Interview de David Alexandre Winter

Propos recueillis par IdolesMag.com le 11/06/2010.
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David Alexandre Winter © photo DR

Rencontre avec David Alexandre Winter qui sort ce mois-ci un nouvel album. Ce nouvel album est composé des grands standards français traduits pour le marché américain, d'un best of retraçant ses nombreux succès et de deux inédits. Lors de cette interview, David Alexandre nous parlera longuement de ce nouvel album, mais reviendra aussi sur la fabuleuse aventure de "Oh! Lady Mary" et sur ses plus beaux souvenirs. Il nous parlera aussi bien évidemment de sa fille Ophélie et son fils Mickaël. Rencontre avec David Alexandre qui n'a pas fini de vous faire danser!

IdolesMag : Vous sortez un nouvel album composé de vos propres chansons réorchestrées et de reprises de grands standards français traduits pour le marché américain. C'est bien ça?

David Alexandre Winter : Tout à fait! Ce sera un album de 18 titres avec bien entendu "Oh Lady Mary", "Vole S'envole" et tous mes grands succès. Et à côté de ces chansons, il y aura des reprises de ce qu'on appelle les "Grands Standards Américains", mais qui en définitive sont toutes des chansons Françaises à la base, comme "Ne me quitte pas", "Et maintenant", "Comme d'habitude", etc... Je les chanterai en anglais. Je pense que ce sera un très bel album qui plaira à beaucoup de monde. Il y aura aussi deux inédits, qui, je l'espère, plairont au public!

Comment avez-vous choisi ces chansons?

Il y en a tellement. On a du faire un choix, parce que autrement, nous nous serions retrouvés avec un album de 40 titres. Nous avons choisi les titres avec le producteur de l'album, Gérard Tempesti. On a choisi, par exemple, "Les Moulins de mon coeur" ou "Fly me to the Moon". En écoutant et en ré-écoutant les chansons, certaines se sont imposées. On voulait faire un album de ce qu'on appelle l'"easy-listening", dans le style crooner, et non le style chanteur à voix.

Pourquoi avez-vous eu envie de réenregistrer vos propres chansons? Aviez-vous envie de donner un petit coup de jeune à vos chansons?

Un petit coup de peinture fraîche? (rires) Oui, c'est très agréable. On a tout de même gardé les anciens arrangements, parce que nous ne voulions pas trop dérouter le public. Le rythme et les arrangements sont restés les mêmes. Ça sonne donc comme avant, mais avec une orchestration un peu plus dans le coup! La batterie est complètement différente, par exemple. Et puis, je vais vous dire... les techniques d'enregistrement ont aussi beaucoup changé! Nous avons aujourd'hui beaucoup plus de possibilités pour faire des choses différentes et originales. Mais je crois que quand les gens vont écouter le disque, ils vont retrouver le son de l'époque, en un peu plus moderne.

Avez-vous pris du plaisir à réenregistrer vos tubes?

Ça m'a fait très plaisir. Bien entendu, "Oh Lady Mary", c'est un peu ma chanson fétiche. Tout le monde la connaît, les gens aiment la chanter. Donc, j'ai été heureux de réenregistrer cette chanson.

J'aimerais vous poser quelques questions sur votre parcours...
Vous êtes né à Amsterdam, pourquoi avez-vous choisi de venir en France?

Je vais être très franc avec vous, au départ, il n'y avait pas d'attirance du tout! Mon attachement à la France est venu bien plus tard. J'étais parti en Angleterre où j'étais chanteur. Et l'Angleterre m'a choisi pour représenter le pays au Festival de la chanson de Innsbruck. J'y ai gagné le "premier prix des journalistes". Un producteur Français était là-bas et m'a demandé de venir en France. Il m'a dit "avec ta voix, ça va cartonner en France". On me l'avait déjà tellement dit souvent, que je ne l'ai pas cru... Mais trois mois plus tard, il m'a rappelé en me disant qu'il pouvait me faire signer un contrat avec Barclay. Je suis venu de suite en France, mais toujours sans trop y croire... Et c'est un peu plus tard, quand j'ai commencé à avoir du succès que j'ai vécu cette belle histoire d'amour avec la France. Aujourd'hui, j'aime beaucoup la France.

Aviez-vous des idoles?

Bien entendu! Tout le monde a des idoles. Mon idole, c'était Elvis Presley, sans aucun doute. Et par la suite, les Beatles m'ont beaucoup influencé. Et quand je dis influencé, c'est vraiment de par la musicalité de ce qu'ils faisaient. Et aussi leur façon de construire leurs chansons. Paul McCartney et John Lennon sont de véritables génies.

