Interview de Jean-Pierre Danel

Propos recueillis par IdolesMag.com le 11/11/2010.
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Jean-Pierre Danel © Ledroit-Perrin

Jean-Pierre Danel, le guitariste virtuose, sort le 29 novembre un nouvel album, « Out of the blues » dont les bénéfices seront reversés à la lutte contre le SIDA. Dans cet album, autour du blues, il a invité des amis comme Laurent Voulzy, Louis Bertignac, Axel Bauer. Au cours de cette interview, Jean-Pierre Danel, l'artiste multi facettes, reviendra sur la fabuleuse aventure de ce disque et sur sa carrière d'artiste, de producteur et d'auteur. Il évoquera aussi bien évidemment son papa, Pascal Danel, et toutes ses idoles. Jean-Pierre a toujours eu beaucoup d'idoles et en a toujours, de Carlos à Hank Marvin, en passant par Jacques Brel, Charles Trenet ou Mylène Farmer.

Vous sortez en ce moment le disque « Out of the Blues ». Comment est né ce projet?

Le propos n'était pas de faire un disque de technicien de la guitare, même si c'est agréable, étant guitariste, de s'entourer de grands noms de la guitare. C'est un pur bonheur. Mais, comme les bénéfices du disques seront reversés à la recherche contre le SIDA, il était important de s'entourer d'artistes qui touchent un public beaucoup plus vaste. Je me suis tout de même entouré d'artistes qui sont guitaristes, comme Michael Jones, Laurent Voulzy ou Axel Bauer. Mais ce sont des chanteurs populaires avant tout. Ce serait monotone de n'écouter que des guitaristes qui enchaînent des solos de guitare pendant plus de 60 minutes!

© Jean-Pierre Danel, Out of the BluesQuand le projet est-il né?

Il est né à la fin de l'été 2009. Par une conjonction de choses diverses et variées. D'abord, à titre perso, j'avais un peu l'impression d'avoir fait le tour de ce que je voulais faire. « Guitar Connection » a eu un succès surprenant, mais très solide. Et je n'avais pas envie de me répéter une fois de plus. Je ne suis pas carriériste à titre personnel. Ensuite, j'avais envie de soutenir la cause du SIDA depuis longtemps, parce que j'ai un bon copain qui est décédé il y a quelques temps et ça m'a beaucoup touché. Puis, la soeur de mon ex copine est décédée elle aussi suite à une transfusion sanguine. Cette cause me touchait donc personnellement. J'avais déjà participé à quelques disques caritatifs par le passé, mais je n'avais jamais monté mon propre projet comme je l'ai fait avec ce disque. J'avais aussi envie de faire un disque de Blues. Le Blues est assez transgénérationnel parce que c'est une musique qui existe depuis longtemps, mais c'est une musique que les jeunes aiment bien. On va dire que c'est une musique assez intemporelle. Et le Blues me permettait de mélanger les générations d'artistes aussi. Regardez, j'ai invité Hank Marvin, le soliste des Shadows, qui a 69 ans maintenant, et un artiste découvert sur internet qui a 19 ans et qui est un prodige de la guitare, MattRach. Tout le monde joue ensemble et tout le monde vit la même musique ensemble. Je pense que ça aurait été plus difficile avec des chansons plus traditionnelles. Je trouvais que c'était sympathique de ce point de vue-là... Vous savez, quand j'ai décroché mon téléphone et que j'ai appelé les uns les autres, je me suis dit qu'ils allaient tous me dire non. Et puis, ils ont tous dit oui... Il n'y a que deux personnes qui m'avaient dit oui mais qui n'ont pas pu venir pour des raisons de planning, c'est Brian May de Queen et Mathieu Chedid. Ce sont tous des gens que j'aime et dont j'admire le talent. C'était un peu Noël avant l'heure pour moi...

Où les titres ont-ils été enregistrés?

