Interview de Mike Clay (Clay and Friends)

Propos recueillis par IdolesMag.com le 24/01/2020.
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Mike Clay, Clay and Friends © Felix Renaud - Felipe Arriagada Nunez

Alors qu’ils font actuellement un malheur au Québec, les fort peu conventionnels « Clay and Friends » débarquent en France avec leur groove fougueux, leur poésie déjantée et leur musique ultra feel good. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de Mike Clay, leader, pour en savoir plus sur le groupe et ses nombreux projets. « Clay and Friends » sera notamment de retour sur scène en France en mars. Attention, ça va déménager !

Avant de parler plus précisément de « Grouillades », j’aimerais qu’on fasse un retour dans le temps, si tu le veux bien, et que tu me racontes comment tu en es venu à la musique…

Oh Wow, on part loin en effet ! (rires) Quand j’ai eu 18 ans, j’ai été admis à l’Université en Droit, au grand Clay and Friends, Grouilladesbonheur de mes deux parents qui travaillent très fort dans la vie. (sourire) Je leur ai dit que je partais en voyage pour un mois… et au final, je suis parti un an et demi, et je n’ai jamais mis mes fesses sur les bancs de la fac de Droit (rire). Pendant ce voyage, en Australie, j’ai très vite compris qu’il fallait que je gagne un peu d’argent. J’ai commencé par ramasser des fruits. J’ai compris très vite là aussi qu’il fallait se lever très tôt et que c’était un travail extrêmement difficile. J’avais mal partout… ce n’était pas pour moi ! Je comprends les choses très vite !!! (rires) J’ai, à cette époque, rencontré des personnes qui faisaient de la musique dans la rue. J’ai commencé à trainer avec eux et ils m’ont fait comprendre qu’il fallait que j’apporte ma contribution à leur musique… même si, musicalement, je ne savais pas faire grand-chose. J’ai fait comme si je savais rapper. Au début, j’étais pas très bon… j’improvisais sur les personnes qui passaient devant moi dans la rue. Mais quand on passe quatre/cinq heures par jour à faire quelque chose, on devient bon à le faire… j’ai fait ça pendant plusieurs mois et quand je suis revenu à Montréal, j’avais un arsenal de freestyle assez solide. C’est comme ça que j’ai commencé à faire de la musique.

Finalement, tu n’as pas le parcours classique de l’ado qui a monté tout un tas de groupes.

Non, du tout. En fait, je n’ai personne dans ma famille qui joue de la musique. Personne n’est engagé musicalement, et surtout pas mes parents. Et tout ceci est d’ailleurs à leur grand désarroi. (sourire) Mais c’est la vie ! (rires)

Quand tu rentres à Montréal, ça se passe comment ?

À mes débuts, j’avais 19/20 ans, je sortais pas mal et je faisais beaucoup de sets. J’étais devenu un peu une bête de cirque qui faisait des freestyles dans les fêtes. C’est dans une de ces fêtes que je me suis fait repérer par un trompettiste jazz, Hugo Parent-Pothier, qui voulait aller un peu à l’encontre des règles et monter un groupe de reggae. Je ne connaissais rien au Reggae, je n’avais même jamais écouté Bob Marley auparavant ! (sourire) On s’est entouré de tous les musiciens avec qui il travaillait à l’école, ça a donné un groupe de Reggae-Jazz. Deux mois après la formation du groupe, nous nous sommes retrouvés à faire pas mal de premières parties à Montréal. Ça n’a pas fait long feu comme groupe… mais ça a été une super expérience. Ce qui a été l’élément déclencheur pour Clay and Friends, c’est que jusque-là, j’avais toujours improvisé, j’ignorais même ce qu’était une partition… et tous ces musiciens avec lesquels j’ai travaillé à cette époque, eux, suivaient leurs partitions à la note près. Je me suis donc dit qu’il fallait que j’apprenne deux ou trois trucs. J’ai donc appris trois/quatre accords à la guitare. J’ai vite compris qu’il fallait que je monte mon propre show moi-même. J’avais enregistré une chanson sur mon Iphone et l’avais envoyée à une programmatrice. J’ai pu faire mon premier show devant tout un tas de potes. Dans la salle, il y avait Adel Kazi, beatboxer, qui s’occupe aujourd’hui des productions sur Clay and Friends. Il m’a regardé avec les pupilles très dilatées droit dans les yeux et il m’a fait « Est-ce que je peux monter sur scène ? » Je lui ai fait le « non » le plus classe de la planète ! (éclats de rire) Il m’a dit « OK », et il est monté sur scène, il a pris un micro et a commencé à faire du beatbox. La foule a super bien réagi… et nous avons fait un spectacle d’impro de 45 minutes. Le lendemain, il m’a appelé et on a démarré le projet « Clay and Friends ».

