Interview de Art Sullivan

Propos recueillis par IdolesMag.com le 04/10/2010.
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Art Sullivan © photo DR

Art Sullivan nous reçoit dans son bureau, dans sa maison de la banlieue Bruxelloise. Jacques Verdonck, son producteur, est présent lui aussi. Au cours de cette interview, nous reviendrons avec Art sur son parcours. Il nous expliquera aussi pourquoi il a quitté le devant de la scène à la fin des années 70. Aujourd'hui, Art Sullivan est une énorme vedette au Portugal où il remplit des salles équivalentes à nos Zéniths... Il nous expliquera aussi le coup de coeur qu'il a eu pour un jeune chanteur Franco-Portugais. Il s'appelle Hugo, retenez bien son prénom! Art Sullivan fêtera l'année prochaine ses 40 ans de carrière, mais aussi ses 60 ans! Rencontre avec un artiste beau et intelligent... ;-)

IdolesMag : Vous allez fêter vos 40 ans de carrière l'année prochaine. Si vous le voulez bien, nous allons retracer ces 40 ans dans les grandes lignes avant de parler de votre actualité...
Étiez-vous ce qu'on appelle un bébé chanteur?

Art Sullivan : J'ai eu réellement la passion de chanter vers 12/13 ans. Pour vous donner un exemple, j'ai composé à cette époque « Petite Fille aux Yeux Bleus ». Elle ne s'appelait pas encore comme ça, mais je me souviens très bien que j'avais composé la mélodie dans mon lit. J'avais un petit transistor et j'écoutais la musique dans mon lit sous les couvertures... Au fond de moi-même, je savais que je serais chanteur un jour.

Vous composiez sur une guitare ou un piano?

Ni l'un ni l'autre! (rires) Pour vous dire la vérité, je ne connais aucune note de solfège. Je n'ai aucune formation musicale. Mais la composition, vous savez, dans le fond, c'est dans la tête... Donc, dès que j'avais une mélodie en tête, je l'enregistrais pour ne pas la perdre. Et aujourd'hui, c'est encore comme ça! Après, je donne cette mélodie à un ami qui me la transcrit en notes de musique. Je suis compositeur, mais je ne joue pas d'instrument. Enfin... si! Si vous voulez que je vous joue « Frère Jacques » sur un piano, j'y arriverai certainement, mais il ne faudra pas m'en demander beaucoup plus! (rires)

Et dans votre famille, on chantait?

Pas du tout. Je viens d'une famille d'aristocrates, comme on dit. Donc, vers 14/15 ans, quand je disais à mes parents que je voulais devenir chanteur, ce n'était pas vraiment de leur goût! Dans la famille, il fallait devenir notaire ou médecin. Mais chanteur... vous imaginez! Sauf peut-être ma mère, qui était un peu plus révolutionnaire. Elle, elle voulait que je fasse ce qui ferait mon bonheur. Je n'avais pas un entourage qui me prédisposait à aller vers la musique.

Aviez-vous des idoles quand vous étiez gamin?

Ah oui! J'étais très fan de France Gall et son « Sacré Charlemagne »! Et puis, mon vrai déclic pour la musique, c'était en 1965. J'ai entendu un soir à la radio « Aline » de Christophe. Là, j'étais un peu comme un curé qui aurait entendu la voix de Dieu venir lui parler. En écoutant cette chanson, je me suis noyé dans la musique.

Vous souvenez-vous des premières fois où vous avez chanté, peut-être pas professionnellement, mais sérieusement, dirons-nous.

À 15 ans. Je participais à des petits concours, des radio-crochets, des fancy-fair. Je chantais « Aline », « Capri, c'est fin », « La Plage aux Romantiques », des choses comme ça.

Art Sullivan © photo DR

Ensuite, que se passe-t-il?

