Interview de Julie Bataille

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/10/2019.
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Julie Bataille - DR

Julie Bataille publie son autobiographie « Y’en a qu’une, c’est la brune ! » aux Éditions du Net, l’occasion était belle pour aller à sa rencontre et évoquer avec elle son parcours plutôt atypique, elle qui a débuté sa carrière de chanteuse en 75, qui a officié sur « Récré A2 », « Ainsi font font font », « Sébastien, c’est fou » ou le Guignols, et qui a été la voix de Dalida sur plusieurs projets. Rencontre avec une artiste plurielle qui n’a « Pas besoin d’éducation sexuelle »…

Qu’est-ce qui t’a donné envie de publier cette autobiographie ? Et pourquoi aujourd’hui ?

J’ai commencé, j’avais treize ans… ça fait donc un petit paquet d’années que je fais ce métier. Et je n’ai fait que ça depuis mes treize ans. Tout le monde me disait « tu as un parcours atypique ». C’est vrai que nous ne sommes pas très nombreuses à avoir débuté aussi jeunes et à travailler encore après tant d’années. Je pense à des chanteuses comme Caroline Verdi, Patricia Lavilla ou même Karen qui ne souhaite plus chanter…

Tu débutes avec un premier 45 tours (« Pas besoin d’éducation sexuelle ») qui fait plus d’un million de ventes…

Comme tu dis ! C’était extraordinaire et violent en même temps. J’étais encore scolarisée à l’époque. Je pense que le fait de venir d’un milieu plutôt modeste m’a permis d’aller toujours de l’avant et de ne pas regarder derrière. Après « Pas besoin d’éducation sexuelle », j’ai eu des disques qui ont bien marché comme « La petite minette » ou « Tu es la plus belle », j’ai sorti une vingtaine de disques, tout de même. Et j’ai eu un parcours assez rigolo. Il y a eu Récré A2, Jacques Martin, les imitations avec les Guignols, j’ai à mon actif plus de 70 000 enregistrements de voix off, je me suis présentée pour l’Eurovision,… Pendant toutes ces années, j’ai croisé pas mal de monde… et j’ai une ribambelle d’anecdotes à raconter, avec Drucker, Tapie, etc... Bref, pour en revenir à ta question, mon parcours était tellement atypique que je pensais qu’il pourrait intéresser quelques personnes ! (sourire) Je me suis prise au jeu en écrivant, mais je voulais que ce livre soit une sorte de postulat : « Merci la vie ». Je ne voulais pas être vindicative, dans la rancœur ou le règlement de compte, ce n’est pas mon truc. J’aurais pu en lâcher sur les uns et les autres, mais d’une part, je me serais retrouvée avec tout un tas de procès, et – surout – ce n’était pas ma démarche. Ce que je voulais raconter, c’est le parcours d’une enfant, mais aussi d’une femme qui part de rien et qui arrive à se faire une place… Je voulais aussi expliquer qu’on pouvait y arriver dans la vie quand on n’a pas de diplômes, mais simplement l’envie de faire les choses. Même si l’époque est différente aujourd’hui, l’idée reste la même : il faut se battre pour y arriver. Il faut forcer les portes et rentrer par la fenêtre quand on ne veut pas de toi.

Raconte-moi un peu dans quelles circonstances tu as rencontré Carrère.

J’ai fugué de chez moi, tout simplement… (rires) et je suis arrivée au bon endroit au bon moment. Je me suis pointée à son bureau. Le temps que sa secrétaire me demande ce que je venais faire là et me foute à la porte, il est arrivé, m’a gentiment accueilli et nous avons discuté.

À partir du moment où Carrère te signe, tu es encore mineure, tu vis en total décalage avec ta famille.

Ah oui ! On peut le dire. Je viens du 9.3 comme on dit aujourd’hui (rires). La journée, je faisais du shopping chez les plus grands couturiers avec Carrère qui se consacre à l’époque entièrement à moi, puisque Sheila venait d’avoir son fils. Carrère m’a tout appris de ce monde de strass et paillettes. Et le soir, je rentrais chez moi, je me retrouvais dans un tout autre environnement. Je cachais mes fringues pour ne pas déstabiliser mes parents. Je faisais profil bas. Après, j’ai été confiée à une personne pour ne plus que je fasse les allers-retours qui devenaient fatigants, et j’ai pris des cours par correspondance.

