Interview de Alma Forrer

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/10/2019.
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Alma Forrer @ Boby

Alma Forrer publie aujourd’hui son premier album « L’année du loup », un recueil de onze chansons particulièrement touchantes, à l’image de leur auteure. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre d’Alma afin d’en savoir plus sur son parcours et la genèse de ce projet. Rencontre avec une artiste aussi sensible que lumineuse.

Avant de parler plus précisément de votre album « L’année du loup », j’aimerais que nous remontions dans le temps un instant. Quelle musique vous a-t-on fait écouter dans votre petite enfance ?

Mon père écoutait beaucoup de rock et folk américain. Ma mère était beaucoup plus chanson française, elle nous faisait écouter Barbara, Renaud, Brassens… Ma grand-mère, elle, écoutait beaucoup de gospel et de chanson française également. Ce sont ça, mes premières écoutes. Et je pense qu’elles sont restées mes premières influences. C’est un héritage musical quelque part…

Y avait-il des musiciens dans la famille ?

Pas du tout. Tout le monde aime et écoute de la musique, mais personne n’en joue.

Quel est votre parcours dans les grandes lignes ? À quand remonte l’écriture de vos premières chansons ?

J’ai juste écrit des chansons pour moi. Je n’osais pas trop les chanter en fait… J’ai commencé par faire du piano classique et du chant lyrique. J’adorais chanter, mais j’avais du mal à chanter simplement des chansons en Alma Forrer, l'annee du loupm’accompagnant au piano. Je trouvais ça très compliqué de jouer et chanter en même temps (sourire) J’avais juste envie d’un truc simple et libérateur : chanter une chanson. Du coup, vers treize ans, j’ai acheté une guitare et là, c’est devenu un exercice « facile ». J’ai commencé à reprendre des chansons que j’aimais, des chansons un peu seventies de Marie Laforêt, Barbara, Joe Dassin, etc… J’étais un peu seule à l’époque, mes amis n’écoutaient pas vraiment les mêmes artistes… (sourire) Mais j’écoutais aussi MTV comme toutes les filles de mon âge ! (rire) Après, j’ai écouté et joué de la folk américaine et j’ai eu l’envie d’écrire mes propres chansons. J’avais treize ans à cette époque. C’est un peu plus tard quand je suis rentrée à la Fac à Paris que j’ai commencé à fréquenter les open mic (« Au p’tit bonheur la chance » près de la Sorbonne, notamment), rencontrer un peu de monde et chanter mes premières chansons. C’est comme ça que ça s’est passé au début. Après, j’ai rencontré mon éditeur BMG et parallèlement, j’ai continué mes études, que j’ai terminées l’année dernière.

Beaucoup d’étudiants écrivent des chansons et les chantent… peu franchissent le pas de les publier…

(sourire) J’avais envie qu’elles existent, tout simplement, parce que pour moi, elles avaient un sens. Je pense que le fait d’avoir commencé à trainer avec des gens qui publiaient des disques m’a montré le chemin d’une certaine façon. Le manager d’une amie m’a aidé pour enregistrer un premier EP. Mais, ne l’ayant pas produit, il ne m’appartenait pas. Du coup, je ne m’en suis jamais vraiment sentie propriétaire. J’en ai fait presser quelques-uns, mais plutôt de manière symbolique, puisque je ne pouvais pas les vendre…

Il avait un très joli visuel ce premier EP…

(sourire) C’est une photo de mon grand-père, tous ces jeunes qui jouent à la balle…

Et après ?

Après, je me suis dit qu’il fallait que je produise un disque moi-même, et je me suis inscrite sur KissKissBankBank pour produire un deuxième EP qu’on peut retrouver aujourd’hui sur Bandcamp, Spotify, etc… On a enregistré cet EP, « Ne dis rien », avec Alexis Paul à Porto. C’était une très belle aventure… (sourire) Après, mon éditeur a ouvert un label et quand ils m’ont proposé de produire mon album, j’ai été la plus heureuse. Je savais qu’avec un label avec moi, ce serait un projet plus ambitieux. Du coup, on a enregistré ce premier album, et c’est ma plus grande fierté. C’est l’aboutissement de toute une chaîne d’évènements, et j’en suis trop contente… (sourire)

Alma Forrer @ Boby

Que trouve-t-on sur ce premier album, « L’année du loup » ? De nouvelles chansons ou des chansons qui datent de plusieurs époques ?