Vous savez, entre vouloir devenir chanteur et être chanteur, il y a des kilomètres. Mais, comme j'étais passionné par Christophe, je suis allé le voir en 67 ou 68. Comme il n'avait pas de fan-club, je lui ai proposé de monter le sien. Il a été d'accord. J'ai donc commencé à imprimer une revue stencylée qui sortait tous les mois. Au départ, j'avais 35 membres. Mais j'ai fait croire à Christophe que j'en avais plus de 2000! (éclats de rire) Ce n'était pas par snobisme, mais comme c'était mon idole, je voulais que tout soit parfait et je voulais qu'il soit « grand »! Et je me souviens très bien à l'époque qu'Hervé Vilard, qui avait aussi un fan-club, était très surpris que Christophe ait autant de membres! Il m'a donc contacté et voulait que je m'occupe aussi du sien... J'avais 18 ans à l'époque, j'étais plein d'énergie! À l'époque, c'était Jacques Verdonck [NDLR : qui était présent lors de notre interview] qui était l'éditeur d'Hervé Vilard. Et un jour, Hervé Vilard, qui savait que j'aimais chanter et composer, vient à Bruxelles enregistrer une émission de télé. Et il présente le « petit jeune » à Jacques. Il m'a dit de lui envoyer une cassette et qu'il ne manquerait pas de l'écouter... Comme on dit toujours en fait! Je lui ai donc envoyé une cassette... et il m'a rappelé! Le 14 février (je m'en souviendrai toujours), je suis arrivé en studio. Et au bout d'une trentaine de secondes, ils m'ont dit « Stop ». Je me suis dit que c'était foutu... Mais non, il m'a dit qu'il me signait pour trois ans!

Qu'est-ce que ça vous a fait?

Très sincèrement, sur le moment, pas grand chose! (rires) Nous n'étions pas dans le star system d'aujourd'hui, mais j'étais très content.

Et après, vous partez à Londres...

Oui, 15 jours plus tard, nous partons pour Londres et nous retrouvons Charles Blackwell, l'arrangeur de Tom Jones, entre autres. C'est lui aussi qui a fait « Love me, Please love me » de Polnareff. Nous enregistrons une maquette. Nous rentrons de Londres quelques jours plus tard, et la maquette est envoyée à deux ou trois personnes à Paris. Après 24 heures, Carrère téléphone en disant qu'il voulait me signer pour 7 ans. Et à cette époque... je n'avais pas encore sorti de disque. (rires)

C'était une autre époque!...

Effectivement (éclat de rires)

Comment avez-vous choisi votre pseudonyme?

Mon vrai nom, c'est Marc Liénard van Lindt de Jeugh... C'était assez compliqué d'imposer ce nom! Personnellement, j'avais envie de m'appeler « Sebastian », ne me demandez pas pourquoi! Carrère, lui, m'avait proposé « Art » comme prénom. Je n'avais jamais entendu un prénom comme ça en Europe. Il y avait bien Art Garfunkel, mais ce n'était pas un prénom courant. À l'époque, Gilbert O'Sullivan venait de sortir un disque. J'aimais bien ce nom « Sullivan ». Donc, c'est ainsi qu'est né « Art Sullivan »...

Art Sullivan © photo DR

A ce moment-là, vous sortez votre premier disque...

Tout à fait. « Ensemble » est sorti en juin. Le titre a été matraqué en juillet et en août par RTL. Et fin août, les ventes étaient catastrophiques. Tout le monde me le disait : avec un matraquage comme on avait eu... c'était très mal parti. Puis, en septembre, comme par miracle, c'était 10 ou 15 000 disques vendus par jour!

Vous le vivez comment? Tout est arrivé tellement vite...

Inconsciemment. Pour vous donner un exemple... Quelques mois après, je touche les royalties. J'avais vendu tout de même plus de 300 000 disques. Je me souviendrai toujours, j'étais place de Brouckère à Bruxelles et je regardais une belle chaîne dans une vitrine. Je la trouvais magnifique. Elle coûtait 25 000 francs belges de l'époque... Et c'est là que j'ai compris que je les avais sur mon compte en banque. C'est là que je me suis rendu compte que j'exerçais un métier et que j'étais payé pour...

Vous avez toujours vécu en marge du système en fait.

Tout a fait.

Les tubes s'enchaînent très rapidement. Aviez-vous le temps de continuer à composer?

