. Et un jour, Luc Dettome, qui était secrétaire de Michel Polnareff, vient à Chateaurenard où son frère tenait un bar. Il arrive avec la Rolls blanche de Polnareff. Évidemment, une Rolls blanche dans un village, ça attire la curiosité... Luc Dettome avait beaucoup de prestance. C'était un homme imposant. Les gens du village ont commencé à aller lui demander ce qu'il faisait dans la vie... Et le frère d'une amie lui a dit qu'il y avait dans la région un petit jeune qui chantait. Qu'il devrait l'écouter. Ce petit jeune en question, c'était moi... Comme il avait du temps à perdre, il a demandé à ce qu'on aille me chercher. Ils sont venus me chercher à la maison. Et j'ai rencontré Luc Dettome au milieu de la rue. Il m'a demandé ce que je faisais. Je lui ai donc expliqué que je participais à des concours de chants et que tous les samedis soirs, nous nous produisions à la maison des jeunes. Il m'a dit qu'il viendrait m'écouter le samedi suivant...

Et là, que se passe-t-il?

Et bien, il est venu. Je chantais avec mon pianiste quelques chansons de Piaf et d'autres chanteurs, parce que je n'avais pas de répertoire personnel. Il n'a rien dit de la soirée, il a parlé de sa vie, mais aucun mot à mon propos. Je dois vous avouer que j'étais un peu déçu... Très déçu, même! J'en étais presque malade. Je me suis dit que je ne lui avais certainement pas plu... Mais il avait demandé tout de même les coordonnées de mes parents.

C'était de bon augure.

Et bien, deux jours après, il me rappelle en me disant qu'il fallait qu'on se revoie très rapidement parce qu'il venait d'écrire une chanson pour moi! Il m'a dit qu'il avait eu un flash en m'écoutant chanter. Il n'était pas compositeur, mais mélodiste. Il composait dans sa tête. Et cette chanson, c'était « Jésus est né en Provence »... j'ai donc écouté cette chanson avec émerveillement. Il voulait qu'on fasse très rapidement une maquette, pour qu'il puisse présenter la chanson aux maisons de disques à Paris. On a donc fait une maquette avec un petit magnétophone. C'était vraiment la trame de la chanson qu'on allait enregistrer plus tard, mais ça, je ne m'en doutais pas encore... Luc m'a même fait une confidence. Peu avant notre rencontre, il était en Egypte avec Michel Polnareff et ils avaient été voir le « mage du désert »... Et ce mage lui avait dit qu'en août, il rencontrerait quelqu'un qui allait changer sa vie dans le domaine de la musique! Et il m'a dit que cette rencontre, c'était moi...

Robert Miras © DR

Et après, que se passe-t-il?

Il repart à Paris. Pas de nouvelles pendant quelques semaines... J'avais peur qu'il ne m'ait oublié. Mais en fait, personne ne voulait de la chanson dans les différentes maisons de disques qu'il avait été voir. Tout le monde lui disait qu'il y avait déjà le « Petit Papa Noël » de Tino Rossi, et qu'ils ne voulaient pas miser sur un jeune. Donc, il me téléphone pour m'annoncer cette nouvelle. C'est vrai que la maquette qu'il avait n'était pas bonne, mais bon... Vous imaginez dans quel état j'étais... J'avais mis plein d'espoir dans cette chanson! Puis un jour, il me téléphone en me demandant de venir à Paris faire des maquettes sur d'autres chansons parce qu'il croyait en ma voix. Je suis monté à Paris, mais dans le fond j'étais très déçu, parce que cette chanson « Jésus est né en Provence », je l'aimais profondément. Il l'avait écrite pour moi, tout de même!... Et je ne croyais pas trop à ces nouvelles maquettes. Elles ont tourné dans les maisons de disques, mais toujours rien... Et puis un jour, il m'appelle depuis chez Pathé Marconni, en me disant qu'il fallait que je monte à Paris tout de suite, qu'ils allaient signer un contrat. Là, je peux vous dire que cette nouvelle m'a mis en joie! Je suis donc venu à Paris signer mon contrat, c'était le 20 septembre, jour de mon anniversaire.

