Interview de Nicolas Vidal

Propos recueillis par IdolesMag.com le 18/07/2018.
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Nicolas Vidal © Sebastien Navosad

Nicolas Vidal, « Pop Boy à Paris » de son état, a publié le 15 juin dernier son troisième album « Bleu Piscine », un album estival, comme son nom l’indique, dans lequel l’artiste s’affranchit de ses influences eighties pour aller taquiner des terrains clairement plus French Touch. Séduits par ce projet, nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur sa genèse, l’occasion également d’évoquer la culture pop, sa récente collaboration avec Emma Solal et tant d’autres choses … Rencontre entre Bleu Majorelle et Bleu de Minuit avec celui qui affirmait il y a quelques années encore que les nuits sereines n’existaient pas…

Evoquons « La vie d’avant », si vous le voulez bien et remontons le temps. Quelle musique vos parents vous ont-ils fait écouter lorsque vous étiez gamin ?

Il y avait deux aspects. Le premier, c’est la grande chanson française avec Brel, Brassens, Ferrat, Nougaro… et le deuxième, un peu plus léger, plus variété, avec France Gall, Michel Berger, Véronique Sanson. Quand j’y repense, Nicolas Vidal, Bleu Piscineils écoutaient aussi des choses plus rock, comme Deep Purple. Assez vite, ce qui m’a plu dans leur discographie, c’est le côté France Gall. C’était la chanteuse qui était le point de rencontre entre ce qu’ils écoutaient et ce que moi j’écoutais lorsque j’étais enfant… Indochine, Elli Medeiros, etc… France Gall était en tout cas celle dont je me réjouissais qu’on passe la cassette dans les voyages en voitures ! (sourire)

Quels sont les artistes qui vous ont donné l’envie d’embrasser ce chemin musical et artistique ?

Adolescent, j’étais clairement plus passionné par le cinéma que par la musique. J’ai fait longtemps du théâtre, j’ai commencé vers douze/treize ans. Ce sont donc plutôt les actrices et les acteurs qui me passionnaient, plus que les chanteuses et les chanteurs, même si j’en adorais certains. J’étais notamment très fan de Béatrice Dalle, qui était, n’ayons pas peur des mots, mon idole. Au niveau chanson, celui qui m’a donné le plus envie de faire de la musique, je dirais que c’est Etienne Daho. Il faisait de la pop et des choses un peu légères, et en même temps, il n’avait pas une grosse voix… une voix qui ne suggérait pas l’obligation de prendre des heures de cours pour pouvoir chanter ! Après, dans les auteurs, adolescent, j’adorais Philippe Djian, qui écrivait d’ailleurs beaucoup de textes pour Stefan Eicher. Ça m’avait vachement marqué l’idée qu’on puisse écrire des romans et des chansons. Vous savez quand j’ai commencé à écrire, je n’écrivais pas du tout des chansons, j’écrivais plutôt des nouvelles ou des choses comme ça. Je me suis mis à la chanson par hasard après avoir rencontré un compositeur qui avait lu mes textes et m’avait dit que ce serait pas mal d’écrire des chansons. 

L’écriture de chanson vient donc des mots, du texte.

Oui, je suis arrivé à la chanson par le texte. J’ai fait un tout petit peu de musique étant enfant, mais je n’ai jamais appris à jouer d’un instrument à proprement parler. Comme je suivais des cours de théâtre, j’avais plutôt envie d’écrire des pièces, en tout cas des textes qui pourraient être joués ou des nouvelles, des histoires courtes ou de petits poèmes. C’est à la fin des années 90/début 2000 que j’ai rencontré un garçon qui s’appelle Sébastien, qui lui avait des groupes, et qui, après avoir lu mes textes, a décidé de les mettre en musique. C’est lui qui m’a incité à écrire des chansons. Puis je me suis pris au jeu. Je trouvais que la chanson était la forme parfaite pour habiller un texte. Dès lors que j’ai commencé à écrire des chansons, je n’ai plus rien écrit d’autre ! (sourire)

L’idée de vous projeter en tant que chanteur a-t-elle été logique pour vous, dans votre parcours ?

