Interview de Tazieff

Propos recueillis par IdolesMag.com le 09/04/2020.
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Tazieff © Agathe Poupeney

Tazieff s’apprête à publier un nouvel Ep, « Is this Natural ? » ce vendredi. Un EP aux accents plus pop qui fait suite à leur premier album « By the Kingdom » paru il y a cinq ans. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons contacté Christophe Moinard, pour évoquer ce projet, mais également le confinement qui nous « occupe » tous en ce moment…

Un mot sur le précédent LP de Tazieff « By the kingdom », et l’après. Le line up du groupe a changé. Le son aussi du coup…

C’était une super expérience. C’était le premier album qu’on a sorti en tant que Tazieff, et en ce qui me concerne, Tazieff, Is this natural ?en tant que musicien. Nous avions beaucoup joué auparavant ensemble avec Tazieff, mais là, c’était le premier album qui bénéficiait d’une sortie physique nationale avec un peu de moyens, aussi bien sur la production que sur la promotion. On a eu un joli petit succès d’estime, et notamment quelques critiques. Après… commercialement, ça n’a pas été un succès monstrueux, on ne va pas se mentir (sourire). Cet album a été l’apprentissage de ça aussi. Après avoir fait de la musique pendant de nombreuses années en amateur, là, nous étions dans un statut « entre les deux », et nous en avons appris beaucoup sur comment tout cela fonctionne. On a pu enregistrer dans un super studio, on a joué dans de très belles salles, des festivals, on a assuré quelques premières parties sympas… Tout ça, c’est chouette. Après, quand tout ceci est retombé, puisqu’inévitablement tout retombe à un moment donné (rire), on a tiré le bilan de cette aventure. Nous avons tous aussi nos vies « à côté », des enfants, des envies d’autre chose… Notre bassiste a eu envie de voyager. Ça a été un gros changement pour nous, il était un des piliers du groupe. Il était hyper moteur sur pas mal d’aspects du groupe. Donc, son départ a été un bouleversement. Nous avons mis un moment à retrouver une formule qui fonctionne et tout remettre en marche pour commencer enfin à enregistrer un nouveau disque. « By the Kingdom » est sorti en 2015… « Is this natural ? » paraît cinq ans plus tard… (sourire)

Temporellement parlant, quand vous êtes-vous remis à bosser sur ce nouvel EP ?

Ça fait tout de même un moment. On n’est pas un groupe qui produit cinquante titres par semaine et qui fait le tri à la fin… On mûrit nos morceaux sur des mois, voire des années. On en travaille d’ailleurs très peu en même temps, préférant passer beaucoup de temps sur chaque morceau. Il y a un morceau qui figure sur cet EP qui date de 2015… Après, il y a eu tellement de changements dans le groupe, et aussi des envies de son différentes, que tout ça a pris pas mal de temps. Au bout du compte, on a terminé l’enregistrement de cet EP il y a plus d’un an maintenant. On a dû terminer les prises en janvier 2019 et le mixage a dû être terminé en mars.

Tazieff © Agathe Poupeney

Qui amène quoi ?

Ça a évolué pas mal ces dernières années. Aux débuts du groupe, on fonctionnait beaucoup avec les petits riffs que chacun ramenait, et on les développait. C’était ça la base. Il y avait toujours un élément de départ qui était assez posé et les autres se greffaient autour de cet embryon initial. Aujourd’hui, notre approche est différente. On part beaucoup plus de l’impro. Il y a toujours un embryon au départ qui vient de l’un de nous, mais disons que ces morceaux qui figurent sur l’EP, on peut dire qu’ils ont été composés ensemble, lors d’impros en répète.

« Is this natural ? » a une identité nettement plus pop que « By the Kingdom ». C’était une envie ou est-ce que ça s’est dessiné au fil des répètes justement ?

