Interview de Roch Voisine

Propos recueillis par IdolesMag.com le 24/11/2010.
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© RV International - Photo : L.Labat

Lors de son séjour en France, et pour la sortie de son nouvel album, « Confidences », Roch Voisine a, une nouvelle fois, eu la gentillesse de répondre à nos questions. Lors de cette interview, Roch nous expliquera la genèse de cet album né pendant le projet « Americana ». Il l'a d'ailleurs enregistré à Nashville. Dans cet album, Roch se dévoile une nouvelle fois un peu plus. Il nous parle de son enfance, de son adolescence, de sa grand-mère (et de la douloureuse maladie d'Alzheimer), de sa « Blonde » et de ses deux enfants, à qui il dédie une chanson. Au cours de notre entretien, Roch reviendra avec beaucoup de tendresse sur sa jeunesse dont il nous livre quelques souvenirs à travers ses chansons. Une nouvelle fois, Roch Voisine a réussi à surprendre avec cet opus métissé, qui fait le lien entre la culture américaine et la culture française...

IdolesMag : Depuis 2005, vous n'avez plus sorti d'album de chansons originales en France. Êtes-vous un peu stressé pour la sortie de ce disque?

Roch Voisine : (rires) On est toujours stressé quand on sort des albums, que ce soit des chansons originales ou pas! C'est certain qu'on se sent un peu plus impliqué quand on a écrit ou co-écrit un album par rapport à un album de reprises. C'est sûr qu'on craint un peu plus d'être jugé. Est-ce que les gens vont aimer mes histoires? Vous savez, on ne peut jamais savoir quelle réaction va avoir le public. Cette sensation que je vis en ce moment, c'est un peu comme le trac qu'on a tous les soirs quand on monte sur scène...

Roch Voisine, Confidences © RV International - Photo : L.LabatVous m'aviez dit cet été que cet album serait enregistré au mois d'août, mais quand est-il né dans votre tête, ce projet « Confidences »?

Il est né peu à peu pendant le concept « Americana ». Je me suis dit que ce serait bien que je continue l'aventure, que je reste un peu dans cette ambiance « Americana », mais que je m'implique plus personnellement. Je voulais pousser un peu plus loin l'expérience, et je voulais raconter des choses qui me touchent personnellement. Raconter mes histoires, en somme. L'idée est arrivée comme ça, et ensuite, le projet a vu le jour... On a écrit beaucoup de ces nouvelles chansons pendant l'été, pour vraiment être dans l'ambiance. Je ne voulais pas trop prendre des chansons que j'avais écrites avant, parce que vous vous imaginez bien que j'en ai toujours quelques-unes en réserve... (rires) J'en ai pris quelques-unes, bien évidemment, mais pas beaucoup. C'est tout frais en fait cet album... « Americana » m'a pris un peu plus de deux ans. Et l'idée est née à travers les mois, elle a pris forme tout doucement. J'avais envie de retrouver ce fameux métissage des cultures [américaines et françaises] qui avait tellement marché dans les années 70, avec des artistes comme Joe Dassin. Je me suis dit que ce serait bien de faire ça... Alors, cette fois-ci, nous n'avons pas repris des titres qui existaient déjà. Nous nous sommes mis à créer nous-même des chansons. Comme ces musiques font partie de ma culture, je me suis dit que ce serait intéressant.

Quelles sont les premières chansons qui sont arrivées?

Une chanson comme « D'Amérique », par exemple. Cette chanson parle d'un cow-boy français qui représente tellement de fascination. Pour les Français, le cow-boy est un peu le modèle ou l'exemple de la culture américaine. Il y a aussi une chanson, « Libre », qui parle des gens qui roulent énormément. Vous savez, je suis souvent sur la route, j'aime beaucoup conduire. Je vis dans un pays qui a de grands espaces, donc... nous conduisons beaucoup! (rires) Trêve de plaisanterie, j'aime vraiment beaucoup conduire. Et j'ai voulu faire un parallèle avec tous les camionneurs qui sont arrivés en Amérique après l'arrivée du train. C'est un phénomène typiquement folk/country. Et ces gens-là se sont rattachés à cette musique. J'ai donc voulu parler de ce phénomène. Parce que même ici, en Europe, on croise tout le temps des camionneurs et des routiers. Je me suis dit que eux aussi avaient probablement l'amour de cette musique. Donc, comme vous le voyez, cet album a commencé à vivre sur des thèmes assez larges et génériques et puis ça s'est affiné. Je me suis entouré d'amis pour cet album, et notamment des amis du Nouveau-Brunswik. Des gens qui viennent de chez moi et qui ont vécu ce mélange parfait de la culture française et la culture américaine. Nous ne sommes pas des Québécois, nous sommes quelque part, à l'extérieur, en plein milieu du Canada. Notre province est bilingue officiellement. Les deux cultures se côtoient chaque jour. Donc, nous nous sommes racontés nous, nous avons raconté notre histoire. Après, des chansons comme « Le grand pommier » ou « Les p'tits loups » sont arrivées.