Ça a été assez facile. Quand j’ai commencé le théâtre, j’étais dans une compagnie où on chantait déjà beaucoup sur scène. Ce n’était donc pas totalement inconnu pour moi. Je chantais déjà sur scène, mais pas mes propres chansons. Dans mon parcours de comédien, j’avais déjà fait un spectacle avec une amie comédienne avec des chansons. Donc, je connaissais la chanson. Je chantais déjà sur scène. À la suite de ça, lorsque j’ai eu assez de chansons, j’ai voulu faire un spectacle en tant que chanteur pour chanter plus longtemps sur scène et voir si ça me plaisait. Et j’ai adoré, chanter a été une révélation. Je me suis beaucoup mieux senti sur scène en tant que chanteur qu’en tant qu’acteur. Du coup, j’ai assez vite arrêté le théâtre et j’ai décidé d’être chanteur. La chanson me permettait aussi d’être plus maître de ce que je voulais faire. J’écrivais mes textes, je composais mes musiques, même si à l’époque je travaillais avec d’autres musiciens parce que je ne m’étais pas encore mis véritablement au piano. Je devenais maître de ce que je voulais dire, de comment je voulais m’exprimer. En soi, ça a été une petite révolution. (sourire) La chanson a été comme une évidence. Tout se suite, ça m’a beaucoup plus plu que le théâtre, qui, quand j’y repense aujourd’hui, ne me convenait pas. Il y avait trop de codes, trop de carcans.

Nicolas Vidal © Sebastien Navosad

Vous avez déjà publié deux albums avant « Bleu Piscine » (« Des Ecchymoses » en 2011 et « Les nuits sereines n’existent pas » en 2016). Que retenez-vous de ces deux premiers disques ?

De « Des Ecchymoses », je retiens essentiellement la découverte du travail de studio et celle de la création des chansons. C’est le seul album qui a été fait de manière plus collective. Je n’y connaissais pas grand-chose, et j’ai eu besoin d’aide. À l’époque, j’avais pas mal maquetté de titres. J’ai appris à travailler avec différents réalisateurs. J’ai notamment travaillé avec Éric Digaire du groupe Matmatah, qui, sur le papier, est très éloigné de la musique que je voulais faire, je vous l’accorde. Mais justement, c’était cet éloignement qui l’a intéressé. Il avait envie de travailler sur un projet très différent de tout ce qu’il avait pu faire avec Matmatah. Confier mes chansons à des réalisateurs, prendre en compte les idées des autres, apprendre à enregistrer en live… « Des Ecchymoses » m’a appris tout l’aspect technique et humain que requiert la création d’un album. Il y a encore des chansons de ce disque que j’aime beaucoup et que je continue à chanter, « La plage des naturistes » ou « Des Ecchymoses », qui a donné son nom à l’album, par exemple. C’étaient les balbutiements. C’est là que j’ai commencé à aller sur les sons que j’avais envie de faire. Evidemment, je m’étais laissé embarquer sur quelques arrangements que j’ai moins aimés par la suite. Mais c’était le temps de la découverte, je ne savais pas précisément où je voulais aller ni, surtout, comment je pouvais y aller, donc je ne regrette rien.

Sur le deuxième, « Les nuits sereines n’existent pas », là, vous vous êtes beaucoup plus investi personnellement.

Effectivement. J’avais appris comment faire ! (rires) J’avais une idée beaucoup plus précise de ce que je voulais faire et de comment m’y prendre. J’ai travaillé avec Thierry Garacino, qui avait également travaillé sur le premier album. Ça s’est fait un peu dans la continuité, mais nous n’avons travaillé que tous les deux sur ce projet. Il a réussi à trouver le son que je voulais. Au final, je suis assez content de ce deuxième album, je le trouve aujourd’hui encore assez cohérent, même s’il y a des titres en anglais, des instrumentaux… C’est un album du coup qui n’était pas tout à fait celui que j’avais en tête mais dont, au final, je suis très content.

Tout ce travail vous a mené à « Bleu Piscine », où là, clairement, vous êtes à tous les postes ou presque…

Effectivement, pour ce troisième album, j’ai envie de dire que tout s’est fait de manière limpide. Je savais exactement ce que je voulais et comment y arriver. Tout a été très rapide et fait avec beaucoup de spontanéité. Je ne sais pas si ça se ressent…

Nicolas Vidal © Sebastien Navosad

J’allais justement vous poser la question de savoir sur combien de temps s’était étalée la création de cet album, parce que quand on l’écoute, mis à part le titre qui plante parfaitement le décor, on a l’impression d’écouter la bande originale d’un été. On a l’impression que tout s’est fait sur un laps de temps très court, comme si quelques semaines tout au plus avaient été encapsulées sur le disque.

