Interview de Nirman

Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/03/2020.
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Nirman © Stephane Neville

Nirman vient de publier son premier album éponyme, un recueil de douze chansons empreintes d’une douce mélancolie réalisées par Manu Da Silva (« Azzam David », « Sur le balcon de mon cœur »…) Nous avons contacté Dimitri, confiné chez lui, pour discuter de ce projet à fleur de peau, en savoir un peu plus sur son parcours, et évoquer cette période particulière que nous sommes en train de vivre…

Avant de parler de cet album éponyme qui vient de sortir, j’aimerais que l’on évoque ton parcours dans les grandes lignes. Ton père était musicien.

Nirman, premier album eponymeEffectivement. Mon père était musicien professionnel. Il m’a appris le piano quand j’avais sept ans, puis je suis rentré au conservatoire de musique. Mes parents m’ont évidemment fait beaucoup écouter de musique. Mon père étant russe, j’ai baigné dans le folklore russe et la musique classique comme Rachmaninov ou Tchaïkovski. Il aimait beaucoup aussi les Beatles, un groupe qui était interdit en Russie quand il était jeune. Ma maman, elle, m’a fait écouter beaucoup de chanson française qu’elle aimait quand elle était jeune. Du Jean Ferrat, du Jacques Brel… Je me rends compte que tout ceci m’a bien aidé pour me construire et avancer. Après, tout ce que j’ai pu apprendre au conservatoire a consolidé mon bagage et m’a aidé pour composer cet album que je publie aujourd’hui.

Quand la composition et l’écriture sont-elles arrivées dans ton parcours ?

J’ai commencé à écrire des chansons vers l’âge de quatorze/quinze ans. Je faisais beaucoup de mimétisme à l’époque. Je m’imprégnais beaucoup des autres, je faisais comme eux. C’était un peu impersonnel. Au fur et à mesure que le temps a passé, j’ai grandi et j’ai pu m’affirmer et trouver un style d’écriture qui était le mien. C’est en avançant dans la vie que j’ai compris ce que j’avais envie de dire et de faire. Ça a pris un peu de temps… (sourire)

Tu as publié un premier EP, « Animal », en 2017. Que s’est-il passé dans ta vie d’artiste auparavant ? Des groupes ?

Les groupes et moi… ça n’a jamais tellement marché ! (sourire) Je ne suis peut-être pas tombé sur les bonnes personnes ou, plus vraisemblablement, je ne savais pas trop ce que je voulais… Je me suis pas mal cherché pendant longtemps. Je me suis dirigé vers la chanson, le jazz, l’afro-jazz, les musiques du monde, la funk… J’ai pas mal tâtonné jusqu’à la sortie de ce premier EP en 2017, avec lequel j’ai véritablement trouvé ma voie musicale. Aujourd’hui, je peux dire que j’évolue dans un domaine musical qui me correspond pleinement.

Tu as rencontré Manu Da Silva par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec lui et a posteriori, qu’a-t-il apporté à tes compositions ?

Da Silva… je suis un grand admirateur depuis ses débuts. Il y a plus de dix, j’habitais à Toulouse et je travaillais dans un bar où il y avait une grande télévision. Il y passait des clips de Da Silva, de Cali… c’étaient des artistes qui me faisaient rêver. J’espérais un jour avoir la possibilité de les rencontrer et, plus encore, de travailler avec eux. Et ça a été le cas… (sourire) Donc, quand j’ai rencontré Manu, c’est parce que j’avais vraiment envie de travailler avec lui. Je me retrouvais totalement dans son écriture, dans son style, dans ses chansons. C’est une rencontre qui ne s’est pas faite par hasard. J’avais vraiment envie de travailler avec lui. Après, quand on a commencé à travailler ensemble et à coécrire des chansons, il m’a appris à aller au bout de l’idée dans l’écriture. J’avais tendance à suggérer des choses et à me cacher derrière certaines autres. Il m’aidé à approfondir mes idées. Il m’a aussi appris à chanter les mots. Je ne sais s’il m’a construit ou reconstruit, mais cette rencontre a été capitale dans mon parcours.

Nirman © Stephane Neville

Comment s’est passé la coécriture ? Vous êtes-vous mis autour d’une table ou plutôt chacun de son côté ?

