Interview de Henry

Propos recueillis par IdolesMag.com le 18/04/2019.
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Henry © Sebastien Kunz

Après avoir officié au sein de différentes formations, Henry se lance en solo. Un premier EP plutôt très sympa, « Noka Paradise », vient de paraître. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre d’Audrey, qui accompagne actuellement Jeanne Added sur scène, afin d’en savoir plus sur la genèse d’ « Henry » et ses différents projets…

Tu multiplies les projets depuis une quinzaine d’années (Naïve New Beaters, Nehr, Alternative Cult…). Était-ce un véritable choix d’explorer différents terrains et de travailler avec différentes personnes ou est-ce que ça s’est fait un peu par la force des choses ?

C’est un peu des deux… Je fais beaucoup de musique, un peu tout le temps. Il n’y a que ça qui m’intéresse… Du coup, je me retrouve toujours avec plein de gens différents et l’envie d’échanger artistiquement avec eux. Je ne me suis donc pas trop posé de questions sur le nombre de projets auxquels j’ai participé, ce qui comptait pour moi, c’était l’échange avec d’autres artistes. Rentrer en studio, enregistrer un album, et si possible, partager la scène également.

Henry, All models are wrongQuand le projet « Henry » a-t-il commencé à prendre forme ?

Pendant la tournée des Naïve New Beaters. Il y a trois ans, on m’a donc proposé pour la première fois d’être interprète sur une grosse tournée. On a fait 180 dates avec les Naïve New Beaters en un an et demi. Et par la force des choses, je me suis retrouvée souvent seule, sur la route, dans les chambres d’hôtel, etc… et je me suis donc mise à composer. L’idée de me lancer dans un projet solo est venue à ce moment-là. J’aime bien quand les projets sont authentiques. Donc, dans la mesure où je me suis retrouvée à composer toute seule, il me paraissait logique de porter ce projet seule. Et ensuite à la fin de la tournée, j’ai passé cinq mois avec Frédéric Vectol au studio « Question de son ». On a bossé sur cinq de mes compos et voilà le projet !

Toi qui as toujours évolué en groupe ou avec différentes formations, est-ce que ça a été facile de te lancer dans une aventure solo ?

Ça a été très facile, et pour autant, j’ai repoussé l’idée pendant des années parce que je n’ai jamais véritablement eu l’envie de porter un projet solo en tant que chanteuse. Ça ne me faisait pas du tout vibrer. Ce que je voulais, c’était passer du temps en studio, enregistrer, et faire des tournées. Me lancer dans un projet solo était le cadet de mes soucis, j’aime trop l’idée d’échanger avec d’autres personnes. Quand tu es seul, tu es seul. Alors que quand tu travailles avec des potes, ils ont toujours l’idée que tu n’aurais jamais eue… ça, ça me faisait peur, ne pas avoir le regard d’autrui. Et pour le coup, sur ce projet « Henry », j’ai retrouvé cette complicité avec Fred, cet échange d’idées en studio. Et là, j’ai compris que c’était génial aussi de porter un projet « presque » seule. J’ai compris qu’à deux, on échangeait autant que si nous avions été cinq ou six.

Il y a peut-être un peu moins d’énergie perdue quand on n’est que deux, on va plus directement à l’essentiel…

Artistiquement et musicalement, je ne suis pas certaine, par contre, je te rejoins en ce qui concerne la mise en forme du projet en lui-même. Quand tu es seul sur un projet, c’est à toi qu’incombe de prendre les décisions et de valider telle ou telle chose. Là, oui, on gagne du temps. Après, si les gens sont cools dans un groupe, les décisions ne prennent pas des plombes non plus (rires)

Henry – « All models are wrong »

Quelles étaient tes envies pour « Henry » ? Niveau son, propos…

J’avais envie de faire quelque chose que je n’avais encore jamais fait. J’ai beaucoup joué dans des groupes de rock ou électro. J’ai donc fait pas mal de basse dans des groupes de rock et de machines dans les groupes d’électro. J’ai beaucoup chanté aussi… Là, j’avais envie d’imiter un power trio mais avec des sons électros. Et j’ai choisi de concrétiser cette idée avec deux synthés, un qui « imite la guitare », l’autre qui « imite la basse » et une batterie. C’est le matériel que j’ai sur scène, d’ailleurs. En studio, c’est Tom Daveau, le batteur de L’Impératrice qui a enregistré avec moi. Et par-dessus, il y a ma voix chantée en anglais. J’avais envie de partir sur ce concept-là. Dans l’écriture, à mon sens, ça reste un projet rock’n’roll. Mais à côté de ça, j’arrive avec de gros sons électros.

Henry © Sebastien Kunz

Le choix de l’anglais s’est-il imposé pour des raisons de sonorités ou d’autres ?