Cette impression est tout à fait juste. Tout s’est fait sur très peu de temps. Ce qui s’est passé, c’est que quand j’ai rencontré Valentin Aubert [aka Aube, NDLR] qui a réalisé l’album, je lui ai proposé de travailler sur un remix de la chanson « Teenager », un extrait de l’album précédent. Je lui ai aussi demandé dans le même temps de travailler sur un titre inédit, « AR (mon amour) » qui aurait dû figurer sur le deuxième album, mais qui n’y a pas trouvé sa place finalement. Au vu du travail qu’il avait fait sur « AR (mon amour) », je me suis dit que c’était exactement le son que je voulais sur mon troisième album. D’ailleurs la version qui figure sur « Bleu Piscine » est sa version, son arrangement. Je lui avais dit que je voulais que ça sonne French Touch, entre Air et Phoenix, quelque chose de très pop et très enlevé. Comme assez vite nous nous sommes bien entendus, nous avons eu envie d’aller plus loin. J’avais un petit budget pour faire un disque, je lui ai demandé s’il accepterait de travailler avec moi sur mon troisième album. À cette époque, l’album n’était pas écrit. J’avais juste trois ou quatre titres maquettés qui auraient dû figurer sur « Les Nuits sereines n’existent pas », mais c’est tout. Il m’a dit banco, il avait envie de travailler avec moi. Nous étions début juin, il était dispo en août. Il me restait deux mois tout au plus pour écrire des chansons et les maquetter. Et c’est ce que j’ai fait. À ce moment-là, j’avais déjà prévu de partir quelques jours en vacances en Corse. J’y ai forcément écrit quelques titres très Bleu Méditerranée et Bleu Piscine. (sourire) J’ai par exemple écrit la chanson « Roche » sur mon téléphone alors que j’étais sur un bateau. Tout a été fait un peu comme ça. Pareil pour la chanson « Bleu Piscine », là, j’étais en Thaïlande face à la mer. Ce décor paradisiaque m’a inspiré une chanson, puisque tout n’est jamais aussi idyllique dans la vie… Toutes les chansons sont nées comme ça. Quand je suis rentré à Paris, je les ai maquettées et quinze jours plus tard, nous rentrions en studio pour enregistrer l’album. Tout s’est passé de manière hyper simple et naturelle. On avait quelques références en tête, et finalement, on s’en est un peu éloignés. On est restés avec Valentin tous les deux enfermés dans la même pièce pendant quelques jours pour arriver à ce « Bleu Piscine » que vous pouvez écouter aujourd’hui. C’est, quand j’y repense aujourd’hui, « AR (mon amour) » qui a donné le La de ce disque.

Si je comprends bien, ces influences moins eighties et plus French Touch, c’était votre envie à vous, pas forcément celle de Valentin. Il a juste été l’homme de la situation.

C’est ça. J’aime beaucoup Phoenix. J’ai tous leurs disques. Je trouve qu’il y a dans leur son quelque chose de très moderne et contemporain, tout en restant dans ce style de pop assez légère qui m’a toujours plu. J’avais vraiment envie de ça sur mon troisième disque parce que je reconnais que « Les nuits sereines n’existent pas » était un peu plus sombre. On me l’a beaucoup dit et je le reconnais, mais c’était une volonté là aussi. À cette époque, j’écoutais beaucoup de pop scandinave et j’avais envie d’aller vers ces sons-là, mélangés avec des sons eighties. Là, j’avais envie de m’affranchir de ces influences eighties, déjà parce qu’on en a beaucoup entendu dans les albums de mes confrères et consœurs ces dernières années, et puis aussi parce que Valentin déteste les années 80. Il a vingt-cinq ans et il n’est pas du tout dans cette nostalgie-là. Il m’avait prévenu, si je voulais aller trop vers un son eighties, il ne pourrait pas m’épauler. Donc, on est partis sur d’autres influences, Phoenix en tête, mais nous nous sommes retrouvés également sur Metronomy. On est donc partis plutôt là-dessus, même si on retrouve quelques clins d’œil aux années 80, comme sur « John », par exemple.

