Interview de Brigitte Skiavi-Blanc, épouse de Gérard Blanc

Propos recueillis par IdolesMag.com le 16/07/2010.
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Gérard Blanc et Brigitte Skiavi-Blanc © Thierry Vasseur

Gérard Blanc nous a quitté il y a maintenant un peu plus d'un an. Il avait en projet de sortir un DVD et un CD live, retraçant sa série de concerts parisiens qui l'ont mené du Sentier des Halles en 2006 jusqu'à l'Olympia en 2008, en passant par le Théâtre du Gymnase en 2007. Son épouse Brigitte lui a promis de "toujours défendre son patrimoine" et c'est ce qu'elle fait avec beaucoup d'amour et de dynamisme!... Nous avons donc rencontré pour vous Brigitte Skiavi-Blanc qui évoque, avec beaucoup de tendresse et de délicatesse, Gérard Blanc, l'artiste, mais aussi l'homme. Vous aurez certainement autant de plaisir à lire cette interview, que nous avons eu à la réaliser. Gérard laisse derrière lui de bien belles chansons qui ne nous quitterons jamais...

IdolesMag : Gérard a-t-il eu le temps de voir le DVD?

Brigitte Skiavi-Blanc : Il a vu la première ébauche, 2 heures avant de nous quitter. Donc, il n'a pas pu voir la version finale, mais je peux vous dire qu'il en était très fier et que c'était un projet qui lui tenait à coeur. Surtout que ce spectacle, il l'a fait avec deux copains.

Justement, vous me tendez la perche, comment choisissait-il ses musiciens?

Je ne crois pas du tout au hasard... En fait, lors d'un gala en province, nous avons rencontré René Coll. Et nous avons eu, tous les trois, René, Gérard et moi un énorme coup de coeur. Et sur scène, il y avait donc Pascal Miconnet, le pianiste et Jérôme Buigues, en remplacement du guitariste. Gérard est arrivé en disant aux musiciens qu'il voulait qu'ils jouent un peu différemment ses morceaux et donc, ils ont répété un bon moment. Ils se sont éclatés ensemble. C'était dans le sud de la France. Quand on est rentré chez nous, Gérard m'a dit qu'il voulait absolument travailler avec ces deux mecs parce qu'il les trouvait géniaux. Et là, je lui ai dit très simplement qu'il fallait qu'il sorte un DVD de sa carrière solo. Je les ai appelés et les deux garçons, comme deux gosses, étaient heureux. Ils sont donc venus travailler avec Gérard et je peux vous dire qu'aujourd'hui, ils font vraiment partie de la famille. Je travaille encore avec eux d'ailleurs pour d'autres artistes.

Gérard Blanc © Thierry Vasseur

Les chansons chantées sur ces DVD et CD ont reçu un sacré lifting!...

Oui, effectivement, bien qu'on les reconnaisse immédiatement tout de même. Vous savez, Gérard était avant tout un musicien. Et on ne l'a pas assez reconnu pour ça. Il est devenu chanteur parce qu'il avait une belle gueule et une belle voix, et qu'à l'époque ils cherchaient un leader pour Martin Circus... Mais au départ, Gérard voulait uniquement être musicien. Il est donc devenu chanteur de Martin Circus, et puis après, dans sa carrière solo, il a prouvé une fois de plus qu'il était un très grand chanteur. Mais comme il le disait souvent, "Chanter, c'était la cerise sur le gâteau". Il passait ses journées entières avec sa guitare à la main. Nous avons vécu ensemble une dizaine d'années, presque 24h/24, et je ne l'ai jamais vu sans sa guitare. Il se levait, il prenait sa guitare et elle ne le quittait plus de la journée. Quand nous allions dans notre maison de campagne en Sologne, elle était toujours à ses côtés. Il jouait de la musique constamment. Dès qu'il entendait un truc qui lui plaisait à la télé ou à la radio, hop, il prenait sa guitare pour accompagner... Et donc, quand il a rencontré ces deux garçons, qui ont une culture musicale énorme, il a voulu tout mettre à plat et démonter toutes ses musiques pour réinventer quelque chose. Ils ont travaillé des journées entières... Et c'est ainsi qu'on a revu tous les titres de son répertoire. Ils ont fait ça en s'amusant vraiment beaucoup...