David Alexandre Winter © photo DR

Vous aviez déjà envie de chanter en étant jeune?

Oui. Depuis longtemps. Personne ne remarquait que j'étais auteur-compositeur... Mais j'écrivais beaucoup de chansons. Chuck Berry et Little Richard m'ont aussi beaucoup influencé. D'ailleurs, et c'est ce qui est drôle, je voulais à la base être un chanteur de rock, parce que c'est le rock que j'aime par dessus tout. Mais quand je suis arrivé en France, on m'a dit que je serais chanteur de charme.

Quand avez-vous écrit votre première chanson?

A l'âge de cinq ans, je pense. Chez nous, en Hollande, on aime beaucoup faire des grandes fêtes de famille. Et moi, j'écrivais des chansons spécialement pour ces grandes fêtes. J'ai commencé très très tôt.

Quand vous arrivez en France, vous sortez très rapidement "Oh Lady Mary", et c'est le raz de marée. Comment en êtes-vous arrivé à chanter cette chanson?

La chanson est à la base une chanson du folklore turc qui était dans les tiroirs de Léo Missir, qui était directeur artistique de chez Barclay. Il a gardé cette chanson sous le coude pendant 3 ou 4 ans en attendant de trouver quelqu'un qui pourrait la chanter. Quand je suis arrivé chez lui, il m'a sorti la chanson et c'est Patricia Carli qui en a écrit les paroles. Je vais même vous avouer que cette chanson, "Oh Lady Mary", je l'ai chantée phonétiquement, parce qu'à l'époque, je ne parlais pas Français. J'ai griffonné quelques signes phonétiques sur un tableau noir pour pouvoir la chanter! Je n'avais aucune idée de ce que je racontais dans la chanson... C'est drôle tout de même quand on y pense!... (rires)

Comment vivez-vous le succès de cette chanson à l'époque?

C'était la folie. J'ai été numéro 1 du hit parade pendant 36 semaines en France. C'était incroyable. Du jour au lendemain, je suis passé de l'inconnu à la vedette. Les gens voulaient arracher mes vêtements. Et c'est, malheureusement je pense, le cas pour la plupart des artistes à qui ça arrive, j'ai pris la grosse tête. On se prend très au sérieux. Tout le monde vous dit que vous êtes le meilleur, et donc, forcément, on finit par le croire... Il ne faut pas que ça dure longtemps cette période. J'ai eu de la chance, après à peu près 6 mois, je me suis rendu compte que tout ceci m'était monté à la tête et je suis redescendu de mon petit nuage... Pour vous donner un exemple, quand un policier vous arrête parce que vous êtes en tort, au lieu de vous donner une contravention, il vous demande un autographe. Ce n'est pas logique! Quand on arrive dans un restaurant et qu'il y a la queue dehors, on vous appelle et on vous trouve une table tout de suite... Donc, dans ces conditions, j'ai pris la grosse tête, mais je pense que ça arrive à tout le monde.

A l'époque, on vous a souvent mis en concurrence avec Christian Delagrange et Mike Brant. Quels rapports aviez-vous avec eux deux?

Très très bien. Nous nous entendions très bien. D'ailleurs, avec Christian, nous sommes toujours amis après 40 ans. J'ai commencé à avoir du succès un an ou deux avant eux. J'étais aussi très ami avec Mike. Nous avons d'ailleurs fait de nombreuses émissions de télé ensemble. Je me souviens très bien d'une émission de Guy Lux où nous avions chanté tous les trois. C'est essentiellement la presse et les maisons de disques qui nous mettaient en concurrence. Mais entre nous, tout allait bien!

Vous avez enregistré un duo avec Seda Aznavour "Rien que nous" aussi...

Oui! C'était une belle aventure, ça aussi. Nous étions très copains avec Charles Aznavour, et nous le sommes toujours d'ailleurs. Georges Garvarentz avait écrit la musique du film "Sapho". Moi, j'avais participé au générique avec Charles. Et il m'a demandé si j'avais envie d'enregistrer un duo avec sa fille Seda. Ça a très bien marché, et ça m'a beaucoup plu de le faire.

David Alexandre Winter © Daniel Sarrazzin

J'imagine qu'à cette époque, vous faites tournée sur tournée... Quel souvenir gardez-vous de ces tournées?