Il y a aussi « Décembre ». Dans cette chanson, vous évoquez une époque où tout était blanc dehors  et qui aujourd'hui est dans la grisaille. Faut-il y voir une prise de conscience écologique ou plutôt une vision de notre monde actuel plus sombre qu'avant?

« Décembre » parle des soucis écologiques que nous rencontrons. C'est dommage, quand j'étais jeune, je me souviens de la neige. Aujourd'hui, il n'y en a plus. C'est une chanson écologique sur un fond familial, une chanson un peu de Noël finalement... Mais l'idée de la chanson était de dire qu'il n'y avait plus de neige à l'heure actuelle...

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Comment s'est porté votre choix sur « Décembre » en premier extrait?

Honnêtement?

Évidemment! (rires)

Et bien, c'est un choix de la maison de disques. Vous savez, je ne sais pas forcément choisir tel ou tel single. J'imagine qu'il y avait une raison de timing, vu que l'album sort en décembre juste avant Noël! (rires)

Pour en revenir à l'enregistrement de l'album, vous l'avez enregistré à Nashville?

Tout a fait. Avec les mêmes musiciens que pour « Americana ».

C'était pour garder cette continuité avec « Americana ».

Oui, jusqu'à un certain point. Ce n'est pas une copie d' « Americana ». On sent que l'album a été enregistré à Nashville, bien entendu. Parce que les musiciens de Nashville sont et seront toujours les meilleurs au monde dans ce registre musical. On peut parler de continuité avec « Americana », mais je dirais plus que nous avons enregistré à Nashville pour montrer la force de ce métissage des cultures. Quand on écoute l'un ou l'autre, on voit que ça a été fait au même endroit. L'idée était de compléter le travail fait sur « Americana », plutôt que de le continuer.

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Vous avez fait appel une nouvelle fois à Léa Ivanne sur cet album. Comment est née votre collaboration? C'était en 2003, je pense.

Effectivement, ça remonte à « Tant Pis ». Nous ne nous connaissions pas auparavant. Du moins, je ne me souviens pas de l'avoir croisée avant. On nous a présenté. Elle et Bill [Ghiglione] sont d'excellents auteurs-compositeurs et même interprètes, parce que Léa a sorti quelques disques auparavant. Ils ont beaucoup de talent. Dès qu'ils m'ont présenté des chansons, ça a collé tout de suite entre nous. À chaque fois qu'ils me proposent une chanson, il y a la magie qui opère. Je suis fan d'eux deux! Et pour vous dire comme elle est douée, elle a même fait sur ce disque du travail d'adaptation. Ce qui est un travail complètement différent de l'écriture classique. Déjà écrire une chanson originale, c'est un énorme boulot, mais faire une adaptation, c'est vraiment difficile. On est forcément dirigé par le texte de départ. On a moins de liberté. Même si on ne garde pas la même histoire. D'ailleurs, la plupart des grandes adaptations n'ont pas la même signification que le texte de départ.

Jean François Breau vous a composé 5 chansons sur cet album. Pouvez-vous un peu me parler de cet artiste qui est un peu moins connu ici en France?

C'est un auteur-compositeur du Nouveau-Brunswik. Il a fait pas mal de comédies musicales, dont « Don Juan » de Félix Gray. Il a sorti quelques albums au Québec dont un qui cartonne présentement chez nous. C'est un album de duos, qu'il chante avec Marie-Ève Janvier. Comme il vient du Nouveau-Brunswik comme moi, nous nous croisions régulièrement depuis plusieurs années. Mais finalement, il avait une carrière d'auteur-compositeur cachée. C'est un jeune garçon qui a une trentaine d'années. [Roch réfléchit...] Oui, on peut dire qu'il est jeune puisqu'il est plus jeune que moi! (rires) Il a un talent fou. Il écrit superbement bien des chansons folk et country. Vous voyez, on en revient toujours à ce genre de musique. Nous venons du même endroit, nous avons les mêmes racines. Nous nous sommes d'abord côtoyés en tant qu'amis et puis, nous avons eu envie de travailler ensemble. Nous nous y sommes mis cet été, et ça a tout de suite fonctionné entre nous. On en a écrit pas mal...

