Interview de Le Noiseur

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/01/2020.
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Le Noiseur © Lavilla Mektoub

Le Noiseur publie vendredi un nouvel EP, « Musique de Chambre », une collection de cinq titres écrits en toute sincérité et en robe de chambre… C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à sa rencontre afin d’évoquer ce projet particulièrement enthousiasmant. L’occasion d’évoquer aussi les difficultés de l’après-premier album, la remise en question d’un artiste et sa renaissance.

« Du bout des lèvres » est paru il y a quatre ans maintenant. Que retiens-tu de ce premier album et que s’est-il passé à la suite de sa sortie ? Quel a été le terreau de « Musique de Chambre », en quelque sorte ?

Je retiens essentiellement l’expérience de sortir un disque. Je n’y connaissais rien, je ne savais pas ce que ça représentait puisque je n’en avais aucune expérience auparavant. J’ai donc appris beaucoup de choses. C’est ce qui me permet aujourd’hui d’avancer plus sereinement d’une certaine manière. Je ne pars plus dans l’inconnu. Ensuite… je retiens aussi que c’est un disque avec lequel il a été assez difficile d’aller sur scène. C’étaient des chansons pour la plupart assez tristes et assez sombres. Ce n’était pas simple de les faire découvrir au public. J’en ai tiré les leçons, d’ailleurs aujourd’hui, j’essaye de proposer des choses un peu plus légères tout en gardant ma patte mélancolique.

Le Noiseur - Musique de ChambreComme beaucoup de premiers albums, « Du bout des lèvres » était fortement autocentré. « Musique de Chambre » est nettement plus ouvert aux autres, même si tu y emploies la première personne.

J’avais envie de m’ouvrir, c’est un fait. Tu sais, le premier album était un album finalement assez classique qui évoquait essentiellement la rupture amoureuse, comme beaucoup d’artistes en font. C’est vrai qu’aujourd’hui, sans renier rien du tout, raconter une histoire d’amour, ça ne m’intéresse plus trop. J’ai plutôt envie de parler du monde… Alors, bien évidemment, j’écris les chansons, donc j’y parle de moi aussi, mais j’avais en tout cas cette volonté de m’ouvrir aux autres. Et je suis content que ça se ressente à l’écoute des chansons.

Temporellement parlant, quand t’es-tu remis à bosser sur ces nouvelles chansons ?

« Du bout des lèvres » a dû sortir en mars 2015, j’ai certainement écrit quelques trucs dans la foulée, mais rien de vraiment convainquant. Et j’ai dû me remettre véritablement au travail au printemps 2016. On retrouve d’ailleurs des chansons dans cet EP qui sort vendredi qui ont été écrites à cette période. Il a fallu que je me remette de l’échec de ce premier disque, ça a été tout de même assez douloureux. J’ai quitté la maison de disques avec laquelle j’étais à l’époque et je me suis vraiment retrouvé seul, abandonné à me demander ce que j’allais bien pouvoir faire dans ma vie… J’avais toujours envie d’écrire des chansons, follement envie, mais je me demandais s’il était vraiment raisonnable de continuer… Réécrire des chansons qui n’intéressaient pas grand monde, est-ce que ça avait un sens ? Je me suis posé beaucoup de questions en fait… (sourire) Je suis passé par un moment de chaos, presque de désespoir, et puis je suis reparti en étant, je le pense, plus sincère dans ma démarche d’une certaine façon. Je n’avais rien à perdre, je voulais juste écrire des chansons qui me ressemblent. Là, des retours que j’ai déjà eus, je crois comprendre que ces chansons parlent plus aux gens que les premières. Et j’en suis le plus heureux.

Le Noiseur © Lavilla Mektoub

Le Noiseur, Summer Slow 88Parlons-en un peu de ces nouvelles chansons… Et commençons par « Summer Slow 88 » qui est la première à avoir été dévoilée l’été dernier. Raconte-moi un peu cette envie de slow… et cette histoire de thé dansant.

(sourire) « Sumer Slow 88 » évoque mon amour pour le slow. J’aime beaucoup les chansons au tempo lent. Je voulais écrire une chanson qui évoque une rencontre pendant un slow. C’est d’ailleurs la première chanson que j’ai eu envie de sortir, elle est sortie juste avant l’été, et on s’est rapidement posé la question d’un clip. J’ai eu cette idée d’aller m’incruster dans un véritable thé dansant à la campagne, au milieu de personnes âgées. Il y avait du décalage, mais ça faisait sens. En allant dans ce véritable thé dansant, j’avais aussi envie d’aller à la rencontre des gens. Et c’est l’idée qui a découlé par la suite pour tous les autres clips : aller dans des univers existants, chez des gens, découvrir des « milieux » comme on dit, des métiers. Nous avons d’ailleurs tourné les autres clips de la même manière, c’est-à-dire au milieu des gens pendant qu’ils vaquaient à leurs occupations, que ce soit dans une boulangerie pour « L’Origine du monde » ou dans un garage automobile pour « Aston Morphine ». Je souhaitais que ces clips soient inscrits dans la réalité des gens, finalement. C’est une approche un peu documentaire.