On a fait des spectacles surtout dans le sud de la France. Essentiellement quand les gens étaient en vacances. Donc, aux mois de juillet et d'août. Nous jouions souvent dans des grandes arènes, comme à Nîmes ou à Arles. J'ai des souvenirs incroyables de ces tournées. D'ailleurs, je vais vous dire, quand on voit 10 ou 15000 personnes chanter bras dessus, bras dessous "Oh Lady Mary" dans une arène, c'est inoubliable. Le public français a été vraiment génial pour moi.

En parlant de concert, j'ai envie de revenir avec vous sur 3 endroits mythiques...
Vous avez chanté au Bolchoï de Moscou...

Ah la la... C'est une ambiance très différente! Pendant la première partie, je chantais en Français pendant 45/50 minutes. Puis, en deuxième partie, on jouait du rock'n'roll. Le public russe ne devait pas en avoir entendu souvent... Nous étions en 1974. Le rideau de fer existait encore... Et donc, quand nous sommes sortis de la loge après l'entracte, nous étions tous habillés avec des paillettes, nous avons chanté "Get Ready" et la salle s'est levée tout de suite. En moins de 10 secondes, des militaires sont arrivés sur scène avec des mitraillettes pour arrêter le spectacle. J'en ai des frissons rien que de vous en parler. C'était incroyable... Ils nous ont bien dit que nous pouvions chanter du rock'n'roll, mais que nous ne pouvions pas exciter le public, ni bouger sur scène. A part ça, j'en garde un très beau souvenir, parce que le public russe est formidable. Nous avons joué en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie aussi. Nous avons tourné trois mois en Russie et dans les Pays de l'Est. On sentait tellement que le public voulait entendre la musique qu'il y avait de l'autre côté du rideau de fer. Et comme il ne la connaissait pas, pour nous, c'était une expérience inoubliable.

Vous avez chanté aussi à Monaco...

Ah oui... Pour la Princesse Grace... La Princesse Grace et le Prince Rainier nous avait invités pour le Gala de la Croix-Rouge, c'était différent, en ce sens que c'était très guindé, très noeud papillon et smoking! (rires) Donc, j'ai eu le plaisir de rencontrer la Princesse Grace et le Prince Rainier, qui étaient d'une gentillesse infinie. Je n'oublierai jamais cette rencontre...

Et dans les salles mythiques, vous avez joué aussi à l'Olympia...

J'y ai joué pendant trois jours, avec Mireille Mathieu. Et une semaine avec Rika Zaraï. L'Olympia est une salle typiquement Française. On dit d'ailleurs souvent que quand tu as réussi à faire l'Olympia, tu es arrivé. J'ai pu montrer au public une autre facette de mon travail, mon côté plus crooner et plus rock. Le spectacle de l'Olympia durait 1h20 à peu près et j'en garde un merveilleux souvenir. J'aimerais beaucoup refaire l'Olympia, ce serait bien...

Ce serait assez formidable en tout cas...

Absolument!

Vous vous êtes présenté à l'Eurovision avec "Je suis tombé du ciel" aussi. Est-ce un bon souvenir?

(éclats de rires) L'Eurovision est tombée en plein dans la période durant laquelle j'avais attrapé la grosse tête! Comme je n'avais personne à mes côtés pour me remettre les idées en place, j'ai fait beaucoup de bêtises. Je parlais aux gens d'une bien laide manière... Donc, tous les juges se sont ligués contre moi et personne ne m'a mis un seul point! En plus, ça se passait chez moi, à Amsterdam. Je représentais le Luxembourg. On avait, je pense la meilleure chanson, et c'était Raymond Lefèvre qui était le chef d'orchestre. D'une certaine manière, les juges ont eu raison, je n'ai eu que ce que je méritais. C'est probablement à partir de ce moment-là que je me suis rendu compte que je devais réagir différemment si je voulais rester dans le métier... Mais ça n'a pas empêché à la chanson d'avoir une jolie vie. On en a vendu presque 800 000 exemplaires.

David Alexandre Winter © photo DR

Pourquoi, alors que vous êtes en pleine gloire, décidez-vous de quitter la France et d'aller vous installer aux Etats-Unis?

Parce que, comme tout artiste européen, je pense, j'ai eu envie de faire carrière aux Etats-Unis. Pour nous, les Etats-Unis, au niveau "showbusinestique", si je puis dire, représentent une certaine forme de summum. Je voulais donc tenter ma chance là-bas. Je suis parti en 1980 et après avoir vu beaucoup de maisons de disques, je me suis remis à composer de nouvelles chansons. J'ai travaillé pour deux grandes boîtes à Nashville Tennessee pendant deux ans et c'est là-bas que j'ai rencontré ma femme avec qui je suis marié depuis 27 ans. A un moment donné, nous avons voulu avoir des enfants et une vie de famille normale. Il fallait donc prendre une décision. Et pour ce nouveau choix de vie, je me suis rendu compte que je devais changer de métier. En 1985, je me suis lancé dans le marché automobile. J'ai été d'abord vendeur puis je suis devenu concessionnaire. J'ai fait ça pendant 25 ans...

