Interview de Elsa Kopf

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/07/2018.
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Elsa Kopf, La vie Sauvage

Elsa Kopf revient le 14 septembre avec un excellent nouvel EP, le bien nommé « La Vie Sauvage », dans lequel l’artiste s’adonne à une électro aux rythmes instinctifs, presque tribaux. Chouette idée ! C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à sa rencontre pour évoquer sa découverte de la production électro et tous ces nouveaux possibles qui s’ouvrent à elle. Rencontre avec une artiste… sauvage mais tellement attachante !

Vous venez certes d’une famille de musiciens et d’artistes, mais quand on écoute tout ce que vous avez pu produire ou les projets sur lesquels vous avez travaillé, on se dit que vous devez avoir des influences très variées… Quelle musique avez-vous écouté dans votre petite enfance ?

Mes parents étaient de vrais mélomanes et je me souviens que nous écoutions de tout. Et quand je dis de tout… nous écoutions le CD d’un chanteur japonais qui chantait des chants Tyroliens ! (sourire) C’est vous dire… Et en même temps, mon père écoutait de l’électro. Au début des années 80, il s’intéressait beaucoup aux nouvelles musiques. Dans le même temps, on écoutait les disques de Joni Mitchell, des Beatles, … Enfant, j’étais une grande fan d’Elvis. Quand j’y repense, j’ai écouté beaucoup de styles de musiques différents, de la musique contemporaine au rock en passant par le jazz, la pop et la chanson. Et dans le même temps, j’ai le souvenir que mes parents faisaient beaucoup de musique à la maison. On avait un piano et une salle de musique dans laquelle on jouait avec nos voisins du dessous qui étaient, eux-aussi, musiciens. On faisait toujours de grandes fêtes autour du piano. Vous comprenez bien que je n’aurais pas pu faire autre chose… (rires)

Vers quel âge avez-vous commencé à écrire des chansons ?

Ma première grande œuvre remonte à mes quatre ans. J’avais enregistré une cassette genre « École des Fans ». C’était mon émission préférée parce qu’il y avait des enfants qui y chantaient. J’avais donc enregistré une chanson, j’ai retrouvé la cassette, et cette chanson s’appelait « Je n’ai pas su les mots que tu voulais ». C’était déjà tout un programme ! (rires)

Quelle était la source à cette époque ? Était-ce un jeu ?

C’était un mélange de jeu et de mimétisme. J’avais envie de faire comme mes parents. Ma mère a écrit une chanson dans les années 80 qui est devenue un succès [« Femme Libérée » de Cookie Dingler, NDLR], et quand j’avais quatre ans, je la voyais parfois à la télévision. J’ai rapidement compris que c’était un métier, le sien en l’occurrence, et celui que je voudrais exercer aussi.

Elsa Kopf, DR

Avec le temps, est-ce que la source a changé, même si aujourd’hui, vous le faites professionnellement ?

Non… J’ai toujours entendu des chansons dans ma tête, j’ai toujours fredonné des airs, j’ai toujours entendu passer des mélodies et eu envie de les capter. C’est à l’adolescence que j’ai commencé à les poser avec une guitare et à les attraper. J’ai toujours fait ça, du plus loin que je m’en souvienne…

Venons-en à votre nouvel Ep, « La Vie Sauvage ». Vous dites dans votre bio que le disque a été enregistré dans un manoir hollandais, au milieu des paons et des biches, et je crois savoir que vous en avez écrit les chansons essentiellement dans une caravane à Ibiza… Il porte drôlement bien son nom, cet EP ! Racontez-moi un peu son parcours, sa vie sauvage…

(sourire) Effectivement, j’ai écrit la plupart des morceaux dans une vieille caravane sous un caroubier à Ibiza sur un Ipad et pas grand-chose d’autre. C’était très bien comme ça. J’avais envie de faire quelque chose de totalement différent de ce que j’avais pu faire de par le passé, quelque chose de très spontané et très impulsif. Véritablement comme une pulsion. J’avais envie de casser les codes dont j’avais l’habitude. J’avais aussi des envies de sons électroniques. Avec le recul, je pense que j’avais l’envie secrète d’apprendre à faire de la production musicale électro, mais je n’osais pas. J’ai donc fait appel à Marnix Dorrestein [aka Whoisix, qui a également travaillé avec Brisa Roché, NDLR], qui m’a encouragé à apprendre à travailler sur les logiciels électro. Ce que je fais aujourd’hui encore et qui m’amuse follement. J’irais même plus loin en disant que c’est une nouvelle source d’inspiration pour moi. Ça m’ouvre tout un tas de portes dont j’ignorais l’existence, c’est véritablement comme si j’apprenais à jouer d’un nouvel instrument de musique. Avec la guitare, j’ai composé beaucoup de morceaux et j’ai eu l’impression de tourner en rond. Là, c’est un tout nouvel univers qui s’ouvre à moi et j’ai plein de choses à dire et à découvrir !