Avec sa guitare toujours à ses côtés, je suppose qu'il devait composer énormément...

En plus d'être musicien, il était mélodiste. Donc, il avait aussi son dictaphone toujours avec lui. Et, même si on revenait de gala en pleine nuit, dès qu'il avait un truc qui lui venait en tête, il sortait son dictaphone et se mettait à chanter trois phrases en "lalala". Et puis, soit dans la nuit, soit le lendemain, il descendait dans son studio et il essayait de composer une chanson avec sa guitare, son clavier et sa voix. Il faisait comme ça ses maquettes. C'est seulement après qu'il appelait ses potes musiciens. Voilà comment il pratiquait... C'était musique non-stop à la maison!

Avec le recul, pensez-vous qu'il était plutôt un musicien de studio ou de scène?

Les deux étaient complémentaires. Quand je regarde aujourd'hui le DVD ou d'autres spectacles que nous avons enregistrés, je me rends compte que Gérard était vraiment un homme de scène. C'était un mec qui savait emmener le public. Donc, obligatoirement, il est devenu un grand musicien de scène. Si le public répondait, Gérard adorait arrêter sa chanson en plein milieu et se mettait à faire chanter le public. Donc, obligatoirement, il déstructurait ses chansons. Aussi, ce qu'il aimait par dessus tout sur scène, c'était le partage. Et on le voit bien dans le DVD.

On le sent d'ailleurs. On sent qu'il est dans son élément, qu'il est heureux.

Oui, il était heureux. En plus, Gérard respectait ses musiciens. Il savait se mettre en retrait. Il aimait aller les chercher et les amener avec lui sur le devant de la scène. Evidemment, c'était sa voix, ses titres, mais il se considérait comme un musicien parmi les autres sur scène. Il n'aurait jamais pu monter sur scène avec des musiciens avec qui il ne s'entendait pas. Il avait besoin d'aller chercher les zicos et le public. Et parfois, lors de gala, quand on ne connaissait pas les musiciens avec qui il allait jouer, il allait les trouver pour créer une complicité. Et ensemble, ils créaient quelque chose. Gérard était comme un gosse sur scène. C'est d'ailleurs ce qui l'a maintenu toujours aussi jeune. Même physiquement...

J'allais vous le dire. Il a bien entendu changé depuis l'époque de Martin Circus, mais pas tant que ça finalement.

Vous savez, ce qui me faisait hurler de rire, c'est quand nous étions en gala et que des gens de 55/60 ans venaient me trouver en me disant "Waouw Gérard il a au moins 50 ans!". Je leur demandais pourquoi ils me disaient ça... "Parce que quand je l'ai vu, j'étais petit et j'ai déjà 55 ans..." (rires) Et là, je me rendais compte que les gens immortalisent les artistes. Parce que s'ils avaient vu chanter Gérard quand il était petit, c'est que Gérard était plus vieux qu'eux... Mais en le voyant sur scène avec son énergie débordante, le voir courir de partout, ils pensaient que Gérard était beaucoup plus jeune qu'eux. C'était très drôle... Et dans les loges, je venais lui dire quel âge les gens lui donnaient. Ça le faisait rire... Il avait aussi un humour énorme et une générosité sans limite. Il s'intéressait à tout ce qui était pop. Il adorait les sons, la musique, le rythme, la mélodie... Le partage, en fait.

Gérard Blanc et Brigitte Skiavi-Blanc © Thierry Vasseur

Sa voix, il la travaillait beaucoup?

Ai-je droit de dire la vérité? (rires) Parce que ça va faire de gros jaloux... Gérard ne travaillait jamais sa voix. J'avais un mari musicien et pas un mari chanteur. Je ne l'ai jamais entendu chanter ni s'échauffer la voix dans les loges. Des fois, j'avais un peu peur, parce que nous étions sur les routes tous les soirs, il était fatigué, on passait dans des pièces climatisées, etc... Mais jamais il n'a voulu échauffer sa voix avant d'entrer en scène. Il me disait toujours "Pourquoi faire ???" Il préférait discuter avec les musiciens ou les choristes plutôt que de travailler sa voix. Il rentrait sur scène comme ça... Il avait un don, je ne l'explique pas autrement. Et ce qui est exceptionnel, c'est qu'il ne l'a jamais perdue, sa voix. Alors, bien évidemment, parfois il n'arrivait pas à monter parfaitement la dernière note d'"Une autre histoire", mais il s'en foutait. Il la tournait autrement... et en sortant de scène, il me disait que ce soir il la sentait mieux comme ça...