Ça s’est fait plutôt à distance. On s’est chacun mis de son côté pour réfléchir, et nous nous envoyions régulièrement les bouts de chansons que nous écrivions chacun de notre côté. Il y a aussi quelques chansons qu’il a écrites seul. On a revu pas mal de choses un peu plus tard quand nous nous sommes retrouvés en studio. Même si le travail s’est dans un premier temps fait à distance, on peut tout de même dire qu’il s’agit là d’un véritable travail à quatre mains. Nous nous sommes de suite très bien entendus, que ce soit sur les directions à prendre, le choix des mots, des ambiances…Finalement, le  travail a été dur, mais facile. Je me souviens très bien qu’un jour il m’a dit « tu as besoin de confier le bébé à quelqu’un. Je vais t’aider. » À partir de ce moment, tout a encore été plus rapide et plus fluide. C’est en tout cas une collaboration qui s’est très bien passée. Je sais que ce n’est pas toujours facile d’écrire avec quelqu’un, mais là, j’en avais besoin. J’ai vraiment bénéficié de son expérience. Il a une dizaine d’années d’expérience de plus que moi, et ce n’est pas rien ! Il a joué un peu le rôle du grand-frère, et je l’en remercie.

De quoi avais-tu envie de parler dans ces chansons ?

Je ne savais pas trop où j’allais, à vrai dire. Je balayais des sujets. Je me cachais derrière des personnages. Je racontais de petites histoires… Vraiment, quand on a commencé à travailler avec Da Silva, on a essayé de balayer un peu tout ça et de faire de l’ordre. Il m’a conseillé de parler plus de ma propre personne, des sentiments qui me traversent et m’animent, moi, et pas une tierce personne. Au final, c’est un album qui me ressemble entièrement. Et c’est en grande partie grâce à Manu. J’ai 35 ans, je vis avec une femme depuis de nombreuses années et ça se passe très très bien, nous avons un enfant… il était donc logique que je parle de choses qui me concernent, c’est-à-dire raconter que l’amour ça se passe bien parfois. Il ne sert à rien d’écrire des chansons d’amour où tout se passe mal si on ne le vit pas. J’ai voulu aussi écrire une chanson qui parlait de mon fils, « Je te dirai ». J’ai eu le malheur de perdre mon papa pendant l’enregistrement de l’album, et il y a une chanson qui parle de ça. Il y a aussi une chanson qui parle de la solitude et de la tristesse. Cet album, c’est un peu la palette des sentiments qui me traversent. Je ne vais pas dire que c’est une vraie psychanalyse d’écrire un album, mais disons que j’ai pu répondre à certains de mes questionnements. C’est en tout cas un album franc, brut et honnête. Je n’évoque que des sujets qui me concernent.

Nirman © Stephane Neville

De l’extérieur, j’ai envie de dire que Manu Da Silva t’a permis de gratter un peu la carapace et t’a permis de te révéler, toi, tel que tu es.

Absolument. Très souvent quand on est un artiste émergent et qu’on n’est pas véritablement inscrit dans le paysage, on a tendance à penser qu’il faut suivre les modes et ce qui se passe autour de nous. Un jour, Manu m’a dit que si c’était pour faire un truc d’électro urbain comme tout le monde en fait actuellement, il ne serait pas la bonne personne. Il m’a bien fait comprendre qu’il faut une grande honnêteté pour livrer un message à travers des chansons. Il ne faut pas se cacher derrière des choses, des histoires ou des personnages. Ça m’a vraiment aidé parce que j’étais un peu désemparé face à ça, je ne savais pas trop ce que je devais faire. Aujourd’hui, nous sommes très nombreux à écouter de la musique dans l’ombre et nous avons tous des vies différentes. Donc chaque chanson, chaque démarche a le potentiel de toucher quelqu’un. Il faut faire preuve d’honnêteté, c’est l’essentiel. C’est finalement la chose la plus précieuse que Manu m’a confiée : faire preuve d’honnêteté, ne pas se cacher derrière des subterfuges, des modes ou des courants qui ne nous ressemblent pas.

Le visuel de l’album, cette photo de Stéphane Neville, va dans ce sens.

Ça me fait plaisir que tu l’aies remarqué. On voulait vraiment une image de moi qui reflète ce qu’on va entendre en écoutant cet album. On voit les traits de mon visage. On peut même y deviner les traits de caractère. On voit qui je suis sur cette photo. Comme quand on écoute les chansons. Il faut être honnête envers soi-même et envers les gens à qui on s’adresse. Avant tout, la musique est une passion. Il n’y a pas de but d’être connu ou de percer ni de quoi que ce soit. La chanson, c’est l’envie de dire quelque chose et de partager quelque chose avec les gens. Et le seul moyen de partager des choses vraies, c’est d’être honnête. C’est ma démarche en tout cas.