À vrai dire, j'avais un train d'avance. J'avais déjà pas mal de chansons déjà composées... et enregistrées. Quand « Ensemble » est sorti, le titre « Adieu sois heureuse » qui sortira un an plus tard était déjà enregistré. Je ne vais rien vous apprendre en vous disant qu'à l'époque on sortait un 45 tours tous les 4 ou 5 mois. Donc, nous, en production, on avait au moins une bonne année d'avance.

Vous n'aviez certainement pas le temps d'enregistrer beaucoup à l'époque.

Si si... Vous savez, je suis quelqu'un d'assez discret. Je n'aimais pas me montrer dans les discothèques à la mode que le « tout Paris » fréquentait... J'allais à Paris pour faire mon travail, et dès que c'était terminé, je revenais à Bruxelles chez ma mère, avec mes frères et mes chiens...

Vous avez toujours habité Bruxelles, alors?

Oui, toujours. Pas dans cette maison-ci, mais j'ai habité à Woluwe-Saint-Pierre pendant 35 ans... Je n'ai jamais habité à Paris. Carrère voulait que je me montre un peu, que je joue à la vedette... Mais, ça, ça ne m'intéressait pas du tout.

On en revient toujours à la même chose... tout le côté « paillettes » et star system ne vous a jamais intéressé.

Pas du tout!

À l'époque, vous tournez beaucoup?

Très bonne question... À l'époque, je vends des disques « comme des petits pains ». La « Petite fille aux yeux bleus » arrive à 700 000 exemplaires, « Adieu sois heureuse » à 600 000, « Vivre d'amour » à 600 000 aussi. À chaque fois, je ne fais qu'une émission de télé ou deux, au grand maximum... Je figure très peu dans la presse. Mais les disques se vendent très bien. Et comme je suis compositeur, je gagne très bien ma vie... Et donc, j'ai voulu faire des tournées. Carrère n'était pas tout à fait pour! (rires) Il me demande d'attendre, trouvant que c'était trop tôt. Mais comme j'ai assez de revenus, je ne pousse pas à la charge. En plus, il m'avait donné un argument qui se défendait : j'avais deux ou trois succès, donc, pas de quoi tenir sur une scène pendant 1h30. Donc, je n'ai pas tourné pendant longtemps. Puis, au fur et à mesure, j'ai senti que j'avais besoin de la scène. Vous savez, je n'avais aucun contact avec personne à l'époque. Je continuais à fréquenter mes amis dans le quartier et ma famille, tout comme avant. Donc, j'ai voulu faire des galas...

Art Sullivan © photo DR

Ce sont de bons souvenirs, ces premiers galas?

Ce sont les meilleurs! C'est là que j'ai compris mon métier. Le vrai métier du chanteur, c'est être sur scène. J'aime aussi le studio, parce qu'on y crée. Mais on crée devant un micro. C'est un peu comme quand on chante à la télévision, on chante devant une caméra. Quand on est sur scène, je ne peux pas vous l'expliquer, mais on ressent les émotions qui passent. Ce sont deux facettes du métier. Elles sont complémentaires.

En 1978, vous mettez un frein à votre carrière en France. Pourquoi?

Je ne mets pas un frein, en fait... j'arrête! C'est l'époque où le Disco commençait à arriver. Dans les médias, il y avait une forme d'élitisme. On entendait dire que « Je t'aime mon amour pour toujours », c'était ringard. Attention, ce n'était pas le public qui le disait, on l'entendait dire dans les sphères des médias... Même Claude François a commencé à être taxé de ringard. Même si j'avais chanté des chansons plus intellectuelles, j'avais le cachet « chanteur stupide »... Je le sentais. J'avais 28 ans, je me disais que je n'avais plus ce feu ni cette passion de chanter. J'avais envie de passer à autre chose. J'ai donc arrêté et on n'a plus entendu parler de moi. J'ai tout de même fait une chanson disco, mais le poisson rouge n'était plus bien dans son bocal.

Vous entamez alors une carrière dans le documentaire. Pourquoi ce choix?

J'ai toujours été passionné par le documentaire. On est en 78/79, la télévision n'était pas la même qu'aujourd'hui. Je sentais que la télévision allait bouger. Et donc, j'ai créé un concept : faire des caméras invisibles avec des vedettes. Je savais que ça allait coûter beaucoup d'argent, donc, nous sommes allés voir des coproducteurs. Nous en avons vu plusieurs, dont un au Canada qui s'est empressé de développer l'idée!...