Robert Miras, Jésus est né en Provence © DRQu'est-ce que ça vous a fait de tenir ce premier disque dans vos mains?

C'est un sentiment extraordinaire. Mais avant, il y avait aussi eu le studio. Nous enregistrions dans un studio avec plein de musiciens. J'entendais des cordes magnifiques et je savais que j'allais poser ma voix dessus par après. Et le clou, c'est quand les JMF (jeunesses musicales de France) sont arrivées pour enregistrer les choeurs. Ils étaient au moins une centaine. Ils m'ont grimpé sur une table dans le studio pour que je leur chante la chanson. Vous imaginez l'effet que ça m'a fait... C'était merveilleux. J'étais complètement à l'ouest. Dans la foulée, on a vite fait des photos pour la pochette, parce que nous étions pris par le temps. Et puis Luc est venu m'amener le disque  à Chateaurenard une fois qu'il avait été pressé. Et là, je ne vous raconte pas... ça a été des pleurs et des pleurs. C'était extraordinaire. Personne ne peut s'imaginer ce que ça peut faire. Il faut le vivre... J'en avais envie depuis que j'étais tout petit. C'était un rêve. Parce que même à l'époque, ce n'était pas facile de sortir un disque, il ne faut pas croire... C'était très difficile d'approcher un impresario. C'était irréel pour moi.

Comment vivez-vous le succès?

Quand vous êtes un anonyme et qu'il vous arrive une aventure aussi formidable. Comment voulez le vivre mal? J'étais très heureux. Du jour au lendemain, vous êtes propulsé dans un monde à part. Vous passez à la télévision, vous faites des voyages... C'est une vie différente. Par contre, ce qu'on peut vivre mal, ce sont les conséquences de ce succès.

Le disque n'est pas forcément apprécié par tout le monde et crée une mini polémique. Comment le vivez-vous?

Je m'en foutais à vrai dire! J'étais sur mon nuage, je traçais mon chemin. Vous savez, c'était un conte cette chanson, je l'ai toujours prise comme ça. Certains l'ont prise au premier degré, c'est dommage! Je vais d'ailleurs vous raconter une anecdote... Dès la sortie du disque, j'ai commencé à recevoir beaucoup de courrier. Et un type m'a écrit en me disant que j'étais un imbécile parce que Jésus n'était pas né en Provence, mais en Judée à Bethléem!... (éclats de rires) Que voulez-vous répondre à ça?... Par contre, les gens de l'église ne m'ont jamais fait de remarques.

Robert Miras, L'amour à tout le monde © DRAvant de sortir « Parle-moi Maman », vous sortez « l'Amour à tout le monde ».

« Jésus est né en Provence » a eu une très longue durée d'exploitation. Mais avant de sortir « Parle-moi maman », nous avons sorti un disque intermédiaire, « L'Amour à tout le monde » et « Je t'emmène à Luna Park ». Ce disque a eu un succès d'estime, parce que nous n'en n'avions pas trop fait la promotion, vu que nous préparions « Parle-moi Maman ». C'était d'ailleurs peut-être une erreur ce disque, je n'en sais rien. Disons que la coupure était nette avec « Jésus est né en Provence »! Mais cette chanson avait été pressentie pour l'Eurovision 1974. La sélection s'était passée en comité fermé, et j'étais en compétition avec Dani. C'est elle qui aurait dû partir à l'Eurovision, mais en raison des funérailles de Monsieur Pompidou, la France n'avait finalement pas envoyé de candidat.

Vous auriez aimé aller à l'Eurovision?

Ça a toujours été le rêve de ma vie! Je l'ai loupé trois fois...

Robert Miras, Parle moi maman © DRVous sortez alors « Parle-moi Maman », qui fait à nouveau un carton. Était-ce important pour vous de dédier une chanson à votre maman?