Au départ, la langue anglaise étrangement ne m’intéressait pas trop. J’ai des origines méditerranéennes, et l’anglais ne me parlait pas plus que ça… (sourire) Et pourtant, à un moment, j’ai eu envie d’écrire en anglais, et ça a été comme une espèce de révélation. Ma réaction fut d’ailleurs un peu extrême, puisque j’ai arrêté de chanter mes compos en français pendant presque quatre années. (rires) Je me suis mise à apprendre l’anglais à fond, et j’ai eu des envies de voyage. Au fur et à mesure, j’ai mis de côté pas mal de phrases et tournures anglaises et j’ai commencé à composer. C’était donc assez logique de mon point de vue de chanter en anglais. Et c’est fun, parce qu’en anglais le placement de la voix n’est pas du tout le même qu’en français. Et ce challenge m’a beaucoup plu. Quitte à faire un truc toute seule, autant faire quelque chose que je n’avais jamais fait.

Abordes-tu des sujets différents en anglais, ou différemment ?

Pas du tout, là, il y a une constante dans tous ce que j’ai pu écrire. Je parle essentiellement de développement personnel. C’est un sujet qui me passionne et me fascine : la place de l’individu dans le monde qui l’entoure. Comment se voit-on par rapport aux autres ? Comment les autres nous voient-ils ? Comment se situe-t-on par rapport à ça ? À quel moment peut-on échanger avec les autres ? À quel moment doit-on être à l’écoute ? À quel moment doit-on se faire écouter ? Quelle place peut-on prendre ? Quelle place veut-on nous donner ? Tout ça, ce sont des réflexions qui m’intéressent. Et puis, l’amour aussi… c’est une chose qui me passionne… (sourire)

Henry © Phi

Donc le fil rouge qui se trame au fil de ces cinq titres, c’est la place de l’individu au sein de notre société.

Complètement. Les rapports entre les uns et les autres. C’est un sujet qui me passionne. Les choix que nous sommes amenés à prendre, également, c’est très intéressant. Avoir le choix de faire telle ou telle chose et puis prendre une décision, ce qui n’est jamais chose évidente. Ce sont des sujets qui me passionnent et que j’aime développer en musique. Et puis, il y a aussi comme fil rouge, et même si ça peut paraître un peu cliché, l’amour que l’on peut porter aux autres ou que l’on peut recevoir, c’est passionnant également. (sourire)

Un mot sur le titre de l’EP « Noka Paradise ».

(sourire) Noka, c’est tout simplement le surnom/pseudo que j’avais quand j’ai commencé à jouer en groupe au tout début. Et Paradise, parce que j’ai passé plusieurs années dans un tout petit studio Rue de Paradis à Paris. C’est un choix que j’ai fait un jour dans ma vie pour continuer à faire de la musique. Finalement, à chacun son paradis. Le mien à l’époque était de vivre dans ce minuscule studio au milieu de mon matos et composer sans cesse… Je trouvais ça trop cool. Donc voilà, ce titre est un peu ma manière de présenter mes dix/quinze dernières années de musique. Ce nom de « Noka Paradise » était si logique pour moi que je pensais d’ailleurs appeler le projet ainsi… (sourire) Et en fin de compte, en en discutant avec mon entourage, on a trouvé plus fun d’appeler le projet « Henry ». Ça fait un peu « Henry » au tableau maintenant, présente-nous tes compos… (éclats de rires)

C’est un prénom masculin aussi, « Henry ».

C’est vrai. Mais je n’ai pas choisi mon nom de famille… (rire) Et puis, c’était fun de prendre ce nom. Ayant beaucoup fait de basse dans des groupes de rock’n’roll, j’arrive sur un projet toute seule avec des synthés, c’est très différent de tout ce que j’ai fait auparavant. Arriver avec un prénom de garçon… ça tranche également. Ça m’a bien fait marrer en tout cas.

Henry – « Roads »

On vit aujourd’hui dans un monde d’images. Pour découvrir un projet musical, les gens vont visionner une vidéo avant toute chose. Déjà, quel regard jettes-tu sur ce phénomène? Et puis, quelle place accordes-tu à l’image au sein de ton projet ?

C’est une chance qui nous est donnée de pouvoir penser image avec un projet musical. Après, j’aime changer, donc, c’est important pour moi d’avoir une équipe autour de moi qui me fait plein de propositions différents, que je valide ou non. On a fait un clip pour « Roads » et j’aime l’idée que ce clip est ce qu’il est parce que j’ai travaillé avec ces personnes-là. J’aurais travaillé avec d’autres, ç’aurait donné autre chose. J’aime vraiment quand ça bouillonne, et quand les idées fusent. Même si je donne au départ quelques idées ou quelques pistes, c’est important à mes yeux que les autres puissent s’exprimer et donner leur point de vue. Et comme tu le soulignes, l’image a une grande importance dans ce projet. Et j’espère que cette idée va grandir. Là, on n’est qu’au début… On a fait qu’un clip, une live session et une pochette. En tout cas développer le projet « Henry » en images est enthousiasmant.