C'est que l'idée était bonne...
Vous avez fait beaucoup de documentaires sur les familles royales.

Oui, beaucoup. Je ne réalisais pas des documentaires pour la France ou la Belgique. Un documentaire, c'est un peu comme une chanson... Une chanson va coûter, par exemple, 10 000 euros. Mais qu'elle sorte uniquement en Belgique ou dans le monde entier, elle coûtera toujours 10 000 euros. Donc, autant la faire pour le plus grand nombre de gens. C'est la même chose pour un documentaire. Comme je savais que même les républicains étaient intéressés par les familles royales, j'ai réalisé pas mal de documentaires sur elles. Mais j'ai aussi réalisé des reportages sur les grandes villes, et notamment un sur Sydney, peu avant les jeux Olympiques. Sydney, c'est une ville fabuleuse. Quand vous vous rendez compte qu'il y a deux cents ans, il n'y avait rien...

La musique ne vous a pas manqué pendant toutes ces années?

A vrai dire, je n'étais pas si éloigné de la musique car c'est moi qui signais tous les génériques ou les musiques de fond. Je ne chantais pas, mais je restais dans mon univers musical. Je n'avais plus envie de chanter quand j'ai arrêté, mais la musique est restée ma passion. Je n'ai jamais arrêté de composer.

Pourquoi ne pas avoir écrit pour d'autres alors?

Je l'ai fait, mais très peu. J'ai écrit une chanson pour Liliane Saint-Pierre, une chanteuse flamande [NDLR : « Als je gaat »] et pour Timothy aussi [NDLR : « C'est la vie, c'est joli »]. Vous savez, je peux vous l'avouer, je suis un grand paresseux... Donc, je compose très peu, juste quand il faut! (rires) Par principe, on ne commande pas la création. Je ne peux pas me dire « tiens, aujourd'hui, je vais composer une chanson », non...

En 2006, « Tout est dans tout » a bénéficié d'un remix dance. Ce n'est pas forcément le registre dans lequel on vous attend...

(éclats de rire) Et il va y avoir encore pire! C'était encore de la dance gentille... Parce que là, en début d'année va sortir un remix de « Tout est dans tout » très très... remixé! (rires) J'ai été très surpris quand ces jeunes parisiens m'ont contacté à propos de ce projet. J'ignorais que j'avais des fans aussi jeunes et dynamiques! Ils m'ont demandé juste la piste avec ma voix. Et ils l'ont remixée... je viens de la recevoir et je peux vous dire que c'est très bien! Ça change... Ça bouge!... C'est un remix prévu pour les discothèques.

Vous aimez ce genre de remixes?

À vrai dire, je n'aime pas les discothèques! Mais j'avoue que leur remix est très bien fait. Je ne serais pas honnête en vous disant que c'est une musique qui me touche.

Quand et comment est née l'aventure de cet album « Tout est dans tout » ?

Fin des années 90, le CD est arrivé. Et je n'avais aucun disque disponible en CD. Ariola est venue me trouver pour me demander l'autorisation de sortir une compil de mes anciennes chansons. Je ne pensais pas que ça marcherait, et, je vais vous dire la stricte vérité, j'ai accepté essentiellement pour avoir un CD de mes propres chansons... (rires) Ils ont donc sorti la compilation dans un premier temps en Belgique. On en a vendu 60 000 exemplaires. Six mois après, ils ont sorti un volume 2 qui a moins vendu, presque 30 000 tout de même, mais celui-ci contenait beaucoup moins de tubes. Suite à cette aventure, Warner France m'a contacté pour sortir une compilation en France. On en a vendu 180 000 tout de même. Et là, je me suis rendu compte que plein de gens étaient restés fidèles à la mémoire de mes chansons. On m'a même demandé de me produire quelques fois en spectacle.

Vous en doutiez, que le public vous était resté fidèle?

