Interview de Shake
Propos recueillis par IdolesMag.com le 08/09/2010. © Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.
Shake, l'idole de toute une génération revient enfin sur le devant de la scène en France. Il a sorti l'année dernière un CD « D'Hier & d'Aujourd'hui » et sortira en fin d'année le « Best of Shake ». Il sera sur la scène du Casino de Paris début 2011. Shake reviendra aussi avec nous sur sa carrière, ses rapports avec Dalida, la marraine de ses jumeaux, Claude François ou encore Serge Gainsbourg. Rencontre avec une idole qui n'a pas voulu se laisser formater.
IdolesMag : J'aimerais, si vous le voulez bien, avant de parler de votre actualité, retracer dans les grandes lignes votre parcours.
Shake : Je n'aime pas trop parler de moi-même... (rires) J'ai quitté la Malaisie en 1973 pour aller faire des études musicales à Londres en Angleterre. Je suis donc passé par la France. Et en 1975, après avoir terminé mes études, j'ai fait la connaissance d'une personne qui connaissait des producteurs en France. Il m'a proposé d'aller faire une audition à Paris, alors que je ne parlais pas un mot de français à l'époque. Je suis donc allé à cette audition et j'ai rencontré Orlando, le frère de Dalida. Dalida était là aussi, avec son pianiste. L'audition consistait à chanter trois chansons en anglais, dont une de Stevie Wonder, « Feelings » et une de Franck Sinatra « My Way ». Orlando m'a dit que j'avais la voix qu'il recherchait, mais qu'il fallait que je chante en Français pour faire une carrière en France. Je savais à peine dire « Bonjour » en Français! Orlando m'a donné 6 mois pour travailler le Français. J'ai donc appris à parler Français, grâce à un très bon professeur de diction. Heureusement que j'avais l'oreille musicale... j'ai tout appris grâce aux sons. Et après 6 mois, je suis allé retrouver Orlando et j'ai enregistré « You Know I Love You » et « Fort et magique » qui était la face B du 45 tours. La tonalité du single était très haute, mais j'y suis arrivé tout de même.
C'est Pascal Sevran qui vous a écrit « Tu sais je t'aime (You know I love You) ».
Oui, avec Claude Carmone et c'est Alec Costandinos qui a écrit la musique. Il a travaillé énormément avec le groupe « Aphrodite Childs » de Demis Roussos.
Avez-vous travaillé avec eux pour l'écriture de la chanson?
Non, chanter, je savais le faire... mais pas écrire en Français à cette époque!
Vous avez chanté cette chanson en Italien et en anglais aussi.
Oui, tout à fait. La version anglaise était d'ailleurs sortie au Canada. Et la version italienne... je l'ai chantée phonétiquement aussi! Et je vais vous avouer que j'ai eu plus de facilité à chanter en Italien qu'en Français. Parce que l'Italien est une langue beaucoup plus ouverte.
A l'époque, vous devenez très rapidement une idole. Quelle est votre vie?
A l'époque, tout le monde était déjà là. Que ce soit Mike Brant ou Claude François... Et moi, je débarque avec ma couleur de peau différente et mon côté exotique. Tout le monde a été étonné qu'un étranger chante en Français. A l'époque, il n'y en avait pas beaucoup... C'était l'époque de « Salut les Copains! », « Ok Podium » etc... Et j'avais beaucoup de jeunes filles qui sont devenues fans.
Dalida est la marraine de vos deux jumeaux, je pense...
Tout à fait. Après toute cette période des premiers enregistrements, la vie a fait son chemin et j'ai eu des jumeaux et je lui ai demandé d'en être la marraine.
Quels souvenirs gardez-vous d'elle?
Une grande professionnelle. J'ai très bien connu Dalida, mais en réalité, je n'ai jamais été très proche d'elle. J'étais beaucoup plus copain avec Richard, son mari, qu'avec elle. A l'époque, elle était une grande star, elle m'impressionnait beaucoup. Nous sortions au restaurant ensemble, etc... Mais nous n'étions pas très très proches.
En 1977 vous faites sa première partie à l'Olympia.
Tout a fait. Nous avons fait une tournée aussi ensemble. C'est à ce moment là que nous nous sommes mieux connus.
Vous avez fait une tournée avec Claude François aussi.
Oui. C'est l'année où il est décédé, en fait.
Comment est-ce que ça se passait avec lui ?
Vous savez, j'ai été très étonné quand il m'a demandé de faire sa première partie. C'est rare qu'un artiste prenne un jeune qui avait un peu le même public en première partie. Alors, je chauffais la salle, et puis lui, il arrivait après et il cassait la baraque! (rires) Il était très sympa. Vous savez, on dit souvent de lui qu'il était dur, parfois même difficile... Mais je fais ce métier depuis plus de 30 ans maintenant, et je comprends pourquoi il était comme ça. Quand vous êtes le capitaine d'une équipe de 45 personnes comme il l'était, il fallait que tout aille bien. Il était un grand professionnel et il voulait la perfection dans tout ce qu'il entreprenait. Il n'était pas difficile ou quoi que ce soit, il était juste un grand professionnel. Vous savez, je l'ai regardé travailler, entre autres avec les « Clodettes », et j'ai beaucoup appris en le regardant. Aujourd'hui, quand je monte sur scène avec mes musiciens, certains vous diront que je suis dur avec eux... mais ce n'est pas vrai, je ne suis pas dur, mais je veux que ce soit parfait.