Qu’en pensaient tes parents ?

Ils me regardaient à la télévision quand ils le pouvaient. Sans plus. Tu te doutes bien que nous n’avions pas de magnétoscope. Le plus souvent, ils ne me regardaient pas, ils dormaient quand je rentrais. Ils étaient contents… peut-être plus d’ailleurs pour la petite dédicace que je pouvais faire pour l’un ou l’autre de leurs amis. C’était comme ça. Ils étaient fiers, mais ce n’était pas leur monde.

Comment est née « Pas besoin d’éducation sexuelle » ?

Pendant six mois, avant d’être prise en contrat par Carrère, je venais tous les jeudis depuis ma banlieue et on discutait. Il se trouve qu’à l’époque, je prenais des cours d’éducation sexuelle. Ce n’était pas obligatoire, mais mon établissement scolaire en prodiguait. Je lui ai parlé de ces cours et il a saisi l’idée au bond. C’était une évidence… on n’a pas besoin d’éducation sexuelle pour tomber amoureuse de quelqu’un. Il a contacté Jim Larriaga, qui a écrit pas mal de chansons pour Roméo, Charlotte Julian ou Carlos. Claude n’a pas dû beaucoup participer à l’écriture, mais a cosigné le titre, comme c’était de fait à l’époque… (sourire)

Julie Bataille, Y'en a qu'une, c'est la brune !

C’était un peu sulfureux pour l’époque…

Oui et non… Ce n’était pas « Les sucettes » non plus, n’est-ce pas ! (éclats de rires)

Et là, tu t’es frottée pour la première fois aux plateaux télé.

J’en ai fait quelques-uns… il n’y avait que trois chaines, mais des émissions à la pelle. C’est un peu l’inverse d’aujourd’hui, quoi ! (rires) Il y avait aussi les télés en Belgique, à la Villa Louvigny à Luxembourg, en Andorre… On voyageait beaucoup, c’était super sympa.

Quelques années plus tard, tu enregistres une nouvelle chanson « Dancing » restée à l’état de maquette, un titre que l’on retrouve sur la compile parue chez Marianne Mélodie en fin d’année dernière… As-tu rapidement « Twisté ta peine » quand tu as entendu la chanson de Karen Cheryl ? [quelques mois plus tard, Karen Cheryl publiait « Twister ma peine », même musique, même orchestration que « Dancing », mais texte et titre différent, NDLR]

Ah là… je l’ai encore mauvaise aujourd’hui. Que Didier Barbelivien ait réécrit la chanson pour Karen, je le comprends fort bien. Réécrire une chanson s’est fait de tous temps et se fait encore aujourd’hui,  je regrette juste le manque de communication. Il m’aurait passé un petit coup de fil pour me dire qu’il avait écrit un autre texte et que la chanson serait chantée par Karen, je l’aurais compris… (sourire) J’avais enregistré la chanson quelques mois avant et le disque devait sortir. J’aimais beaucoup « Dancing », j’avais envie de la défendre parce que j’y croyais… Je ne suis pas la première à qui ça arrivait et je ne serai pas la dernière. Ça reste une chanson, ce n’est vraiment pas grave. C’est juste la manière dont ça s’est passé qui me laisse un peu perplexe…

En as-tu parlé avec Karen ?

Non, jamais. On nous a toujours opposées, alors que nous sommes plutôt en bons termes. De toute façon, qu’est-ce que ça aurait changé ? Rien. Je sais que Karen n’y est absolument pour rien. Elle n’avait pas vraiment le choix, je pense, elle entrait en studio et chantait les titres que Mémé Ibach lui présentait. Il a flairé le bon titre… qui était interchangeable, il faut être honnête. Et il a bien fait, finalement.

De toutes les chansons que tu as été amenée à chanter tout au long de ta carrière, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ?

Il y a une chanson de Shuky Lévy, le partenaire d’Aviva Paz, que j’aime particulièrement. Pour la petite histoire, je suis allée plusieurs fois au japon et j’y ai participé à plusieurs festivals. J’étais l’égérie de Kanébo, l’équivalent de Lancôme. Là-bas, c’était tout à fait normal de faire de la pub, ici, ça garde un côté alimentaire ! (rires) J’y ai donc sorti un LP, et Shuky m’avait écrit « Comme si », une très jolie chanson pleine de nuances et de tendresse. C’est une chanson que l’on n’a jamais véritablement entendue ici en France, mais que j’aime beaucoup.