Finalement, le EP sort vendredi, et il y a déjà eu trois extraits (mettons à part la chanson de Noël « Ave Mariah Carey » qui ne figurera pas sur le EP), et tous les trois ont été clippés. C’était une envie de départ, ça, de tourner un clip par chanson, ou plutôt un passage obligé aujourd’hui pour exister sur les plateformes vidéo ?

Ma démarche est très simple finalement. Je n’avance pas en me disant que je dois plaire à des gens ou en me demandant ce que je pourrais faire pour que ça fonctionne. Je n’ai pas du tout publié les clips par obligation, mais uniquement par envie et par plaisir. Tous les clips nous ont amusés, on ne les a pas tournés comme ça, il y a toujours une histoire derrière. Et je pense que ça fait sens avec le projet. Sortir un clip uniquement pour avoir du contenu vidéo ou de l’image, non merci.

Le Noiseur © Lavilla Mektoub

C’est la même équipe qui est aux manettes ?

Ces trois clips-ci ont effectivement été réalisés par Aurélien Ferré, que j’ai rencontré l’année dernière. Je suis très heureux de bosser avec lui parce qu’il est vraiment très doué et nous avons noué une belle complicité, ce qui rend les choses beaucoup plus faciles. Nous avons travaillé ensemble pour la première fois sur le clip de « Summer Slow », puis on a fait tous les autres ensemble.

L’été dernier, tu as publié une reprise de « Est-ce que tu viens pour les vacances ? » avec David Marouani. Travaille-t-il sur le projet ?

Cette chanson qu’il a composée il y a quelques années maintenant est une chanson qui m’amuse, mais qui est une bonne chanson. Elle représente vraiment le slow français des années 80. « Est-ce que tu viens pour les vacances ? » était vraiment LA chanson de l’été par excellence à mes yeux. Donc, ça collait bien avec « Summer Slow », et comme il se trouve que mon manager le connait très bien, il lui a demandé si ça l’amuserait de venir faire cette petite vidéo avec moi. On a pris beaucoup de plaisir à l’enregistrer. C’était une petite blague, mais on ne travaille pas sur d’autres chansons ensemble.

Deuxième extrait, « L’origine du Monde », dont le clip a été tourné dans une boulangerie cette fois-ci, et dont le titre fait clairement référence à Courbet. Un mot sur ce titre.

Cette chanson est née du texte. Elle est née d’une envie d’avoir une énergie un peu nouvelle par rapport à ce que je faisais. C’est une des dernières qui a été écrite de cet EP, elle est donc un peu différente du reste. Elle annonce un peu la direction que j’ai envie de prendre par la suite. C’est donc une chanson très importante. Et pour ce qui est du clip, on a gardé la même démarche que pour « Summer Slow », mais nous avons été nous incruster dans une boulangerie cette fois-ci. (sourire)

Le Noiseur © Lavilla Mektoub

Tu viens de publier le clip d’ « Aston Morphine », clin d’œil à Françoise Sagan. Que représente-t-elle pour toi ?

Son personnage est hyper attachant. Elle est pleine de contradictions. Elle représente une certaine liberté de la femme, une vie semée d’embuches, un amour de la vitesse… c’est un peu de tout ceci que j’avais envie de parler dans cette chanson. Je pense qu’à travers elle, je me raconte aussi beaucoup. Et puis, Sagan, c’est toute une époque de la France aussi !

Sagan était une artiste un peu subversive. Un artiste se doit-il aujourd’hui d’aller au-delà de la bienséance ?

Oui, c’est important. Mais il faut que chaque artiste trouve son ton propre. Et ça peut évoluer dans le temps. Aujourd’hui, c’est difficile d’être subversif. Beaucoup de choses ont déjà été faites. Nous sommes dans une époque où on peut tout de même se permettre de dire beaucoup de choses. Donc, être subversif est devenu un peu compliqué… Je peux peut-être l’être de temps à autres dans le ton que j’emploie sur les réseaux sociaux. Mais ça reste une subversion sympathique. Je ne me sens pas plus subversif que ça… Je l’étais plus sur le premier album, mais aujourd’hui, c’est un peu passé je crois…

Le Noiseur © Guillaume Blanchard

Dans cette chanson, mais beaucoup d’autres également (et déjà sur le premier album), il est question de vitesse, de course et d’allure… Qu’est-ce qui t’inspire ou te grise dans la vitesse ?