Oh oui! Le titre était plus attendu. Luc avait écrit ce titre pour sa mère, en fait. Je me souviens, un jour nous étions dans sa voiture sur le périphérique, et il a eu la mélodie de « Parle-moi Maman », et il m'a demandé de la retenir parce qu'il n'avait pas de magnétophone sur lui! Il fallait que je retienne les chansons! (rires) Ce titre a bénéficié de 100 000 précommandes, ce qui présageait d'un succès plus important que « Jésus est né en Provence » et effectivement, le titre a bien marché, on en a vendu 250 000 exemplaires. Malheureusement, il y a eu la mort de Monsieur Pompidou et des élections présidentielles, et elle n'a pas eu le succès qu'elle aurait dû avoir. Les Français étaient à l'époque plus intéressés par la politique que par la chanson. La face B, « Légende en Irlande » était un titre qui avait été écrit par la femme de Claude Perraudin, qui avait fait les arrangements sur « Jésus » et qui était le guitariste de Serge Lama.

Vous avez participé à un Musicorama à l'Olympia. Quel souvenir gardez-vous de l'Olympia? Vous rendiez-vous compte à l'époque de ce que cela représentait?

Oh la la... Vous savez, quand je suis rentré pour la première fois dans ce music-hall, je me suis dit que j'étais sur les pas de Piaf. Elle était là, je la sentais. C'est une scène mythique. Le fait de savoir que Piaf avait chanté sur cette scène a fait que j'étais mort de trac! Lors de ce « Musicorama », je chantais une chanson très difficile, « Le temps d'avant ». Et en plus, les deux guitaristes de l'orchestre étaient complètement bourrés! C'était la catastrophe... Je vais même vous dire que pour me décontracter un peu, on m'avait donné un petit whisky coupé à l'eau, moi qui ne buvais jamais... Donc, j'étais dans de mauvaises conditions, c'était traumatisant, mais je l'ai fait et comme je l'ai toujours dit, c'est certainement Piaf qui m'a aidé! (rires) J'en ai encore le frisson en vous en parlant...

Un peu plus tard, vous reprenez une chanson des Bee Gees « I Started a joke » (« Une étoile est née »). Pourquoi une reprise?

Un jour, je me suis retrouvé à un cocktail avec le boss de Polydor. Il m'a dit qu'il aimerait que je vienne chez eux. Mais je ne pouvais pas décider, j'étais en production, c'était donc mes producteurs qui devaient signer pour moi. Comme nous étions en fin de contrat chez Pathé, et que le dernier single n'avait pas trop bien marché, nous avons signé chez Polydor. Et nous avons décidé de faire cette adaptation des Bee Gees parce que la mélodie me convenait très bien. Nous avons donc fait une nouvelle orchestration. Ce titre me plaisait beaucoup. Et j'aimais beaucoup le répertoire des Bee Gees.

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Toutes les chansons que vous avez chantées à cette époque étaient signées Luc Dettome. N'avez-vous pas eu envie de faire appel à quelqu'un d'autre?

Luc s'occupait de moi à 100%. Et peut-être que lui et la production ont fait une erreur en ne tenant pas compte de tout ce qu'on nous proposait et qui venait de l'extérieur. Parce que nous avions beaucoup de propositions! Effectivement, Luc savait comment je fonctionnais et me connaissait bien, donc, il m'écrivait des chansons qui me correspondaient, mais il aurait fallu je pense nous ouvrir un peu aux autres, ça aurait certainement été bénéfique. Vous savez, j'ai même reçu à l'époque une proposition de Mémé Ibach... Mais je l'ignorais, je ne l'ai su que des années après. Ça aurait peut-être été bien pour moi... Ce n'était pas n'importe qui, Mémé Ibach... Peut-être que ma carrière aurait pris une autre direction. Mais je n'ai ni remord ni regret, puisqu'à l'époque, je n'en savais rien.

Avez-vous souffert du fait de ne pas participer aux décisions importantes concernant votre carrière à l'époque?

Vous savez, c'était un peu comme on dit « Sois belle et tais-toi! » (rires) C'est une image, mais c'était un peu ça... En plus, j'arrivais de ma province, je ne connaissais pas du tout ce milieu du showbizz. J'étais un produit et je chantais ce qu'on me donnait. Je n'aurais même pas osé dire que ça me plaisait ou non! Heureusement que ce qu'on me donnait me plaisait, mais bon...

