Interview de Christian Delagrange

Propos recueillis par IdolesMag.com le 16/01/2020.
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Christian Delagrange DR

Christian Delagrange a publié il y a quelques mois un tout nouvel album de chansons originales, « En toute simplicité ». C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à sa rencontre afin d’évoquer avec lui ce projet particulièrement enthousiasmant, alors qu’il repart sur les routes avec la tournée « Âge Tendre ». L’occasion sera belle également pour évoquer ses différents projets, musicaux et humanitaires.

Christian Delagrange, En toute simpliciteTrois ans que tu n’avais plus publié d’album [« Entre vous et moi », est paru en 2016]. Raconte-moi un peu le parcours de ce disque.

On va dire que nous avons commencé à réfléchir au prochain album un an / un an et demi après la sortie d’ « Entre vous et moi ». Je me suis retrouvé avec pas mal de chansons qu’on m’avait proposées à droite et à gauche. Elles n’étaient d’ailleurs pas toutes véritablement terminées… Je me suis donc penché dessus et j’ai fait une sélection des titres qui me plaisaient le plus. Pas mal de textes n’étaient pas encore finalisés, je me suis alors attelé à les terminer. Je souhaitais en tout cas un album de chansons originales, toutes neuves… puisque j’avais sorti pas mal de reprises ces dernières années ! (sourire)

Il y a tout de même une ancienne chanson, qui a été réenregsitrée, c’est le duo avec Jeane Manson, « Les Larmes aux Yeux », et qui a été légèrement modifié.

Effectivement, et comme tu le soulignes, nous l’avons réenregsitrée et légèrement modifiée. Dans la version originale, je n’avais qu’un narratif, et aujourd’hui, je chante également sur ce titre. C’est une évidence qui nous est apparue lorsque nous chantions ce titre sur scène avec Jeane. En chantant également, je ne restais pas planté là pendant qu’elle chantait, nous formions véritablement un duo. Donc quand il a été question de réenregsitrer le titre, il nous a paru évident de partager cette version chantée, la version scène finalement.

Christian Delagrange et Jeane Manson DR

Vous partagez donc ce titre sur la nouvelle tournée « Âge Tendre » ?

Effectivement. Je passe juste avant elle, et lors de son set, elle me rappelle et je viens chanter ce titre avec elle.

Comment se passe cette nouvelle tournée ?

C’est génial. Il y a une très bonne ambiance. Nous sommes huit artistes [Jeane Manson, Michèle Torr, Pascal Danel, Claude Barzotti, Herbert Léonard, Michel Orso, Les Forbans et Christian NDLR], et nous nous entendons tous très bien. Nous formons une joyeuse bande de saltimbanques. D’ailleurs, il y a une nouveauté cette année, à la fin de chaque partie, tous les artistes reviennent faire un petit bœuf ensemble, piano/voix. On reprend chacun un couplet et un refrain d’une chanson qui n’est pas de notre répertoire. En ce qui me concerne, je chante « Ce monde » de Richard Anthony.

Christian Delagrange et Christian Croain DR

Revenons à « En toute simplicité ». Cet album, c’est également une belle histoire d’amitié. Pas mal d’artistes te rejoignent sur ce disque. J’aimerais que nous les évoquions rapidement. Je pense  notamment à Christian Croain [des Polaris qui ont publié « Jolie fille » en 1972, NDLR]. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Nous nous sommes retrouvés à plusieurs reprises sur différents spectacles. Nous avons sympathisé et il m’a dit qu’il aimerait me faire écouter quelques chansons. Je suis donc allé chez lui pour écouter tout ça, et effectivement, plusieurs chansons m’ont séduit comme « Et Dieu créa la femme », « Le contraire de moi », « Lettre à ma mère » et « L’Infidèle ». J’ai tout de suite eu envie de les intégrer à cet album. Comme j’aime qu’une chanson soit parfaitement dans mon langage quand je la chante, je me suis permis de réécrire quelques phrases de « Lettre à ma mère ». Une lettre à sa maman, elle se doit d’être personnelle… [dit-il avec beaucoup d’émotion dans la voix]

Il y a deux chansons de Patricia Carli (« Côté Cœur » et « Couleur Lumière ») qui t’a écrit quelques-uns de tes plus grands succès [« Rosetta », « Sans toi je suis seul », Tendre Cathy », « Reviens mon amour, reviens », « Petite fille » « Ne t’en vas pas, ne t’en vas pas »…]. Êtes-vous restés en contact pendant toutes ces années ?