Pour des raisons pratiques, l'enregistrement s'est étalé dans le temps. C'est là que mon aspect de producteur m'a bien aidé. Parce que je sais gérer les emplois du temps des uns et des autres! Il y a des gens que je suis allé rejoindre et d'autres qui sont venus. On a enregistré dans 6 pays. On a enregistré à Paris, en Belgique (Beverly Jo Scott), en Angleterre, en Australie, à New-York et à Hawaï. Pour vous donner un exemple, Scott Henderson était en tournée en Europe, je suis allé le voir en Italie et nous avons enregistré là-bas. Par contre, Hank Marvin vit en Australie, nous sommes donc allé le trouver chez lui. C'était plus facile d'enregistrer avec Voulzy, Bauer, Bertignac et Michael Jones, puisqu'ils vivent en France. Nous avons d'ailleurs été retrouver Michael à Lyon. Vous savez, comme c'est un album caritatif, tous les artistes sont venus gracieusement, donc, je n'allais pas les obliger à venir à Paris.

Jean-Pierre Danel et Laurent Voulzy © photo DR

Comment avez-vous pensé à chacun d'eux?

Certains étaient des amis, mais pas tous. J'écoute de tout, j'ai des goûts très éclectiques. Je ne mets pas de barrière entre un guitariste de jazz ou un chanteur de variétés ou un groupe de rock. Je ne vois aucun problème à faire cohabiter Louis Bertignac et Laurent Voulzy sur un même disque. Les deux font de la musique, point. D'ailleurs, regardez, j'ai fait aussi appel à Anne Ducros qui chante du jazz et Elsa Fourlon qui joue du violoncelle avec Vanessa Paradis. Artistiquement, tout va bien. Tous les artistes ont été contents de la présence des autres sur le disque.

Vous connaissiez Laurent Voulzy depuis longtemps...

Oh oui! Très longtemps. Outre le fait que nous nous voyons dans la vie privée, professionnellement, nous avons fait trois duos ensemble. Il était très gentiment venu chanter avec moi sur un disque dans les années 80. Il est venu faire à nouveau un duo sur un de mes albums « Guitar Connection » il y a 4 ans. En tant que producteur, j'ai produit deux ou trois choses pour lui. Et là, on se retrouve sur une chanson des Beatles. Comme c'est un grand fan des Beatles, je me suis dit que ça allait lui plaire de faire ça! C'est vrai qu'avec Laurent, on a souvent collaboré ensemble... Alors qu'avec Bertignac, nous n'avions jamais travaillé ensemble...

Justement, avec Louis Bertignac, il s'agit d'une chanson que vous avez écrite.

Tout a fait. Ça m'a fait énormément plaisir qu'il accepte de venir faire un duo avec moi et ça m'amusait que ce soit sur une chanson que j'avais écrite!

Cette chanson est d'ailleurs un trio.

Oui! Au départ, je chantais, mais par la suite, j'ai fait appel à Beverly Jo Scott. Je n'étais pas content de ma voix et le manager de Louis m'a proposé Beverly Jo Scott que je connaissais artistiquement mais pas personnellement. Et c'est devenu un trio qui tourne bien!

Jean-Pierre Danel et Michael Jones © photo DR

Et avec Michael Jones, comment ça s'est passé?

Nous avons écrit la chanson avec Michael. C'est encore une autre démarche...

Avec chaque artiste, ça a été une aventure différente, en fait.

Effectivement. J'en connaissais certains, et j'en ai découvert d'autres. Ça permet de faire de belles rencontres. Ce disque a été une belle aventure humaine. On a enregistré sur une période de 11 mois. Il y a une cinquantaine de personnes qui interviennent artistiquement, que ce soit les artistes ou les techniciens. Et je peux vous dire qu'il n'y a jamais eu une seule tension, jamais un mot plus haut que l'autre, jamais un problème d'égo... Il n'y a eu que des sourires, des rires et des gens contents. C'est rare qu'un producteur arrive à réunir autant d'artistes dans une aussi bonne ambiance... C'est rare de bosser sur un projet où il n'y a aucun problème. Et je sais de quoi je parle! (rires) Parce que quand on travaille longtemps en studio, et comme les artistes sont souvent dans le doute... ça peut parfois créer des tensions.  Mais sur ce projet, pas l'ombre d'une tension! C'était « Que du bonheur »! Et je peux vous dire que humainement, c'est très agréable. Pour résumer, d'un point de vue pratique, le planning a été galère à mettre en place, mais le relationnel a été super agréable.