Je pensais que j'étais oublié. Réellement. Vous savez, je m'étais arrêté en 78/79, ça faisait 15 ans que plus personne n'entendais parler de moi... C'est une génération! Mais pour en revenir aux spectacles que j'ai donnés... Le public venait bien entendu écouter mes chansons, et je me suis rendu compte que quand je chantais, je voyais dans leurs yeux que c'était comme s'ils ouvraient un album photos. La chanson les retransposait dans leurs 16 ans ou leurs 18 ans. Je me suis rendu compte que les chansons étaient liées à des souvenirs. Tout ça m'a redonné envie de rechanter et de refaire un disque...

Vous avez repris « Mourir ou vivre » sur cet album. Pourquoi?

Parce que c'est une chanson que j'aime beaucoup. Comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure, vers mes 14 / 15 ans, j'ai fait pas mal de radio-crochets en reprenant Hervé Vilard ou Christophe. Je ne voulais pas reprendre « Capri, c'est fini », parce que la chanson est trop apparentée à Hervé. « Mourir ou vivre » aussi, mais dans une moindre mesure. J'ai donc eu envie de reprendre cette chanson en en changeant les arrangements.

C'est une chanson que vous aimez profondément?

Ah oui...

Il y a aussi une chanson de Christophe sur cet album...

Oui. « J'ai remarché ». Là encore, je n'ai pas voulu reprendre une chanson trop connue.

C'était une façon, dites-moi si je me trompe, de boucler la boucle... Vous étiez partis à Paris fonder le fan-club de Christophe et ensuite vous vous occupez de celui d'Hervé Vilard. Puis sur cet album, vous les reprenez tous les deux...

Voilà, c'est ça... Et la boucle n'est pas complètement bouclée! Parce que depuis deux ans, je produis un jeune artiste portugais, que nous allons lancer en France l'année prochaine.

Art Sullivan & Hugo © photo DR

C'est Hugo.

Tout à fait. Et sur son album, il y aura une reprise des « Marionnettes » de Christophe.

Avant de parler de Hugo, j'aimerais parler un peu de cet énorme succès que vous avez au Portugal aujourd'hui...

Comme je vous l'expliquais, j'ai été très surpris de voir que tant de gens aimaient encore mes chansons ici en Belgique et en France quand on a sorti la compilation. Mais au Portugal, j'ai aussi encore énormément de succès. J'étais une « star » dans les années 70 là-bas. Je chantais dans des stades de football. Pour vous donner un exemple, quand j'ai joué à Funchal sur l'île de Madère, j'ai fait 100 000 personnes en 3 soirs, alors que l'île ne compte que 300 000 habitants. Un tiers de l'île était venue me voir. Mais en 78 quand j'ai tout arrêté, j'ai arrêté là-bas aussi. Et fin des années 90, on a ressorti une compilation là-bas, et elle a été disque d'or très rapidement.

Comment expliquez-vous cet attachement que le public Portugais vous porte?

S'il y avait une recette?!...

Vous n'étiez pas forcément attaché à ce pays auparavant.

Pas du tout. Vous savez, c'est un peu comme l'amour. Quand on tombe amoureux, on ne sait pas pourquoi. C'est une alchimie qui a lieu et personne ne peut l'expliquer.

Vous donnez beaucoup de concerts là-bas.

Oui, quand on joue là-bas, c'est dans des salles de 7 ou 8000 places.

Art Sullivan © photo DR

Vous le vivez bien de remplir des salles aussi grandes au Portugal et pas ici en Belgique ou en France?

Ah oui, très bien... Et puis, vous savez, j'ai beaucoup moins peur de jouer devant 7 ou 8000 personnes que devant 300. Quand vous êtes devant 7000 personnes, vous êtes devant un océan. Il ne peut rien vous arriver, sauf si vous chantez vraiment comme une patate! (rires) Mais quand vous chantez devant 300 personnes, c'est très différent! Tout le monde est beaucoup plus timide.

Vous chantez aujourd'hui beaucoup en Portugais. Est-ce phonétiquement?

Je comprends un peu, bien évidemment, mais je chante phonétiquement! Je chante aussi en Allemand et en Espagnol...

Revenons-en à Hugo, comment l'avez-vous découvert?

