Interview de BT93

Propos recueillis par IdolesMag.com le 12/06/2020.
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BT93 © Laurence Tremolet

BT93 ressort de ses tiroirs une collection de onze titres écrits entre 89 et 94 jamais édités, mais qui ont fait les belles heures de quelques soirées branchées et ont même été joués au Palace ! C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à sa rencontre afin d’évoquer ses chansons d’une autre époque (qui auraient pourtant pu être écrites la semaine dernière). Mais qui sait ?... Il a peut-être encore quelques cartouches dans son sac. L’occasion aussi de se replonger dans une époque, celle des TX7 et autres Ensoniq ESQ1… Allez hop, on prend un RER pour la défonce, back to the early nineties !

Raconte-moi un peu le contexte dans lequel tu as écrit ces chansons, nous sommes dans la deuxième moitié du septennat de Mitterrand, c’est la chute de l’empire soviétique, la guerre du Golfe…

Les premières chansons qui figurent dans l’album ont été composées en 89. À cette époque-là, j’étais encore étudiant, et je démarrais dans la vie active. Je sortais de mon école d’ingénieur et je décrochais mon premier job. J’ai composé des chansons jusqu’en 93/94… Je cultivais l’espoir de percer dans la musique et que mon activité d’ingénieur ne soit qu’un palliatif temporaire. En 93, ça faisait déjà quatre ans que je bossais, je me suis décidé à enregistrer une maquette, qui s’appelait « La Hiérarchie chie ». Il y avait dessus six ou sept morceaux, que l’on retrouve dans l’album, d’ailleurs. Malheureusement, je n’ai essuyé que des refus de la part des maisons de disques. C’est donc à cette époque que mes espoirs de devenir musicien sont tombés à l’eau et que j’ai abandonné…

Tu as donc avancé seul, sans label derrière toi, à l’époque.

C’est ça. J’ai vraiment avancé seul sur ce projet, sans label. Elles sont juste restées à l’état de maquettes. Je n’ai jamais eu de label ni de maison de disques. J’ai essuyé des refus d’à peu près tout le monde.

BT93 © Laurence Tremolet

Tu as travaillé avec des machines qui sont devenues cultes aujourd’hui…

… Et je les ai conservées… et j’ai bien fait ! (rires) puisque c’est comme ça que j’ai pu réenregistrer ces chansons à nouveau, à partir des fichiers midi de l’époque. La première machine que j’ai eue, c’était un TX7, la version rack du DX7 de Yamaha. C’est en 1985/1986 que j’ai acheté cette machine. Je faisais déjà de la musique, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait Scenario. J’en étais le chanteur. Je n’étais pas au clavier, mais je composais déjà les musiques. C’est donc la première machine que j’ai eue avec un clavier maître. Je l’ai remplacée rapidement, un an ou deux après, par un Ensoniq ESQ1 qui a été mon synthé fétiche. Je l’ai d’ailleurs toujours. Et si je suis amené à aller sur scène avec ce projet, bien évidemment, je le prendrai avec moi. Cet Ensoniq ESQ1 était la première workstation multitimbrale. J’ai travaillé dessus avec un Mac Plus dont j’utilisais le séquenceur performer, The Mark of the Unicorn. Je faisais de la musique un peu électro et new wave que je chantais en français. C’est toute une époque ! (sourire)

Ces maquettes, par quel miracle sont-elles ressorties des tiroirs près de trente ans plus tard ? C’était quelque chose qui te trottait dans la tête depuis un moment ?