Il y a des reprises et des inédits. Comment avez-vous construit le disque?

Au hasard total. (rires) Au tout départ, mon idée était un tout petit peu différente. Sortant de disques instrumentaux, je m'étais naïvement dit que j'allais refaire un disque instrumental, mais en invitant d'autres guitaristes à venir jouer avec moi. Et puis, au fur de l'enregistrement, je me suis rendu compte que le disque allait être vraiment ch*** (rires), voire insupportable à écouter pour quelqu'un qui n'était pas guitariste... J'ai donc pris les bases de Blues que j'avais et je me suis dit « Qu'est-ce que je peux faire comme chanson avec ça? » C'est un peu la démarche inverse, si vous voulez... Et je me suis aperçu que je pouvais adapter des chansons comme « Sweet home Chicago » sur ce qu'on avait fait. Puis sur d'autres bases rythmiques, il a fallu écrire de nouvelles chansons. Au final, j'ai ajouté quatre titres qui bougent un peu plus, comme « Revolution » avec Laurent Voulzy, parce que le Blues, en terme de rythmique, est parfois un peu entre deux. Ce n'est jamais lent, mais jamais agressif non plus. J'ai donc ajouté quelques titres un peu plus rock pour booster un peu le disque. Au final, le disque est très différent de ce à quoi j'avais pensé au départ...

C'est un disque spontané.

Effectivement. Il n'y a eu aucun calcul marketing. C'est un peu comme si j'avais invité des amis à la maison et qu'on avait fait de la musique ensemble...

Jean-Pierre Danel © photo DR

Et puis ce CD sert la bonne cause.

Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, j'ai été touché directement dans mon entourage par le SIDA. Je ne veux pas plomber l'ambiance en donnant le nombre de décès dûs au SIDA chaque année, parce que c'est déjà assez dramatique et violent comme ça. Mais il faut en parler tout de même... Quand j'étais adolescent, j'ai reçu le SIDA en pleine tronche. Mais aujourd'hui... j'ai un petit neveu qui a quinze ans et qui ne se rend pas compte de ce qu'est le SIDA. Il pense qu'on n'en meure plus... C'est terrible! Parce que on en meure encore, et à côté de cela, quand on se fait soigner, les conditions sont atroces. La trithérapie, ce n'est pas vraiment Disneyland... Parallèlement, dans le monde, il y a des millions de gens qui ne peuvent pas accéder à la trithérapie. C'est un drame. C'est épouvantable.

Le CD est accompagné d'un DVD qui contient d'une part un making of de l'enregistrement de l'album, et d'autre part une méthode pour apprendre à jouer la guitare.

Effectivement, dans le making of, j'explique pourquoi on a fait ce disque. Et je parle aussi des artistes qui sont venus me rejoindre. J'ai voulu que chaque artiste soit sur le même pied d'égalité. Je ne voulais pas que un tel ait plus d'importance qu'un autre... Il y a des guitaristes géantissimes que le grand public ne connaît pas. Il y a des jeunes hyper talentueux que le public ne connaît pas encore. Et j'ai voulu que tout le monde soit traité sur le même pied qu'un Michael Jones ou un Laurent Voulzy. Parce que artistiquement, ils se valent tous. D'ailleurs, comme vous le voyez sur la pochette, tout le monde est présent par ordre alphabétique... Et donc, dans le making of, je raconte des petites anecdotes sur l'enregistrement, chanson par chanson.
À côté de cela, il y a une deuxième partie qui s'adresse plus aux gens qui jouent de la guitare et qui rejoint un peu la série « Guitar Connection ». Pendant une heure, je donne des astuces pour jouer le blues. Attention, ça s'adresse à des gens qui savent se servir d'une guitare, n'est-ce pas!

Est-ce important pour vous de transmettre votre savoir?

