Interview de Romain Régnier

Propos recueillis par IdolesMag.com le 17/07/2018.
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Romain Regnier - DR

Romain Régnier vient de publier un premier single, « Partir pour partir », un titre à l’image de l’artiste, généreux et profondément optimiste, qui reflète parfaitement le périple en camping-car que Romain a entamé il y a un an et qui l’a mené aux quatre coins de l’hexagone. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur son parcours et ses projets, l’occasion de revenir sur le sens de l’écriture et de l’Art dans une société qui manque de repères. Rencontre les doigts de pieds dans le sable avec un artiste libre et généreux.

 

Faisons un peu connaissance… Viens-tu d’une famille de musiciens ou tout du moins d’artistes ?

Oui. Ma sœur chante, mon père aussi. Ma mère écrit. Mais sans être professionnalisés. C’est juste un plaisir qu’on a dans la famille. J’écris d’ailleurs des chansons avec ma mère. On écrit beaucoup tous les deux.

Qu’as-tu écouté quand tu étais gamin ? Quelle musique écoutaient tes parents ?

Un peu de tout, mais en particulier du Elvis Presley, du Jacques Brel, du Michael Jackson. Ma mère aime beaucoup Brel. Pour moi, d’ailleurs, ça a été une révélation niveau textes et interprétation. Jackson, c’est plutôt mon père, et mon neveu aussi ! (rires)

Et toi, vers quelle musique t’es-tu dirigé ?

La musique que je qualifierai de populaire, celle où je pouvais retrouver mes émotions. Dans le même temps, je faisais des reprises (du Brel, du Presley, de Jackson, du Marvin Gaye…) et je jouais mes propres compositions. Je me suis retrouvé dans cette famille d’artistes qui portent tous un message à passer. C’est là que je me suis dit que moi aussi, je pouvais faire quelque chose avec ma voix. Au-delà de la sonorité ou du timbre, c’était transmettre un message qui me motivait.

Tu es donc venu à la musique par le texte.

Oui, ma mère m’a transmis très tôt sa passion pour les mots. Déjà à l’école, j’adorais les cours de français, les rédactions, les dictées. J’ai toujours aimé les mots, jouer avec eux, en découvrir de nouveaux. On ne se rend pas assez compte combien l’écriture permet de bien développer nos pensées. Nous avons la chance d’avoir une langue complexe et belle, alors profitons-en ! Tu sais, je pense que tout le monde devrait écrire, c’est une thérapie personnelle qui ne coute pas cher et qui fait un bien fou.

Romain Regnier - DR

Et l’écriture de chansons à proprement parler, c’est venu quand ?

Plus tard. J’ai d’abord écrit des petites phrases par-ci par-là, fait des petits dessins, j’aimais créer des mondes imaginaires sur papier. Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai compris comment ça fonctionnait une chanson, avec des couplets et un refrain. Là, je me suis encore plus amusé. J’ai appris à écrire des chansons, et j’apprendrai jusqu’à la fin de ma vie à le faire. Plus j’avance et plus  j’ai envie de jouer, et différemment, avec les mots. Pas plus tard que tout à l’heure, j’étais au bord de la mer en train d’écrire une chanson. C’est venu comme ça tout naturellement. Il suffit que je ressente une émotion forte, qu’elle soit positive ou négative, finalement peu importe, ça me donne envie de la coucher sur papier. Ça me permet d’avoir un regard extérieur sur mes émotions. Je le redis encore une fois, écrire, c’est un exercice formidable. Il faut le faire le plus tôt possible. Il faut mettre l’accent sur le français à l’école, pour que tout le monde puisse s’exprimer mieux. Il faut que les jeunes puissent s’exprimer par des mots justes et beaux, au-delà des textos ou ce genre de choses. On voit aujourd’hui un peu de tout et n’importe quoi. La facilité l’emporte malheureusement trop souvent, alors que nos émotions méritent d’avoir un écrit carré et bien pensé.

Quel est ton parcours dans les grandes lignes ?

J’ai commencé la musique à proprement parler assez tard, vers l’âge de vingt ans, et j’en ai trente aujourd’hui. J’ai travaillé très jeune sur les charpentes. À l’âge de quinze ans, j’étais déjà sur les chantiers. La musique est venue à moi dans un moment de doute, un moment où je me cherchais un peu. J’ai pris une guitare et tout m’a semblé plus beau. J’ai rapidement compris que je pourrais m’extérioriser avec ça, que je pourrais mieux exprimer mes émotions. J’ai donc commencé à jouer dans les rues, sur les plages, etc… Avec le temps, je me suis rendu compte que ça me plaisait, que j’avais des facilités avec ça, j’ai donc continué. J’ai rencontré des amis avec lesquels on a sillonné en voiture la France de long en large. Cette épopée a duré deux ans. Deux ans magiques. Deux ans de folie. On jouait un peu partout, on dormait dans la voiture ou à la belle étoile. C’était assez marrant.

