Interview de Acquin

Propos recueillis par IdolesMag.com le 24/02/2020.
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Acquin © Selena Fontaine

Acquin publie « Bareback » le 28 février prochain, un recueil de neuf tableaux esthétiques réalisés par Frédéric Lo. Neuf titres aux sonorités Pop/Rock et aux accents queer qui marient avec doigté questions de sexe, de genre et de religion, et subculture. Séduits par ce projet hautement atypique et particulièrement enthousiasmant, nous avons été à la rencontre de Laurent Dy, son auteur, pour en savoir plus sur sa genèse et sa création.

Avant de parler plus précisément de « Bareback », j’aimerais, si tu le veux bien que nous revenions un instant sur ton parcours. Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Quelle est ta formation ? Tu viens du classique…

Acquin, BarebackEffectivement ! Géographiquement je viens de Paris et j’ai commencé le violon très petit. Ma mère m’avait mis à la méthode Suzuki. Après, c’est le cas de le dire, j’ai suivi un parcours assez classique. Conservatoire. Orchestre. Solfège. Et par la suite un peu d’harmonie. J’ai continué le violon et j’ai découvert vers vingt/vingt-cinq ans d’autres instruments. J’ai rencontré de potes qui n’étaient pas du tout de formation classique et qui m’ont appris énormément. Je me suis acheté une basse qui avait quatre cordes comme le violon, en me disant que j’allais pouvoir en jouer. À partir de là, j’ai commencé à écrire des chansons dans mon coin jusqu’à la sortie d’un premier EP, puis la rencontre des musiciens avec lesquels je joue actuellement et la sortie de ce premier album.

Finalement, tu as commencé à écrire des chansons sur le tard.

Oui. Je pense que ça trainait depuis un moment… j’avais cette envie d’écrire des chansons, mais je ne l’avais jamais concrétisée. Je composais des instrus, mais jamais de véritables chansons. Je n’avais aucune idée de paroles… l’écriture a toujours été assez laborieuse. Et puis, un jour, je me suis laissé aller à l’écriture et j’y ai pris un certain plaisir. En tout cas, le texte vient toujours après la musique en ce qui me concerne…

Acquin © Selena Fontaine

Que retiens-tu de ce premier Ep, « Les Choix Esthétiques » qui est paru  en 2016 ?

Essentiellement la découverte du studio. « Les Choix esthétiques » ont été mon dépucelage du studio en quelque sorte. (sourire) J’avais des petites maquettes que j’enregistrais tranquillement dans mon coin, et là, je suis arrivé devant de belles machines, de beaux instruments, un ingé son, un mixeur. Ça a été une découverte très intéressante.

Quel se passe-t-il à la suite de la sortie de cet EP ? Il aura fallu quatre ans avant que tu ne publies ton premier album…

Très sincèrement, cet EP, je ne savais pas trop ce que j’allais en faire. Il était sorti sans trop d’ambition et un peu dans l’indifférence générale. Le batteur que j’ai rencontré à cette occasion m’a dit que ce serait bien de chanter ces chansons en live. Je ne l’avais pas véritablement envisagé, à vrai dire. Le bassiste avec qui je travaillais à l’époque n’était pas dispo, donc… j’ai réuni une équipe de  musiciens qui avaient envie de me rejoindre dans cette aventure. Enfin, me rejoindre est un bien grand mot, puisque nous avons créé véritablement ensemble cette aventure.  Ceci a duré déjà une petite année et il a fallu trouver des dates. Après, je me suis remis à écrire des chansons, puis nous avons préparé cet album. Au bout du compte, quatre ans, ça peut paraître long, mais ça ne l’est pas tant que ça (sourire).

Acquin © Selena Fontaine

Quelles étaient tes envies quand tu t’es mis à plancher sur ce premier album ?

Ce n’est pas évident de répondre à cette question. J’avais pas mal de chansons et je voulais les faire aboutir, les terminer. Je les voyais un peu comme une esquisse, et j’avais envie qu’elles deviennent un dessin ou un tableau. Après, je n’avais pas forcément d’idées très arrêtées sur le son ou l’esthétique sonore que je voulais leur donner. Il y avait de la matière, et j’avais envie de la modeler et la rendre belle.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec Frédéric Lo ? Comment s’est établie la connexion ?