Déjà, j’aime la vitesse, j’aime conduire vite en écoutant de la musique. J’ai aussi une certaine vitesse intérieure qui ne se voit pas forcément au premier abord… (sourire)

« Aston Morphine » est actuellement diffusée dans tous les cinémas MK2. Tu as déjà composé pour des documentaires, quid du cinéma ?

Ça ne s’est toujours pas fait… mais c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire. Je pense que la musique que je compose se marie bien à l’image, en tout cas, je la vois comme ça. Et ça me plairait beaucoup.

J’aimerais évoquer maintenant « Dépression Nord », qui n’a pas encore été dévoilé et qui est à mon sens « LA » chanson de cet EP. Dans quelles circonstances l’as-tu écrite ?

Cette chanson, je l’ai écrite au moment le plus compliqué finalement… c’était l’époque où je me posais beaucoup de questions par rapport à l’avenir. C’est une chanson dans laquelle j’exprime tous ces sentiments que j’ai pu ressentir à ce moment où j’étais totalement perdu et où je n’avais plus rien à perdre. Tout se bousculait dans ma tête. « Pendant des années, j’ai voulu faire de la musique, et puis je me rends compte ça ne marche pas… Je ne suis plus tout jeune non plus. Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? » C’était un moment un peu charnière dans mon existence. Et en même temps, j’ai un certain recul aussi là-dessus, et j’avais envie de faire paraître ce second degré dans la chanson également.

Le Noiseur © Guillaume Blanchard

La dernière chanson, « Musique de Chambre », donne son nom au EP. Paradoxalement, alors que tu t’ouvres plus dans tes chansons, tu appelles ça de la musique de chambre… Quand est venue cette idée de « Musique de Chambre », justement ?

Cette idée est venue après. Ce titre précisément doit être le dernier ou l’avant-dernier que j’ai composé. Quand j’ai compris que mes chansons racontaient mon histoire, celle d’un jeune homme enfermé chez lui, un peu isolé, qui écrit des chansons et qui a envie d’être écouté, entendu et aimé, c’est devenu une évidence. C’est l’histoire d’un mec qui essaye d’aller vers les autres avec ses chansons... Donc, quand j’ai écrit cette chanson, j’avais envie de résumer ce dont je parlais dans les autres chansons, c’est une chanson de présentation en quelque sorte.

Un EP, c’est bien, mais j’imagine qu’il y a quelque chose derrière… Un album est-il dans les tuyaux ?

Évidemment. Idéalement, j’aimerais qu’il sorte en fin d’année vers octobre, novembre. C’est en tout cas le timing que je me fixe.

Où en es-tu concrètement ?

Il est encore en court d’écriture. Il va ressembler un peu à l’EP mais j’aimerais aller un peu plus loin. J’ai encore pas mal de travail… D’ici-là, là il y aura quelques de dates et premières parties qui se mettent en place…

Justement, tu viens de te produire aux Trois Baudets, tu as ouvert pour Clio et bientôt pour Manu Da Silva. Comment ça se passe sur scène ?

Ça se passe très bien. Et j’en suis vraiment ravi justement, parce que comme je te le disais au début de cette interview, les chansons du premier album ne passaient pas bien sur scène. C’était un peu catastrophique… mais c’était aussi la première fois que j’allais sur scène… c’était un peu compliqué. Là, je reviens avec de nouvelles chansons, en n’ayant pas une grande confiance en moi sur scène, mais avec l’envie de proposer quelque chose d’original et qui me ressemble. J’ai beaucoup travaillé la scène, beaucoup réfléchi à ce que j’allais proposer et j’ai trouvé une formule qui fonctionne bien. J’ai de bons retours et je prends de plus en plus de plaisir à cet exercice. J’en suis vraiment heureux. Il y aura donc les deux dates que tu as citées et d’autres qui se mettent en place.

Propos recueillis par Luc Dehon le 21 janvier 2020.
Photos : Guillaume Blanchard, Lavilla Mektoub

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Le Noiseur en concert :
4 février 2020 – Première partie de Da Silva à la Maroquinerie (Paris 20ème)
13 février 2020 – Les Trois Baudets (Paris 18ème)









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