C'est vraiment sans prétention, parce que mon savoir est ce qu'il est! Et je n'ai pas une technique d'enseignement particulièrement élaborée. Il y a deux choses. La première, c'est que certaines personnes vont apprendre à jouer tel ou tel morceau. Ça se transmet, et ça je trouve que c'est bien. Et deuxièmement, ça leur permet d'avoir des bases pour développer leur propre style. Plus ils seront aguerris techniquement, plus ils pourront évoluer vers leur propre univers, s'ils en ont envie. Quand j'ai sorti les « Guitar Connection », j'étais heureux de recevoir des mails de gens qui me disaient que ça leur rappelait leur jeunesse ou d'autres qui venaient de découvrir des trucs qui n'étaient pas de leur génération. C'est bien que la musique se transmette et perdure. La musique, c'est un patrimoine, donc, si on ne le transmet pas, ça meurt... On ne peut pas faire table rase de ce que les gens ont fait de par le passé... C'est intéressant de montrer à un jeune gamin qui aime Muse ou Coldplay, que quand il joue leurs morceaux, en fait, ça vient d'un truc des Shadows. Dans une époque où tout le monde se tape dessus, c'est bien de voir qu'on peut se retrouver sur les mêmes choses, comme la musique.

Jean-Pierre Danel et Axel Bauer © photo DR

Je ne vais pas vous demander votre titre préféré, j'imagine que vous les aimez tous, mais pour quel titre avez-vous le plus de tendresse?

C'est compliqué... ça change un peu tous les jours en fait! J'ai du mal à vous répondre. Chaque duo est une expérience différente et enrichissante. Par exemple, quand je fais un duo avec Marvin, qui est la personne qui m'a donné envie de jouer de la guitare quand j'avais 10 ans, c'est un rêve de môme qui se concrétise. Quand je joue avec Elsa Fourlon, qui est une jeune artiste très talentueuse, c'est le plaisir de la découverte. Quand j'écris une chanson avec Michael Jones, c'est encore un plaisir différent. Quand Louis Bertignac vient chanter sur ma chanson, je suis très ému. Les émotions sont toutes différentes. D'un point de vue strictement musical, j'aime beaucoup le duo avec Axel Bauer. J'aime beaucoup le résultat. Mais émotionnellement, c'est peut-être le duo avec Marvin qui me touche le plus, parce que c'est un rêve de gosse. Et que quand ma soeur m'a offert ce disque des Shadows à mes 10 ans, et bien ça a changé ma vie, puisque je suis devenu musicien ce jour-là... Donc, faire un duo trente ans plus tard avec Marvin des Shadows... c'est assez mythique. Ça me touche... Mais comme je vous le disais, j'ai de la tendresse pour tous les titres, de manière différente.

Personne ne l'ignore, vous êtes le fils de Pascal Danel. Vous avez donc baigné dans une ambiance musicale à la maison. Mais quand avez-vous eu réellement le déclic pour la musique?

Tout petit! Mais pour être très honnête avec vous, quand j'étais tout petit, je voulais être paléontologue! (rires) J'ai toujours beaucoup aimé les animaux, et je vis d'ailleurs encore entouré d'animaux aujourd'hui. Et parallèlement, j'ai toujours eu une passion pour les dinosaures... J'ai eu la chance de rencontrer Yves Coppens quand j'étais enfant. Et j'ai très vite compris que pour devenir paléontologue, il aurait fallu que je sois très bon en maths... Et j'étais très mauvais en maths! Donc, j'ai été découragé... Et à l'anniversaire de ma soeur, elle avait organisé une boum, j'avais 10 ans, j'ai entendu « Shadoogie ». J'ai trouvé ça incroyable... Donc, ce n'est pas à cause de mon père que je suis tombé dans la musique, mais à cause de ce titre! Par contre, mon père a eu un rôle important par la suite, parce qu'il ne m'a jamais freiné. Beaucoup de parents auraient dit à leur enfant que ce n'est pas un métier sérieux, mais heureusement, mon père et ma mère n'ont jamais eu cette idée là en tête!

Jean-Pierre Danel © photo DR

Aviez-vous des idoles quand vous étiez ado?

