Interview de Thomas Fersen

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/09/2019.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Thomas Fersen © Laurent Seroussi

Thomas Fersen publie « Tout ce qu’il me reste » le 27 septembre prochain, son onzième album, porté par le single « Les vieilles ». C’est une nouvelle fois avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de cet artiste, conteur et raconteur d’histoires, à nul autre pareil. L’occasion d’évoquer ce nouvel album, mais également le spectacle vivant et l’évolution du métier d’artiste.

« Tout ce qu’il me reste » est votre onzième album studio. Vous écrivez des histoires depuis belle lurette maintenant. Prenez-vous toujours autant de plaisir aujourd’hui à en inventer, les écrire et les raconter ?

Plus j’avance et plus je prends du plaisir à développer les histoires quand elles arrivent. L’état d’écriture me procure beaucoup de bonheur, d’espérance, de joie. C’est vraiment quelque chose que j’ai toujours aimé faire et que j’aime faire encore aujourd’hui, et probablement de plus en plus.

Thomas Fersen, Tout ce qu'il me resteAvez-vous déjà connu la page blanche, ou du moins eu l’angoisse de cette page blanche ?

Pas du tout. Je ne l’ai jamais crainte, je prends trop de plaisir à écrire. Après, parfois je piétine sur un mot ou une idée que je n’arrive pas à formuler convenablement, du moins comme je le voudrais, alors je cherche… Mais non, la page blanche ne m’angoisse pas.

Retrouve-t-on sur ce nouvel album des chansons que vous avez commencé à écrire il y a fort longtemps, ou plutôt des nouvelles ?

Il y a des histoires que j’écris depuis fort longtemps, comme « La Mare ». Mais pas tant que ça, finalement. Une chanson comme « Félix », par exemple, sur « Je suis au Paradis » je l’avais écrite il y a une dizaine d’années, voire plus. Là, sur ce disque-ci, je ne saurais pas vous dire exactement, les plus anciennes doivent avoir cinq ans, quelque chose comme ça. En ce qui concerne « La Mare », j’avais pris des notes il y a fort longtemps sur cette histoire de baignoire à patte et je suis revenu dessus. Ça stagnait, et puis l’envie s’est réveillée de continuer à l’écrire et la faire revivre. C’est peut-être la seule chanson de l’album qui a été écrite sur la longueur.

Thomas Fersen © Laurent Seroussi

Vous m’aviez dit il y a quelques années que ce n’était pas tant l’histoire qui importait, mais la façon dont on la racontait…

… et je vous le confirme aujourd’hui ! (sourire) …

… une rime ou une richesse du langage peut-elle vous amener à modifier le fil de l’histoire ?

Dans le récit en lui-même, qui n’a pas tant d’importance finalement, oui. Mais dans le ton, non. Parce que le personnage s’exprime d’une telle façon et je me dois de lui mettre dans la bouche des mots ou des expressions qui lui conviennent. Donc, l’essentiel est là. C’est le ton du personnage qui le rend crédible dans un premier temps et, ensuite, incarnable auprès du public quand on interprète la chanson sur scène, quand on la fait vivre.

Vous allez rapidement sur scène avec vos nouvelles chansons, et même souvent bien avant de les graver sur disque. Vous arrive-t-il de les réécrire, peut-être pas complètement, mais une tournure de phrase ou un couplet ?

(rires) Je vais même aller plus loin… il y a certains défauts que j’essaie encore de corriger dans des chansons qui sont parues il y a des années ! Et je ne trouve pas toujours… Une chanson, c’est de la matière vivante, donc, oui, il y a des petits passages qui mériteraient d’être réécrits, ou amenés d’une autre manière. Mais ces anciennes chansons sur lesquelles je cherche encore, je ne vous dirai pas lesquelles ce sont… (sourire) … Donc, pour répondre précisément à votre question, comme je peux modifier une ancienne, oui a fortiori, je peux modifier les nouvelles ! (rires)