Oui ! Elle habite du côté de Monaco, nous nous retrouvons régulièrement. C’est toujours un vrai moment de plaisir. Et quand nous ne pouvons pas nous voir véritablement, nous nous donnons des nouvelles par téléphone. Elle avait écrit plusieurs chansons en vue de ce projet. Mais pour être honnête avec toi… après avoir écouté les deux premières, j’étais tellement emballé que je n’ai pas véritablement écouté les autres ! (rires)

Christian Delagrange DR

Le texte de « Côté Cœur » est signé Francine Schneeberger d’Hau. Qui est-elle ?

(sourire) C’est une amie châtelaine que je connais bien. Elle avait envie d’écrire des chansons, mais n’osait pas… Je lui ai dit que ce n’était pas très compliqué et lui ai demandé de m’envoyer quelques poèmes qu’elle avait écrits. Quand je suis tombé sur le texte de « Coté Cœur », qui était très beau mais qui devait faire une bonne centaine de lignes (sourire), je lui ai dit qu’il fallait qu’elle en supprime plus de la moitié, en gardant ce qui était pour elle les phrases les plus belles, les plus émouvantes et qu’elle respecte les pieds de la chanson. Elle a travaillé merveilleusement bien et le résultat est là.

Elle a également écrit celui de « Couleur Lumière ».

Oui. Nous avons travaillé ce texte ensemble à distance par téléphone. C’est un texte qui me touche particulièrement puisqu’il parle de mon engagement dans l’humanitaire… cette chanson est un peu le miroir de mon âme.

Assistance Humanitaire Internationale - DR

Puisque nous évoquons ton engagement dans l’humanitaire, j’aimerais que nous fassions un petit aparté si tu le veux bien et que nous évoquions ton ONG, AHI, un instant. Dis-moi un peu tout ce qui a été fait et ce qui est en chantier en ce moment.

L’un de nos plus grands projets a été mené à bien, c’était l’hôpital au Bénin. On a rasé un centre de soins de 100 m² pour construire un véritable hôpital de 1800 m², avec une maternité et une partie généraliste ; il comprend deux blocs opératoires. Ce qui va permettre de soigner 400 000 personnes. Il y aura aussi une partie dédiée aux soins dentaires et ophtalmologiques. Nous ne nous étions jamais lancés dans un projet d’une aussi grande envergure, nous avions construit un orphelinat de trois étages, mais une aussi grosse structure, jamais. J’en suis le plus heureux… et eux aussi, apparemment ! [Christian est toujours très ému lorsqu’il évoque ses projets humanitaires] Alors… les prochains projets… déjà faire venir des copains chanteurs pour faire des spectacles, parce qu’il faut récupérer des sous !... C’est la base. Il faut souligner que tous les artistes d’Âge Tendre de cette année, sont au moins venus une, voir plusieurs fois me soutenir en nous offrant gracieusement leur talent. Les projets immédiats sont plus modestes. Nous avons un appui logistique pour une structure béninoise qui accueille des enfants qui ont été battus et violés et qui les accompagne jusqu’à leur maturité. Ils leur apprennent un métier de manière à ce qu’ils puissent se lancer dans la vie de façon un peu plus sereine. Nous avons également des projets réguliers en Casamance, une région que nous aidons chaque année. Nous travaillons toujours sur un orphelinat en Indonésie. Au Mali aussi, qui est un pays en guerre, nous avons également un appui logistique pour une structure qui permet des soins à domicile, de village en village. Il y a pas mal de petits projets comme ceux-ci, mais tous sont de première importance pour les bénéficiaires… Egalement un projet de conchyliculture sur des lagunes au Bénin. Là, ce n’est pas définitif, mais en discussion. Il y a beaucoup de beaux projets comme tu peux t’en rendre compte…

Revenons à « En toute simplicité ». Tu as collaboré avec Juan Vicente Abardonado, qui travaille avec les Gipsy Kings.

Effectivement, pour le coup, il a joué le rôle de l’arrangeur. Je t’avouerai que je ne le connaissais pas trop personnellement, c’est la production qui me l’a présenté. Mais il fait un travail remarquable. C’est un petit jeune plein de génie et d’énergie !

cChristian Delagrange et Delvis DR

En parlant de petit jeune plein d’énergie, tu partages un titre avec Delvis (« Les mêmes »).

Oui ! Delvis, c’est un garçon que j’ai une nouvelle fois rencontré lors d’un spectacle. J’ai été scotché en l’écoutant. Il joue merveilleusement bien de la guitare. Il a une dextérité exceptionnelle. Il n’a que vingt-six ans mais un talent énorme. Nous avions échangé nos coordonnées et un jour, il m’a  recontacté en me disant « Christian, j’ai une chanson pour toi, c’est un duo qui évoque les difficultés entre un fils et son père ! » Je l’ai écouté et j’ai dit « Banco ! ». C’est d’ailleurs un peu ce titre qui a lancé le projet puisque c’est le premier qui a été enregistré.