La vidéo de « All models are wrong » est rock et brute, tandis que le clip de « Roads » est plus pop et faussement naïf...

Dans notre tête, la vidéo de « All models are wrong » était une live session, pas un véritable clip. Notre souhait était de montrer ce que « Henry » pouvait donner en live, pour entamer des démarches en ce sens. On s’est retrouvé à disposer les instruments de telle et elle autre manière, à jouer avec les lumières, à créer une mini mise en scène… Au final, tout le monde nous en parle comme d’un clip, mais ça reste une live session, rien d’autre. D’ailleurs, dans cette vidéo, on voit Diego Chappedelaine, le batteur qui m’accompagne sur scène. En revanche, pour « Roads », on a eu cette volonté de rentrer dans le vif du sujet. On a eu la démarche d’aller chercher des références de la Pop Culture. J’adore cet univers-là, autant que celui des musiques électroniques ou celui du gros rock’n’roll. J’adore la Pop, l’électro et le Rock, et je le revendique. Au début d’un projet, il ne faut surtout pas s’autolimiter…

Henry © Phi

C’est quoi la suite ? Une deuxième Ep ? Un album ?

Je n’en ai franchement aucune idée. On a commencé à bosser sur différentes choses avec Fred. Après, je suis autant fascinée par le côté album rock que par cette scène électro qui te permet de sortir un titre puis des remixes et d’avancer à coup de singles. Je n’ai pas d’a priori sur la suite, à vrai dire… Déjà de beaux clips, ça c’est sûr, et de beaux concerts. En attendant, je continue d’écrire des titres… et j’ai hâte de discuter de ces cinq titres avec les gens ! (sourire)

Ça se passe comment sur scène, justement ?

Eh bien, j’ai un set avec Diego Chappedelaine à la batterie et un set toute seule. Je suis donc entourée de mes deux synthés. Et j’aime beaucoup l’idée du duo avec Diego, tout comme j’ai aimé notre travail en duo avec Fred en studio. Le duo est quelque chose qui fonctionne bien. Et comme je n’avais jamais joué en duo auparavant, je m’éclate ! (rires)

« Noka Paradise » est paru sur les plateformes digitales, quid d’une édition physique ?

Un vinyle est prévu pour cet été. L’idée de matérialiser cet EP n’est pas essentielle à mes yeux, je préfère le partager en live, puis en discuter après avec les gens, c’est ça qui m’importe. C’est l’échange qui m’intéresse avant tout. Avec mon parcours indé, je n’accorde pas une importance particulière au fait qu’un disque puisse être disponible partout. S’il l’est à la fin d’un concert, c’est chouette, c’est déjà pas mal. Après, un vinyle, c’est une autre manière de diffuser sa musique. Et puis on ne va pas se mentir… sur un début de projet, avoir un support physique peut aider aussi à la tournée et plein d’autres choses. C’est dans la continuité des choses. Après, personnellement, j’ai adoré écouter des vinyles et je passe mes journées sur iTunes et Spotify. Peu importe la manière dont on écoute une musique, du moment qu’on l’écoute et qu’elle donne envie d’aller voir les artistes sur scène, c’est là l’essentiel.

Henry © Phi

Et puis, quand tu vas à un spectacle, tu aimes ramener un petit souvenir…

C’est comme à la fête foraine, quoi ! (éclats de rire)

Ton premier EP solo vient tout juste de sortir, dans quel état d’esprit es-tu ?

Ce n’est pas si différent qu’avant. J’ai toujours autant envie de faire de la musique et des concerts. Ce qui est très cool, c’est d’avoir un projet avec mes propres compos. C’est très excitant de voir les dates de concerts qui commencent à tomber, ce genre de choses… C’est une première étape validée. On ne va pas dire que j’ai repoussé ce moment pendant des années, mais ça ne m’intéressait pas véritablement de me lancer dans un projet toute seule. Mais maintenant que c’est fait, je trouve que ça peut être aussi cool que d’être en groupe. J’ai l’impression de faire quelque chose de nouveau, et ça, c’est excitant.

Propos recueillis par Luc Dehon le 18 avril 2019.
Photos : Phi, Sébastien kunz

Liens utiles :
Site officiel : https://www.henrymusic.fr/
Facebook : https://www.facebook.com/audreyhenrymusician/









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