Nirman et Cali - DR

Tu partages « Compagnons de lune » avec Cali. Comment est-il arrivé sur le projet ?

Cali, je l’avais rencontré il y a quelques années lors d’une remise de prix de chansons dans le Sud de la France, le Pic d’Or. On avait un peu parlé et avions fait connaissance, mais ce n’était pas allé plus loin. Quelques années plus tard, je me suis donc retrouvé en studio à ICP à Bruxelles avec Da Silva pour travailler l’album. On avait déjà enregistré notre duo tous les deux, et nous souhaitions avoir un deuxième duo sur l’album. Le nom de Cali est rapidement arrivé sur la table. Nous avions cette chanson « Compagnons de Lune », qui était un peu noire. Je connaissais Cali dans des sujets majeurs, avec des chansons très gaies et joyeuses, nous nous sommes dit que ce serait peut-être bien de lui proposer cette chanson plus sombre. Da Silva le connaissait très bien et il lui a donc proposé la chanson. Assez rapidement, Cali a répondu oui.

Nirman - Cali - Compagnons de Lune

Comment s’est passé cet enregistrement ? Cali est explosif, toi, nettement plus dans la réserve…

(sourire) Quand je me suis retrouvé en studio avec lui, j’ai pris une claque. Ni plus, ni moins. C’est un interprète incroyable. Je garde en tête cette image de Cali en train de chanter la chanson en pleurant. Nous étions dans la cabine et il pleurait à côté de moi. Il tremblait en chantant. C’était tellement impressionnant. Je me suis littéralement liquéfié devant lui. Je me suis dit que je n’arriverais jamais à être à sa hauteur ni m’impliquer autant que lui, du moins de la même manière. J’étais désemparé. Da Silva m’a pris à part dans le studio le jour de l’enregistrement et m’a dit qu’il fallait bien que je me rende compte que ce n’était pas un combat de coqs que nous étions en train de faire avec Cali, qu’il fallait que je reste moi-même comme j’étais. Il m’a dit cette phrase : « C’est comme quand tu reçois un invité chez toi. Tu lui fais de la place, tu l’accueilles bien. Tu fais pareil sur la chanson » Et c’est ce que j’ai fait et ce qui a permis, je pense, de trouver un bel équilibre entre nous sur ce titre. J’ai vraiment pris une leçon de vie et de musique. C’est quelqu’un qui est incroyable. Il vit pleinement la chanson qu’il interprète. Ça a été une très grande aventure pour moi, et j’ai réalisé un rêve aussi puisque c’est un artiste que j’admire depuis très longtemps. Avoir mon nom à côté du sien, c’est exceptionnel pour moi. C’est incroyable !

Un mot sur « Sur le balcon de mon cœur » et notamment ce très beau clip tourné à Saint-Pétersbourg.

Comme je te l’ai dit tout à l’heure, je suis d’origine russe, j’ai été élevé dans les deux cultures, je suis d’ailleurs complètement bilingue. Le jour du décès de mon père, Da Silva m’a appelé pour parler de l’album. Je lui ai demandé de me rappeler un peu plus tard. Le lendemain matin, lorsque j’ai allumé mon téléphone, j’ai reçu un très long message de sa part espérant que je n’allais pas mal le prendre, mais qu’il avait écrit une chanson pour mon père. C’était « Sur le balcon de mon cœur ». Je l’ai prise comme un véritable cadeau et une véritable preuve d’amitié. C’est une chanson qui évoque une personne qui perd un guide, ce qui est le cas quand on perd un parent. Il y avait tellement de sincérité dans cette chanson que pour le clip, il fallait faire pareil. Donc, il est apparu évident qu’il fallait que je revienne chez moi pour soulager et panser mes plaies, pour aller au bout des choses et pour que les choses soient dites. C’est pour cette raison que nous sommes partis en Russie avec Stéphane Neville, le réalisateur, pour le tourner. Nous sommes donc partis là-bas. Ça m’a déjà fait beaucoup de bien de retourner là-bas, ça faisait très longtemps que je n’y avais plus été. Et j’avais besoin de partager ça avec les gens. De toute façon, quand on dévoile quelque chose d’aussi personnel dans une chanson, on ne peut pas faire les choses à moitié. Il n’y a pas de demi-mesure. Il fallait aller au bout des choses. Par ailleurs, ça m’a permis aussi de faire découvrir les rues de ma ville aux gens qui me suivent, et ça aussi, c’était agréable.