Christian Delagrange et Delvis DR

Nous venons d’évoquer Delvis, Francine Schneeberger d’Hau… c’est important pour toi, qui es de l’« ancienne génération », de donner leur chance à des jeunes qui débutent, leur donner des conseils aussi ?

Bien évidemment. Quand on le peut, il faut donner une chance aux jeunes de pouvoir s’exprimer. Il faut encourager la jeune génération. Il faut leur mettre le pied à l’étrier. Je me souviendrai toujours d’une de mes premières télés avec Guy Lux : Il y avait Aznavour et Bécaud. Ils m’ont fait signe de venir près d’eux. Ils m’ont félicité et encouragé. Aznavour, je l’ai moins revu par la suite, Bécaud, par contre, m’a toujours envoyé des invitations pour chaque première. C’était un très grand Monsieur, et un grand Artiste. Il a eu des hauts et des bas, Bécaud, comme tous les artistes, mais il nous a laissé tout un tas de beaux souvenirs musicaux. C’était un Artiste de grand talent.

Tes producteurs, les Tempesti, Gérard et Fanny, signent plusieurs titres également.

Ils sont fidèles au poste depuis des années, je suis très heureux de travailler avec eux. Ils ont écrit une chanson un peu particulière, « Lilas est là », qui est dédiée à la petite fille de Gérard. Il a souhaité qu’elle ait un souvenir de son grand-père en chanson, une sorte de déclaration d’amour…

Thierry Brenner signe avec Manuel Campos « Répare-moi », que tu chantes d’ailleurs sur « Âge Tendre ».

Thierry est un garçon fabuleux ! Il a beaucoup de talent. Tout comme Manu, d’ailleurs. Il a écrit tout un tas de chansons toutes plus belles les unes que les autres. Je pense que nous serons amenés à retravailler ensemble dans le futur.

A-t-il fallu batailler pour placer une nouvelle chanson sur « Âge Tendre », on a plutôt l’habitude d’y entendre des Golds… ?

Non, non, pas du tout ! Je leur avais proposé trois nouvelles chansons : « Couleur Lumière », « Côté cœur » et « Répare-moi ». Ils ont trouvé que « Répare-moi » s’intégrerait mieux dans le tour de chant, et ils ont fait, je pense, un bon choix. « Couleur Lumière » fonctionne très bien en spectacle, mais elle a peut-être « trop romantique » que « Répare-moi » (rires).

Christian Delagrange DR

Et dans tes galas, forcément, là, tu en chantes plusieurs nouvelles… Comment le public réagit-il ?

Très bien. Toutes celles que j’interprète, ils les suivent. Que ce soit « Répare-moi », « Côté Cœur », « Lettre à ma mère », « Le temps s’effacera », « Couleur Lumière », « Et Dieu créa la femme », elles reçoivent toutes un très bel accueil. Mais c’est une question que tu devrais leur poser à eux pas à moi! (rires) Je suis en tout cas très heureux qu’ils adhèrent autant à ce nouveau disque que pour les chansons nostalgiques des années 70 et qui restent une part de leur vie. En tout état de cause il a l’air de leur plaire autant qu’il ne me plait. Parfois, lorsque nos routes se croisent avec Jeane ou Delvis, nous chantons évidemment nos duos également. Celles que je ne chante pas, ce n’est pas que je ne les aime pas… c’est qu’elles ont parfois un tel débit que je n’arrive pas à en retenir toutes les paroles… et comme je ne supporte pas chanter avec un prompteur... Je m’abstiens ! (rires) Et puis, il faut faire un choix… il y a toutes les anciennes que le public a aussi envie d’écouter.

Regardons un peu dans le rétro si tu le veux bien. Chris Gallbert a sorti son premier 45 tours en 1970 (« Carmen »)… C’était il y a cinquante ans tout pile ! Quels souvenirs gardes-tu de cette sortie et quel regard jettes-tu sur ce jeune homme qui embrassait une carrière musicale ? [Christian a sorti trois 45 tours sous le pseudo de Chris Gallbert avant de chanter sous le nom de Christian Delagrange, NDLR]