Et puis, j'imagine qu'on vous jette facilement aussi?

Bien évidemment. Heureusement que la chute est progressive et que le succès ne s'éteint pas brusquement. Mais c'est une chute tout de même... Quand j'ai débuté, j'avais toute une cour autour de moi. J'étais candide et naïf et je me disais que c'était un monde merveilleux. Ma mère me disait tout de même de me méfier. Mais moi, jamais je n'ai pensé que ces gens pourraient un jour me tourner le dos.

Comment le vivez-vous quand le téléphone commence à mois sonner?

Mal. Évidemment. Surtout que j'ai été complètement arnaqué sur « Jésus est né en Provence ». Je n'ai quasi rien touché de la vente des disques. Je ne touchais que sur mes galas. Heureusement, j'en faisais beaucoup. Vous savez, je n'ai jamais fait ce métier pour l'argent, mais j'y voyais un côté providentiel pour mettre ma famille à l'abri du besoin... Je me suis rendu compte tout de même assez vite que l'argent n'arrivait pas... Au fur et à mesure, on rencontre des gens qui vous expliquent que vous avez signé un contrat épouvantable. Et donc, j'ai essayé de m'en sortir. J'avais signé pour 7 ans et j'ai essayé de dénoncer ce contrat, mais ça n'a pas été possible. Je n'avais pas l'argent pour payer un avocat. Je suis donc resté pendant deux ans en ne faisant rien... La condition pour me libérer de ce contrat était d'abandonner tous mes droits sur « Jésus est né en Provence ». Et c'est ce que j'ai fait, la mort dans l'âme... Mais quand j'ai voulu repartir dans la chanson, et bien, personne ne m'avait attendu!... Donc, je me suis fait gruger, tout comme Luc Dettome, d'ailleurs. Si ma carrière n'a pas continué, ce n'est pas uniquement à cause de ça, bien entendu, mais ça a joué. J'avais quelques disques qui avaient fait un succès, mais je n'étais pas assis dans ce métier comme on dit. Et puis, ça a été la descente aux enfers...

Avez-vous continué à faire des galas?

Bien entendu. Mais je n'avais pas de disque nouveau. Je tournais essentiellement dans le sud et en Belgique. J'étais un peu tout seul. Luc Dettome travaillait pour d'autres artistes, et il avait quitté Paris. J'ai été livré à moi-même, et comme je ne suis pas un homme d'affaires, je ne savais pas aller démarcher les maisons de disques...

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Vous quittez Paris à ce moment?

Pas tout de suite, j'y suis resté 15/16 ans. Puis, j'ai eu le blues, je suis parti à Nice un an et je suis finalement reparti à Paris, puis je suis revenu en Provence.

En 1987, vous ressortez une nouvelle version de « Jésus est né en Provence ». Quel en a été le moteur?

Je travaillais sur Marseille à l'époque. Et c'est René Baldaccini, le neveu de César qui en a eu l'idée. Il a voulu refaire une version de « Jésus est né en Provence » avec Benoît Kaufman, qui a travaillé, notamment avec Johnny Hallyday. C'était une pointure. On a donc sorti cette version, qui n'était pas franchement la meilleure des trois que nous avons sorties. J'avais l'impression qu'il n'avait pas forcément envie de le faire, que René l'a un peu forcé...

Quelle est la meilleur pour vous?

La première. L'originale. Là, sur la compilation, il ont remasterisé le titre. Sur scène, je ne chante que la première version. Elle a une âme cette version...

En parlant des différentes versions de « Jésus est né en Provence », vous en oubliez une... la version des Kitchs dans le film « Papa » avec Alain Chabat...

Alors ça, ne m'en parlez pas! (rires)

Et bien si, j'ai envie de vous en parler... (rires)

Je me trouvais en Ardèche chez des amis avec René, mon producteur depuis quelques années. Et il arrive et me fait écouter ce titre sur son baladeur... J'en ai pleuré. C'était une horreur! Comment avait-on pu estropier une aussi jolie chanson? J'ai de suite téléphoné à Luc Dettome qui était lui aussi scandalisé. Parce qu'il avait donné l'autorisation d'utiliser la chanson, mais sans en modifier la trame, ni le texte. Il y a même eu une version très hard. Heureusement, c'est la version rock qui est restée au final. Et c'est devenu un hymne dans toutes les bodegas du Sud-Ouest. Mais je n'aime pas ce qu'ils ont fait avec ma chanson...