Oui! Et j'en ai toujours, bien heureusement... Ma première idole, c'était Carlos. J'ai eu la chance que mon papa me le présente et c'était vraiment une personne adorable. Il m'offrait des petites voitures, vous pensez bien qu'il avait tout compris! (rires) Et je vais vous dire très sérieusement qu'il m'arrive d'écouter encore aujourd'hui les chansons de Carlos, et que je trouve qu'artistiquement, c'est formidable! Tous ses albums sont très bien produits. C'est un artiste qui n'avait pas de prétention intellectuelle, alors que c'était un homme tout à fait brillant. Il faisait des chansons pour amuser les gens. Et si elles ont marqué les esprits à ce point, c'est qu'il y avait une raison. Quand vous écoutez d'un point de vue plus professionnel ses chansons, vous vous rendez compte qu'il y a un super boulot là derrière. Les orchestrations du « Big Bisou » ou du « Señor Météo » sont remarquables et super solides. Les types qui ont fait les arrangements à l'époque étaient vraiment des pros. Quelque part, aujourd'hui, ça me rassure, parce que je me rends compte que j'avais bon goût déjà à 5 ans! (rires) Quand il est parti, j'ai été très ému. Et aujourd'hui, je suis très sérieux en vous disant que j'écoute les disques de Carlos avec beaucoup de respect.
Un peu plus tard, j'ai découvert les Shadows et les Beatles. J'ai énormément d'admiration pour Paul McCartney. Idem pour Charles Trenet, que j'ai connu. Ses chansons sont extraordinaires.
Aujourd'hui, je n'ai plus de posters dans ma chambre, mais j'ai une admiration sans borne pour certaines personnes comme Michel Polnareff ou Alain Chamfort qui est un compositeur merveilleux. Quand on écoute « Chasseur d'Ivoire », c'est une pure merveille. Il n'y a pas d'autre mot. Laurent Voulzy fait aussi partie des compositeurs que j'adore. Jacques Brel aussi. Il écrivait avec une telle finesse et une telle justesse. Plus personne ne fait ça actuellement. Quand vous écoutez « La chanson des Vieux Amants », c'est terriblement poignant. C'est d'un niveau poétique incroyable, d'une qualité musicale avec peu d'équivalent et d'une qualité d'interprétation qui bat tout le monde... C'est absolument magnifique. À côté de tous les chanteurs que je viens de vous citer, quand je vois un show de Mylène Farmer, je me dis « Waouw »! Elle n'a ni la voix ni la qualité d'interprète de Jacques Brel, et je pense qu'elle serait la première à le dire. Mais elle a un tel univers qui n'appartient qu'à elle, qu'elle est admirable. C'est une vraie artiste, Mylène. Je vais même aller plus loin... Lady Gaga est, elle aussi, une artiste magnifique. Que ça plaise ou non, peu importe, mais il faut reconnaître que tout ce qu'elle fait est d'une qualité irréprochable ... Quand des artistes vendent des millions de disques sur la durée, il y a toujours une raison. Le public ne s'y trompe pas. Il peut se tromper une fois, mais pas pendant des années. Il y a toujours de la qualité derrière. Pour en revenir à des artistes comme Carlos, si des artistes comme Chantal Goya ou Dorothée ont marqué des générations, il y a de vraies raisons. Personne n'est en haut de l'affiche par hasard. Donc, je n'ai pas d'idoles avec un poster au dessus de mon lit, mais comme vous le voyez, j'ai une réelle et sincère admiration pour beaucoup de gens. Et je trouve qu'avoir de l'admiration pour d'autres est un des plaisirs de la vie. C'est un des bonheurs de la vie de se retrouver à lire un bon bouquin ou écouter un bon disque. Il faut avoir des idoles et des gens qu'on admire dans la vie... Mais il ne faut pas tomber dans l'idolâtrie bête et penser que John Lennon est la réincarnation du Christ ou vivre dans la peau de son idole! (rires) Ça, c'est le mauvais côté de la chose. Mais avoir des idoles, ça vous donne des repères, ça vous dynamise, ça vous motive, ça ne vous amène que du bonheur...

Jean-Pierre Danel © photo DRVous souvenez-vous de la première fois où vous avez touché une guitare?