Vous avez publié un premier album, « Coformopolis » en 2017. Qu’en retiens-tu ?

Ce que je retiens de ce premier album, essentiellement, est le fonctionnement de l’industrie musicale, plus que la musique en fait… On a signé avec une major pour ce premier album et c’est une des plus grosses erreurs qu’on ait faites. C’est la première fois que quelqu’un montrait de l’intérêt pour notre projet, et nous sommes tombés dans le panneau, comme des bleus. Nous avons travaillé avec une équipe qui n’a pas pris le projet véritablement à cœur et qui n’a pas compris notre démarche. Ça n’a pas été une relation fructueuse, ni d’un côté, ni de l’autre. Même musicalement, le résultat a été dilué par toutes ces personnes en costume cravate des bureaux…

Clay and Friends © Felix Renaud - Felipe Arriagada Nunez

Il a fallu deux ans avant que vous ne republiez un nouvel EP, « La Musica Popular de Verdun ».

Oui. Il a fallu qu’on se sorte de ce contrat qui nous liait à cette maison de disques. Ça nous a pris énormément de temps. Finalement, on a pu sortir ce nouvel EP, « La Musica Popular de Verdun », qui est à nos yeux le premier vrai projet authentique de Clay & Friends. C’est le premier disque sur lequel on a réussi à capter cette énergie du live qui nous caractérise. C’était un défi de taille parce que nous tournons énormément (près de 300 concerts en deux ans) et nous sommes connus essentiellement par et pour le live. Réussir à capter cette énergie/fougue live sur un disque, ce n’était pas chose aisée, mais je pense qu’on y est arrivé. Les chiffres n’ont d’ailleurs pas menti, il a beaucoup mieux fonctionné que le premier au Québec. Nous avons pu faire de très belles scènes au Canada avec lui, et c’est aussi grâce à lui que nous sommes actuellement en France…

« La Musica Popular de Verdun » était en anglais, « Grouillades » qui sort vendredi est, quant à lui, en français.

« Grouillades » est un peu la Face B de « La Musica Popular de verdun ». Il est tout en français, alors que le précédent était en anglais. Mais les deux forment un tout. Tu sais, c’est très montréalais cette approche… un côté anglophone et un côté francophone (rires). Ça représente les différentes facettes de la musique qu’on adore : la Funk, la Soul, le Hip Hop… Yeah Man !

Comment ça se passe en studio ? Comment arrivez-vous à rendre cette énergie que vous avez sur scène ?

Honnêtement, ce qui nous a amadoués à travailler en studio, c’est qu’on y intègre les éléments du live. On enregistre toujours ce qu’on fait en direct parce que beaucoup de nos chansons sont créées et inventées en live. J’adore descendre dans la foule et demander à quelqu’un de me donner un mot, peu importe lequel, à une autre, un vibe. Je prends ce mot et ce vibe et je crée une chanson. Dans 50% des cas, ça donne quelque chose de cool pendant le spectacle et puis, on l’oublie, mais l’autre 50% du temps, ça peut donner de très bonnes idées pour créer une chanson et la mettre sur disque. 90% des chansons qui figurent sur ces deux projets-ci, viennent d’impros lors des concerts. C’est pour cette raison qu’on enregistre tous nos lives, que ce soit sur Iphone ou de vraies bandes, peu importe. Ça nous permet d’avoir une référence et une essence de la chanson. Après, on essaye en studio de retransmettre toute cette fougue. Après, ce qui rend aussi pas mal d’énergie sur disque, c’est que nous enregistrons en studio en live. On joue tous ensemble, dans la même pièce, avec la même fumée… c’est la même dynamique que sur scène ! (sourire) On bouge aussi un peu comme sur scène, dans la mesure du possible (rires), mais tout ceci apporte un rendu assez fidèle à nos lives.

