Interview de Mo Cushle

Propos recueillis par IdolesMag.com le 19/03/2019.
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Mo Cushle - DR

Mo Cushle, « Ma Chair, Mon Sang » en gaélique, a publié le 15 mars dernier son premier album, un recueil de onze titres, chacun dédié à une partie du corps, qui esquissent un autoportrait artistique et poétique. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de Marion Corrales pour évoquer ce projet particulièrement riche.

Quel est votre parcours dans les grandes lignes ?

Mo Cushle - Ma Chair, Mon SangD’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours chanté et fait du théâtre. Plus tard, j’ai fait la Tisch School of the Arts à New-York. Après, quand je suis rentrée en France, je suis rentrée dans un collectif de Jazz où j’ai commencé à reprendre les grands standards. De fil en aiguille, j’ai rencontré un guitariste, on a commencé à composer. On a mis une chanson sur Youtube et on a chanté aux Solidays en découverte. Là, on a rencontré un tourneur. À partir de ce moment, pendant trois ans, on a beaucoup fait de premières parties et de spectacles, ce qui nous a permis de rencontrer plein de gens et d’autres artistes. J’ai essayé de travailler avec d’autres formations… Ce qui fait qu’on a commencé à enregistrer assez tard.

Comment avez-vous construit les morceaux ?

Les morceaux ont été construits en live avec les gens, du moins en fonction du live. En fonction des artistes pour lesquels on assurait les premières parties, on adaptait nos compositions, plus rock, plus soul, plus douces…

Mo Cushle - Fais tes valises

Toutes vos chansons tissent un lien étroit entre la musique, les mots et la chair. Était-ce votre souhait quand vous avez commencé à écrire ?

Franchement, ça c’est fait au fil du temps… Je chantais donc dans un collectif de Jazz à l’époque et je composais pendant les périodes de battement. Le guitariste a commencé à poser des accords et les chansons sont nées plutôt lors d’impros entre deux standards. C’est là que je me suis dit que ces compositions hyper spontanées, on ne pouvait pas les laisser s’envoler, qu’il fallait les enregistrer. On a donc commencé à les travailler plus consciencieusement. C’est après, et après quelques années de réflexion, que s’est dessinée la trame du corps, de la chair et de l’Art Thérapie. L’enquête pour savoir d’où ces chansons sortaient, je l’ai menée après. Au départ, ces chansons étaient même chantées en anglais et c’est, arrivée en studio que je me suis dit que non, il fallait que les gens comprennent ces histoires, qu’il fallait les écrire en français. Je ne me suis pas bornée à des traductions, j’ai véritablement réécrit ces chansons entièrement en français. Après, je suis partie à San Francisco pour étudier avec Anna Halprin, une chorégraphe américaine. Elle s’est guérie du cancer par le mouvement, l’écriture créative et la danse. Son approche passe par l’autoportrait. Dans chaque partie du corps, une histoire est enfermée. Quand j’ai suivi cette formation, je me suis rendue compte que ces chansons dont je ne savais pas trop quoi faire étaient toutes connectées avec une partie du corps. C’est là que je me suis décidée à faire une sorte de thérapie en musique avec cet album… (sourire)

Mo Cushle © Emma Geraud

Les chansons ont donc beaucoup bougé au fil du temps.

Oh oui ! Une chanson comme « À pleines dents » a dû connaître au moins 25 versions. Je l’ai jouée avec plein de gens différents. Pareil pour « Ivory » ou « Fahrenheit ». D’ailleurs à propos de cette chanson, j’ai souhaité mettre sur l’album la première version sortie d’impro. Je voulais qu’il reste sur ce disque une trace de la première guitare, comme pour marquer cette façon de travailler qui a été la mienne. Toutes les chansons sont sorties par le lâcher prise et comme rien ne s’est passé comme habituellement (label, tourneur, etc…), j’ai été amenée à faire d’autres choses, voyager, apprendre,… et l’album a pris forme au fil du temps, il a changé, il s’est façonné. Même si ça reste abscons et qu’il y a plusieurs couches de lectures, j’espère que les chansons peuvent parler à tout le monde. (sourire)

Vous avez « nourri » vos chansons.

Oui, elles ont été créées et recréées par le corps, la danse, le théâtre, la musique… Cet album, c’est un peu une façon pour moi de déposer quelque chose dans le monde, de me fixer.