Vous aviez déjà travaillé avec Marnix précédemment.

Effectivement, nous avions travaillé sur un remix de « Cherry Blossom Rain ». J’avais beaucoup aimé l’univers vers lequel il avait amené la chanson, totalement différent. Marnix est surprenant. C’est donc tout naturellement que je lui ai demandé de travailler sur cet EP.

Elsa Kopf – « La Vie Sauvage »

Mis à part l’apprentissage de la production électro, avec le recul, qu’a-t-il apporté à vos compositions ?

Il est très fort en rythme, il a d’ailleurs notamment étudié les percussions africaines. Donc, je pense qu’il m’a apporté des rythmes que je n’aurais jamais pu faire. Je travaille mes rythmes en amateur… (sourire) C’est donc ce sens inné du rythme, et une touche indé, qu’il a apporté à mes chansons. Je n’ai pas du tout la même approche que lui point de vue arrangements, et j’aime son minimalisme. Il arrive à faire quelque chose de dépouillé et paradoxalement très construit. C’était en tout cas très enrichissant de travailler avec lui.

Les textes sont écrits en français, en anglais et en allemand. Mis à part techniquement, abordez-vous l’écriture de la même manière dans une langue ou dans l’autre ?

Je pense que oui. C’est toujours très naturel quand je pose un mot, que ce soit dans une langue que je maitrise ou une dont je ne parle que cinq mots. Si j’ai des choses que j’ai envie d’exprimer, je les exprime, peu importe la langue, finalement. Là aussi, ça reste une démarche très instinctive. Après, c’est vrai que l’allemand se prête mieux à l’électro qu’à la bossa nova… Pareil pour le français, ça marche très bien avec ce côté pop électro. Il y a d’ailleurs toute une nouvelle scène française qui fait ça en ce moment, et j’aime beaucoup. Il y a quelque chose de désinvolte là-dedans. Finalement, toutes les langues sont belles, et le plus important, c’est que la personne qui les chante le fasse avec son cœur. C’est ça qui est important.

Elsa Kopf, DR

Je n’aime pas rentrer dans l’explication de texte qui reste assez scolaire et n’a pas grand intérêt, mais selon vous, y a-t-il un fil rouge qui relie toutes les chansons de cet EP ?

Le fil rouge… c’est moi comme d’habitude ! (sourire) [Elsa réfléchit] C’est à vrai dire une question que je ne m’étais jamais posée… Je ne pense pas qu’il y ait un véritable fil conducteur dans les textes, mais plutôt dans les arrangements. Toutes les chansons sont parties des musiques, bien qu’il n’y ait pas de règle. Il y a plusieurs rythmes, plusieurs tempos, plusieurs énergies et les paroles suivent l’émotion primitive que me procure la mélodie. C’est ça qui me guide, en fait.

De toutes les chansons qui figurent sur cet EP, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je ne pense pas forcément à ce que le texte raconte, mais plutôt à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pendant son écriture, sa composition, son enregistrement, et qui pourrait permettre à l’auditeur de l’écouter différemment.

J’ai forcément de la tendresse pour toutes, mais peut-être une tendresse toute particulière pour la première que j’ai écrite, « The Glamour, The Glory ». C’est elle qui m’a permis de partir sur ce projet électro. J’avais juste un petit refrain que je fredonnais dans ma tête et ça a été le point de départ de cet EP. J’ai joué le morceau à Marnix et en cinq minutes, il a fait la ligne d’arrangements qui est très proche de la définitive. Cette chanson a été le fer de lance qui m’a motivée à m’embarquer dans cette nouvelle aventure. Et puis, il y a aussi une petite anecdote avec la plus ancienne, « Ta révolution ». Je l’ai écrite il y a quelques années et je n’arrivais pas à la placer sur mes autres projets. J’ai écrit cette chanson en 2012, quelque chose comme ça. Entre temps, nous avons eu l’élection présidentielle, avec le mouvement « En Marche » d’Emmanuel Macron. J’étais très embêtée parce que c’était vraiment les mêmes mots que ceux de mon refrain… il faut croire que c’étaient des mots dans l’air du temps ! « En marche, en marche, ta révolution est en marche »… (sourire) Du coup, avec ce mouvement politique, mes mots ont pris une autre signification. Je trouvais ça un peu gênant… mais Marnix m’a poussé à l’insérer sur le EP. C’était un titre que j’aimais beaucoup, et je suis très contente de ce choix en définitive.