Il choisissait comment les chansons qu'il allait chanter sur scène?

Pour tout vous dire, il avait un manager qui avait très mauvais caractère et qui était très décidé sur les chansons qu'il fallait ou non chanter un tel soir... Ce manager, c'était moi! (rires) En fonction du temps que nous avions, de l'endroit où nous jouions et des gens qui nous faisaient venir, je lui fabriquais un tour de chant adéquat. Puis, nous nous sommes rendu compte aussi que certaines chansons ne pouvaient pas être jouées au début. En fait, nous commencions souvent par "Du Soleil dans la nuit" parce qu'il jouait souvent très tard le soir et nous trouvions normal de commencer par cette chanson. Et après, en fonction du timing que nous avions, je lui plaçais les incontournables comme "Marylène", "Je m'éclate au Sénagal", "Tonton Bâton", "Une autre histoire" et "Sentiment d'Océan" et d'autres chansons.

Et "Dis tous bas dis" aussi, je suppose.

Et bien, pas forcément... je la trouvais parfois un petit peu trop subtile pour être jouée dans certains endroits, donc, cette chanson, il la chantait en salle, mais assez peu en extérieur.
S'il n'avait pas la chance de jouer avec de vrais musiciens, et bien, nous avions différents PBO en fonction des endroits où nous jouions. Et, pour en revenir au DVD, c'est pour cela que nous l'avons appelé "Made in Paris", parce que ce tour de chant était typiquement un tour de chant Parisien. D'ailleurs, il y a des chansons sur le DVD qu'il ne faisait jamais ou presque en gala, comme "Sous son aile", "Dis tout bas dis" ou "Un jour avant toi".

L'écoute n'est forcément pas la même dans un gala en plein air ou dans une salle.

Bien évidemment. Et Gérard aimait bien aussi chanter des chansons qui prenaient un peu plus le coeur et l'âme. Donc, pour ça, il fallait qu'il puisse chanter plus mélodiquement. Et dans une salle, c'est l'idéal. A côté des chansons plus entraînantes, il avait besoin de chanter des chansons plus douces et plus profondes aussi, comme "Je déménage".

Justement, elle est née quand cette chanson, "Je déménage", au titre prémonitoire?

C'est fou cette histoire... Le titre est né fin 90 avec deux auteurs qu'il aimait beaucoup. Quand il a écrit cette chanson, elle n'a pas eu de résonance. Et quand nous avons conçu ce spectacle, comme il avait chanté et rechanté les tubes de sa carrière solo et ceux de Martin Circus, il avait envie de reprendre quelques petites perles dans son répertoire comme il disait. Donc, il m'a fait écouter ses albums des années 90. Et j'ai adoré cette chanson que je trouvais très symbolique. Parce que s'il voulait ressortir un nouvel album après, il fallait tourner une page et faire le ménage. Donc, il l'a réécrite avec ses copains musiciens et on l'a réaménagée. On a fait appel aussi à un autre clavier, Brice Mirrione, qui va travailler sur la comédie musicale sur Mike Brant à la rentrée.

D'ailleurs, elle a été clippée cette chanson.

Oui, on a demandé à notre ingé image de nous faire un clip tout simple. Il a été tourné dans l'appart et dans notre quartier. On voulait un truc très léger, très lunaire, généreux, simple, efficace, actuel... bref, un truc qui ressemble à Gérard. On est donc parti dans le quartier tourner le clip. C'est notre ingé qui a eu l'idée de filmer les nuages depuis un avion. Ça donnait l'image de vouloir aller ailleurs, autre part... Et il s'avère que Gérard est parti lui aussi dans les nuages. Ce clip est vraiment symbolique. Comme je vous le disais, je ne pense pas qu'il y ait de hasard, cette chanson devait ressortir à ce moment-là. Je pense que Gérard voulait aussi tourner une page. Il voulait faire un album avec une seule guitare et un clavier.

Gérard Blanc et Brigitte Skiavi-Blanc © Thierry Vasseur

Prenait-il toujours autant de plaisir à chanter les chansons de Martin Circus?