Votre approche de la scène et du studio est assez similaire.

Je pense bien. Et le fait de tourner autant nous permet de peaufiner les chansons en live et voir ce qu’on va en faire avant d’entrer en studio. Quand une chanson a été jouée 150 fois, elle a une patine différente, elle est prête à être enregistrée. Une foule ne ment pas. Jamais. On sent tout de suite si un truc fonctionne bien ou pas du tout. C’est un super indicateur pour nous guider dans le droit chemin sur les EP…

« Grouillades », Kézako ?

(rires) C’est du patois haïtien. C’est un terme qui signifie le laisser-aller complet. Dans ma vie, je suis dans une quête perpétuelle de ces moments-là, que ce soit en écoutant un album, en lisant un livre, en prenant un billet d’avion ou en roulant un morceau de papier… (sourire) C’est une quête quasi perpétuelle de ces moments éphémères qui deviennent un peu les guides de ma vie, qui m’amènent d’un chapitre à un autre. J’ai besoin de ça pour me sentir constamment en vie. Et la grouillade, dans son sens premier, c’est une danse entre deux inconnus qui se laissent aller et s’abandonnent complètement l’un à l’autre. Il y a quelque chose dans cette proximité entre deux inconnus que j’ai déjà vécue et qui est marquante. C’est ce qui définit le mieux une essence des textes et des vibes qui sont sur cet EP.

Le premier extrait de « Grouillades » était « Gainsbourg ». Déjà, que représente Gainsbourg pour toi ?

Clay and Friends, GainsbourgJe vais être complètement transparent avec toi… je ne le connaissais pas jusqu’il y a peu de temps. (sourire) Je sais que ça peut sonner drôle, mais en grandissant, j’ai consommé très peu de musique française. C’est après avoir sorti « La Musica Popular de Verdun » que je suis parti à la recherche d’une musique francophone qui groovait. J’ai découvert à cette époque les grandes figures de la musique française… j’ai commencé à lire beaucoup plus en français aussi. Très rapidement, je suis tombé sur Serge Gainsbourg. J’ai lu une bande dessinée sur lui, j’ai regardé un film, j’ai écouté, peut-être pas tout, mais beaucoup des chansons qu’il a écrites. Il a traversé tellement de style tout au long de sa carrière, tellement de vibes et de personnages, qu’il m’a vraiment inspiré. Je ne pensais pas qu’un artiste avait fait ça en français. Il passe du Reggae à la chanson, puis à quelque chose de très Rock, tout en restant lui-même. Il a réussi à tenir le monde dans la paume de sa main. Il m’a épaté. Je ne savais vraiment pas qu’un tel artiste existait dans la chanson française… je sais que ça peut sonner naïf ce que je te dis, mais bon, c’est comme ça… (sourire)

Finalement, Gainsbourg est aussi un artiste extrêmement libre dans sa façon d’être et de créer. Un peu comme vous l’êtes aujourd’hui, dans un registre différent.

Oui, on peut voir ça comme ça aussi. Je sens aussi qu’il savait parfaitement ce qu’il faisait et où il voulait aller. C’était un provocateur de goût. Et ça aussi, c’est quelque chose qui me parle énormément.

Clay and Friends, clip Gainsbourg - DR

Dans « Gainsbourg », tu cites également Léo Ferré…

Pareil, je n’avais jamais entendu parler de Léo Ferré (éclats de rire). C’est tout drôle cette histoire, je te la raconte ! J’étais en train d’écrire le vrai prénom de Fouki, un artiste avec lequel nous avons collaboré sur « La Musica Popular de Verdun ». Il s’appelle Léo en fait. Et j’ai tapé son nom dans Google. Je pense que comme j’étais en train de faire pas mal de recherches sur la musique française, il m’a sorti Léo Ferré. Et très rapidement, je suis tombé dans l’océan des musiques qu’il avait faites.