Thomas Fersen © Laurent Seroussi

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ? Vous parlez assez peu, voire pas du tout, de l’actualité, finalement…

La conversation. Depuis toujours, c’est de la conversation que naissent les histoires que j’écris et c’est la conversation qui les nourrit. J’aime illustrer une situation, la nommer, la formuler. Par exemple, « Les Vieilles », vient d’un propos que j’ai tenu à quelqu’un… (rires) Je lui ai dit « Moi, j’aime bien les vieilles », c’est parti comme ça. Il y a des formules, des petites phrases qui vont plus loin que l’anecdote en elle-même.

Vous avez rarement écrit sur des sujets de société, en tout cas pas frontalement.

Ce n’est pas un exercice qui m’est coutumier. Je n’écris pas sur la réalité ni l’actualité, elle ne me fait pas rêver. Et puis, ce n’est pas mon rôle. Mon rôle, c’est de faire vivre des personnages, les rendre crédible, et leur donner une forme d’espérance.

C’est le deuxième album que vous publiez tout seul…

… C’est le quatrième que je produis, et effectivement le deuxième que je publie « tout seul » comme un grand, en tant que label …

… comment on choisit « Les Vieilles », en l’occurrence, en premier extrait, puisque vous êtes le décideur aujourd’hui ?

Là, j’aurais choisi « Tout ce qu’il me reste », voyez-vous. Mais je n’ai jamais été très bon dans ce genre de choix, y compris quand j’étais signé chez Warner. J’avais des idées et on me démontrait toujours qu’elles n’étaient pas si bonnes que ça. Alors, je me laisse faire. Je n’ai jamais très bien compris comment ça marchait… j’ai toujours eu des choix un peu différent. Les gens qui choisissent sont ceux qui vont en radio, ils s’y connaissent mieux que moi.

Un très chouette clip a été publié pour « Les vieilles ».

J’ai toujours eu un problème avec les clips, pourtant, j’en ai fait quelques-uns… (sourire) On a essayé de faire des pastilles, de s’amuser avec ce petit personnage qui vit des histoires un peu abracadabrantesques et qui prend conscience que ce qui l’entoure grandit. On a donc eu l’idée de tout miniaturiser et de prendre un décor plus grand que moi. Finalement, on a monté ce clip dans cette idée. On nous demande beaucoup de faire des clips depuis quelques années. Les médias ont besoin d’images, c’est une industrie qui a ses règles. On essaye, malgré notre anticonformisme, malgré tout de leur donner ce qu’on peut…

On vit dans une époque où l’image est reine. Quel regard jetez-vous sur le fait qu’aujourd’hui, la plupart des gens « consomment » de la musique (même si je n’aime pas ce terme) par le biais de la vidéo ?

J’en souffre, parce que c’est au détriment des paroles, et vous le savez, les paroles sont capitales à mes yeux. Vous savez, on connait plus mon nom et mes histoires que ma tête. Un jour, je me suis même retrouvé assis au restaurant à côté de quelqu’un qui parlait de moi, et qui ne m’avait pas reconnu. C’est assez drôle comme situation, même amusant.  (rires)

Vous avez publié plusieurs albums live au cours de votre parcours. Vous qui êtes avant tout un artiste du spectacle vivant, aimez-vous ces captations qui restent finalement assez figées ou le faites-vous pour faire plaisir au public ?

J’ai réécouté très récemment un live qui avait été enregistré à Montréal et j’y ai pris beaucoup de plaisir, parce qu’il y avait là une partie du répertoire que je ne joue plus ou moins souvent ou différemment. Je suis très heureux d’avoir ce document. Certains autres enregistrements live ont forcément moins d’intérêt.

Revenons à « Bucéphale ». Qu’est-ce qui vous a incité à publier vos deux derniers albums sur votre propre label ?