C'est un des rares chanteurs qui n'a jamais fait la gueule pour aller chanter ses anciens succès. Parce que, il le disait haut et fort, Martin Circus a été pour lui une formidable école de la vie. Il était très très fier de la qualité musicale de tous les musiciens de Martin Circus. Comme il me le disait souvent : "ce n'était pas toujours la super ambiance au sein du groupe, mais au moins, j'ai appris à faire de la bonne musique". C'est pour ça qu'il n'avait aucun problème à chanter les succès de Martin Circus. D'ailleurs quand il jouait quelque part, il chantait "Marylène" et "Je m'éclate au Sénégal" et "Une autre histoire", bien évidemment, de toutes façons, il n'avait pas le choix! Mais il demandait toujours qu'on le laisse chanter sa nouvelle chanson aussi.

Ce ne doit pas toujours être évident avec des tubes aussi emblématiques de placer les nouvelles chansons...

Evidemment. Mais avec la carrière de Gérard, nous avions la chance de pouvoir tout de même imposer les nouvelles chansons, en chantant toujours les grands tubes, bien sûr!... (rires) Prenons l'exemple de "L'Amour parle plus fort que les mots", cette chanson n'a pas eu la résonance d'"Une autre histoire", mais chaque fois qu'il la chantait, les gens adoraient... Les gens aiment le son de sa voix, je pense...

Sa voix était d'ailleurs reconnaissable entre mille.

Oui... D'ailleurs, je vais vous raconter une anecdote. Un jour, nous étions dans une radio locale, à faire un concours, il fallait retrouver l'interprète d'une chanson. On avait proposé de passer une chanson que personne ne connaissait. Et à la deuxième phrase, une personne téléphone, et répond que la question était stupide, que bien entendu, c'était Gérard Blanc!
Parfois, on me demande si on peut reprendre "Une autre histoire", je ne peux pas m'y opposer, mais je demande toujours de pouvoir écouter... Mais les gens n'arrivent pas à chanter cette chanson.

C'est difficile de passer après lui...

Oui, très difficile, effectivement! (rires)

Sur le DVD, on voit Gérard avant d'entrer en scène. Etait-il traqueur?

Il ne traquait pas beaucoup. C'est la même chose que pour sa voix... il était sur de son histoire!... Gérard se préparait à travers le costume. C'était tout un rituel... Avant de monter sur scène, il avait besoin d'avoir une loge avec un miroir, de l'eau et un portant à habits. C'était la seule chose que j'exigeais de façon intransigeante. Il s'installait dans sa loge devant le miroir, et il se maquillait. Il avait besoin de ça. N'oublions pas les manières qu'il avait avec Martin Circus! (rires), ça ne venait pas de nulle part, cette histoire. Il avait besoin de prendre son fond de teint, son crayon, de se poudrer, se recoiffer, de mettre une belle chemise blanche ouverte et enfiler un beau costume. Une fois qu'il avait fait ça, on branchait la guitare et hop, c'était parti... Je pense que le peu de trac qu'il avait, il le passait dans ce rituel. Je ne l'ai jamais vu rater ce moment avant de monter sur scène. D'ailleurs, il ne me demandait jamais si j'avais pensé à la guitare ou aux jacks, mais il me demandait si je n'avais pas oublié la trousse de maquillage... Et lui, il portait sur son bras son costume de scène dans sa housse. Et je le voyais préparer ses habits à la maison, il le faisait très précautionneusement. Il aimait choisir ses objets scéniques. A partir du moment où c'est lui qui écrivait ses chansons, il n'avait pas peur d'oublier le texte ou la mélodie. Donc, son trac passait par cette préparation.

Gérard Blanc et Brigitte Skiavi-Blanc © Thierry Vasseur

Dans le DVD il chante avec Narcixxx. Est-ce qu'il aimait le rap?...

Bonne question... Mais Narcixxx fait-il du rap?!... Narcixxx est sorti du rap en découvrant la pop et c'est ainsi qu'ils se sont rencontrés, parce qu'il adorait les chansons de Gérard. Certainement pour les mélodies et la voix. J'ai revu Narcixxx il y a à peine un mois sur scène, et il est dans une espèce de slam, rap, pop mais il est très loin du rap pur et dur comme on l'entend. Je pense que ce qui gênait Gérard dans le rap, c'est le manque de connaissances musicales de certains rappeurs et le manque de mélodie. Par contre, des rappeurs qui avaient une vraie connaissance musicale, il appréciait. Pour Gérard, à partir du moment où les gens étaient musiciens et respectaient la musique, il avait une forme d'admiration. Que ce soit un rappeur, un rockeur, un blues man...