Il y avait une forte envie à la base. Le changement de line up a beaucoup joué dans ce sens. Le « Tazieff saison 1 » était une formation classique guitare / basse / batterie très rock. Gilles, qui a quitté le groupe après la sortie du premier album, était le plus rock de nous tous. C’est lui qui écoutait Queens of the Stone Age et des groupes très rock guitar essentiellement. Romain et moi, qui sommes finalement les deux compositeurs qui restent dans le « Tazieff saison 2 », nous écoutons des choses plus variées et plus synthétiques, même si nous gardons une base rock. On avait donc vraiment envie de changer de son, déjà de par nos influences, mais aussi de par les instruments. C’est-à-dire que nous en avions un peu marre du combo classique guitare / basse / batterie. On se retrouvait sans basse de toute façon, donc… (éclats de rire) Tu vas me dire qu’on aurait pu chercher un autre bassiste et recommencer comme avant, mais nous n’en avions pas envie. On a toujours trouvé que nous avions tendance à en foutre trop partout, et là, nous nous sommes dit que c’était l’occasion pour épurer un peu notre son. Donc, on a fait le pari de rester à trois. Concrètement, Romain c’est mis au synthé, et ça aussi, ça a pris du temps. Je suis déjà au chant et à la guitare, donc, même si je joue du synthé et que j’aime ça, en live d’un point de vue technique, ça paraissait compliqué. Il a fallu qu’il trouve son son, son matériel, qu’on l’intègre dans notre jeu, et qu’on soit capable de jouer sur scène. Bref, ça a pris du temps. Du coup, de mon côté, je me suis mis à la basse. Au début, j’utilisais ma guitare avec un octaver et petit à petit, je me suis acheté une guitare baryton et il y a quelques mois, je me suis acheté une basse. Tout ça a changé pas mal le son du groupe. En plus, avec Romain, nous sommes de vrais geeks au niveau du son, on a une forte appétence pour les effets et on s’amuse avec ça. Au final, tout ça nous pousse vers un son moins rock et plus pop. Et d’ailleurs, nous avons encore évolué là-dessus pas mal depuis l’enregistrement de l’EP. On n’a pas atteint une position qu’on va garder sur les prochaines années, on le voit plus comme une trajectoire que nous suivons. Je pense qu’on ira encore plus loin dans le futur. Je ne dirais pas que nous serons de plus en plus pop, mais disons que notre son s’éloignera de plus en plus du combo rock classique.

Tazieff © Agathe Poupeney

L’après « Is this natural ? », tu l’envisages comment justement ? Un nouvel Ep, avec ce nouveau son qui se dessine ? Un album ?

On a envie de faire un truc rigolo… Après, qui vivra verra, mais c’est en tout cas notre plan pour l’instant. (rires) On a donc cinq nouveaux morceaux qui pourraient figurer sur un deuxième EP, mais nous souhaiterions plutôt publier un album avec les cinq nouveaux morceaux et les cinq existants, en les réenregistrant. On ne transforme pas radicalement les morceaux après les avoir enregistrés, mais on continue à les bosser et à leur apporter différentes modifications de son et de structure. Du coup, ça aurait du sens de les réenregistrer quelques mois après, pour avoir un ensemble cohérent. Donc là, l’objectif serait d’enregistrer ou réenregistrer dix/douze morceaux et en faire un album. C’est ce qu’on a envie, mais après, quid de la faisabilité ?... Si on fait de la musique, c’est qu’on aime tous les aspects de la musique. On aime être en studio. C’est toujours une expérience hyper enrichissante et hyper chouette qu’on n’a pas l’habitude faire tous les jours. C’est l’occasion de travailler avec de nouveaux ingés son, de peaufiner notre méthode de travail… du coup, c’est un moment qu’on aime préparer et réfléchir en amont. Avec qui ? Où ? Quand ?

Sur « Is this Natural ? » vous avez bossé avec Léonard Mule au Poisson Barbu à la Goutte d’Or.

Il a tenu le rôle d’ingé son qui a quasiment tenu celui de réalisateur. Nous nous sommes hyper bien entendus avec lui. Nous l’avons trouvé un peu par hasard en discutant avec d’autres potes musiciens. Nous avons été très contents de cette collaboration sur cet EP, on a bien appris à se connaitre, du coup, ça nous a donné envie d’aller plus loin avec lui, et notamment enregistrer un album avec un peu plus de moyens. Ce serait top si on pouvait faire ça dans les prochains mois.

Un mot sur les clips qui accompagnent le projet. Est-ce un travail qui vous tient à cœur ?