J’ai envie de prendre la tangente. Au départ, j’étais accepté, puis, c’est devenu de plus en plus tendu. Je comprenais très bien que l’industrie musicale avait un peu de mal à me suivre, du moins à suivre mon originalité. C’est moi qui suis parti, on ne m’a pas jeté (sourire). C’était il y a cinq ans je crois, quelque chose comme ça. À l’époque, je n’avais rien, pas de chanson, rien du tout. Et je préférais partir dans un moment comme celui-là, d’ailleurs, plutôt qu’au seuil d’un nouvel enregistrement. Je suis donc parti libre et je fais ce que je veux aujourd’hui…

Vous aviez dû faire beaucoup de compromis ?

Non, je n’en faisais pas, mais le climat était un peu spécial. Je ne vais rien vous apprendre, le métier a beaucoup changé ces dernières années, le disque s’est vendu moins bien et ce genre de choses, et petit à petit le climat s’est tendu. J’ai commencé par produire mes albums moi-même, à partir de « Je suis au Paradis », et à un moment, je me suis rendu compte que ça ne suffisait plus non plus. Je n’avais pas envie de me battre pour travailler comme j’avais envie de travailler. C’est aussi simple que ça… Je n’avais pas envie de rentrer dans des conflits. Le métier s’est extrêmement durci ces dernières années, je ne souhaitais ni imposer mes choix, ni qu’on m’en impose.

Thomas Fersen © Laurent Seroussi

Vous êtes un artiste complètement à part dans le paysage musical français. Et pourtant, vous passez en radio…

Je passe effectivement encore un petit peu en radio… J’ose espérer que mes chansons peuvent encore plaire et séduire. C’est difficile la période que nous vivons, ou que nous avons vécue.

Quand vous avez débuté, les réseaux sociaux n’existaient pas. Ils n’existaient même pas il y a dix ans en arrière, ou étaient anecdotiques. Au-delà du formidable outil de comm qu’ils peuvent être, quel regard jetez-vous sur eux ?

Ecoutez… je suis très perplexe à ce sujet. J’y suis peu présent, même si j’ai tout de même une page Facebook. Je ne m’en occupe pas vraiment personnellement, j’ai une équipe qui m’aide. Elle sert surtout à annoncer les dates de concerts, mais elle sert de lien aussi avec le public. Je ne sais pas trop quoi vous répondre, si ce n’est que ces réseaux sociaux me laissent perplexe… (sourire) Après, depuis mes débuts, beaucoup de choses ont changé. La seule qui reste et qui est immuable, c’est le spectacle vivant. Et c’est ce qui me plait dans ce métier, c’est l’échange et l’émotion qu’on peut y trouver. J’aime ces personnages que je peux incarner sur scène.

Et vous vous êtes mis aux monologues également.

Effectivement, des monologues en vers, qui ne sont donc pas chantés, mais qui s’intègrent au spectacle. Ce sont les personnages qui s’incarnent alors d’une autre façon qu’en chansons. Mon métier, c’est le spectacle et écrire des chansons, mais pour faire passer ces chansons, de temps en temps, il faut faire des disques.

En parlant de disque, « Tout ce qu’il me reste » va bénéficier d’une belle édition en vinyle rose, trois cents exemplaires seulement.

Oui, c’est d’ailleurs une édition tout à fait anecdotique. Même si la tendance est à la dématérialisation l’objet disque reste important à mes yeux. On peut y découvrir les crédits du disque, le nom de tous ces gens qui lui ont permis de voir le jour, que ce soit le graphiste ou les musiciens. C’est quelque chose d’essentiel à mes yeux, mais qui se perd, malheureusement. Quand on écoute un titre en streaming ou en mp3, on n’a pas toutes ces informations que l’ont peut trouver sur un vinyle. L’objet a quelque chose de magique. Là, je le vois plutôt comme un cadeau, ce n’est pas un objet de commerce redoutable… (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 5 septembre 2019.
Photos © Laurent Seroussi

Liens utiles :
Facebook : https://www.facebook.com/ThomasFersenOfficiel/









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut