Interview de Emma Solal

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/07/2018.
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Emma Solal, L'amour et c'est tout © Letizia Le fur

Après la douceur de ses « Robes du soir » et ses « Messages Personnels », Emma Solal revient avec un tout nouvel album composé de chansons originales, produit par Nicolas Vidal, « L’amour, et c’est tout… ». Un album chatoyant et résolument up tempo qui nuance la mélancolie de l’artiste de couleurs pop et électro. Un pari audacieux pour cette artiste plutôt habituée aux airs jazzy, mais qui sied  parfaitement à sa personnalité. De l’émotion. Beaucoup d’émotions. Des émotions plurielles et arc-en-ciel. Du sentiment. Beaucoup de sentiments. Des sentiments multiples et singuliers. En bref, de « L’amour, et c’est tout… » (Et c’est déjà pas mal)

Revenons un instant sur vos « Messages Personnels » à Françoise Hardy. Que retenez-vous de cette aventure ? Et que s’est-il passé à la suite de celle-ci, qui a été le terreau de ce nouveau disque.

« Messages Personnels » a été une aventure délicieuse. Déjà parce que les chansons de Françoise Hardy me touchent infiniment, elles emportent avec elles une grande mélancolie et cette part de mélancolie, c’est une part de moi. Une part totalement assumée. Je dis bien une part, parce que par ailleurs je suis aussi solaire et joyeuse, je pense (sourire). Cette mélancolie que je porte était déjà très présente sur mon premier album, « Robes du soir », et le fait de revisiter ces chansons qui tournent autour du lien amoureux et de la mélancolie amoureuse, a été une très belle aventure. J’ai essayé de leur apporter une couleur différente, un peu plus jazzy, avec un guitariste et un percussionniste, Paul Abirached et Philippe Istria. On a joué ce spectacle pendant deux fois quatre mois au Théâtre des Déchargeurs en 2015/2016. Ça a été vraiment une très belle aventure. C’était très touchant aussi parce qu’on avait pas mal de gens dans le public qui regrettaient de ne jamais avoir pu voir Françoise Hardy sur scène, puisqu’elle a arrêté très jeune. On a eu des retours très touchants. Je n’en garde que de beaux souvenirs. Après, comme je ne suis pas une chanteuse de reprises, j’ai eu envie de retrouver une couleur personnelle. J’ai donc commencé à travailler avec Nicolas Vidal, qui est auteur, compositeur, arrangeur…

Qu’est-ce qui vous a donné envie de partir dans ce nouveau projet avec Nicolas Vidal, justement ?

Nous avions envie de travailler ensemble depuis un moment. Il était venu me rejoindre sur scène à plusieurs reprises pour chanter en duo un titre de Françoise Hardy, « Effeuille-moi le cœur ». De là est né le désir de travailler ensemble. Du coup, on est partis tous les deux à deux reprises à la campagne et nous avons commencé à travailler sur ce nouvel album.

Emma Solal © Letizia Le fur

Quelles étaient vos envies à cette époque ? Parce que musicalement, ce nouvel album marque un net virage. Je ne vais pas aller jusqu’à dire que vous devenez Pop Idol ou Disco Queen, mais quand même… il est clairement plus pop, plus up tempo, tout en restant, évidemment très mélancolique…

(éclats de rires) J’avais envie effectivement d’aller vers des couleurs plus pop, plus contemporaines, plus dansantes, plus colorées, tout en gardant ma base mélancolique et en restant sur quelque chose d’assez intime. Ça correspondait, je pense également, à une évolution personnelle. Du coup, la rencontre avec Nicolas est devenue une évidence, puisqu’elle a pu matérialiser cette envie que j’avais.

Valentin Aubert (aka Aube) a également contribué à ce son plus contemporain.