Et maintenant, que faites-vous?

Et bien, quand je suis arrivé à 65 ans, l'âge de la retraite, je me suis trouvé trop jeune pour prendre ma retraite et je me suis demandé ce que j'allais bien pouvoir faire... J'ai entendu parler de la tournée "Age Tendre" et je me suis remis à composer des chansons.

Vous avez d'ailleurs sorti l'année dernière "Couleurs de Winter".

C'est exact. Je l'ai enregistré chez moi. En fait, j'ai un studio chez moi à Boston. Quand je vous ai dit tout à l'heure que j'avais arrêté le métier pour devenir concessionnaire, je vous ai un peu menti, parce qu'on n'arrête jamais vraiment le métier. J'ai toujours continué à écrire des chansons... Disons que je n'ai jamais arrêté de chanter, mais j'ai arrêté de faire de la route!

Vous vous retrouvez maintenant sur la tournée "Age Tendre", ça vous fait plaisir de retrouver le public français?

Ah oui, vraiment beaucoup. C'est incroyable. En plus, nous sommes 17 artistes sur scène. Nous nous entendons tous très bien. Nous sommes tous copains. Depuis que je fais ce métier, je n'ai jamais vu une ambiance pareille. Nous sommes tous là pour proposer un beau spectacle au public. Et c'est ce qui nous motive. Le spectacle est vraiment un show à l'Américaine, avec un très beau son et une belle mise en scène. Je suis ravi de faire partie de l'aventure...

On sent que le public Français est heureux de vous retrouver.

Oui, et c'est réciproque, je peux vous le dire! Ce contact avec le public me manquait terriblement.

Je me suis laissé dire que vous alliez revenir aussi sur scène pour un récital complet...

Oui. C'est important aussi. Dans le contexte de la tournée "Age Tendre", bien évidemment, on ne peut pas chanter plus de deux ou trois chansons. Mais ce qui me tient à coeur, c'est de remonter sur scène et chanter pendant 1h30! J'ai vendu 20 millions de disques dans le passé, mais j'ai aussi envie de faire connaître mes nouvelles chansons. Donc, bien entendu, j'ai envie de remonter sur scène tout seul...

David Alexandre Winter © photo DR

Quel regard portez-vous sur la carrière d'Ophélie?

Je suis très heureux de ce qu'elle fait et je suis très fier d'elle. Je vous avouerai que je ne connais pas très bien toute sa carrière parce que nous sommes très éloignés. Elle est en France et moi aux Etats-Unis. J'ai adoré "Dieu m'a donné la foi", et c'est d'ailleurs mon fils Mickaël qui l'a écrite. Contrairement à ce que disent les journaux, nous ne sommes pas fâchés. Nous n'avons juste pas assez de temps pour nous voir. Nous avons tout de même dîné ensemble il y a un mois. Tout ce qui a été raconté dans les journaux ne représente vraiment pas la réalité. C'est ma fille, et je suis très fier d'elle. Elle fait une belle carrière et je lui souhaite de continuer!

Auriez-vous envie que Mickaël vous écrive des chansons?

Il m'en a déjà écrit deux. Je ne suis pas certain qu'il écrive dans le sens vers lequel je me destine en ce moment, le style crooner. Mais il écrit de superbes chansons. Il a un talent fou, il chante comme une bête. Il est en train de travailler sur un album depuis deux ans. Je peux vous dire que cet album est génial. Mais comme il est perfectionniste, chaque fois qu'il arrive au bout, il recommence quelque chose! Je vais vous avouer que je parle beaucoup plus avec Mickaël, qui est plus effacé, qu'avec Ophélie. Parce que Ophélie me ressemble beaucoup, elle est comme moi, elle cherche la lumière!

Enfin, je vais vous donner quelques mots, vous allez me dire ce qu'ils vous évoquent instinctivement...

Amsterdam : ville natale

Etats-Unis : Home

Vole : Avion

Cigale : été

Lady : Mary, of course!

Goodbye : ce n'est pas un beau mot! Au revoir, c'est beaucoup mieux!

Propos recueillis par IdolesMag le 11 juin 2010.









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