Dans les années 2000, internet s'est démocratisé et j'ai écouté des gens reprendre mes chansons sur des sites de vidéos... Parfois c'est assez mauvais, mais ça fait toujours plaisir! (rires) Puis, un jour un ami me dit de regarder un jeune garçon portugais qui reprenait « Petite Demoiselle ». Je regarde. Je trouve ça pas mal. Je regarde alors ses autres vidéos, il reprenait Brel, Ferré, etc... Et là, je me suis dit que ce gamin avait un talent fou. Je l'ai alors contacté. Lui qui habite à plus de 2000 km d'ici, vous vous imaginez bien que quand je lui ai dit au téléphone « Bonjour, c'est Art Sullivan », il ne m'a pas cru! Surtout que là-bas, au Portugal, malgré mes années d'absences, je suis resté une grande vedette. Il a vraiment cru à une blague... en plus, nous étions un 1er avril! Mais je lui ai dit que le lendemain, je louerais le studio ICP ici à Bruxelles et que dans une dizaine de jours il serait ici à Bruxelles pour faire un test en studio... Je lui ai envoyé des billets d'avion pour lui et ses parents, il était encore jeune à l'époque. Comme il est franco-portugais, il a encore pas mal d'amis en France, et il a cru que c'était ceux-ci qui lui faisaient une mauvaise blague...  Il m'a avoué par après que quand j'ai raccroché le téléphone, il est allé visionner des vidéos de moi sur internet pour voir si le timbre de voix correspondait à celui qu'il avait entendu au téléphone! (rires) Quand il a reçu les billets d'avion, il a commencé à y croire un peu! Mais comme il a une peur bleue de l'avion, il est venu du Portugal en Belgique en bus! Il est arrivé à Bruxelles et le soir même, nous avons fait un test au studio. Comme Monsieur Verdonck connaît très bien les gens de la télé portugaise, il les as contactés et ils sont venus filmer Hugo le soir même. Il n'avait jamais vu un studio de sa vie, et la première fois qu'il entre en studio, le JT portugais est là et il passe le soir même sur l'antenne! Sa mère et sa famille qui étaient restés là-bas n'en revenaient pas de voir leur fils au JT... Donc, avec ce passage au JT, toute la presse a voulu en savoir plus sur ce conte de fées. Toutes les émissions de télévision le veulent et toute la presse le veut... Et c'est parti comme ça.

Et donc, lors de cette première venue à Bruxelles, il enregistre combien de chansons?

Il enregistre deux chansons que je lui avais écrites. Après, comme le test a été concluant, on a décidé d'enregistrer un album. Un album destiné d'abord au marché Portugais. Il est revenu deux mois après et nous avons enregistré cet album, qui est sorti en 2009. Et au Portugal, ça a très bien marché.

Art Sullivan & Hugo © photo DR

Et maintenant, vous allez attaquer le marché Français?

Tout à fait. Mais pour la France, nous allons enregistrer un album tout en Français.

C'est un truc de fous cette histoire...

Vous pouvez le dire! En fait, lui ne cherchait pas de maison de disques. Il chantait juste sur internet purement pour son plaisir. C'était sa passion de chanter, mais il n'envisageait pas de devenir chanteur. Il chantait pour ses amis. Ses parents ne savaient même pas qu'il mettait ses vidéos sur internet.

Et donc, vous prenez du plaisir à composer pour lui?

Oui. Beaucoup. Ce qui m'avait frappé dès que je l'ai entendu, c'était sa façon d'interpréter les chansons. Il ne chante pas comme moi, mais j'ai tout de suite compris que ce que je composais pouvait aller avec sa voix. J'ai donc trouvé en lui un interprète formidable. Musicalement, je me retrouve totalement en lui. En plus, nous avons les mêmes goûts musicaux...

Il y a une belle alchimie entre vous deux.

Vraiment. Je lui ai composé toutes les chansons de son album. Sauf, bien entendu la reprise des « Marionnettes » de Christophe et celle de « Avec le temps » de Léo Ferré. C'est lui qui en a eu l'idée d'ailleurs, de cette reprise de Ferré. Il interprète d'une façon incroyable. Il y a aussi une chanson écrite par Charles Blackwell. Cette chanson a été écrite en anglais. Et grosse surprise... alors qu'il ne parle pas anglais, il chante très bien en anglais aussi! Donc, ce gamin a une belle carrière devant lui...