Là encore, tu as été choisir un artiste peu conventionnel…

(sourire) Et ce qui tombait bien quand j’ai écrit la chanson, c’est que je cherchais une rime en « é ». Il n’y a pas de hasard ! (éclats de rires) Je suis encore à un point où c’est rare pour moi d’écouter plus de trois ou quatre chansons d’un même artiste francophone. Mais Léo Ferré fait partie de ceux dont j’ai tout écouté au presque. Ce qui me touche, au-delà de leur propos, ce sont les artistes qui ont une plume qui sonne un peu comme ils parlent. Je sens que Gainsbourg et Ferré sont des artistes qui ont réussi à marcher sur ce filon étroit qui consiste à être poétique tout en restant accessible. « Accessible » peut avoir une connotation péjorative, mais ce n’est pas du tout le sens que je veux lui donner. Je veux dire que leur plume leur ressemble, fait partie intégrante d’eux.

Vous avez une approche très différente de la musique et de la chanson que la nôtre, vous qui avez une culture autant anglo-saxonne que francophone.

Les flow, les mots et les cadences sont très importants pour nous. Et c’est amusant de voir que d’autres l’ont fait avant… Et puiser dans cet énorme héritage est un vrai bonheur !

Le deuxième extrait du EP, c’est « Roméo », une chanson plus désabusé qu’il n’y parait…

Clay and Friends, Romeo(rires) Ce qui m’a toujours plu, ce sont les chansons à double face, double lecture… J’adore poser les lyrics très sombres sur un rythme enchantant. Je trouve ça fou quand tu vois une foule chanter cette chanson le sourire aux lèvres sans finalement en comprendre sa signification, ça me donne une joie incroyable. Il y a des gens qui n’écoutent des chansons que pour la musique, les vibes, l’ambiance… Et peut-être qu’à la treizième écoute, ils vont se prendre une petite douche froide. C’est un des menus plaisirs de la vie d’artiste… (sourire) D’ailleurs le clip de « Roméo », qui est un clip heureux avec de bonnes vibes, va un peu à l’encontre du contenu, et il va rajouter à ces deux dimensions de la chanson.

Vous avez publié pas mal de clips. Quel rapport entretenez-vous avec l’image ? Parce quand on prête attention, les clips sont moins farfelus qu’il n’y paraît au premier abord…

Définitivement. Et c’est quelque chose, depuis « La Musica Popular de Verdun » qui nous tient vraiment à cœur. J’ai trouvé un acolyte qui s’appelle Xavier MC. Il a déjà travaillé avec de grosses pointures en Europe, comme Lomepal et Caballero. C’est la première personne avec qui je travaille la vidéo et sur qui je peux me reposer. On parle de la chanson pendant trente ou quarante minutes, et puis il revient deux ou trois jours plus tard avec ce dont on a parlé, mais transposé en version clip. Il est vraiment capable de rebondir sur les idées qu’on lui donne, un peu comme je le fais avec les musiciens avec qui je travaille. On travaille encore la vidéo avec de petits budgets, vu que la majorité de notre argent part en promo pour faire connaître le groupe, mais il arrive toujours à cerner parfaitement les chansons. Xavier MC, c’est un gars qui est bourré de talent, et même s’il a l’habitude de bosser avec de gros budgets, peu importe ceux qu’on a pour Clay and Friends, puisqu’il croit en nous, il fait un excellent boulot ! (rires) C’est super important pour nous. Et ça me touche beaucoup que tu aies pu remarquer qu’il y avait plusieurs couches dans nos clips. On essaye d’y déposer plein de petits indices, des petites choses qui nous touchent nous à la base, mais si les gens peuvent s’en rendre compte, ça me fait plaisir. Ce n’est pas de la vidéo pour de la vidéo. On essaye de vraiment faire rentrer les gens dans notre monde. Je pense que ce sont les clips qui vont donner au public des points de repère pour nous suivre.