Il était vraiment musicien avant tout...

Oui. C'était un grand musicien avant tout...

Qu'écoutait-il à la maison?

Enormément de femmes dans la pop. Il adorait toutes ces femmes un peu décalées comme Björk. Il était capable d'écouter en même temps de très vieux chanteurs comme Ray Charles. Evidemment, il écoutait les Beatles. Il s'intéressait énormément aux émissions avec de jeunes chanteurs. Il aimait aussi beaucoup Alanis, il aimait découvrir Ayo... Il aimait découvrir des jeunes artistes. Il regardait beaucoup de DVD musicaux aussi. Il aimait voir la scène, le partage. Et là, il aimait regarder Jamiroquaï, Led Zep', Cheryl Crow... Plein de gens très différents. Dès qu'il y avait quelque chose qui le touchait dans la musique, il était conquis. Il était très gourmand et très curieux de musique. Par contre, je ne l'ai jamais entendu être jaloux. La seule chanson qu'il aurait aimé faire, c'est "Sur des musiques noires" de Thierry Pastor. Il était fou amoureux de cette chanson. Cette chanson était pour lui, un grand moment musical. Mais par contre, je ne pense pas qu'il ait été influencé par tel ou tel autre chanteur. Il avait une certaine ligne directrice. D'ailleurs on reconnaît sa voix, mais aussi sa ligne mélodique.

Qui a choisi les oeuvres de Sofie Rondas qui sont projetées pendant le spectacle?

C'est un peu beaucoup moi... Nous avions rencontré Sofie par l'intermédiaire d'un attaché de presse. Sofie est venue à la maison après avoir entendu un disque de Gérard, qu'elle aimait beaucoup. Je lui ai demandé de voir son catalogue et comme elle était intéressée par le projet de projeter des toiles en fond de scène, nous avons travaillé ensemble. Quand j'ai fait le plan de lumières de son spectacle, je me suis servie de peintures. J'ai travaillé sur des peintures avec des couleurs un peu pop. On a donc choisi des oeuvres raccord avec le plan de lumière et qui correspondaient évidemment aux thèmes des chansons. C'est comme ça qu'on a choisi les oeuvres de Sofie. Gérard était à fond dans sa musique et c'est vrai qu'il me laissait carte blanche dans toute la scénographie.

J'ai une petite question à propos de la distribution du CD et du DVD. Ils sont en vente dans tous les mégastores, mais pas en grande surface. Pourquoi?

Ai-je le droit de pleurer un bon coup, là?!... (rires) C'est un gros problème. Je voulais absolument que ce disque et ce DVD soient distribués en grande surface. On a du mal se comprendre avec le distributeur. Parce que bien entendu une partie du public de Gérard va dans les mégastores, mais la grande majorité n'y va pas ou peu. J'aurais tellement aimé qu'ils soient distribués dans les grandes surfaces... Je reçois d'ailleurs un nombre important de messages de gens qui ne trouvent pas le disque ni le DVD... Donc, ce que je fais, en attendant de trouver une solution, c'est que comme je suis productrice et éditrice, je le vends directement par l'intermédiaire du site (http://www.gerardblanc.com/), du MySpace et du FaceBook.
C'est dommage, parce que ces deux derniers objets qu'on a fait ensemble, je voudrais qu'ils aient une belle visibilité. En plus, comme je vous le disais en début d'interview, il les avait entendus et vus et il en était très fier. Il m'a demandé d'ailleurs de les faire vivre...

Gérard Blanc © Thierry Vasseur

Il avait aussi travaillé sur la pochette?

Il avait vu les ébauches et les maquettes. Mais il n'a pas eu le temps de voir le tirage final. Il avait vu la photo et il l'avait validée. Il voulait quelque chose d'un peu sombre, comme ça l'est.

C'était important pour lui, je suppose, que vous continuiez à faire vivre son oeuvre.