En 1979, Serge Gainsbourg vous écrit la chanson « Chavirer la France » qui obtient un nouveau succès. Quels souvenirs gardez-vous de votre rencontre avec Serge Gainsbourg ?
Un beau souvenir. Il a écrit la chanson sous mes yeux. Il a vraiment écrit sur qui je suis. C'est un grand monsieur. Mais que ce soit lui, Claude François ou Dalida, on ne peut pas dire que nous étions amis. Nous avions des rapports essentiellement professionnels. Nous avons partagé des tournées avec Claude François et Dalida, mais dans ces moments là, on travaille tellement qu'on n'a pas le temps de se connaître beaucoup mieux. Et puis, une tournée dure trois mois, on n'a pas le temps de connaître quelqu'un en trois mois.
En 1979, le roi de Malaisie, suite à votre succès en Europe vous décerne le titre de « Dato », pouvez-vous m'expliquer à quoi ça correspond ?
En Malaisie, ils parlent anglais et moi, je chantais ici en Français. J'ai commencé ma carrière ici. Et donc, il y a eu à l'époque un match de polo entre l'équipe de France et celle de Malaisie. Et un joueur de l'équipe de France a dit que j'étais une grande vedette en France. Mon Roi a alors cherché qui était ce Shake. Il m'a contacté et m'a demandé de venir. Il m'a anobli parce que j'étais le premier chanteur asiatique à faire une carrière en Europe. Il m'a donné le titre de « Dato », qui correspond au titre de « Sir » en Angleterre.
La France vous a décerné la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres, qu'avez-vous ressenti quand on vous l'a remise ?
J'ai été très honoré. On m'a décerné cette médaille parce que j'étais un ambassadeur de la chanson et de la culture française en Asie. J'ai été très fier de ça.
En 1985, vous décidez de quitter la France pour retourner en Malaisie, pourquoi?
Parce qu'il y a eu pas mal de changements dans ma vie. Et aussi parce que je ne m'entendais plus avec Orlando. Il ne voulait pas que je grandisse et moi, je voulais faire d'autres choses. Ce qu'il voulait que je chante ne correspondait plus à mes envies personnelles. Je voulais aller plus loin... Et c'est pour ça qu'après 10 ans de carrière ici en France, j'ai eu envie d'aller ailleurs dans le monde. Et j'ai choisi d'aller en Malaisie au départ. Malheureusement, il y avait beaucoup de piraterie en Malaisie et donc, j'ai décidé de partir aux États-Unis. J'y ai vécu presque 20 ans. Mais là, depuis trois ans, je suis revenu en France.
Pourquoi avez-vous décidé de revenir en France?
Quand j'étais aux États-Unis, j'ai eu beaucoup de contacts de mes fans via internet qui me demandaient de revenir en France, et même à la Réunion et à Maurice.
Vous allez d'ailleurs bientôt aller chanter là-bas.
Tout a fait. J'ignorais que j'étais connu là-bas. Ils m'ont demandé d'aller y chanter. Et j'y ai reçu un superbe accueil. On joue là-bas devant des salles de 6000 personnes.
Vous avez chanté au Canada aussi.
Oui. « Rien n'est plus beau que l'amour » a été numéro 1 là-bas pendant 15 semaines. J'ai donc été chanter là-bas. Beaucoup de fans Canadiens m'ont aussi demandé ce que je devenais... Et c'est en voyant tous ces messages que j'ai eu envie de revenir chanter en France. Et avec ma femme, nous avons eu l'idée de sortir un nouvel album, « D'Hier et d'Aujourd'hui ».

Parlez m'en un peu de cet album, justement...
Il est composé de 7 chansons anciennes sur lesquels j'ai refait entièrement la musique et les arrangements, et de 7 nouvelles chansons. J'ai donc fait cet album uniquement pour mes fans.
Vous l'avez enregistré en Belgique cet album?
Une partie du mixage a été faite en Amérique et une autre en Belgique.
Pourquoi avez-vous choisi la Belgique?
La Belgique a toujours tenu une grande place dans mon coeur, tout comme le nord de la France. Ce sont des gens généreux, qui m'ont toujours été fidèles. Et puis, quand j'ai cherché le studio pour enregistrer, je suis tombé sur monsieur Philmarie qui a un studio pas loin de Waterloo. Il a un talent formidable et il correspondait tout à fait à ce que je recherchais. On a donc commencé à travailler ensemble et j'ai su de suite que je voulais travailler avec lui. Pour moi, c'est le meilleur. C'est difficile de trouver des gens qui vous correspondent et avec qui vous avez envie de travailler. En Amérique, il y en a quelques uns, mais ils sont loin...