J'imagine que ce doit être intéressant pour vous de travailler avec de nouvelles personnes.

Oui, bien entendu. J'ai commencé à co-écrire au milieu des années 90, quand je vivais à Los Angeles. Vous savez, là-bas, vous alliez vous asseoir sur un banc avec votre guitare et vous écriviez une chanson. Après le brunch, on recommençait. C'est une façon très américaine de travailler. On organisait des rencontres pendant un week-end avec un groupe, et on créait ensemble. J'ai donc commencé à co-écrire, et j'aime beaucoup ça, parce que vous avez raison, c'est un peu comme étudier en groupe, quand un bloque, un autre a la réponse, et donc, on avance... C'est une technique d'écriture qui ne marche pas avec tout le monde, on ne peut pas écrire avec tout le monde n'importe où, mais qui me plaît beaucoup.

Pourquoi avez-vous décidé d'intituler cet album « Confidences »? Avez-vous l'impression de vous livrer un peu plus sur cet opus que sur les précédents?

Oui et non. Disons qu'on peut mettre des noms sur certaines personnes dont je parle dans cet album. Au début, j'ai eu un peu de mal à lui donner. Parce que cet album aurait très bien pu s'appeler « Métisse » aussi... Au départ, nous étions partis sur l'idée de travailler sur ce métissage culturel dont je vous parlais, sans savoir où ça m'amènerait. Et à un moment donné, je me suis rendu compte que je m'étais pas mal dévoilé. Dans cet album, je parle de mes enfants [« Les p'tits loups »], de ma copine [« Ma Blonde »], de chez moi quand j'étais jeune... je parle aussi de ma grand-mère dans « J'écrirai Tout ». C'est une chanson qui traite de la maladie d'Alzheimer. Finalement, je me dévoile pas mal dans cet album. Mais comme je dis toujours, quand on écrit depuis 25 ans, on se dévoile aussi... Vous savez, je me raconte depuis toujours! Mais cette fois-ci, c'est probablement un peu plus précis, un peu plus déclaré. C'est peut-être un peu plus clair, moins entre les lignes. C'est un peu comme si je faisais des petites confidences au public.

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Dans beaucoup de chansons, vous évoquez l'enfance et l'adolescence. Ce qui lui donne un côté très nostalgique. L'êtes-vous vous-même?

Oui, mais pas plus qu'un autre dans le fond... Vous savez, cette musique country est une musique  profondément nostalgique. Donc, quand on travaille sur des musiques country, on a tendance à écrire des textes qui vont dans ce sens-là. C'est... comment dire?!... On ne peut pas faire autrement! (rires) On ne peut pas écrire sur le futur avec des musiques pareilles! C'est comme quand vous écrivez des chansons blues... elles sont généralement tristes.

Vous avez débuté le tournage du clip de « Décembre » la semaine dernière...

On devrait le terminer ce week-end, je pense!

Est-ce que vous aimez cet exercice?

J'ai aimé ça pendant un certain temps, au début de ma carrière. On avait beaucoup de possibilités et puis à un moment donné, on a le sentiment que tout a déjà été fait. Il arrive d'avoir des idées absolument géniales aussi. Parfois je regarde des clips et je me dis « Waouw! ». Mais je pense que c'est devenu un peu un passage obligé. Je ne suis pas d'instinct très attiré par le tournage des clips, actuellement. Mais le clip a une fonction très importante. Il apporte l'image, surtout quand on n'est pas là souvent, comme c'est mon cas. C'est un outil utile, l'image est très importante. Il y a eu une folie, il y a une vingtaine d'années, tout le monde regardait les clips. Mais maintenant, ça n'intéresse plus vraiment comme à l'époque. Le clip est resté un élément de promo important, et une façon de poser une image sur une chanson. Mais la génération a changé. Peut-être que les plus jeunes aiment encore les regarder, mais plus à la télé... sur leur téléphone portable ou autre! Le métier a beaucoup changé et évolué! Pour en revenir à votre question, je prends les tournages comme un travail à part entière, plus qu'autre chose. Et encore une fois, tout dépend à qui on s'adresse... Pour un jeune, cette imagerie est peut-être importante, pour moi, elle l'est moins.

Tout à l'heure, vous me parliez de métissage culturel entre l'Amérique et la France... « Belle comme un rêve » est-elle une chanson autobiographique?