Julie Bataille, La petite minette Ed. Marianne MelodieLa compile qui est parue chez Marianne Mélodie, c’était ton idée ou celle de Matthieu [Moulin, de Marianne Mélodie, NDLR] ?

Je n’aurais jamais osé demander qu’on publie une compile de mes chansons ! C’est un super cadeau que Matthieu m’a fait-là. Matthieu est un véritable passionné, il aurait dû être directeur artistique. Il aime les artistes avant toute chose. Et il les comprend. Marianne Mélodie, c’est la mémoire de tous ces artistes que les gens ont aimés.

Ça aurait du sens aujourd’hui pour toi de chanter de nouvelles chansons ?

Oui, pourquoi pas ? si ça se fait dans le plaisir et le partage… Ça me plairait de refaire des galas hors imitations. Remonter un collectif de filles, ce pourrait être très rigolo. Karen, Julie et Caroline Verdi en trio, pourquoi pas ? (rires)

 

On ne peut pas évoquer ton parcours en faisant l’impasse sur la télévision… On se souvient de « Récré A2 », « Ainsi font font font », « Les Guignols », Sébastien. Comment es-tu arrivée sur ces émissions ?

Toujours en démarchant. Toujours au culot. Après avoir repris mon contrat chez Carrère, c’était un peu compliqué de chanter. Rien de ce qu’on me proposait ne me plaisait. Tout tournait autour de l’ « éducation sexuelle » et je souhaitais passer à autre chose. Les gens, eux, ne souhaitaient pas m’entendre chanter dans un registre plus femme. C’était compliqué. L’univers enfant m’a semblé être approprié. L’émission de Dorothée me plaisait bien. J’ai démarché Jacqueline Joubert, alors que je ne connaissais rien de ce monde-là, les ampex, l’écriture, les enregistrements… j’ai fait quelques directs, mais très vite, je suis partie sur les émissions enregistrées pour la semaine. Il y avait un gros travail de visionnage et d’écriture. J’ai donc beaucoup bossé avec William Leymergie. C’était pas toujours simple parce que William avait son caractère et ses idées… il était très directif. En plus, le travail sur fond vert était tout nouveau pour moi. C’était un travail extrêmement prenant et enrichissant. C’est là que j’ai appris la rapidité du travail en télé. Ensuite, j’ai été repérée lors d’un gala par Jacques Martin qui m’a dit du jour au lendemain « tu quittes Récré A2 et tu viens travailler pour moi ». Du coup, je me suis retrouvée avec deux émissions. Ça marchait tellement fort que Drucker m’a faite engager sur le Podium Europe 1. J’ai fait « Si j’ai bonne mémoire » et « Thé Dansant ». « Thé Dansant », entre nous, je ne voulais pas le faire, je trouvais ça ringard ! (rires) Finalement, comme c’était les deux ou rien, je l’ai fait. J’ai, là encore, beaucoup appris. Je recevais énormément de courrier, mais je ne l’ai su qu’à la fin… puisqu’on me cachait mon courrier. La dernière semaine avant le renouvellement, j’ai reçu mon courrier… et à la rentrée, on ne m’a pas rappelée. Je me suis retrouvée sans travail. Il fallait payer le loyer et trouver quelque chose vite, vite, vite. J’ai donc commencé à faire des pubs. C’est une autre imitatrice, Chantal Gallia, qui m’a mis le pied à l’étrier. J’ai travaillé avec OK, Podium, etc… ça a été le début de tout ce travail qui a été alimentaire.

Julie Bataille - DR

Il y a eu Sébastien aussi !

Que de bons souvenirs avec Patrick ! Avec Sophie Darel, nous faisions toutes les imitations que les chanteurs allaient reproduire sur le plateau. C’était génial !

Tu as tout fait dans ta vie… tu as même failli représenter la France à l’Eurovision !

(éclats de rires) Ah, c’est encore une autre histoire, ça ! J’étais en duo avec un chanteur qui s’appelait Michel Salinas [« Angélina » en 1976, NDLR]. On nous avait écrit une chanson qui était vraiment très sympa et nous nous entendions bien avec Michel. Il y avait cette année-là un concours et nous étions en finale pour représenter la France. Nous étions cinq et le public devait voter. Il y a malheureusement eu la grève de la SFP et personne n’a pu voter. Nous avons donc été soumis au bon vouloir de la maison d’édition qui a envoyé son artiste, Anne-Marie David. C’est un de mes grands regrets parce que nous étions favoris et ça aurait pu être un beau rendez-vous, et ça a été un rendez-vous manqué.

Tu as été la voix de Dalida dans le biopic de Joyce Bunuel et son sosie vocal sur la comédie musicale « Hit Parade ». L’as-tu connue ? Et quels souvenirs gardes-tu d’elle ?

Ah oui. Et c’est une femme merveilleuse, d’une bienveillance totale. Ce n’est pas mentir de dire qu’elle traînait dans les loges des émissions avec ses bigoudis… C’était tout à fait ça ! Mais elle était d’une telle générosité et d’une classe folle. Franchement, à mes yeux, Dalida est la femme incarnée. Elle était d’une élégance dans tout. Dans ses gestes, sa façon d’être, dans ses propos… Et elle était tellement cultivée. Quand elle est partie, j’ai vraiment été peinée. Plus tard, je me suis battue pour imiter sa voix, ça me tenait à cœur, au-delà du travail de l’imitation pure. Quand je me suis retrouvée la première fois à Bry-sur-Marne pour le casting du biopic de Joyce Buñuel, j’avais la photo de Dalida avec moi. Je m’y étais tellement préparée. Je savais que je me battrais pour avoir le « rôle ». Je ne voulais surtout pas être dans la caricature, être juste… juste.

Quelques années plus tard, tu seras sa voix dans la comédie musicale « Hit-Parade ».

Là aussi, il y a eu un casting. C’est un peu toute ma vie… à chaque fois, je repars au combat ! (sourire) Mon souhait était de prendre sa voix et de garder son élégance.

De toutes les actrices, chanteuses que tu as imitées pour laquelle as-tu une petite tendresse particulière ?

Il y a des voix qui m’ont demandé beaucoup de temps, je pense à Catherine Deneuve ou même Carla Bruni pour les Guignols. Mais j’adore Jane. Ce n’est pas la plus difficile à imiter, elle est à la portée de tout le monde. Ce n’est pas une performance. En revanche, je connais le personnage, je l’ai croisée au Tokyo Music Festival au Japon avec Gainsbourg. Elle reste pour moi, malgré les années qui passent, la jeune femme avec les cheveux ondulés de « La moutarde me monte au nez » ou de « La carapate ». Je la vois encore rentrer au Tokyo Prince Hôtel, j’étais au bar avec Bonnie Tyler, c’était magique. J’ai beaucoup d’affection pour Jane, qui est pleine de sensibilité.

Quand on se penche sur ton parcours, c’est un peu les montagnes russes. Il y a eu des hauts, des bas, des grands bonheurs, des désillusions… Je suis certain que tu aurais pu lâcher différentes choses sur tes collègues de travail, mais tu ne l’as pas fait.

Non, comme je te le disais au début, ce n’était pas le postulat. J’aurais pu dire certaines choses, mais à quoi bon ? Avoir des procès ? Se mettre tout un fanclub sur le dos ? Non merci. Je n’en vois pas l’intérêt. Ce n’est pas la polémique ou l’argent qui me mènent donc… je n’avais pas envie de régler mes comptes au travers d’un livre. Ce n’est pas très intéressant. Je ne suis pas ancrée dans le passé, j’ai envie d’aller de l’avant, d’être positive, pas dans la rancœur.

Finalement, quand on regarde ton parcours… ton pseudo « Bataille », tu l’as bien trouvé !

Ouais, je suis une battante, une guerrière. Même pour TV Mélody et l’émission « Mélody est à vous ». Pareil, j’ai démarché. Je pense, si je ne dis pas de bêtise, qu’il y a juste Bernard Tapie que je n’ai pas démarché et qui est venu me chercher lui-même. C’était un vrai cadeau ! (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 21 octobre 2019
Photos : DR

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Site officiel : https://www.juliebataille.com/
Facebook : https://www.facebook.com/Julie-Bataille-Page-Officielle-344885218862127/









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