Pas du tout. Il y a plusieurs titres qui ont continué à traîner dans les soirées. Déjà à l’époque, même si elles n’existaient qu’à l’état de maquettes, quelques DJ les passaient dans des soirées. Au départ, c’était dans les soirées étudiantes, puis après, ça a débordé. J’ai même entendu une chanson une fois au Palace. Ce sont finalement des chansons qui n’ont jamais été produites, mais qui vivaient d’elles-mêmes d’une certaine façon. Après, certains ont continué à les écouter ou les passer, mais de manière extrêmement confidentielle. Au bout du compte, c’est un peu à l’initiative de Mélanie Bauer, qui est DJ et animatrice à France Inter, qu’elles ont refait surface. C’est elle qui m’a dit que ces chansons, qui continuaient à passer, étaient vachement bien et qu’il fallait que je les ressorte. Dans le même temps, d’autres personnes m’avaient aussi sollicité, dont DJ Caramel. Je me suis dit que ça valait peut-être le coup de ressortir ces chansons aujourd’hui, mais avec un son de bonne qualité… les seules maquettes que j’avais étaient des quatre pistes sur K7. Le son était un peu pourri… même beaucoup, je vais être honnête ! (rires) L’idée était de ressortir les chansons sans trop les remanier, même en ne les remaniant pas du tout puisqu’au final nous n’en avons remanié qu’une ou deux.

BT93 © Laurence Tremolet

Tu avais conservé les fichiers midi bien précieusement…

Pas moi… mais mon ex-femme ! (éclats de rires) Elle les avait conservés sur un Mac portable. J’ai donc pu les récupérer et après, comme j’avais gardé les synthés, tout a été très simple à mettre en œuvre. On a pu refaire toute la partie musicale assez facilement.

Et les voix ?

Elles ont été récupérées à partir des K7 quatre pistes dont je te parlais tout à l’heure. Les voix sont donc d’origine. Je les ai renumérisées et il a juste fallu les resynchroniser avec les fichiers midi, puisqu’il y a toujours un petit décalage.

Finalement, ce sont des chansons sorties des tiroirs… mais qui ont demandé pas mal de boulot !

Oui, presque autant que des nouvelles (sourire). Il m’a fallu plusieurs mois pour arriver à avoir un truc à peu près correct. Et quand j’ai eu des choses (musique + voix) à peu près présentables, j’ai bossé avec Frédéric Lo, qui m’a aidé à remixer l’ensemble.

Pourquoi Fred Lo et comment est-il arrivé sur le projet ?

Nous nous connaissions un peu. Il a trouvé le projet plutôt sympathique. Il aimait bien les chansons, dont « Bronx Generation ».

Il a d’ailleurs co-produit ce titre qui est le seul du disque à avoir bénéficié de prod additionnelles.

Effectivement Marcello Giulliani et Patrick Goraguer ont joué dessus. Je ne voulais pas trop qu’on modifie les chansons à la base, ce n’était pas le propos. Après, il se trouve que « Bronx Generation » va se retrouver sur un autre projet, le premier album de « Hum Hum ». Et comme on l’avait retravaillée, et que je trouvais le résultat vachement mieux que l’original, on s’est dit qu’on allait garder les prod additionnelles également sur le projet BT93.

« Bronx Generation » et « Références » ont tous les deux bénéficié de clips réalisés par Yannick Dangin-Leconte. Pourquoi ne pas les avoir réalisés toi-même ?

J’avais envie que d’autres personnes apportent leur regard et leur univers visuel sur ces chansons. Je ne voulais pas être la seule personne aux manettes. J’avais rencontré Yannick par l’intermédiaire de Julien Barthélémy de Stupeflip. Ça a tout de suite accroché entre nous, je lui ai donné carte blanche sur le premier clip. Il a sorti le clip de « Références » que j’ai trouvé assez réussi, du coup, je lui ai demandé de faire les deux suivants.

Ceux de « Bronx Generation » et « La Hiérarchie chie ».

Voilà. « La Hiérarchie chie » que nous publierons à la sortie du projet, c’est un montage fait à partir de courts métrages déjà existants. Ce sont des courts qui parlent du monde du travail et qui ont cette particularité d’avoir le même acteur principal, Jean-Toussaint Bernard, ce qui a facilité la chose. La thématique de ces courts étant très proche de celle de la chanson, c’est une critique du monde du travail et de l’absurdité du fonctionnement des grandes entreprises, ça a matché. Un de ces courts d’appelle « Schéma directeur », il a obtenu le prix UniFrance en 2009, un autre « Je pourrais être votre grand-mère » a été nommé aux Césars et même présélectionné aux Oscars en 2012.