Stéphane Mugnier et Olivier Legall m’ont très rapidement fait comprendre qu’il était essentiel que je trouve le bon réalisateur… Alors, j’ai été un peu regarder les réalisateurs des disques que j’appréciais. J’ai regardé les crédits de « Crévecœur » de Daniel Darc, que j’écoutais depuis des années et dans lequel je me retrouvais entièrement. Je suis donc tombé sur le nom de Frédéric Lo. Après, c’est un peu la magie des réseaux sociaux. Je suis tombé sur son Facebook, je l’ai contacté et il m’a répondu. C’est aussi simple que ça. Il m’a demandé de lui envoyer mes maquettes. Je l’ai fait tout frileusement, j’avais peur de son retour… (sourire) Il m’a dit qu’il aimait bien mes morceaux et m’a proposé qu’on se rencontre. Ensuite, l’été 2018, nous nous sommes retrouvés une journée en studio. Puis de septembre 2018 à février/mars, nous nous sommes véritablement mis au boulot. Ce fut une super rencontre. Il m’a beaucoup aidé a dessiner l’esthétique sonore qu’on allait donner à « Bareback ».

Acquin © Selena Fontaine

Comme abordes-tu l’écriture ? Quand on lit tes textes, tout est dans la suggestion, jamais dans l’explication. Sont-ils définitifs ou peuvent-ils bouger en studio ?

En studio, avec Fred, on n’a changé aucune parole. On a bien entendu modifié quelques structures, du fait de la musique qu’on leur collait dessus, mais aucun texte n’a été réécrit ni modifié. Finalement, quand on a enregistré les voix, les mots passaient plutôt pas mal.

Tes textes font penser à Sade, à Jean Genêt, à Virginie Despentes, au cinéma de Christophe Honoré aussi. Quelles ont été tes principales sources d’inspiration ?

Ecrire quelque chose d’organisé et de construit… ça a toujours été difficile pour moi (rires). Mais je me suis dit qu’il fallait que je me lance, ce n’étaient que des chansons, pas des articles ou ce genre de choses. Au début, quand j’ai commencé à écrire des chansons, je pense que j’avais un peu honte. J’écrivais en cachette, comme si c’était mal, comme s’il valait mieux que je n’en parle pas (sourire).  Mon rapport à l’écriture a toujours été laborieux, comme tu peux t’en rendre compte. Du coup, j’ai un peu de mal à parler d’inspiration pour l’écriture. Je lis très peu à vrai dire. Alors oui, j’ai lu Despentes, que j’adore. Mais je ne pense pas que l’on puisse véritablement parler d’inspiration. C’est une question piège, finalement. Je me suis aperçu bien évidemment que j’avais piqué des mots à différents auteurs, mais je m’en suis rendu compte après coup, je ne l’ai pas fait volontairement en tout cas. En répondant à ta question, je me rends compte en tout cas que l’écriture est un exercice assez mystérieux à mes yeux. J’ai beaucoup de mal à expliquer ce que j’écris, ce que je veux écrire et pourquoi. Elle me procure du plaisir, mais c’est également une source de souffrance.

Acquin © Selena Fontaine

Je n’aime pas rentrer dans l’explication de texte qui est un exercice somme toute assez scolaire et fort peu intéressant. Mais le propos de l’album est très queer dans son ensemble. Dans une France devenue très puritaine et très à cran sur les questions de genre, de sexe, de religion ou d’homosexualité, est-ce important pour l’artiste que tu es de jeter un pavé dans la mare, d’une certaine manière ? Même s’il n’y a ici aucune provocation, mais des propos explicite qui pourront tout de même froisser certains esprits étriqués…

(sourire) Je n’ai aucune volonté de provoquer ou faire grincer des dents. Après, oui, certains propos pourront choquer certaines personnes, mais disons que ce n’est pas ma recherche. L’association du sexe et du religieux, à mon sens, se rapproche plus d’une association de couleurs, ce que ça peut renvoyer comme image. La musique est un art visuel. Elle s’écrit avec des couleurs acoustiques et phonétiques. Dans les paroles, j’aime garder cette idée de peindre un tableau abstrait avec des couleurs différentes, un tableau qui parle de Dieu et de sexe. Mon idée était véritablement de construire un tableau. Après, on se rend compte qu’on n’est pas seul à penser ces choses-là. Mais en tout cas, il ne faut voir aucune forme de militantisme dans ma démarche, mais plutôt une proposition artistique.