Robert Miras © DRSur la compilation qui vient de sortir, vous avez enregistré 4 titres inédits de 2010. Votre voix n'a quasi pas bougé d'un iota. Les titres s'enchaînent sans heurt avec les anciens. La travaillez-vous beaucoup?

Je vais vous dire la vérité... Je ne la travaille pas du tout! Et même, je vais vous avouer que je fume! J'ai tout de même un petit secret que je vais vous confier... Avant de chanter, je prends un petit bout de gingembre. Et ça a le pouvoir de vous éclaircir la voix! Et ça a des effets secondaires aussi... (éclats de rire)

Dans quelles circonstances les avez-vous enregistrés, ces titres?

J'ai enregistré ces quatre titres au mois d'août de cette année. J'étais vraiment bien en studio. J'ai toujours eu un souci en studio... je n'ai jamais aimé qu'il y ait 50 000 personnes autour de moi quand j'enregistrais. Et malheureusement, ça a souvent été le cas. Mais cette fois-ci, tout s'est très bien passé. Je suis rentré en studio avec Michel Gouty, qui avait déjà fait les arrangements sur mon précédent disque consacré aux mamans. Nous étions les deux, uniquement. « Piensa En Mi » a été enregistrée en une seule prise... Et les autres, en pas beaucoup plus! J'étais détendu, ma voix sortait facilement. On a travaillé en harmonie, c'était un vrai bonheur. Et je vais vous dire quelque chose que je ne devrais pas dire, mais je suis fier du résultat! (rires)

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Que vous évoque Noël?

La magie. Tout le monde est différent pendant cette période de décembre. Tout le monde est plus détendu. C'est une fête que j'attends avec impatience. C'est une période qui inspire la sérénité et la tolérance. Il y a aussi tous les préparatifs... c'est magique!  Ça représente mes débuts aussi. Et ma chanson!...Et puis, bien évidemment, c'est la période de l'année où je donne le plus de spectacles... C'est une période capitale pour moi. Par contre, je déteste le 31 décembre, c'est plus fort que moi...

Vous faites toujours beaucoup de concerts. La scène est-elle importante pour vous?

Que serait un artiste sans la scène? J'ai besoin de contact avec les gens. Ce sont eux qui vous transportent. Je chante souvent dans des églises. On dit que le public, c'est la nourriture spirituelle des artistes. C'est vrai... Ce n'est pas du cabotinage, mais on a besoin de ce contact avec le public. On a besoin de donner quelque chose. En tant qu'artiste, on a besoin de donner aux gens. On ne peut pas se l'imaginer... On donne beaucoup, mais le public nous donne aussi énormément. C'est un échange la scène, c'est un cadeau extraordinaire. Après mes spectacles, j'aime aller à la rencontre du public et signer des dédicaces. C'est aussi un moment très important. La scène fait partie de mon équilibre...

Maintenant, je vais vous proposer quelques mots, et vous allez me dire ce qui vous passe par la tête...

Sentimental :
C'est moi. C'est une chanson de Billy Bridge que j'ai enregistrée en 1977. Jusqu'à ce titre, j'avais toujours été beaucoup soutenu par Radio Monte Carlo. Mais à cette époque, ça ne marchait plus beaucoup pour moi... Je suis allé à Monaco amener mon disque. Et la personne qui s'occupait de la programmation, m'a dit qu'on ne pouvait pas passer un disque comme ça... Quand ça marchait, elle était toujours avec nous, très gentille... Mais là, alors que le titre n'était ni plus mauvais ni meilleur que les précédents, elle m'a jeté. J'en ai pleuré tout le long du trajet de retour...