C'était important pour vous de donner un « coup de jeune » à vos anciennes chansons?
Bien sur. C'était mon objectif. Je n'aime pas regarder en arrière, je préfère aller de l'avant. J'aime la musique actuelle. Comme je vous l'expliquais tout à l'heure, c'est pour cette raison que j'ai quitté Orlando, parce que je veux aller de l'avant. Et puis, j'aime beaucoup toutes les nouvelles technologies... Il faut en profiter!
Vous avez repris en Anglais et en Français la chanson de Gilbert Becaud : « What Now My Love / Et maintenant ». Pourquoi avoir choisi cette chanson ?
Parce que j'ai toujours aimé cette chanson. Et un jour, je suis allé voir Gilbert Bécaud à l'Olympia. J'ai découvert un monsieur extrêmement gentil et magnifique. Et après une chanson, il a présenté un jeune chanteur dans la salle... Ce jeune chanteur, c'était moi, et à l'époque, je n'avais pas encore beaucoup de succès. Je n'oublierai jamais. J'ai été touché. Et je me suis toujours dit qu'un jour je lui ferais un hommage. C'est ce que j'ai fait dans cet album. Et j'ai voulu rechanter cette chanson à ma manière, pas comme lui l'avait faite. Parce que c'est difficile de passer après Gilbert Bécaud.
Et puis, j'ai voulu reprendre la chanson en Français et en Anglais et faire des orchestrations très différentes d'une version à l'autre. On ne chante pas en Français comme on chante en Anglais.
D'ailleurs, quand on écoute l'album, il y a beaucoup de sonorités différentes.
Oui, j'ai voulu mettre des chansons plus rock, d'autres plus douces, d'autres qui rappellent les sonorités Malaisiennes...
Et il y a aussi des chansons plus électro.
Tout à fait. J'aime toutes ces nouvelles sonorités et tous les styles. J'ai beaucoup voyagé et j'ai beaucoup écouté de musiques. Donc, ça se ressent dans mes chansons.
Pouvez-vous me parler du clip de « Démons et merveille », qui a été réalisé par votre fils Amaro?
Tout à fait. On a tourné ce clip en Malaisie. C'est une sorte d'hommage à mon pays, qui croit en moi depuis toujours. Le clip est très exotique, c'est un clin d'oeil... une sorte de carte postale que j'envoie ici en Europe.
Pouvez-vous me parler de la chanson « Change » ?
J'ai écrit cette chanson bien avant la campagne d'Obama! Il y a probablement plus de 10 ans. Quand je suis arrivé en Amérique, c'était l'époque des Boys Band. Et donc, les chanteurs de variétés comme moi ne plaisaient pas beaucoup... C'est un peu pour ça que j'ai écrit cette chanson.
Composez-vous beaucoup?
Oui, beaucoup. À Los Angeles, j'ai un studio dans mon sous-sol. Et j'y ai composé des dizaines de chansons. Je dois en avoir une centaine de nouvelles!
Et à l'heure actuelle, vous écoutez qui?
J'écoute toutes sortes de musiques... Que ce soit du jazz, du rap ou de rock! Ce n'est pas amusant d'écouter tout le temps le même genre de musiques.
Sur l'album « D'Hier & d'Aujourd'hui », vous ne reprenez pas un de vos gros tubes « Etranger au Paradis », pourquoi ?
Tout simplement parce qu'il y a beaucoup de chansons que j'ai envie de refaire, et que cette chanson, je la reprendrai sur mon prochain album. On a dû choisir uniquement 7 chansons sur « D'Hier & d'Aujourd'hui » et je trouvais qu'elle n'avait pas sa place parmi elles. Là, je viens de terminer 7 nouvelles versions d'anciennes chansons, comme « Quand on en peut pas avoir la fille qu'on aime », « Parce que je t'aime » [face B de « Rien n'est plus beau que l'amour »], « I'm singing » ou encore « Etranger au Paradis ».
Et ce disque s'intitulera comment?
Il s'intitulera « Best of Shake » et il sortira au mois de novembre. Il y aura 14 chansons, dont 7 nouvelles et 7 anciennes chansons réorchestrées. Il sortira dans un premier temps à la Réunion et à Maurice, comme je pars en tournée là-bas très bientôt.
Quand on résume, et quels sont vos projets aujourd'hui?
Il y a donc cette tournée à la Réunion, à Maurice et à Madagascar en novembre, cet album « Best of Shake » et le Casino de Paris début 2011. La date n'est pas encore fixée, mais ce qui est certain, c'est que nous allons y jouer 2 ou 3 soirs. Mais il faut caler la date en fonction des autres dates de concerts, notamment celles en Malaisie.
Y aura-t-il une tournée?
Oui, oui... En France et Belgique. Bien évidemment!
Vous êtes content de revenir en France?
Bien évidemment, c'était une volonté de mon public, et une envie de ma part aussi...
Propos recueillis par IdolesMag le 8 septembre 2010.
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