Absolument! C'est assez drôle comme histoire. Parce qu'il y a un parallèle très intéressant dans cette chanson. J'en ai parlé avec Jean-François Breau, qui comme je vous l'ai dit provient du Nouveau-Brunswik lui aussi. Et il a vécu à peu près la même chose... Nous avons appris la géographie des États-Unis de la même manière, en regardant les plaques des voitures américaines qui passaient par chez nous. Vous savez, nous vivons dans une région dans laquelle les Américains venaient beaucoup en voyage. Parce que nous avons de grands espaces, nous avons la mer, les gens viennent beaucoup pécher chez nous. Je me souviens... nous voyions la caravane de voiture américaines passer pendant les vacances. J'habitais pas loin d'une station service. Et donc, en regardant ces voitures arriver les unes derrière les autres, nous devinions d'où ils venaient! Et puis à cette époque, c'était beaucoup de familles qui venaient en vacances... Il y avait donc beaucoup de jeunes Américaines aussi... (rires) Mais c'est un phénomène qui a toujours existé! Même ma grand-mère a des soeurs qui se sont mariées avec des Américains! Comme elles vivaient à la frontière, elles sortaient dans des bars du côté américain, à l'époque de la deuxième guerre mondiale. Il y avait des bases pas loin de la maison... C'est un peu cliché, ce que je vous raconte, mais c'était comme ça!... Donc, ce phénomène a toujours existé! Et nous, nous regardions les filles américaines, que nous trouvions plus intéressantes que celles qui vivaient dans le coin!... C'est un peu comme le proverbe le dit : « L'herbe est toujours plus verte chez le voisin »! (rires) Cette chanson parle de tout ceci... Et puis, elle parle aussi de l'âge auquel on passe des voitures aux filles. Ce passage un peu sacré de l'âge où on parle avec ses copains de telle ou telle voiture qui est plus belle que l'autre à l'âge où l'on préfère regarder la fille qui sort de la voiture plutôt que la voiture elle-même! C'est rigolo, mais nous avons un peu tous vécu cette histoire dans ma région...

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Cet album va-t-il vivre sur scène?

Je ne sais pas encore la forme qu'il aura. Là, j'ai toute une série de concerts programmés au Canada. Mais je pense revenir ici l'année prochaine. On a déjà fait pas mal de choses différentes ici en Europe, du concert acoustique à des scènes avec 10 musiciens. J'ai une petite idée derrière la tête, mais, je ne sais pas, on va la laisser...

Mûrir?

Oui, tout a fait! (éclats de rires)

La chanson « Les p'tits loups » est une chanson pour vos fils. Comment vivent-ils le fait que leur papa soit chanteur? S'en rendent-ils compte ou sont-ils un peu trop petits?

Ils sont encore très petits, mais le plus âgé fait une différence entre « Papa » et « Roch Voisine ». Papa est habillé d'une telle manière et Roch Voisine d'une autre. Et il me le fait remarquer! L'autre jour, je suis allé le chercher à l'école, et j'étais bien habillé et bien coiffé. Il m'a dit que c'était son papa qui devait venir le chercher à l'école et pas Roch Voisine! (rires) Maintenant, il est à la grande école, il doit donc affronter le regard des autres. Il fait la différence entre ce qu'il vit à la maison et ce que les autres disent du personnage public que je suis.

Je vais vous poser une dernière question... Vous avez récemment fait un duo avec Carlos Santana. (« Under the Bridge » des Red Hot Chili Peppers). Comment s'est passée votre collaboration avec Santana?

Nous ne nous sommes pas croisés en fait! J'étais à Nashville en train d'enregistrer « Confidences ». Et on est venu me proposer ce duo. C'était un grand moment pour moi! C'était un peu un rêve. C'était incroyable. Je n'y croyais pas. J'étais dans un état second. (rires) Donc, ça a été une expérience assez incroyable et d'un autre côté, très personnelle puisque je n'ai partagé ce duo avec personne finalement. J'ai fait ma partie tout seul dans mon coin avec un ingénieur de Los Angeles. Même les gens qui travaillaient avec moi ne le savaient pas. On avait gardé ça secret. Ce fut une expérience presque monacale!... (rires) J'ai travaillé tout seul dans mon coin, et j'ai croisé les doigts en espérant que ça se fasse, et ça s'est fait!

Propos recueillis par IdolesMag le 24 novembre 2010.

-> Site officiel de Roch Voisine : http://www.rochvoisine.com









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