Elsa Kopf – « The Glamour The Glory »

Quelle suite envisagez-vous de donner à cet EP ? Un nouveau projet dans le même mood ? Un Ep ? Un album ?

On va rester dans ce mood-là, mais en pire ! (éclats de rires) C’est moi qui réaliserai ce disque. Je suis déchaînée en ce moment, je fuse de partout. J’ai dépassé allègrement le cadre de ce que je faisais avant et je m’amuse follement ! Sur le plan créatif, c’est hyper intéressant, après j’espère que les gens vont me suivre. Je tends vers quelque chose de plus en plus électro, de plus en plus festif… Et comme j’arrive à reproduire de plus en plus facilement ce que j’ai envie d’entendre, je m’en donne à cœur joie. Je m’amuse de plus en plus dans la production et ce sera un album, je pense. Mon album fait entièrement par moi pour la première fois. Ce sera la première fois que je réaliserai les arrangements, ce sera très chouette ! Je suis impatiente.

Finalement, « La vie sauvage » vous a donné des ailes…

C’est ça, exactement. Ça a été le déclencheur pour aller vers où j’avais envie d’aller, mais où je n’osais pas aller par manque de connaissances, tout simplement. Il n’y a pas encore de chanteuses qui produisent leur musique de cette manière. Je pensais que c’était trop compliqué, trop technique, trop réservé à des geeks… Mais non, jour après jour, pas à pas, on arrive à avancer et oui, ça m’a donné des ailes. Là, comme je suis arrivée à faire ça, je me suis décidée aussi à prendre des cours de danse. Je fais plein de choses aujourd’hui que je ne m’autorisais pas trop, et c’est génial. Tout ça me motive…

Elsa Kopf, DR

Un mot sur le visuel, que ce soit l’image ou la vidéo, très pop, très coloré, un peu décalé. Quelle place lui accordez-vous ?

La plus importante possible puisque j’adore ça. C’est moi qui suis à l’origine de ce visuel. Je savais exactement ce que je voulais et là, pareil, j’ai pris des cours de vidéo pour pouvoir réaliser mon clip moi-même, je voulais vraiment beaucoup de couleurs, du pep, des grilles en noir et blanc. Je voulais jouer avec les codes et mettre tout ce visuel au service de ma musique. « La Vie Sauvage » a été tourné sur fond vert et modifié avec After Effect. Et sur le prochain clip, « The Glamour, The Glory » j’ai invité ma sœur à venir danser avec moi. On a tourné ça à Ibiza. Ça va être assez chouette.

Vous serez le 28 septembre sur la scène du Bus Palladium (Paris 9ème).

On est en train de mettre tout ça en place. Ce sera le showcase de présentation de l’EP. J’ai fait appel à quatre musiciens super talentueux. On commence les répétitions début septembre. J’ai hâte d’amener ce projet sur scène. Comme je fais de la vidéo, des stop motions, de la peinture, il y aura des vidéo projections. Chaque chanson sera habillée par son propre univers.

Vous avez déjà publié trois albums, vous connaissez un succès colossal en Asie (Taïwan, Corée du Sud, Chine), et paradoxalement, vous n’êtes pas la plus connue ici en France. Comment le vivez-vous ?

Il se passe quelque chose d’assez magique en Asie à chaque fois que j’y vais. Je souhaite ça à tous les artistes. Avoir une reconnaissance fait du bien quand on fait ce métier depuis quelques années. Je ne peux pas dire que ce soit sans plaisir… (sourire) Après, j’aimerais que ça se passe également en France. Mais sentir tout cet amour de ces gens qui ne parlent pas ma langue m’a aussi donné des ailes. C’est très beau tout ce qui se passe là-bas… ça m’a fait chaud au cœur. Ça a nourri un besoin de reconnaissance et d’amour en moi, et ça m’a fait du bien. On fait ce métier pour partager les chansons avec un public, et quand on reçoit un écho, eh bien… c’est merveilleux.

Mis à part tout ce dont nous venons de discuter, la sortie de cet EP, les clips, le Bus Palladium… Quels sont vos projets à court et moyen terme ?

À court terme, je vais sortir mon premier Best Of à Taïwan en septembre ! C’est drôle de me dire que je sors déjà un Best Of ! (rires) Du coup, je me sens plus vieille, mais c’est chouette. Et puis, en 2019, il y aura une tournée qui accompagnera ça. Je vais passer dans de nouveaux pays d’Asie où je n’ai pas encore joué, comme la Thaïlande et l’Indonésie, en plus de la Chine, Taïwan et la Corée du Sud. Je suis impatiente !

Propos recueillis par Luc Dehon le 10 juillet 2018.
Photos : DR

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