En parlant de « John », racontez-moi un peu l’histoire de ce titre que vous avez coécrit avec Une Femme Mariée, aka Constance Petrelli. Ce titre raconte la chute d’un certain John…

(sourire) À la base, il faut savoir que c’est un titre que nous avons écrit tous les deux avec Constance pour un autre projet, un duo Électro Pop qui s’appelle Vicomte. On a composé et écrit à quatre mains quatre ou cinq titres, dont deux se retrouveront sur le prochain album d’Emma Solal. « John », nous l’avons écrite il y a quelques années déjà. Nous avions eu l’occasion de la jouer lors d’une soirée à Paris en piano/voix. Les gens avaient vachement apprécié le titre, et nous avions gardé le regret de ne pas avoir enregistré cette chanson. Quand j’ai commencé à travailler sur « Bleu Piscine », j’y ai tout de suite repensé, et je me suis dit que nous allions en faire un duo. C’est moi qui avait écrit le texte au départ, puis nous l’avons composée tous les deux. Nous sommes l’un et l’autre très contents qu’il soit enfin enregistré sur un disque, parce que nous l’aimions bien, notre « John » ! (sourire)

Le projet Vicomte est mis entre parenthèses ?

Il a été mis un peu de côté pour des raisons pratiques, mais certainement pas par manque d’envie. Il est fort possible que nous le réactivions un jour prochain. Du coup, il faudrait qu’on réécrive quelques chansons avec Constance…

Sur ce troisième disque, vous évoquez moins votre vécu et plus de vos ressentis. Était-ce une volonté de votre part lorsque vous avez écrit les chansons ou est-ce que ça s’est dessiné un peu malgré vous ?

Ça s’est fait un peu malgré moi… Il se trouve que les chansons qui avaient déjà été écrites en amont, comme « Pop Boy à Paris », qui est la plus ancienne d’ailleurs, parlaient plus de moi… mais sans vraiment parler de moi puisque ce titre en particulier m’avait été inspiré par une tierce personne. Après, dans les chansons les plus récentes, les cinq qui ont été écrites l’été dernier (« Bleu Piscine », « L’amour qui penche », « Roche »,…), c’est vrai que j’ai plus été dans le ressenti et l’émotion que dans le vécu. « L’amour qui penche », par exemple, et « Transe », ce sont deux sujets que j’avais envie d’aborder sans me positionner en donneur de leçons. Là, pour le coup, j’ai eu la démarche de ne pas parler de moi. Je me suis penché sur ce que ces situations avaient pu éveiller en moi. En ce qui concerne le mariage pour tous, j’ai essayé de trouver un angle plus poétique que politique. Donc, là, oui, j’avais une réelle envie de ne pas parler de moi. Après, sans rentrer trop dans les détails, c’est le premier album que j’écris en étant en couple et plutôt heureux, et ça se ressent certainement aussi. J’avais moins envie de parler de choses négatives ou d’histoires d’amours déçues. Il reste tout de même « AR (mon amour) », mais elle a été écrite il y a quelques années. Vous savez, au niveau des textes, je ne réfléchis pas trop à ce que j’écris. Je ne me dis pas que je vais évoquer tel ou tel autre sujet. J’essaye de rester dans l’émotion et les sensations. Je me concentre plus sur la forme, c’est elle qui est importante dans le fond. Mais c’est pas plus mal de parler d’autre chose que de son nombril, au final, non ? (rires)

Nicolas Vidal © Sebastien Navosad

Un mot sur « L’amour qui penche », justement. Est-ce que ça a été facile de prendre le contrepied poétique de la chose, face au déferlement de propos homophobes nauséeux qu’on a pu entendre ? D’aller vers un texte doux, finalement, presque tendre ?

Oui. Je me dis que ces gens-là doivent être bien malheureux d’avoir dépensé autant d’énergie pour quelque chose qui ne les concernaient pas… Au final, ce qui se passe dans nos maisons et nos appartements et le contrat qu’on signe en mairie, ne les concernent pas… Du coup, je pense que c’est eux qui sont à plaindre, pas nous. Dans le même temps, on avait entendu l’histoire de politiques américains hyper conservateurs qui s’étaient retrouvés dans des situations disons cocasses, et j’avais envie de mélanger ces deux idées-là, sans pour autant tirer de leçons de morale. Eux se sont chargés de nous faire la morale, je n’avais pas envie de faire la même chose… (sourire) Je voulais absolument rester léger dans mes propos parce que j’ai horreur quand on fait la morale dans les chansons, je ne pouvais donc pas le faire moi-même. Il fallait trouver l’angle et la formule pour évoquer ce sujet de manière légère. « L’amour qui penche » a fait l’affaire ! Et puis, nous avons vécu ça, mais soyons honnêtes, en France et en Europe, nous ne sommes pas si malheureux que ça non plus ! Il faut être réalistes et ne pas jouer les victimes. J’avais aussi envie de mettre ça en avant.