Acquin – Gender Bender

Tu viens de me dire que la musique était un truc extrêmement visuel à tes yeux. Comment abordes-tu le travail du clip ? Se doit-il d’expliquer une chanson, de l’illustrer, d’emmener l’auditeur sur d’autres champs de lecture ?

On a aujourd’hui besoin de faire des clips pour exister sur les plateformes comme Youtube. Mais à mon sens, la musique étant visuelle par nature, elle n’a pas véritablement besoin d’images explicatives. Ma matière, c’est la musique. Le visuel est dedans. Un clip ne doit pas expliquer une chanson. Mais aujourd’hui, pour exister en tant que chanteur ou musicien, le clip est devenu incontournable, presque obligatoire. Donc, il y a à la base en ce qui me concerne, presque une obligation de faire un clip. C’est pour cette raison, que je ne souhaite pas qu’un clip soit explicatif. Le clip de « Gender Bender », nous l’avons fait avec Stéphane Carraz et Selena Fontaine. Je leur ai laissé la main sur ce coup. On se connaît et je leur ai fait entièrement confiance. Ce qui est chouette, c’est qu’ils ont apporté à la chanson une matière à laquelle je n’aurais peut-être pas pensé.

Un mot sur la pochette. Un visuel percutant ! De qui est l’idée ?

Le visuel a été conçu par Iannis Pledel. C’est un photographe / artiste peintre que j’aime beaucoup. Nous nous étions mis à une table à imaginer des idées. On avait fait quelques croquis et je regardais « La Cible » que Iannis avait créée. C’était une bouche de femme qui sortait de cette cible. J’adorais l’idée, mais avec mon œil. Il était motivé pour faire une version masculine de cette « Cible ». Et c’est ainsi que le visuel est né.

C’est une pochette qui attire le regard en tout cas.

Elle ne plait pas toujours. Elle est un peu clivante.

Finalement, le propos de l’album peut être clivant aussi. Donc, elle est cohérente !

(Éclats de rire) Nous sommes d’accord !

Acquin DR

Un mot sur le live. Tu seras aux Trois Baudets le 23 mars prochain (Paris 18ème) et Chez Walrus le 4 avril (Paris 10ème). Deux configurations et deux approches de la scène très différentes.

On peut le dire ! Aux Trois Baudets, nous serons avec Stéphane Mugnier, le bassiste, Thomas Chalindar le batteur, Olivier Legall le guitariste et Antoine Tiburce nous rejoint au clavier. Jusque-là, nous nous étions libérés du clavier… mais là, je souhaitais en intégrer un. (sourire) Côté scénographie, je serai « à l’ancienne », il n’y aura rien de spectaculaire, juste l’envie de jouer les chansons. Chez Walrus, c’est une autre histoire. C’est un disquaire, nous allons donc jouer les chansons d’une façon plus épurée. Pour le coup, la formation sera violoncelle, piano et chant. Ce sont deux approches différentes d’un même album. Une rock et l’autre plus classique. J’aime bien la couleur plus intime que les chansons que nous répétons pour le 4 avril sont en train de prendre. C’est surprenant. C’est un travail qui me motive beaucoup. C’est très intéressant de jouer les chansons différemment.

Y a-t-il des projets dont nous n’aurions pas parlé ?

J’espère trouver des dates. C’est très difficile. Mais là, l’envie, c’est de jouer et partager ces chansons avec les gens.

L’album sort dans quelques jours maintenant. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Comme je viens de te le dire, J’ai très envie de jouer et partager ces chansons avec les gens. J’ai donc hâte qu’il sorte. On n’est plus dans la rétention, j’ai envie de le partager. Qu’il soit aimé ou pas !

Propos recueillis par Luc Dehon le 24 février 2020.
Photos : Selena Fontaine

Acquin en concert :

  • 23 mars aux Trois Baudets (Paris 18ème)
  • 4 avril chez Walrus (Paris 10ème)

Liens utiles :
Site officiel : https://acquin.fr/
Facebook : https://www.facebook.com/acquinmusic/
Instagram : https://www.instagram.com/_acquin_/

 

 

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