Vous avez aussi enregistré un duo et écrit une chanson pour un jeune artiste Français, Cyril Alexis.

Effectivement. Mais l'histoire est assez différente. Un jour, Cyril m'a écrit une lettre de deux pages qui m'a énormément touché. (-> Cliquez ici pour lire notre interview de Cyril Alexis) Son rêve était que je lui écrive une chanson. J'ai été écouter un peu ce qu'il faisait sur internet. Et je lui ai écrit une chanson... J'ai trouvé que le timbre de Cyril se rapprochait parfois du mien. Mais ce n'est pas le même chemin qu'avec Hugo. Ce n'est pas dans le même contexte. Cyril est venu me chercher et Hugo, je suis allé le chercher. Beaucoup de gens me demandent des chansons, je refuse souvent, mais pour Cyril j'ai accepté parce que j'aimais bien ce qu'il faisait.

Comment trouvez-vous sa reprise de « Donne Donne moi »?

Elle est mignonne.

On est très loin de votre version!

Vous savez, on ne pourrait pas ressortir aujourd'hui la version que j'ai enregistrée dans les années 70! C'est une belle version avec sa couleur à lui. J'ai beaucoup de mal à juger quand on fait des reprises de mes chansons. Parce que dans ma tête, j'ai toujours ma version qui traîne!... non pas que ma version soit meilleure, pas du tout, mais disons que j'en ai plus l'habitude.

L'année prochaine, vous fêtez donc vos 40 ans de carrière. Quelles surprises nous réservez-vous?

Je fêterai aussi mes 60 ans!! (rires) Il y aura aussi une compilation. Avec certainement un ou deux morceaux inédits. Pour le reste, il faut que ça reste une surprise... Donc, vous en saurez plus l'année prochaine! (rires)

Art Sullivan © photo DR

Quel regard portez-vous sur l'évolution de votre métier?

Je crois réellement que les jeunes qui débutent aujourd'hui ont le même coeur et la même passion que nous à l'époque. C'est comme l'amour, ça ne bouge pas. Les jeunes se mettent une carapace aujourd'hui. Ils ne veulent plus franchement chanter des chansons tendres. Ils veulent des choses plus métalliques, plus électriques... Quant au métier, il y aurait tant à dire... Tout a tellement évolué!

Ça vous fait plaisir aujourd'hui de revenir sur le devant de la scène?

Bien entendu. Et dans le fond, le fait de m'être arrêté quelques années a certainement été bénéfique. Parce que je n'ai pas gardé une image négative dans le métier, l'image du petit chanteur à minettes. Donc, cet arrêt a été bénéfique...

Vous avez toujours beaucoup composé dans votre vie, mais assez peu écrit en somme. Pourquoi?

J'écris plus aujourd'hui. Mais je n'ai jamais été vraiment attiré par l'écriture. Par contre quand je compose une mélodie, je donne toujours la phrase clé qui va revenir dans le refrain... Mais affiner le texte, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, ce n'est pas vraie passion.

Enfin, je vais vous donner quelques mots, vous allez me dire ce qu'ils vous évoquent instinctivement.

Ensemble : mon premier disque. Le premier que j'ai entendu à la radio.

Ça vous a fait quoi de vous entendre à la radio?

Pas grand chose, en fait. (rires)

Vous étiez assez détaché du métier tout de même.

Détaché n'est pas le terme exact... Vous savez quand le boulanger a fait son pain et qu'il va le vendre, on ne sabre pas le champagne! Je faisais mon métier, c'est tout...

Et quand vous avez tenu votre premier disque dans les mains, ça vous a fait quoi?

Là, j'étais très content. D'un moment à l'autre, j'étais devenu comme Christophe et Hervé Vilard! J'étais comme mes idoles, j'avais mon disque à moi. C'est un très grand moment. C'est probablement le vrai grand moment de ma carrière...

Larme : Un sentiment, qu'il soit heureux ou malheureux

Automne : dépression

Demoiselle : Petite

Portugal : Le pays où j'irai pour l'éternité.

Océan : Portugal

Tout : Pas possible

Hugo : conte de fées

Donner : la plus belle chose...

Propos recueillis par IdolesMag le 4 octobre 2010









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