C’est loin tout ça ! (sourire) Et là, je pense que nous allons d’ailleurs les fêter très prochainement, je ne me souviens plus très bien, mais « Carmen » a dû sortir en début d’année, février ou mars, si mes souvenirs sont bons. Alors que te dire ? Que j’étais emballé comme un fou, mais tu dois t’en douter ! (rires) Je vivais sur un petit nuage. Le premier 45 tours a connu un très joli succès et je me suis dit que c’était bien parti. Dans ma tête, je me suis dit que ça marcherait... (rires). Après, on a donc sorti « Paillasse », un deuxième 45 tours… et il a marché, mais …sans plus. Je me suis dit que la chanson était un peu moins bonne (sourire). On a tout de même sorti un troisième (« Un coin de terre au soleil »), et là… on s’est ramassé ! J’ai pris conscience qu’une carrière pouvait être éphémère. J’ai compris aussi que tout n’arrivait pas comme ça, qu’il fallait que je trouve un nouveau producteur, puisque le premier m’avait lâché,  et que je mette les bouchées doubles. J’ai rencontré à cette époque tout un tas de gens qui connaissaient tant de personnes dans le milieu… mais j’ai très vite compris que tout était bidon. Jusqu’au jour où j’ai trouvé mes nouveaux producteurs, Léo Missir et Norbert Aleman (qui produisaient David Alexandre Winter). J’ai été frappé à la porte de ce dernier, je lui ai dit que je m’appelais Chris Gallbert et que j’avais envie de travailler avec lui. Il m’a donné rendez-vous. Et quelques mois plus tard, nous enregistrions « Rosetta ».

Pourquoi as-tu changé de pseudo à l’époque ? Était-ce un souhait de ta part ou de ton producteur ?

Ni l’un ni l’autre à vrai dire… C’était l’envie de Patricia Carli essentiellement. Elle trouvait que Chris Gallbert faisait un peu anglosaxon, elle préférait que je reprenne un nom plus conventionnel… C’est vrai que Chris Gallbert aurait été plus approprié pour une carrière internationale, que je n’ai pas véritablement eue, même si de nombreuses versions (italiennes, espagnoles, allemandes et anglaises) ont été enregistrées.  

Christian Delagrange DR

« Rosetta » et « Sans toi je suis seul », les premiers 45 tours sous le nom de Christian Delagrange sont parus en 1972. On peut donc dire que Christian Delagrange fêtera ses 50 ans en 2022. As-tu prévu quelque chose de spécial ? Peut-être un spectacle au Casino de Paris comme tu l’avais fait il y a quelques années ?

(sourire) Entre nous, j’avoue que tu me poses là une colle… je n’y ai pas encore songé ! Tu sais, j’aime tellement le contact avec les gens que je préfère les salles plus modestes. Je ne vais pas te dire que ça ne me plairait pas de faire un spectacle dans une grande salle parisienne, parce que c’est un exercice très agréable là aussi, mais disons que ce n’est pas ce que je préfère (sourire). J’aime trop la proximité avec le public. On pourrait même parler d’intimité. Tu le sais, ce que j’aime avant tout, c’est chanter. Alors, je joue certes dans des salles à taille plus humaine, mais quand je regarde mon planning, il est complet plus d’un an à l’avance. Je chante quasiment tous les week-ends, et souvent même plusieurs fois par week-end. C’est un choix. Je préfère de loin cette option que celle de faire une date parisienne de temps en temps. Après, marquer le coup pour une date un peu exceptionnelle, il faudrait y réfléchir… mais au vu des ventes de disques qui s’effondrent et de l’état de l’industrie musicale aujourd’hui, je crains que peu de producteurs ne soient intéressés par ce genre d’initiative…

En parlant de carrière, je me suis laissé dire qu’un projet d’intégrale était dans les tuyaux…

(sourire) Mathieu Moulin de Marianne Mélodie a le souhait de ressortir toutes les chansons que j’ai pu enregistrer tout au long de ma carrière. De A à Z. les différentes productions, etc., y compris avec les titres que j’ai enregistrés sous le nom de Chris Gallbert, ce qui n’est pas gagné. Ce serait un genre d’encyclopédie-mémoire de toutes les chansons que j’ai pu interpréter… C’est un projet que je trouve très sympa… après, il faut retrouver les bandes originales… Je n’ai pas enregistré qu’une dizaines de chansons, et ça ne date pas d’hier ! (éclats de rires)

Et avec Delvis, tu m’avais également parlé d’un projet plus ambitieux qu’un duo…

Oui, il aimerait qu’on fasse un album ensemble dans un esprit un peu « gitanos » ! Il est en train d’écrire tout un tas de nouvelles chansons. Il serait même question qu’il le produise. Je pense que ça pourrait être là aussi très sympa. Mais il ne faut pas s’emballer, rien n’est encore fait… et tout prend du temps !

Propos recueillis par Luc Dehon le 16 janvier 2020
Photos : DR

Liens utiles :
Site officiel : http://www.christiandelagrange.com/
Facebook officiel : https://www.facebook.com/ChristianDelagrangeOfficiel/
AHI site officiel : http://www.assistancehumanitaire.org/
Facebook AHI : https://www.facebook.com/assistancehumanitaireinternationale/









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