Tout à fait. Il a d’ailleurs arrangé aussi l’album de Nicolas. Valentin est un jeune musicien compositeur et arrangeur qui a une formation de jazz. C’est assez amusant d’ailleurs parce qu’il a eu comme professeur de guitare Pascal Nicol qui m’accompagnait sur mon premier album. Il a donc cette formation de jazz et à la fois aujourd’hui, il fait beaucoup d’électro. Il était donc « l’homme de la situation » également. Valentin est aussi quelqu’un de plus jeune, qui apporte une autre vision de la musique, plus pop, plus contemporaine. Comme vous le voyez, il y a eu un bel alignement de planètes autour de la conception de cet album.

De quoi aviez-vous envie de parler ? Le titre donne déjà quelques pistes, « L’amour, et c’est tout… »

(sourire) Finalement, tout ce qui touche à l’intime me parle. Alors, évidemment, l’amour me parle… « Au bar de l’hôtel » est l’histoire d’une femme dont je ne sais pas grand-chose et qui attend quelqu’un qui ne vient pas… « La femme d’une star », c’est le destin d’une femme qui attend son homme qui est sous le feu des projecteurs… Il y a beaucoup de chansons qui tournent autour de l’amour. C’est ce qu’on me propose et c’est là que je me sens le plus amème de transcrire des émotions. C’est un terrain qui me correspond complètement. J’ai beaucoup de respect pour tous ces artistes qui vont sur des terrains plus sociaux, plus d’actualité, mais, aujourd’hui, ce n’est pas ce que je recherche. Je suis plutôt dans l’exploration de l’intime, de ce lien qui nous lie à l’autre. C’est ce qui me touche le plus particulièrement.

Emma Solal feat. Nicolas Vidal – « Baisers Illicites »

Nous avons évoqué Nicolas Vidal et Valentin Aubert qui vous accompagnent dans ce projet, mais on retrouve également Éric Chemouny et Pierre Faa, vos deux complices…

Effectivement. Ça a été un très grand plaisir de retravailler avec eux deux. Avec Pierre, nous avions enregistré l’album « Messages Personnels ». Nous l’avions enregistré chez lui et c’est lui qui l’avait arrangé. Donc, j’étais très contente d’avoir deux de ses chansons sur ce nouvel album. Éric Chemouny, lui, m’avait écrit une très jolie chanson sur mon premier album, « Dernier jour du printemps ». Il m’a proposé pour ce nouvel album « La femme d’une star », dont la musique est signée Jérémie Kisling. Éric a une très belle plume. Il y a une espèce de douce mélancolie dans ce titre, qui me correspond très bien. Donc, oui, c’était un très grand plaisir de retravailler avec eux à nouveaux.

Je trouve la rencontre de vos deux univers assez intéressante avec Jérémie Kisling. Est-ce vous qui avez suggéré son nom ou est-il arrivé sur le projet par l’intermédiaire d’Éric Chemouny ?

Quand Éric m’a proposé cette chanson, Jérémie en avait effectivement déjà composé la musique. Mais je suis d’accord avec vous, je trouve que nous avons des univers qui se correspondent et qui se répondent. Je suis en tout cas ravie qu’il fasse partie de ce disque.

Grégory Gabriel vous rejoint également.

Oui. Il a écrit « Au bar de l’hôtel ». C’est un artiste que j’ai découvert récemment grâce à Pierre Faa. Il a mis en musique récemment des poèmes de Musset. Le mélange de la langue de Musset et de sa musique très contemporaine est très beau.

Constance Petrelli a co-écrit deux titres avec Nicolas Vidal.

Constance a monté un groupe qui s’appelle « Une Femme Mariée » et je suis très contente d’avoir une femme, mariée ou pas d’ailleurs, sur cet album ! (rires) J’adore son travail. Je suis assez fière de cette belle palette d’auteurs et compositeurs qui m’ont écrit des chansons.

Emma Solal, Nicolas Vidal © Letizia Le fur

C’est votre duo avec Nicolas Vidal « Baisers Illicites » qui a été choisi en premier extrait. Pour quelle raison ? Pour indiquer au public votre collaboration ou plutôt pour répondre à tous ces relents homophobes qui sont remontés ces derniers temps ?