Finalement, un clip enrichit le propos de la chanson.

Yes, definitively. Comme tu le sais, on a joué énormément en live. Et le fait de pouvoir se poser pour créer un univers, le tailler, le peaufiner, c’est très important. Le visuel, avec les bandes, c’est la seule chose qu’il nous reste, ce n’est pas éphémère comme un concert. It’s the best. Le clip permet d’emmener la vision d’un titre à son plein potentiel.

Un mot sur les pochettes de « Grouillades » et « La Musica Popular de Verdun », qui sont des dessins. C’était un souhait de votre part de ne pas mettre de photo de vous ?

C’est drôle que tu me parles de ça maintenant, je viens de recevoir nos nouvelles photos de presse il y a une heure tout au plus. Ce sont des photos qui jumellent justement le dessin. J’ai toujours adoré la bande dessinée. Et notamment cet espace blanc entre les cases où l’on peut créer son propre monde… La personne avec je travaille le visuel, qui est à nos côté depuis « La Musica Popular de Verdun » a bien compris combien les dessins peuvent être évocateurs, et même parfois bien plus qu’une photo. Un dessin raconte plus une histoire qu’une photo, de par un trait, une couleur… Je ne veux pas dire qu’une photo ne peut pas le faire, mais je trouve que le dessin a plus de potentiel. En tout cas, le dessin me parle plus que la photo, très personnellement. Il représente en tout cas mieux notre univers, très handmade, très tactile, avec plein de textures. Un dessin est finalement plus personnel. C’est du DIY. On a la chance de travailler avec de super équipes. Après notre expérience en major, justement, on a décidé de s’entourer d’une équipe à la hauteur de nos ambitions, que ce soit le management, la production ou les RP, ce sont toutes des personnes qui sont très proches de nous et qui travaillent vraiment de bon cœur pour le projet. Cette espèce de touche DIY est très près de nous. Xavier qui réalise nos clips fait quasiment tout lui-même, des lumières à la coloration. Il est chef Op et réalisateur. On produit tout nous-même, on a notre propre studio. Disons qu’on a les outils pour pouvoir proposer ce qu’on fait, mais je crois qu’à la base nous sommes tous soudés. Et c’est le plus important.

Clay and Friends © Felix Renaud - Felipe Arriagada Nunez

Et ça participe à l’authenticité du projet également.

Definitively. Ce qui m’importe, et surtout quand les gens viennent nous voir en live, c’est que peu importe ce qu’ils font dans la vie, dès qu’ils sont dans la salle avec nous, ils vivent l’instant présent avec nous. Rien d’autre. Si une personne qui vient nous voir décide de commencer à jouer du piano en sortant du concert, c’est formidable. C’est great. Si c’est un architecte et qu’il décide de faire un pont bizarroïde, c’est great aussi ! Peu importe. Ce que j’ai envie c’est que les gens qui ressortent d’un de nos concerts repartent épris de liberté. Nous, même si on a été signés en major, les projets qui ont le mieux fonctionné sont ceux que nous avons produits nous-mêmes, avec nos propres moyens. Si on peut juste transmettre ça au public, ce serait déjà pas mal.

Qui est la fameuse « Joséphine », déjà présente sur « Undercover » un précédent titre ?…

(éclats de rire) Bien joué ! Ok… je ne pensais pas que quelqu’un me parlerait de Joséphine ici en France ! (rires) Je venais de me faire larguer par une fille qui ne s’appelait pas Joséphine et je montais sur scène le soir même. On voulait improviser quelque chose… En live, j’ai un processeur vocal qui peut déformer ma voix de plusieurs façons, un heavy autotune. Je suis allé voir une belle rousse aux yeux bleus et je lui ai demandé son nom. Elle s’appelait Joséphine, j’ai dit « Super ». Et le « Joséphi-i-i-i-ne » est arrivé tout naturellement. J’ai encore cette captation live, d’ailleurs. Joséphine est donc une chanson dédiée à cette jeune femme qui m’avait largué et c’est devenu une chanson qui se détache un peu des autres chansons. Elle est plus pop, plus grand public. Il y a de l’autotune dedans. C’est une chanson très accrocheuse, on se la fait constamment demander en live. On l’a donc posée sur disque et j’espère que l’intention va passer…

Après « Grouillades », que va-t-il se passer ? Allez-vous rester dans l’idée de publier un nouvel EP ou plutôt un album ?