Le premier extrait était donc « Références ». La question est facile, certes, et tu en as déjà publié pas mal sur les réseaux sociaux, mais quelles sont tes références ?

(rires) Je suis très années 70, début 80. J’ai beaucoup aimé la musique progressive, que j’aime toujours beaucoup, d’ailleurs. Des groupes comme Yes, Van der Graaf Generator… La new wave m’a beaucoup influencé dans mon adolescence. J’ai beaucoup écouté The Cure, Talking Heads, aussi, même si on ne peut pas véritablement appeler ça de la new wave. Mais c’est un de mes groupes préférés. Ensuite, j’ai aussi écouté pas mal de pop, je suis un grand fan de Bowie. À côté de ça, j’ai pas mal écouté de chanson française aussi. J’étais un grand fan de Gainsbourg, de Daho et quelques groupes de l’époque comme Marquis de Sade ou Taxi Girl.

Clin d’œil à tes références progressives, « Les Nuits d’un ex-winner » est un véritable petit plan séquence. Te rappelles-tu des circonstances dans lesquelles tu l’as écrite ?

Elle a été écrite en 1994, c’est une des dernières chansons que j’ai composées. Je voulais faire un truc un peu progressif, j’ai mélangé deux ou trois thèmes. Comme le plus souvent, je suis parti de la musique… Après, t’en dire plus… j’essaye de gratter mes souvenirs… et ce n’est pas évident ! (éclats de rires) Ce dont je me rappelle, c’est que je m’étais acheté un harmonica à cette époque et que je m’étais un peu excité dessus quand j’ai écrit cette chanson. J’ai d’ailleurs gardé un peu d’harmonica à la fin de la chanson où je fais un peu n’importe quoi. Je me rappelle que j’étais content qu’il y ait un instrument acoustique dans ce titre.

As-tu encore l’une ou l’autre petite anecdote à me raconter sur ces chansons ?

Il y a cette anecdote qui est relatée dans la bio, mais qui est marquante… c’est les multiples refus des maisons de disques à l’époque, dont Boucherie Productions. Je n’avais pas reçu de lettre de leur part. J’étais au boulot avec mes collègues. Je leur ai dit que j’allais les appeler pour savoir ce qu’il en était puisqu’ils n’avaient pas répondu. J’ai donc mis le haut-parleur du téléphone et je suis tombé sur une assistante. Je me présente bien poliment et lui demande si elle a une réponse à me donner. Elle regarde en me disant que de toute façon, ils notent tout sur un cahier… Elle regarde puis se tait. « Je ne sais pas si je peux vous le dire »… Je lui ai répondu « ben si, allez-y »… Elle m’a alors dit qu’il était noté « Pas bien caca ». Inutile de te dire que tout le monde s’est écroulé de rire.

BT93 © Laurence Tremolet

Un grand moment de solitude !

(rires) On m’avait prévenu, ils notaient toujours des trucs un peu scatos comme commentaires.

Tu as publié tout un tas de photos de l’époque. Qu’est-ce que ça t’a fait de te replonger dans le passé ?

C’est une sensation un peu particulière. Il y a une pointe de nostalgie. On a fait pas mal de scène à l’époque. J’adorais faire ça… Et puis, surtout, vu avec mes yeux d’aujourd’hui, c’est un peu régler le sort d’une époque. On était donc fin des années 80, début des années 90, c’était mon expérience, ma tentative de devenir musicien qui avait avorté. Et aujourd’hui, sortir ce disque, c’est une manière de terminer cette histoire positivement. La diffusion des photos de l’époque fait partie du jeu. Ce sont toutes des photos imprimées, donc, qui traînait dans une boîte à chaussures dans une vieille maison qui n’est pas à Paris. Quand je suis retombé dessus, ça m’a aussi redonné envie de sortir cet album, je l’avoue (sourire). Mais au-delà de la nostalgie d’une époque et du constat d’une jeunesse révolue (sourire), je suis heureux aujourd’hui de terminer une histoire inachevée. Le truc était resté en plan, à l’état de maquettes. Là, les chansons, même si elles ont vivoté un peu au fil du temps, sont véritablement éditées, et finalement, c’est assez chouette ! Elles auront attendu un moment, celles-là ! (rires) Là, elles sont bien mixées, bien masterisées. L’histoire se termine bien.