Mo Cushle - Ivory

Un mot sur le visuel qui entoure le projet. Que ce soit le livret (les illustrations, les planches anatomiques, la texture du papier…), les clips, le live… Vous accordez beaucoup d’importance à cette partie de votre travail.

Une chanson, ça part toujours d’une image. Étant très cinéphile, beaucoup sont nées d’images de films. « Les enchaînés » vient d’un film de Hitchcock, « Fais tes valises » s’inspire d’ « Under Milk Wood » de Dylan Thomas, mais aussi du film avec Richard Burton, Elizabeth Taylor et Peter O’Toole. C’est sûr que je pense une chanson en images avant tout. Pour moi, la musique, c’est un tout. Ce sont des images, des mouvements, des couleurs… Et c’est pour cette raison que j’ai souhaité faire un spectacle et pas un concert pour lancer l’album. Chaque chanson se passe dans un endroit différent. J’ai emmené les gens dans un lieu atypique, une boîte de nuit un peu lynchienne, une sorte de Red Room, en fait. À chaque fois, c’est un personnage différent qui chante la chanson. On m’a tellement reproché le manque de cohérence entre mes chansons, que je me suis dit qu’il fallait que j’aille à fond dans cette idée et que chaque chanson devait raconter une histoire différente et soit chantée par un personnage différent. C’est aussi cette différence que je revendique, je ne souhaite pas être réduite à une case ou un style. J’ai envie de chanter, de jouer la comédie, j’ai envie de construire du théâtre d’images… L’idée des planches anatomiques du livret, elle, vient de Mary Shelley et Frankenstein. Le visuel de l’album, cette femme enfermée dans une bibliothèque, est de Maria Friberg, est une photo qui m’avait profondément marquée lorsque j’avais été voir son expo à Stockholm. Quand je lui ai demandé si elle acceptait que j’utilise cette image pour la pochette de mon album, elle a tout de suite accepté et m’a proposé de venir performer dans la galerie… C’était une super rencontre. J’aimais la symbolique de ce corps enfermé de livres, et quand on feuillette le livret, on retrouve ce même corps éclaté. La texture du papier, aussi, et ça me fait plaisir que vous l’ayez souligné. Je voulais la texture si particulière du papier recyclé. Je suis sensible à tous ces détails qui peuvent faire partie du passé pour certains, mais qui sont essentiels à mes yeux. (sourire)

Y a-t-il une chanson pour laquelle vous avez une petite tendresse particulière ?

« Le morceau de cire » est probablement le morceau qui a connu le plus de changements… et qui a mené le projet. Émotionnellement, il s’est passé beaucoup de choses autour de ce titre. Initialement écrit en anglais, je l’ai adapté en français en studio. La première écoute a été catastrophique. La personne concernée a beaucoup souffert en l’écoutant et je me suis rendue compte, là, de l’impact d’une chanson. Je me cachais derrière l’anglais parce que j’avais peur d’être entendue vraiment. L’écrire en français m’a libérée d’une certaine manière. Ça m’a permis de comprendre que l’Art devait être complet et entier, qu’on ne pouvait pas se mentir à soi-même. Et ce cheminement vaut le coup… (sourire)

Mo Cushle - DR

Les chansons ont connu de nombreuses versions au fil du temps, est-ce que la validation des bandes définitives a été facile ?

Bizarrement, oui. (rires) Le processus de sélection et de création a été tellement long et fastidieux,  que paradoxalement la validation définitive a été assez fluide et évidente.

« Ma Chair, mon Sang » existe aujourd’hui. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

C’est une intersection dans ma vie. J’avais besoin de poser ces choses-là, que les gens puissent se l’approprier. Je le vois comme le début d’une aventure. J’ai déjà de nouvelles chansons, il y a plein de choses qui arrivent… Cet album va vivre aussi à travers le spectacle. J’espère qu’il va se passer plein de choses. C’est une pierre de touche, cet album. Il reste en mouvement, même si à un moment donné il faut bien poser quelque chose… (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 19 mars 2019.
Photos : Emma Géraud, DR

Liens utiles:
Site officiel : https://www.mocushle.com
Facebook : https://www.facebook.com/mocushlemusic









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