C’est quelque chose qu’on aime beaucoup. Romain et moi faisons beaucoup de vidéo. J’ai d’ailleurs réalisé quelques courts-métrages il y a vingt ans ! (sourire) On a toujours eu un rapport très fort avec la vidéo. On s’implique vraiment dans ce travail. À chaque nouveau clip, on s’investit avec le réal dans l’écriture et nous sommes présents à chaque étape du processus. On est d’ailleurs parfois un peu casse-couilles, mais voilà, c’est vraiment un truc qui nous plait et on essaye de le faire au mieux !

Tazieff, KubikLe clip de « Kubik » arrive bientôt.

On bosse avec un réalisateur qui a amené des propositions hyper chouettes. Le problème, c’est que nous n’avons pu tourner que la moitié des images avant de confinement… et pas la seconde moitié. (sourire) L’esthétique visuelle va rappeler la pochette. En fait, il y a toujours une grande part d’incertitude quand on crée un clip, vu le nombre de paramètres qui rentrent en jeu… L’idée de départ était d’avoir quelque chose d’assez abstrait et géométrique. De par le passé, nous nous sommes essayés aux clips narratifs, et ça n’a pas toujours été très heureux. Donc, là, nous sommes partis sur quelque chose d’abstrait. Les images sont dans les mains de Max Kastelyn. On aimerait aller vers des images 3D post-modernes, assez géométriques. Quelque chose de moderne, mais avec un traitement de l’image vintage, un peu noir et blanc années 50. L’idée est de mélanger un traitement d’image à l’ancienne avec un contenu assez moderne.

Tazieff © Agathe Poupeney

Je n’aime pas rentrer dans l’explication de texte, toujours assez scolaire et sans grand intérêt, mais y a-t-il selon toi un fil rouge qui se tisse entre les chansons ?

Il n’y a pas véritablement de fil directeur. Par contre, on y trouve dans les paroles des thèmes qui nous sont chers. Les paroles, c’est plus souvent moi qui les écris, avec parfois le renfort de Romain ou de Ben. On est sur des choses assez poétiques, du moins, on l’espère (rires). Disons qu’on n’écrit pas de chansons dites « à texte » engagées. On est plutôt dans la suggestion que dans l’affirmation. D’ailleurs, on préfère suggérer des choses aux gens plutôt qu’asséner des vérités qui sont à nos yeux plutôt des incertitudes. Du coup, les textes reflètent cet état d’esprit. « Is this natural ? » veut bien dire ce qu’il veut dire… Est-ce que tout ceci est bien naturel ? Est-ce que tout ce qui nous entoure est bien naturel ? Est-ce que tout ce qu’on entend est bien naturel ? Est-ce que nos habitudes en tant qu’humains en 2020 sont naturelles ? Quelle est notre vraie nature ? On aime avoir des paroles avec différents niveaux de lecture. Ce qu’on aime avant tout, c’est se dire que nos textes sont suffisamment ouverts pour que les auditeurs puissent se poser les questions qu’ils veulent se poser en nous écoutant.

Tazieff © Agathe Poupeney

Difficile de parler de scène en ce moment… Mais des choses se mettent-elles en place ?

Nous devions jouer à Paris au 199, un club assez récent où nous n’avions jamais joué. Il collait pas mal à Tazieff en termes de configuration, mais… c’est reporté à une date ultérieure. On devait jouer en Belgique aussi, et il y avait des showcases prévus chez des disquaires. Mais en ce moment c’est un peu compliqué. Et même au niveau des répètes, elles sont annulées aussi… Pareil au niveau d’une éventuelle résidence, tout est compromis et l’horizon est vraiment incertain…

Comment vis-tu le confinement en tant qu’artiste ?

Ça se passe… D’un côté, je trouve ça intéressant parce que j’aime casser les routines en temps normal… et là je suis servi, elle est bien cassée ! (éclats de rire) On se retrouve du jour au lendemain dans une situation totalement inédite  et c’est quelque chose d’intéressant à vivre et à analyser en tant qu’artiste, mais aussi en tant qu’homme. D’un autre côté, c’est très compliqué d’un point de vue travail. On ne peut plus répéter, il faut se remettre à bosser seul dans son coin. Du coup, j’ai réinstallé mon propre home studio chez moi, pour pouvoir enregistrer des sons un peu proprement. Il faut voir ce confinement comme un énorme bousculement de nos habitudes…

Propos recueillis par Luc Dehon le 9 avril 2020.
Photos : Agathe Poupeney

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