C'est très simple, Gérard a fait un coma de 12 jours en octobre. Quand il s'est réveillé, la troisième phrase qu'il m'a dite, ça a été "Je te demande une chose, c'est que tu me promettes de toujours défendre mon patrimoine". Il m'a pris les mains, comme s'il sentait qu'il allait nous quitter. J'avais d'ailleurs quitté ma carrière à l'époque où nous nous sommes mariés pour ne plus me consacrer qu'à lui.

Et il vous a laissé des morceaux inédits?

Oui, il en avait 7 en cours. Mais j'attends... Nous étions aussi en train d'écrire une biographie, à quatre mains. Le livre est très avancé, mais je n'ai pas le temps en ce moment de le relire et de retravailler dessus.

Quel est votre quotidien aujourd'hui?

Et bien, je fais vivre son oeuvre. Et comme je suis seule aux commandes du bateau, ça me prend du temps. Là, par exemple, je viens de placer "Une autre histoire" sur un spectacle musical qui va voir le jour en 2011 ou 2012. Et puis, pour ce livre, il faut que j'aie le temps de le retravailler et il faut que je prenne beaucoup de recul. Parce qu'il faut que je finisse certains chapitres et il faut par ailleurs que je supprime certains autres qu'il avait écrits lui, sur sa vie privée. J'y vais donc doucement. Mais j'irai jusqu'au bout, comme je lui ai promis.

Vous étiez très fusionnels, tous les deux.

On a eu une chance folle, nous étions des âmes soeurs. Nous étions mariés, nous travaillions ensemble, nous étions frère et soeur, nous étions les meilleurs amis du monde. C'est pour ça aussi qu'il m'a fait entièrement confiance pour défendre son patrimoine. C'est marrant, il me disait souvent que dans quelques années, je me produirais à sa place et que les gens n'y verraient que du feu! (rires)

Ce sera un peu le mot de la fin... J'ai envie de vous demander comment vous vous êtes rencontrés...

C'est une longue histoire! (rires) J'étais scénariste pour TF1 à l'époque. Donc, je suis allée dans un groupe de presse et dans ce groupe Gérard était présent. On m'a présenté Gérard Blanc. J'avoue (il le savait, donc, je peux vous le dire) que je m'en foutais un peu! Je venais pour vendre un scénario, pas pour voir Gérard Blanc... Mais bon, comme j'aimais bien Martin Circus, j'ai dit OK. On m'a donc présenté Gérard, et ça a été un flash immédiat entre nous. Mais pas un flash amoureux. C'était plutôt comme si Gérard, qui était fils unique, avait rencontré sa soeur, et moi, comme si j'avais rencontré mon grand frère. Et on ne s'est plus jamais quittés. Le lendemain, je suis allée chez lui. Je connaissais d'ailleurs très bien sa compagne de l'époque, qui travaillait aussi pour TF1. Et donc, nous ne nous sommes plus jamais quittés, on partait en vacances et en gala ensemble. Mais en copains uniquement, au départ.

Gérard Blanc et Brigitte Skiavi-Blanc © Thierry Vasseur

Vous étiez complémentaires.

Oui, d'ailleurs le jour de son incinération, un grand musicien est venu me trouver... en me disant "Enfin, te voilà, Brigitte... Quand on tournait le clip de Tonton bâton, Gérard ne parlait que de toi. Dés qu'il avait un problème de placement, il levait les yeux au ciel en disant qu'il invoquait Brigitte pour y arriver. Et je me demandais qui était Brigitte. Comme il vivait avec une personne qui ne s'appelait pas Brigitte"... Ce monsieur a fait 17 heures d'avion pour venir au Père Lachaise à l'enterrement de Gérard. Ce guitariste m'a appris que Gérard savait depuis longtemps qu'on continuerait ensemble pendant des années. Il m'en parlait parfois, mais il le disait indirectement. Surtout que nous ne vivions pas ensemble au départ. Nous avions chacun nos vie de couple et nous ne voulions pas faire de mal à quiconque. On n'avait pas pensé à cette voie au départ. J'ai été sa confidente avant d'être sa femme, en fait...

Propos recueillis par IdolesMag le 16 juillet 2010.

-> Plus d'infos et pour acheter le CD et le DVD :
. http://www.gerardblanc.com/ (rubrique contact)
. http://www.myspace.com/gerardblancmusic
. le Facebook de Brigitte Skiavi-Blanc









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