Ce sont uniquement des nouvelles chansons. Je ne voulais pas enregistrer d’anciennes chansons. Comme j’écris assez peu, quand je commence une chanson, je la termine, je n’ai pas envie de la jeter. Une chanson, pour moi, n’est ni « remplaçable » ni « jetable ». Je ne pourrais pas écrire tous les jours des mots ou des sentiments que je ne ressens pas. De fait, j’écris assez peu et du coup, lorsque j’ai écrit une chanson, j’ai envie de l’enregistrer. À l’opposé, lorsque j’ai enregistré une chanson, je ne vois pas l’intérêt de la réenregistrer trois fois de suite. (sourire)

Quelles ont été vos principales sources d’inspiration pour l’écriture de ce disque ?

Ce sont des chansons qui m’ont aidée à grandir au moment où je me suis retrouvée face aux problématiques de la post-adolescence. Alors, même si ça peut paraître cliché, il y est question de rupture amoureuse, de la crainte de l’avenir. J’ai voyagé pas mal pendant un an, Montréal, etc… et j’ai écrit ces chansons assez seule finalement. « L’année du loup » correspond à ce voyage et, au-delà, d’une certaine façon de grandir et découvrir la vie. Il est bien évidemment question d’amour dans ce disque, c’est ce qui m’inspire le plus et qui fait tourner le monde… Je vais vous avouer que j’ai essayé d’écrire une chanson qui ne parlait pas du tout d’amour… et je n’y suis pas arrivée ! (rires)

Alma Forrer @ Boby

Vous avez écrit la grande majorité des chansons, mais on remarque également la présence des plumes de Renan Luce, Jo Wedin et Jean Felzine, Thousand, alias Stéphane Milochevitch… La Grande Sophie signait également un titre sur le EP « Solstice ». Comment sont-ils arrivés sur le projet ?

Ce sont tous des copains, en fait. J’avais rencontré Renan Luce lors d’un séminaire d’écriture, nous avions le même éditeur. Au début, nous étions un peu tristes parce que nous manquions d’inspiration… du coup, on a beaucoup beaucoup écrit. (sourire) Au bout de quatre jours, nous avions écrit pas moins de six chansons. Notre éditrice a pleuré. C’était très fort et ça nous a beaucoup rapprochés. J’ai été très touchée par ce mec et cette rencontre. En ce qui concerne Jo Wedin et Jean Felzine, je leur avais proposé de m’écrire une chanson parce que j’avais l’impression de reproduire toujours les mêmes schémas et de tourner autour des mêmes sujets. J’avais envie d’autre chose et je n’arrivais pas à trouver ma voie. J’avais écrit plein de textes hyper tristes et je trouvais que je n’étais pas « que ça ». Du coup, j’ai demandé à Jo et Jean de m’écrire une chanson un peu marrante. Ils me connaissent très bien et je savais qu’ils allaient m’aider à sortir d’autres émotions, à m’extraire de ma bulle, tout en restant moi-même. Ils m’ont écrit « La course ». J’ai demandé de l’aide aussi à Stéphane Milochevitch, qui est quelqu’un de très talentueux. Je l’avais vu en première partie d’un concert quelques temps auparavant et j’avais envie d’écrire quelque chose avec lui. C’est lui qui a écrit « L’année du loup » et c’était exactement ce qu’il fallait. La maquette qu’il m’a envoyée, je l’ai écouté tout l’été dernier (sourire). J’étais comme une dingue. J’adore cette chanson, elle représente tellement bien tout le disque. Et c’est à la suite de cette chanson que j’ai pu écrire « Conquistadors ». Toutes ces collaborations m’ont permis d’écrire d’autres chansons et m’ont ouvert de nouvelles perspectives dans lesquelles je me trouve plus juste, plus en phase avec ma personnalité actuelle, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Je ne me sens pas du tout interprète, je n’aurais jamais fait un appel d’offre en demandant à des auteurs qui ne me connaissent pas de m’écrire des chansons. Ma démarche a été au contraire de demander de l’aide à des personnes qui me connaissaient très bien et qui comprenaient pourquoi j’avais besoin de leur aide, pourquoi je paniquais à l’idée de ne pas pouvoir écrire une chanson… J’ai besoin de me confronter au talent de gens que j’admire et qui sont des amis… (sourire) Au travers de leurs mots, je me sens plus charnelle, plus incarnée d’une certaine manière.