Personnellement, j’écoute encore énormément d’albums. C’est important pour moi d’aller d’un point A à un point B, de pouvoir suivre l’artiste dans un monde qui dure plus que cinq chansons. En ce qui concerne le groupe, c’est un peu différent. La question de l’album ne se pose même pas, ce sera la prochaine étape. Mais comme nous sommes québécois, faut-il le sortir en anglais, en français, ou dans les deux langues ? Tout ceci demande pas mal de réflexion. Là, avec cette tournée qui se profile en Europe, nous allons avoir plus d’oreilles qui nous écoutent. On va aussi avoir plus de retours du public… et l’idée d’un album est de plus en plus alléchante. Tout le questionnement que nous avons tourne autour du contenu de cet album, et essentiellement de la langue, comme je te le disais tout à l’heure. Va-t-on rester dans l’esprit de « La Musica Popular de Verdun » et de « Grouillades », avec ce concept de Face A et Face B ? Je n’en sais encore rien…

Vous venez de jouer à Nantes, et pas mal de dates sont programmées en mars. Comment le public français réagit-il à votre musique… et votre énergie déjantée ?

(sourire) Dans l’univers du Rap et du Hip Hop, ce côté déjanté est nettement plus accepté. Dans notre mélange de groove, de funk et de soul, même s’il y a quelques touches de rap… le public s’y attend moins. En tout cas pour répondre à ta question, le public français a super bien réagit. On a eu sur eux le résultat escompté ! (éclats de rire) Je ne veux surtout pas laisser indifférent. J’ai envie que les gens assistent à quelque chose qu’ils n’ont jamais vu. À Nantes, après le spectacle, je portais un chandail très coloré et plein de gens sont venus me trouver en me disant qu’ils avaient passés une super soirée, que des groupes comme le nôtre manquaient ici en France, notre énergie, nos mots... Ça fait chaud au cœur ! Et à côté de ça, je voyais passer au fond des têtes grises qui faisaient non de la tête, genre « qu’est-ce que c’est que ce truc ? » It’s perfect ! Ceux que ça a touchés, tant mieux. Ceux que ça n’a pas touchés, tant mieux. Il en faut pour tous les goûts. Et ce n’est pas pour eux qu’on joue !

Au moins, vous ne laissez personne indifférent.

Yeah ! Exactly. Laisser indifférent pour un artiste, c’est la pire insulte de tous les temps ! En fait, le lendemain, je suis allé voir notre booker, il avait un sourire jusqu’aux oreilles. Il m’a dit « Merci, tu me rends la vie facile ». Waow ! Quel plaisir de travailler avec des personnes qui aiment notre projet et qui y croient. Je ne veux pas que quelqu’un se sente forcé ou obligé d’aimer ou d’adhérer à ce qu’on fait.

Un petit mot sur tes activités parallèles à « Clay and Friends ». Tu es donc par ailleurs ghostwriter. Ce n’est pas trop difficile d’ « abandonner » tes créations à quelqu’un d’autre ?

Pas du tout. J’adore ghostwriter. J’aime tellement la musique, je consomme tellement de musique, j’en écris tellement. Écrire dans l’ombre d’un autre, ça me permet d’être toutes sortes de personnages à la fois. Des fois, je vais aux States, à LA, écrire pour une fille qui sort son premier disque, une autre fois je me mets dans la peau d’un mec qui vend de la dope à Atlanta… ça me donne une plateforme pour essayer toutes ces voies que sur mes propres disques je ne peux pas emprunter. Ça me permet aussi de travailler avec toutes sortes d’artistes, de comprendre leur vision du business, de voir leur façon de faire. J’abandonne quelques phrases, quelques notes, mais  finalement, j’emporte avec moi ce que je veux à la fin de la journée.