Dans « La vie d’avant » et quelques autres chansons, vous évoquez le temps perdu et le temps qui passe. Vous angoisse-t-il ce temps qui passe ?

Oh oui ! (rires) J’en parlais déjà dans mon premier album sur la chanson « Mickey Rourke » et sur le deuxième avec « Teenager »… Oui, oui, c’est quelque chose qui m’interpelle plutôt que de m’angoisser véritablement. Vous savez, j’ai toujours l’impression d’avoir quinze ans, même si les cheveux sont grisonnants, et surtout, j’ai peur de perdre ce sentiment. C’est plus ça qui m’obsède que le temps qui passe à proprement parler, puisque par définition, on ne peut pas y faire grand-chose. J’espère rester jeune dans la tête le plus longtemps possible… C’est peut-être un peu ma marotte, mon obsession d’écriture, ce temps qui passe … (sourire)

Mis à part ce temps qui passe, y a-t-il selon vous un autre fil conducteur dans « Bleu Piscine » ?

Je pense que le fil conducteur, c’est véritablement le son. En ce qui concerne les textes, je ne pense pas qu’il y ait un fil conducteur narratif dans « Bleu Piscine », contrairement au précédent, qui lui, en avait clairement un. Dans celui-ci, vu que les chansons ont été écrites à des périodes différentes, on y trouve beaucoup d’idées assez disparates, finalement. Peut-être y a-t-il quelque chose de la perte de l’innocence ? Il y avait quelque chose de plus naïf dans mes précédentes chansons, qui est moins présent aujourd’hui. C’est toujours léger, mais je pense faire plus attention au monde autour de moi, dans mes textes, évidemment. « John » évoque la chute de John Galliano, « La vie d’avant », la perte de l’enfance… Je pense qu’il y a quelque chose de l’ordre de la perte de l’innocence…

Vous avez déjà publié plusieurs clips. L’identité visuelle et l’image sont un des piliers de la culture pop, quelle part de votre travail leur accordez-vous ?

J’adore travailler l’image. C’est moi qui monte mes clips, d’ailleurs. Ça fait deux albums que je travaille avec le même photographe, Sébastien Navosad. Il est un de mes meilleurs amis, il me connait très bien et il arrive donc à capturer des choses très intimes. J’ai coréalisé les deux clips du dernier album avec lui, et notamment « Bleu Piscine », qu’on a tourné à Lisbonne de façon tout à fait spontanée. On est tombés par hasard sur cet endroit avec ce bleu absolument sublime. On s’est dit qu’on allait faire des photos là, puis l’endroit étant tellement cinégénique, on y a tourné le clip. C’est en tournant ces images-là qu’on a scellé l’esthétique visuelle de « Bleu Piscine ». L’image est devenue tellement essentielle aujourd’hui… et nous sommes tellement nombreux en tant qu’artistes à tourner des images, qu’il faut arriver à se démarquer, tout en restant dans notre vérité. Un clip fait clairement partie d’un projet musical. Et puis, quand on a baigné dans la pop culture depuis tant d’années, Madonna, Bowie, … on se rend compte que ça fait partie du « package créatif ». En ce qui me concerne, c’est un point hyper important et j’aimerais avoir plus de moyens pour encore plus travailler autour du visuel.  En tant que chanteur indé, on n’a pas toujours les budgets nécessaires pour réaliser les clips qu’on a en tête, mais ça nous pousse à avoir des idées et à créer de l’image avec des bouts de ficelle. On devrait travailler l’image autant que le son.

Depuis quelques années, il y a le « paramètre Youtube » à prendre en considération. Les gens arrivent à la musique d’un artiste en passant d’abord par la case vidéo…

Exactement. Mais quand on y pense, la télé était tout de même assez présente dans les années 80, et puis, il y avait nettement plus de presse, qui était là aussi, un vecteur très important en ce qui concerne l’esthétique visuelle d’un artiste. On pouvait deviner son univers au travers de photos. Aujourd’hui, la vidéo a pris l’ascendant sur la photo. On fait plus attention à un clip qu’à une pochette. C’est un paramètre qu’il faut intégrer quand on est artiste.

De toutes les chansons qui figurent sur l’album, y en a-t-il une pour laquelle vous avez une petite tendresse particulière ? Et pourquoi ?