Alma Forrer – Conquistadors

Pourquoi avez-vous souhaité travailler avec Ben Christophers (Bat for Lashes, Françoise Hardy…) pour la réalisation de l’album ?

J’écoute beaucoup Joan Baez et ce genre de songwriters des années 70, mais également beaucoup de musique folk actuelle. Angel Olsen, Natasha de Bat for Lashes… Le fait de travailler avec Ben Christophers, qui a beaucoup travaillé avec Bat for Lashes, est dû au hasard. Mon éditrice m’avait parlé de lui, et la première chose que j’ai écoutée est l’album qu’il avait fait pour Nakhane, un mec de mon label. J’ai trouvé ça assez froid, et pas du tout dans la veine de ce que je faisais. Après, je me suis rendue compte que c’était lui qui avait fait l’album de Bat for Lashes que j’écoutais en boucle, « The bride ». Après, j’ai écouté ce qu’il avait fait pour Françoise Hardy, et là aussi, c’était très beau, très classe, ça me plaisait beaucoup. Du coup, je lui ai fait écouter plein de maquettes qui faisaient un peu conflit avec mon label… des maquettes qu’ils ne trouvaient pas assez efficaces, dont une chanson que j’aimais beaucoup et je voulais avoir son avis dessus… Et quand nous nous sommes rencontrés, il m’a dit que toutes ces chansons étaient très cools, et en particulier cette chanson précise, que ça pourrait faire un très beau projet. J’ai vu la tête de mon éditrice se décomposer… (rires) Mais comme nous nous sommes tout de suite super bien entendus et que eux avaient toute confiance en lui, d’un commun accord, nous avons décidé de faire cet album ensemble. Après, je suis partie m’installer un mois et demi à Londres avec ma chienne. J’avais loué une maison en face du studio de Ben. De l’autre côté, il y avait la forêt. Tous les matins, j’allais marcher une heure dans la forêt avec Lili. C’était magique. C’était trop beau. Après, j’allais enregsitrer avec Ben. J’ai l’impression qu’il m’a vraiment comprise. Il a fait le vrai travail d’un réalisateur à mes yeux : il a enrichi les chansons avec son âme. Il a défendu l’authenticité de mes chansons vis-à-vis du label, qui aujourd’hui est parfaitement content du résultat.

Alma Forrer @ Boby

Les relations avec votre label ont pu être tendues ?

Vous savez, une chanson, c’est tellement subjectif. Travailler avec un label implique de travailler avec d’autres personnes et recevoir des avis différents. C’est enrichissant, d’ailleurs. Pendant des années, j’avais écrit mes petites chansons toute seule dans mon coin, et je me suis retrouvée du jour au lendemain à devoir discuter de mon travail, me justifier et négocier les chansons qui allaient pouvoir figurer sur mon album. Ce n’est pas forcément facile. Du coup, avoir, avec l’aval de mon label, un réal qui me comprenait et qui allait dans mon sens, m’a redonné confiance en moi et facilité plein de choses. Au final, ça a été une super expérience car j’ai appris à travailler avec une équipe et j’ai pu faire l’album dont je rêvais… et mon label en est extrêmement content également. En apprenant de l’expérience des autres, on devient plus fort et on peut se construire.

Alma Forrer – L’année du loup

Contrairement à beaucoup d’autres jeunes artistes, on trouve finalement assez peu de vidéos sur le net. Quelques sessions live, deux clips. Est-ce un choix de votre part de ne pas faire de la vidéo pour faire de la vidéo et publier avec parcimonie des vidéos soignées et réfléchies ?