(rires) la première fois... c'était une fausse guitare. C'était un jouet en plastique, en fait. C'était une reproduction d'une Fender Stratocaster de la même couleur que celle des Shadows. Je passais le disque des Shadows, et je faisais semblant de jouer dessus... Puis, un jour, mon père rentre dans ma chambre, et me dit « Ce n'est pas très intéressant de faire semblant, Jean-Pierre... » Et il m'a offert une vraie petite guitare, que j'ai toujours, d'ailleurs. Et j'ai appris à jouer tout seul... Sans connaître une seule note de solfège. J'ai passé des heures à essayer de reproduire les musiques des Shadows. C'était difficile, mais c'était vraiment formidable. Quand je rentrais de l'école, je passais parfois 6 ou 7 heures avec ma guitare... Je n'ai jamais rien lâché du tout. Et à 14 ans, j'ai fait mon premier job professionnel. J'ai été engagé pendant deux mois et demi (pendant les grandes vacances) sur une tournée...

C'est très jeune.

Très jeune, oui! Et j'ai fait mes premières sessions de studio avec Michel Bernholc qui était l'arrangeur de Michel Berger. Il a, entre autres, fait tous les arrangements de « Starmania ». Il m'a engagé à 15 ans. Donc, après l'école ou pendant les vacances, j'allais enregistrer des disques avec les musiciens de Michel Berger... Après, j'ai tout de même fait une fac d'anglais, certainement pour rassurer un peu mes parents. Mais mes soirées, je les passais à jouer à droite et à gauche...

Vous avez donc été professionnel très tôt. Qu'avez vous acheté avec vos premiers cachets?

Je m'en souviens très bien. J'avais été chez Darty m'acheter un walkman. J'en étais très fier! J'avais la satisfaction de me dire que j'avais fait quelque chose...

Parallèlement à votre carrière de guitariste, vous êtes aussi producteur.

Effectivement. Je n'ai pas honte de dire que j'ai produit des disques très très commerciaux. Et je ne le renie pas du tout. Pour moi, commercial ne veut pas dire péjoratif. Parce que les deux artistes les  plus vendus de tous les temps sont Mozart et les Beattles. C'est donc très commercial, mais aussi très qualitatif. Ces disques commerciaux m'ont permis de produire des disques qui, je le savais, n'auraient pas un large public. J'ai produit par exemple un disque de chants sacrés Tibétains. Alors que je ne suis pas du tout plongé dans la religion... j'ai été ému par ces moines tibétains qui sont d'une sincérité et d'une vérité absolue. Ils sont tellement loin de tout marketing. On a dû en vendre 800 exemplaires. Mais ce n'est pas grave. Ce n'était pas le but d'en vendre des tonnes... ça c'est une liberté, de pouvoir produire ce que vous avez envie de produire.

Jean-Pierre Danel © photo DRCe n'est pas trop difficile d'être producteur et artiste?

Non. Ce sont deux métiers complémentaires, en fait. Producteur, ça ne veut pas dire banquier. Ça veut dire réfléchir à tous les aspects pratiques, artistiques, logistiques et aussi financiers d'un projet quelconque. Et le rendre possible. Donc, pour moi, ce sont deux métiers très complémentaires. En l'occurrence, sur ce disque, « Out of the Blues », mon travail de producteur a été de choisir tel artiste sur telle chanson, dans tel studio avec tel batteur, pour faire plaisir à l'artiste et qu'il soit bien. Le but d'un producteur est que son artiste soit confortable dans son travail et de valoriser ce travail. Et en même temps, il faut penser au public qui à l'arrivée doit aimer aussi. Bien entendu, il faut aussi tenir compte de l'aspect économique. On est obligés de le faire. Mais on peut le faire de façon créative. Il faut essayer de transformer les contraintes en créativité. Si on est limité par telle ou telle chose, par l'argent, par exemple, on est obligé de compenser en étant créatif. On le fait plus ou moins bien, mais on essaye de le faire le mieux possible.

Vous êtes auteur aussi...

Oui... Mais dans une moindre mesure!

Vous avez sorti un livre sur la vie de Sacha Guitry. Que vous inspire-t-il?