Il y a un peu des deux. Vous savez, j’ai beaucoup d’amis homos et pour moi, c’est une question que je ne me pose pas. C’est normal. C’est naturel. Maintenant, comme vous le dites, on ne peut que regretter tous ces comportements homophobes archaïques et malveillants. Après, le choix de ce premier single avec Nicolas, qui ne cache pas aimer les garçons, était plutôt une façon pour nous d’annoncer notre collaboration. C’était également une passerelle, un petit clin d’œil puisqu’il sortait son album « Bleu Piscine » au même moment. « Baisers Illicites » faisait un lien parfait entre notre collaboration, la sortie de son album et l’annonce du mien.

L’atmosphère du clip est très « Almodovar ».

Nous cherchions une idée autour de l’exploration du désir. On voulait également un clin d’œil au cinéma d’Almodovar et de Lynch. On avait envie d’images d’un autre temps, totalement fantasmagoriques.

Un autre clip, en support de « L’amour, et c’est tout » a également été réalisé.

Effectivement. C’est le titre qui donne son nom à l’album, et c’est la raison pour laquelle nous avons choisi de le sortir dans le même temps que l’album. On a tourné à la BNF avec deux danseurs de danse contemporaine. C’est une sorte d’illustration de l’élan de l’album. Il y a une chorégraphie contemporaine avec des portés, qui me plait énormément. Je suis un peu moins présente sur ce clip, pour justement laisser toute sa place à la danse. Il y a quelque chose de très urbain dans ce clip, et de très enlevé également. Nous avons souhaité enchanter un lieu avec de la danse. Les chorégraphies de ces danseurs saisis par l’amour et qui s’envolent, trouvent un bel écho avec la chanson et lui apportent de la profondeur, je trouve.

D’autres clips sont-ils envisagés ?

On y réfléchit sérieusement, mais il n’y a encore rien d’arrêté. Aujourd’hui, je suis très consciente que la vidéo est un vecteur essentiel pour toucher un plus large public, peut-être un public plus jeune aussi.

Emma Solal – « L’amour et c’est tout »

Effectivement, à notre époque quand on parle de musique à quelqu’un, il va naturellement se diriger vers de l’image, et plus encore de la vidéo…

Notre monde bouge et évolue. Les choses ne sont plus forcément telles que nous les avons connues. La difficulté pour nous, chanteurs et chanteuses, c’est que nous ne sommes pas forcément tous comédiens. Il y a donc là une difficulté à franchir. Au-delà de ce point de vue, il faut aussi se rendre compte que le tournage d’un clip nécessite un certain budget pour proposer un travail de belle qualité. Ce n’est pas évident de se mettre en avant sur une vidéo qui est amenée à être diffusée le plus largement possible. Ça engage un niveau d’exigence et de qualité différent. Quand on est en autoproduction, il faut faire preuve de créativité et trouver les moyens de faire de belles choses sans forcément avoir les apports financiers qu’on peut avoir lorsqu’on est signé dans un label. Ce n’est pas toujours facile à concilier.

Un mot sur Monica Vitti, à qui vous dédiez une chanson. Que représente-t-elle pour vous ?

Etant d’origine italienne, c’est une figure qui me parle beaucoup. Monica Vitti est un peu « la » femme. Elle porte en elle aussi tout ce cinéma italien flamboyant, avec cette mélancolie et ses zones un peu plus sombres. C’est une figure de femme très inspirante. C’est une chanson qui a été écrite et composée par Nicolas Vidal, sachant que j’étais d’origine italienne et que j’avais passé beaucoup de temps en Italie plus jeune. Et j’ai trouvé que c’était un beau clin d’œil à cette femme et à l’Italie.

De toutes les chansons, y en a-t-il une pour laquelle vous avez une petite tendresse toute particulière ?