Avant, quand j’avais publié mon EP, j’avais publié quelques petits clips, mais je n’en étais pas vraiment fière, je n’étais pas très à l’aise avec tout ça. J’étais jeune, j’avais vingt ans, j’avais peu de moyens. Du coup, quand il a été question de publier ce premier album, j’ai été un peu nettoyer tout ça. J’avais envie de ressortir avec des clips qui avaient du sens avec mon projet. Après, niveau visuel, je nourris mon Instagram avec des trucs qui me ressemblent. Vous savez, ça m’a pris tellement longtemps de faire un vrai clip et tourner des images qui me plaisent et me ressemblent que du coup, je n’avais pas envie qu’il soit noyé au milieu d’autres images. Là, avec le clip de « L’année du loup », c’est la première fois que je suis à l’aise avec l’image et la vidéo. Je l’assume totalement. J’en suis la plus heureuse. Alors, oui, je repars un peu de zéro dans l’image, c’est sûr… (sourire) Ça n’aurait pas de sens en ce qui me concerne de publier des covers comme certaines de mes copines le font. Elles, le font bien, mais moi, ce n’est pas mon style.

Alma Forrer @ Boby

« Solstice » a bénéficié d’un maxi vinyle blanc. « L’année du loup » va bénéficier d’une édition 33 tours. Était-ce important à vos yeux ?

Ouais… trop ! (sourire) Il est trop beau ce vinyle, tellement plus beau que le CD, je l’adore ! Par contre, je souhaitais que ce vinyle ait du sens. C’est devenu « à la mode » de sortir un vinyle et je ne voulais pas sortir un vinyle pour sortir un vinyle… Je voulais déjà que ce soit un bel objet. Je voulais une belle qualité de carton pour mettre en valeur le graphisme qui a été fait sur le visuel. Il y a des illustrations dedans, et un poème aussi, comme dans tous mes disques… Ensuite, je souhaitais qu’il ait un « petit plus ». Le titre « L’année du loup » a été un peu remanié dans la version du clip, celle qui est sortie sur les plateformes et qui figurera sur le CD. Par contre, j’ai souhaité laisser la version de l’enregistrement original sur le vinyle. Et puis évidemment, le vinyle sonne différemment du CD, ce n’est pas un scoop. L’album est majoritairement acoustique même s’il est assez produit, alors sur le vinyle, ça sonne trop bien ! (sourire)…

Les chansons qui composent l’album sont essentiellement du cadre de l’intime. Comment ça se passe sur scène ?

J’adore la scène. Certaines chansons passent mieux que d’autres, c’est certain. Mais il se passe toujours de jolies émotions sur scène. Pour l’instant, sur les premières parties, je joue seule ou avec mon guitariste Vincent. Ça se passe super bien. La plupart du temps, les gens sont touchés et attentifs. Je ne suis pas trop froide, je pense (sourire)…

Alma Forrer @ Boby

« L’année du loup » sera dans les bacs dans quelques jours maintenant. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

Deux années de travail, deux années de doute sans rien lâcher… finalement, deux années à croire en soi ! Même quand on a un label avec soi, on se sent tellement seule à certains moments, on doute tellement. Alors, rien que le fait que les chansons soient gravées sur un disque s’apparente à un petit miracle. Le fait que ce soient ces chansons-là qui se retrouvent sur le disque, c’est le fruit d’une conviction personnelle. Je suis d’un tempérament assez timide, donc publier un album et faire rentrer les gens dans mon intimité, c’est du domaine de l’absurde. Cet album, c’est le fruit d’un grand mystère !!! (rires) J’espère juste qu’il aura la lumière qu’il mérite, parce que je le trouve beau. Pourquoi est-ce que je chante ? Tous les jours, je me demande ce que je vais faire dans la vie…

… peut-être chanter ?…

(sourire) … je l’espère. En tout cas, toute ma vie, je serai fière de ce premier album. Ça m’émeut beaucoup de le savoir bientôt dans les bacs. C’est magique. Là, j’écris de nouvelles chansons, ça m’évite de penser trop à tout ce qui se passe…

Propos recueillis par Luc Dehon le 21 octobre 2019
Photos : Boby

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