Luna-Park :
De beaux souvenirs.... c'est l'emplacement actuel du Palais des Congrès. Yves Mourousi, qui m'adorait, avait demandé à ce que je débute le spectacle d'inauguration du Palais des Congrès. J'ai chanté devant Giscard, qui était président. Et au moment où j'ai commencé à chanter, il n'y avait plus de son... je n'ai donc pas été diffusé à l'antenne. J'ai été tout de même le tout premier artiste à avoir chanté sur la scène du Palais des Congrès! J'ai essuyé les plâtres, comme on dit...

Châtelaine :
« La Châtelaine de Saint-Julien »... Une chanson un peu mystique que j'ai enregistrée en même temps que « Sentimental ». En fait, nous enregistrions à chaque fois 3 ou 4 chansons et nous en retenions 2 pour le 45 tours. Celle-ci est restée dans les tiroirs. On l'a retrouvée récemment. Quatre ou cinq personnes ont posé une musique sur ce texte, et c'est celle d'Alain Turban qui a été retenue. La chanson avait été pressentie pour représenter Monaco à l'Eurovision... Mais à un mois d'entamer les répétitions, RMC a décidé que ce serait d'autres personnes qui seraient envoyées à l'Eurovision.

Venise:
Idem, une chanson restée dans les tiroirs. Je l'ai enregistrée en même temps que « La nappe blanche » et « Une étoile est née ». C'était un jeune compositeur, Tony Mibely, qui en a composé la musique. Et Luc avait bien aimé la musique... Et pour la petite anecdote, des japonais avaient sélectionné cette chanson pour passer au festival Yamaha au Japon. Je rêvais déjà de partir au Japon... Mais pour des raisons obscures de conflits chez Polydor, on m'a rendu mon contrat et la chanson est restée dans les tiroirs et n'a finalement jamais été au Japon...

Robert Miras © DR

Irlande :
Déjà, c'est un pays que j'adore, même si je ne le connais pas! J'adore le folklore irlandais. Je ne rate aucun  passage des « Lords of the Dance » à Marseille. C'est fantastique ce qu'ils font. Je vais d'ailleurs vous dire qu'il m'est revenu à mes oreilles que Jane Fonda avait beaucoup aimé cette chanson. Est-ce vrai ou pas? Je n'en sais rien. Je n'en ai jamais eu confirmation.

Romantique :
Très jolie chanson, mais qui n'était pas forcément adaptée à ma personnalité. C'est l'histoire d'un gars qui lâche une fille qui va avoir un enfant. Ce n'est pas mon histoire. Elle a pas mal marché en spectacle. Mais je ne la chante plus aujourd'hui, le texte ne me convient pas. Par contre, romantique, je le suis! (rires)

Maman :
C'est tout... Le rêve que j'ai toujours eu, c'est de faire un disque pour les mamans. Cette chanson, je voulais la chanter à ma mère. On vient de m'envoyer une vidéo de « Domino » dans laquelle je chante cette chanson devant mon père et ma mère. C'était très émouvant. J'ai aussi sorti en 2008 un disque consacré aux mamans. Ça n'a pas été facile pour trouver les titres, mais j'ai été très très content de faire ce disque.

Provence:
Je ne suis pas né en Provence... Bien que ça a été souvent dit. J'ai grandi en Provence. Je suis très empreint de la culture provençale. C'est mon pays. Je l'aime beaucoup et je l'ai beaucoup chanté. Et on m'a souvent collé l'étiquette de chanteur provençal. J'ai fait un album là-dessus il y a quelques années, mais ce n'est pas l'album le plus abouti de ma carrière! (rires) La Provence m'évoque ma rencontre avec Luc Dettome et le succès de cette chanson. Ça m'a permis de véhiculer mon pays un peu partout... et vous savez, il existe une version de cette chanson « Jésus est né en Provence » aux États-Unis et en Irlande. Mais ce n'est pas moi qui la chante! (rires) La Provence représente aussi pour moi le soleil et la quiétude. Quand ça a commencé à ne plus marcher et que j'étais encore à Paris, je pensais souvent à la Provence. Mon pays me manquait et ma famille aussi... La Provence, c'est mon pays, ma famille et les gens que j'aime!

Propos recueillis par IdolesMag le 15 décembre 2010.

 

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