C'est un homme admirable. Comme je vous en parlais tout à l'heure, je pense qu'il faut transmettre notre patrimoine. Quand vous regardez la série « Desperate Housewives », il y a une voix off qui narre l'histoire. Et bien, savez-vous que c'est Sacha Guitry qui a inventé la voix off? Il a inventé ça au cinéma il y a 80 ans... Et j'aime raconter à des gamins que ce qu'ils aiment dans « Desperate Housewives », c'est Sacha Guitry qui l'a inventé.
Malheureusement, on le résume trop souvent à ses citations. On confond un peu trop souvent ce qu'il disait lui avec ce qu'il faisait dire à ses personnages. Il utilisait parfois ses personnages pour dénoncer des travers et on peut penser que c'est lui qui le disait... C'est un type brillant qui a eu une vie singulière. Sa vie a été faite de moments extraordinaires qu'ils soient bons ou mauvais. Son père a été un grand acteur. Il a joué avec Sarah Bernhardt. Ses parents ont divorcé quand il avait 5 ans, et son père l'a emmené en Russie. Son parrain était le Tsar Alexandre III de Russie. Il n'y a pas un détail dans sa vie qui soit banal. Ce sont, à chaque fois, des histoires de dingue. Ce type, à 20 ans, révolutionne le théâtre et devient l'auteur qui a le plus de succès du siècle. Encore aujourd'hui, les pièces de Guitry font le plein. C'est un auteur extrêmement moderne pour son temps. Il a inventé plein de choses dont la fameuse voix off dont je vous parlais tout à l'heure. C'est le premier qui a mélangé une pièce de théâtre et un film. C'est le premier aussi qui a utilisé le cinéma pour filmer les gens célèbres de son époque pour en garder une trace. Il a filmé Renoir, Claude Monnet, Sarah Bernhardt ou encore Anatole France, entre autres. Ça paraît bête aujourd'hui, mais personne n'y avait pensé avant lui. Il a inventé la post-synchro aussi. C'est un homme tellement brillant et drôle. Je suis très admiratif de son talent.

Jean-Pierre Danel © photo DR

Avez-vous une vie passionnante? (Jean-Pierre Danel a publié « Chroniques d'une vie passionnante »)

(rires) C'était très second degré ce livre... je l'ai écrit à un moment où ça n'allait pas trop bien. J'ai eu une vie passionnante à vivre bien évidemment, mais pas passionnante pour les autres, bien entendu! La seule chose que je remarque, c'est que j'ai fait cinquante milliards de trucs dans ma vie un peu dans tous les sens! C'est rigolo.

Quel est le meilleur moyen pour rendre un homme heureux? (Jean-Pierre Danel a publié « 365 moyens de rendre un homme heureux »)

D'être amoureux. Il n'y a rien d'autre que ça, le reste c'est du vent.

Enfin, et ce pourrait être le mot de la fin, vous avez sorti au mois de septembre « La légende de la Fender Stratocaster » et vous avez, je pense une très belle collection de guitares. Quel rapport entretenez-vous avec vos guitares?

Les gens qui jouent d'un instrument de manière assidue vous diront tous la même chose. On a un rapport quasi sensuel avec notre instrument. Les guitares, ou les violons d'ailleurs, sont en bois, une matière naturelle. Si vous me faites passer 100 guitares dans les mains les yeux bandés, je vous dirai tout de suite laquelle est la mienne. Alors que ce sont les mêmes, en théorie. On a un rapport très particulier, très intime avec sa guitare. Quand on en fait son métier ou sa passion, notre guitare, c'est à travers elle qu'on s'exprime. Donc, c'est notre voix, notre coeur et notre outil.
Et pour en revenir à la première partie de votre question et à la Stratocaster, c'est une guitare qui a révolutionné le monde de la musique, en ouvrant la porte du rock'n'roll. Et le rock'n'roll a révolutionné le monde dans lequel nous vivons! Le rock a fait tomber les barrières sociales. Il a permis aux jeunes d'avoir un moyen d'expression qui leur était jusque là interdit. Les jeunes ne pouvaient pas s'exprimer avant les années rock'n'roll. Et cette musique a aussi fait tomber les barrières entre les blancs et les noirs. Ça a fait scandale pendant longtemps... Il y a donc un lien artistique, social et culturel avec cette guitare. C'est un instrument qui a révolutionné la face sociale du monde. C'est un bel instrument, un bon instrument et un instrument important. C'est pour ça que je lui ai dédié un livre... On en revient quelque part à la notion d'idoles. Des êtres ou des objets qui vous motivent. C'est du domaine de l'affectif...

Propos recueillis par IdolesMag le 11 novembre 2010.









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