J’ai envie de vous répondre « L’amour, et c’est tout », qui donne d’ailleurs son nom à l’album. Au-delà de ce qu’elle raconte, elle donne la couleur et le ton de l’album. Et forcément, tout ce que ça change pour moi. C’est une des premières que Nicolas a écrites. Ça devait faire trois ou quatre ans qu’il l’avait dans ses tiroirs, et elle s’appelait autrement. Il l’avait écrite pour lui à la base et il l’a complètement modifiée pour me l’offrir. J’adore cette chanson, j’adore le rythme de ses mots et ce dont elle parle. Elle reflète à la fois bien mon état d’esprit actuel et la couleur de l’album. C’est une chanson légère, certes, mais j’aime cette légèreté, ce clin d’œil, je dirais même cette pointe d’humour, dans un monde qui n’est pas toujours facile à vivre, un monde dans lequel on est parfois un peu… beaucoup… chahutés. (sourire) C’est une chanson qui reflète bien ce que j’ai envie de partager avec le public aujourd’hui. De la bienveillance, de la poésie, et du rapport à l’autre.

C’est tout à fait subjectif, mais je trouve que vous vous affirmez beaucoup plus sur ce disque que sur les précédents. Peut-être est-ce dû à vos prises de voix en studio après avoir beaucoup chanté sur scène, aux arrangements ou même au mix peut-être? Êtes-vous d’accord avec moi ?

Je ne sais pas trop quoi vous répondre, mais ça me touche que vous me disiez ça… Je pense que je suis plus moi-même sur ce disque. Le fait d’avoir eu l’envie d’aller vers cette couleur plus contemporaine m’a peut-être permis de m’exprimer plus, ou mieux. Je ne sais pas très bien comment le décrire. Evidemment, la voix se travaille au fil du temps, ce n’est plus un premier album, et comme vous le dites, il y a eu beaucoup de concerts autour de « Messages Personnels »… Ce qui a forcément joué sur l’énergie que j’avais lorsque je suis rentrée en studio. Et puis, j’avais un tel plaisir à chanter ces chansons… Je me sens vraiment en phase avec cet univers musical et ces nouvelles couleurs. C’est un album que j’ai envie de porter avec fierté.

Des scènes sont-elles prévues ?

Oui. Il y a notamment un showcase à l’Hôtel Pigalle le 11 octobre. Et après, j’espère prolonger à Paris, peut-être en province et même à l’étranger. J’ai le projet d’aller chanter en Corée l’année prochaine, j’ai un distributeur là-bas. Ça me séduit l’idée d’aller à la rencontre d’un public différent, le public asiatique. J’y chanterai certainement un mélange de chansons de cet album, du premier et de quelques chansons de Françoise Hardy.

Emma Solal © Letizia Le fur

En Asie, il y a un réel engouement pour la chanson française.

Oui. Ils aiment beaucoup ce côté un peu « carte postale ». Il y a une communauté française là-bas et puis également une jeunesse qui aime la chanson française. Mon ami Pierre Faa me raconte souvent d’ailleurs combien il est ému quand il va là-bas et qu’il rencontre tous ces jeunes qui connaissent ses chansons par cœur. Je suis très curieuse de découvrir ce public en tout cas.

Allez-vous réarranger vos anciennes chansons pour les amener sur scène dans la couleur des nouvelles ?

Certaines, oui, essentiellement celles qui se prêtent aux sonorités électro. C’est le cas de « Robe du soir » qui a été originellement composée au clavier. Après, a priori sur scène, il y aura uniquement des claviers. Donc, on va voir comment les chansons se glissent dans ces couleurs, mais je pense garder également des piano-voix assez simples pour amener du relief et avoir des chansons un peu plus dépouillées, comme celles de Françoise Hardy qui s’y prêtent bien. Sur le spectacle « Messages Personnels », je chantais un titre presque a cappella. J’aime garder une certaine liberté sur scène et apporter du contraste. Ça permet d’explorer d’autres humeurs, de toucher des émotions différentes.

Votre nouvel album sort à peine, mais êtes-vous déjà en route vers le suivant ?

Oui… J’ai un projet autour de l’amour, toujours et encore, mais dont je préfère ne pas encore trop parler au jour d’aujourd’hui.

Propos recueillis par Luc Dehon le 10 juillet 2018.
Photos : Letizia Le fur
Réalisateur des deux clips : Christophe Léopold Lafont

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Twitter : @EmmaSolal | https://twitter.com/emmasolal?lang=fr









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