Nirman - Sur le balcon de mon coeur

Y a-t-il une chanson pour laquelle tu as une tendresse un peu particulière ?

Il y en a plusieurs, chaque chanson a son lot d’anecdotes… alors… tu choisiras ! (rires) Il y a la chanson « je te dirai », qui est une chanson pour mon petit garçon. C’est une chanson qui me trouble forcément. Il y a aussi « SOS » qui est une chanson un peu particulière. En début d’année, j’étais en tournée en Belgique avec Suarez. J’ai pris une claque en voyant les gens qui reprenaient en cœur la chanson, un peu comme un hymne. Les gens levaient les mains en chantant le refrain avec moi, c’était un moment un peu exceptionnel. Jamais je n’aurais pensé que ça m’arriverait un jour de pouvoir chanter une de mes chansons devant un public qui y adhérait de cette façon. Et puis, il y a aussi « Azzam David », qui figurait déjà sur mon premier EP. Je ne comptais pas la remettre sur l’album, très franchement. Et puis il y a un an, en décembre 2018, j’étais en train de travailler mes chansons à Astaffort chez Francis Cabrel dans une petite pièce de 20m², quelqu’un frappe à ma porte en me demandant s’il pouvait rentrer. C’était Francis Cabrel. Nous nous sommes retrouvés seuls dans cette pièce. Il m’a demandé pour écouter certaines de mes chansons. Je lui ai donc chanté « Azzam David ». À la fin de la chanson, il s’est levé et m’a dit « Il faut qu’elle vive cette chanson. Aujourd’hui, les chansons sont en CDD, elles ont une durée de vie d’un an tout au plus, parfois même six mois. Mais cette chanson, il faut que tu la mettes sur ton album. Il faut que les gens l’entendent et la chantent. » Et il a ajouté « C’est une chanson que je pourrais avoir envie de chanter un jour ». Là, je me suis dit qu’il fallait vraiment qu’elle figure sur ce disque. C’est Francis Cabrel qui m’a fait prendre conscience que cette chanson était importante. Et aujourd’hui encore, avec les premiers retours que j’ai eus, c’est une des chansons qui touchent le plus les gens. Malheureusement, c’est un message qui est toujours d’actualité et qui le sera probablement encore longtemps. J’ai également une tendresse particulière pour « Sur le balcon de mon cœur », comme je te l’ai raconté tout à l’heure. Ce merveilleux cadeau de Da Silva. Tout ceci fait partie des petits moments incroyables que j’ai pu vivre sur ce projet.

C’est un peu délicat de parler de scène aujourd’hui que tout est à l’arrêt… mais y a-t-il des choses qui se mettent en place tout de même ?

On a perdu beaucoup de dates, comme beaucoup d’artistes ! Il y a tout de même une date importante, le 9 juin au Café de la Danse, qui je l’espère, pourra être maintenue. Il y a des dates en province qui vont être reportées à l’automne, quelques dates au Maroc et une tournée en Belgique qui est en train de s’organiser pour l’automne/hiver prochain. Il y aura peut-être quelques festivals cet été, mais là encore, nous sommes dans l’attente des décisions.

Nirman © Stephane Neville

Comment vis-tu le confinement en tant qu’artiste ?

Ça décuple la créativité, en ce qui me concerne. La promo est un peu bloquée, les dates sont annulées, nous sommes confinés à la maison… du coup, ça m’a permis de me poser et de réfléchir. J’ai retrouvé le besoin d’écrire et de composer. Regarder autour de moi. Renouer avec des choses essentielles de la vie. Je me retrouve là avec ma femme et mon fils, et ce sont des moments importants que je n’avais plus vécus depuis un moment avec la promo et la tournée… Très égoïstement, en tant qu’artiste, ce confinement aide ma créativité. J’ai recommencé à écrire des chansons pour, peut-être, un prochain album ou plus rapidement les chanter sur scène. Il y a un petit côté bénéfique à ce confinement…

As-tu prévu de faire des live ou quelque chose dans le genre ?

Je prévois de le faire… Mais vu que tout le monde le fait, je prends mon temps pour trouver l’angle ou la manière de la faire. Tu sais, la concurrence est rude : face à Cabrel ou Aubert dans son salon, je ne fais pas le poids ! (éclats de rires) En tout cas, oui, je prépare des petites choses.

Propos recueillis par Luc Dehon le 20 mars 2020.
Photos : Stéphane Neville

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