L’histoire est vraiment terminée ? Il ne te reste pas quelques trucs dans les tiroirs ?

(sourire) À vrai dire, si, il me reste quelques chansons. Et même des qui tiennent la route, comme on dit. Alors, en fonction de la réception de celles-ci, j’ai de quoi faire un deuxième album derrière. La plupart d’entre elles ne sont pas totalement achevées. Soit les textes n’étaient pas totalement terminés, soit les chansons n’avaient pas été enregistrées dans leur intégralité… il faut juste que je les fignole un petit peu, mais il me reste quelques bonnes cartouches. Par contre, là, il faudrait que je les rechante aujourd’hui. Et ma voix a forcément un peu changé… On verra.

Ça pourrait avoir un sens de terminer un travail débuté il y a trente ans en posant quelques mots aujourd’hui. Finalement, elles n’ont pris aucune ride tes chansons. Un titre comme « L’Énarque » aurait pu être écrit la semaine dernière.

(éclats de rire) C’est vrai… Au niveau des textes, elles restent d’actualité. Après, ce qui est un peu daté, ce sont les arrangements. Surtout les cuivres, à mon sens. Mais c’est leur touche vintage ! On s’est posé la question d’ailleurs de refaire les arrangements pour les moderniser un peu, mais finalement, avec Frédéric Lo, on a décidé de les laisser dans leur jus, ça avait plus de cohérence.

BT93 © Laurence Tremolet

Une édition physique est-elle envisagée ?

Pas pour l’instant. J’aimerais bien, mais tous les distributeurs sont un peu sinistrés en ce moment… Donc, pour l’instant, je n’ai trouvé personne qui veuille bien le distribuer physiquement. Mais je ne perds pas espoir. Je suis d’ailleurs en train de me demander si je ne produirais pas un vinyle à compte d’auteur. Tout va dépendre de la réception du projet. Est-ce que ça va intéresser les gens ou pas ? Si je vois que ça continue à passer dans des soirées, si un DJ me demande un vinyle… peut-être que je produirai un maxi d’une ou deux chansons. Mais Mélanie Bauer m’a dit qu’aujourd’hui la plupart des DJ passaient du numérique. Alors, il faut réfléchir…

Difficile de parler de scène en ce moment… mais ce projet a-t-il vocation à aller sur scène ?

C’est une question qui n’a pas encore de réponse et qui reste ouverte. Je n’en sais rien. Ce qui est certain, c’est qu’on va organiser un évènement à la rentrée. Quel type d’évènement ? Je n’en sais rien encore. Je suis, en ce moment, en pleine réflexion à ce sujet, et là, je penche plus pour une performance dans une galerie d’art avec un côté musée, ambiance sonore et projections. Je suis plus sur un projet de ce type qu’un véritable concert live. J’ai peur qu’un concert live ne soit un peu décevant. D’une part parce que je n’ai plus la gueule d’il y a trente ans, d’autre part parce que ma voix a changé… donc, même si je serais capable de rechanter toutes ces chansons, je me demande si ce serait pertinent de les amener en live aujourd’hui… C’est le questionnement dans lequel je suis aujourd’hui. Après, s’il y a une pression énorme, oui, je pourrais faire un ou deux concerts ! (rires) Ce qui me plait par contre, c’est remonter sur scène, ça c’est certain. Mais ça peut se faire avec d’autres projets…

Propos recueillis par Luc Dehon le 12 juin 2020.
Photos : Laurence Trémolet

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