Chaque chanson a son lot d’anecdotes. Je pense à « Roche », dont je vous racontais tout à l’heure l’anecdote sur le bateau. Cette chanson est arrivée un peu comme une fulgurance, comme si elle avait toujours été là, dans l’ombre, mais qu’elle ne s’était jamais rendue visible. Ce moment était vraiment magique. J’étais entouré de touristes et elle m’est tombée dessus, comme ça, sans demander son reste… (sourire) Du coup, j’ai une petite tendresse particulière pour elle. Et puis, il y a « Sous ton ombrelle », le dernier titre, pour lequel j’ai une tendresse un peu particulière. C’est une chanson qui aurait dû figurer sur mon premier album, mais qui finalement a été écartée. Puis, elle devait être sur le deuxième, mais encore une fois, elle en a été écartée. Et finalement, elle se trouve sur ce troisième album. C’est une chanson que j’ai chantée beaucoup sur scène, alors qu’elle ne figurait sur aucun disque. Elle a résisté à l’épreuve du temps et tisse quelque part un lien entre mes trois albums… On a finalement gardé la maquette initiale qui a été faite il y a plus de dix ans. C’est une chanson que Valentin aimait beaucoup. Quand je la lui ai faite écouter, il m’a dit que celle-là, on la gardait sans hésiter !

Un mot sur votre collaboration avec Emma Solal, dont vous produisez le nouvel album, « L’amour et c’est tout », attendu à la rentrée. Vous vous étiez retrouvés sur scène pour chanter « Effeuille-moi le cœur » de Françoise Hardy…

Effectivement. Nous nous sommes rencontrés lorsqu’Emma travaillait sur son projet consacré à Françoise Hardy [« Messages Personnels », NDLR]. Elle m’a proposé de venir chanter avec elle sur scène « Effeuille-moi le cœur », une chanson que j’aime particulièrement. On ne se connaissait pas très bien à l’époque. Nous avions des amis communs et nous nous étions croisés quelques fois, rien de plus. À la suite de ça, elle m’a demandé si je voulais m’occuper de la promotion de son album. J’ai donc travaillé avec elle en tant qu’attaché de presse. Puis, assez rapidement, elle m’a dit qu’elle cherchait des chansons originales puisque ce projet Françoise Hardy était essentiellement destiné à la scène. Je lui ai proposé quelques titres, elle en a sélectionné trois ou quatre. De fil en aiguille, je lui ai fait écouter les chansons sur lesquelles nous étions en train de travailler avec Valentin, et elle a beaucoup aimé ce son électro plus up tempo assez différent de l’esthétique jazzy dans laquelle elle évoluait depuis quelques années. J’ai donc joué en quelques sortes le rôle de directeur artistique pour son nouvel album. Après, nous sommes partis quelques jours ensemble histoire de bien retravailler les textes avec elle, pour qu’ils lui correspondent au mieux et que ce soient des mots qu’elle aurait voulu écrire. Je me suis donc retrouvé à composer la moitié de son album et à le coréaliser avec Valentin. J’ai beaucoup aimé travailler avec elle. On est tout de suite partis dans la même direction, ça a été comme une évidence. Le plus difficile a été de trouver une cohérence dans les arrangements entre les titres qui avaient été écrits par différentes personnes. Je trouve que l’album est bien réussi, on a pris beaucoup de plaisir à le faire en tout cas. On a enregistré son album et le mien dans la continuité, c’était très chouette.

C’est un super album, en tout cas, qui colle bien avec la personnalité solaire d’Emma, qui n’est pas que mélancolique et nostalgique. Elle n’est pas encore la nouvelle Disco Queen, mais quand même…

… On y pense ! (éclats de rire)

Enfin, avant de vous quitter, je voulais vous poser une dernière petite question de circonstance… Dans « La vie d’avant », vous dites que vous n’aimez toujours pas les dribbles… Avez-vous changé d’avis depuis le 15 juillet [le jour où la France a gagné la Coupe du Monde, NDLR] ?

(rires) Non ! Je n’aime toujours pas les dribbles. Je n’ai jamais aimé le foot. Je ne le comprends pas. Ça m’a toujours profondément ennuyé… La seule chose que j’aimais bien, c’étaient les fêtes d’après-match, mais le match en lui-même, non. Après, je trouve que cette victoire fédère beaucoup, mais je ne me sens pas plus concerné que ça… (rires)

Propos recueillis par Luc Dehon le 18 juillet 2018.
Photos : © Sébastien Navosad DR

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