La création et l’expérimentation, c’est ton truc. Diriges-tu des ateliers d’écriture ? Des genres de masterclasses ? Et si non, aimerais-tu le faire ?

J’en ai beaucoup fréquenté. C’est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur et que je n’en ai pas vécu étant plus jeune, des expériences comme ça où la création était mise en avant. Je donne de temps en temps des ateliers, ça me plait beaucoup. Tiens, je vais te raconter une anecdote. On a fait une tournée dans l’est du Canada, pour développer notre EP francophone en dehors du Québec. On a fait une trentaine de dates dans un parcours d’écoles. On n’avait jamais fait ça avant. On n’a pas vraiment l’habitude de s’adresser à des enfants… ils ne sont pas notre public naturel. Mais nous l’avons fait parce que la personne qui nous a approchés pour ce projet voyait dans notre musique un projet dans lequel les jeunes pouvaient potentiellement plus se rattacher qu’avec un chansonnier typique, qui leur parlerait peut-être un peu moins avec sa dégaine… ça a été une expérience incroyable. Déjà d’aller voir ces communautés francophones en dehors du Québec et de leur faire vivre des moments en français qu’ils n’avaient pas vécus auparavant. C’est fou de voir des jeunes pour qui le français est un fardeau. They said « I wanna speak english ! » Arriver là, avec de la musique francophone qui leur plait et qui leur parle… ça a tout changé ! S’il n’y en avait même que 10, 20 ou 30% qui sortaient de notre spectacle en se disant que le français était une chouette langue, c’était déjà pas mal… Je n’ai pas véritablement répondu à ta question, mais c’était justement une expérience à travers laquelle on a pu donner un genre de masterclass.

Finalement, une petite chanson peut avoir pas mal de pouvoir, ce n’est pas que du vent.

C’est certain ! Ça peut changer le monde… (sourire)

Nous avons évoqué la sortie de « Grouillades », la tournée qui se profile en Europe en mars. Y a-t-il d’autres projets dans les tuyaux ?

Yes ! Pour en revenir à Gainsbourg, mon crédo, c’est de faire de la musique en français qui groove, qui bouge et qui sonne bien à l’oreille. J’aime apporter un feeling funky, où le texte emprunte le chemin de la musique. Et donc, il y a une petite extension de « Grouillades » qui va voir le jour en mars/avril, juste avant la tournée d’été. Et puis, comme je te le disais tout à l’heure, nous planchons sur un album. Et là, nous rentrons en février au Québec pour une énorme tournée, une vingtaine de dates. Beaucoup sont déjà sold out, c’est assez incroyable pour nous ! Rassembler toutes ces personnes rien qu’avec notre musique, c’est incredible ! Il y a ne serait-ce qu’un an, je n’aurais pas pu avoir cette discussion avec toi. Pouvoir vivre ce rêve, déjà au Québec, et puis aujourd’hui en Europe, c’est formidable.

On va vous retrouver sur quelques festivals cet été ?

Ouais ! Définitivement ! Nous serons déjà là en mars… mais si je ne me trompe pas, nous devrions être là en juillet aussi… (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 24 janvier 2020.
Photos : Felix Renaud - Felipe Arriagada Nunez

Liens utiles :
https://www.facebook.com/clayandfriendsmtl/

Clay and Friends en concert :

  • 1 février - Terrebonne, QC, Canada
  • 6 février - Montréal, QC, Canada
  • 7 février - Saint-Hyacinthe, QC, Canada
  • 8 février - Québec, QC, Canada
  • 22 février - Cap-aux-Meules, QC, Canada
  • 29 février - Val-d'or, QC, Canada
  • 9 mars - La maroquinerie, Paris, France
  • 14 mars - Le Silo Marseille, France
  • 22 mars - Carouge, Suisse
  • 31 juillet - Montréal, QC, Canada








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