C’est à ce moment que tu montes ton association, « La vallée des artistes ».

Exactement. C’est une association qui s’occupe de réunir des artistes et des bénévoles autour de projets caritatifs ou solidaires. Pour le partage, la solidarité et la force de l’Art. Ça fait maintenant sept ans que je préside cette association qui me tient à cœur. On agit beaucoup du côté des enfants. On a commencé avec les maisons de jeunes, les centres sociaux, les lycées, les collèges… On a organisé des tremplins et plein d’autres choses pour donner une voie aux enfants. Comme je le disais tout à l’heure, on essaye de leur faire comprendre l’importance de s’exprimer au travers de l’Art. On peut s’exprimer au travers de différentes disciplines, comme le sport aussi, mais l’Art me tient tout particulièrement à cœur. On a beaucoup de résultats positifs avec l’Art. Un gamin qui est assez triste ou qui a des idées noires, si on lui fait dessiner un soleil ou lui faire chanter des chansons heureuses, il va voir la vie avec un autre regard. L’Art permet de faire bouger beaucoup de choses.

En parallèle, tu as bossé pour le cinéma, tu as même campé un petit rôle dans le film « Planetarium » aux côtés de Nathalie Portman et Lily-Rose Depp…

(sourire) Effectivement. J’ai d’abord écrit des chansons pour le film « Mon âme par toi est guérie » de François Dupeyron. C’est un film très pur, très vrai. Un vrai film français comme on aimerait en voir plus souvent ! C’était une expérience formidable. J’ai rencontré François sur la plage alors que je jouais de la musique, il m’a demandé si j’avais des chansons, je lui ai répondu que non, je n’avais encore rien enregistré. Il m’a dit que ce n’était pas très important puisque j’étais là et que j’avais une guitare dans les mains… Je lui ai donc chanté quelques-unes de mes chansons et il s’est trouvé que celles-ci parlaient des magnétiseurs, du pouvoir qu’on peut avoir les uns envers les autres, de la possibilité de donner sa force à l’autre… qui n’étaient autres sujets que ceux de son film. Ensuite, j’ai continué mes petits concerts et de fil en aiguille, j’ai effectivement eu la chance de décrocher un petit rôle dans « Planetarium ». On m’y voit en train de jouer de la guitare. J’ai joué aussi quelques morceaux de guitare pour le film. L’action se déroulait dans les années 30, j’ai donc pu appréhender un autre style que celui dont j’ai l’habitude.

Tu as beaucoup joué dans la rue.

Oui, j’ai toujours fait beaucoup de rue et de terrasses. J’adore ça. Il y a là une proximité avec les gens unique. On peut aussi essayer nos propres chansons devant un public pas toujours attentif… C’est la meilleure école, comme on dit.

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Ensuite, passage par la case télé, « The Voice », où, très honnêtement, on t’attendait moins...

(sourire) Je m’occupais à l’époque d’un atelier musique pour la maison des jeunes de Puget-sur-Argens et tous les gamins m’encourageaient à me présenter aux castings de The Voice. J’ai décidé d’appeler le directeur de casting, Bruno Berbérès, qui est une personne de grand cœur. Je lui ai expliqué que j’aimerais faire le casting « The Voice », de une, pour faire plaisir aux enfants, et de deux, pour donner de la visibilité aux actions associatives. Il a trouvé l’idée intéressante et je suis allé passer les castings. Au bout du compte, je me suis retrouvé sur le plateau de « The Voice » à chanter « Il est où le bonheur » de Christophe Maé, une chanson dont j’apprécie beaucoup le texte. Très fort. C’est tellement important de parler du bonheur. Même s’il y a beaucoup de malheur autour de nous, même si la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille, il faut voir le bonheur autour de nous. Ça permet d’être heureux et d’avancer dans la vie. Retour sur le plateau, Florent Pagny et M Pokora se retournent et j’ai choisi l’équipe de Florent, un super bonhomme dont je suis heureux d’avoir croisé la route.

Après « The Voice » il se passe quoi ?

J’ai rencontré pas mal de monde, et notamment des productions avec lesquelles je n’ai pas souhaité signer, souhaitant garder mon style. Donc, tout ça a pris un peu plus de temps…

Puis, tu es reparti avec ton sac à dos et ton camping-car sillonner les routes de France.

Tout à fait. Là, j’ai fait aussi pas mal de rencontres, dont certaines déterminantes. Quand on voyage en camping-car, on a toujours besoin d’un coup de main quelconque, que ce soit pour l’eau ou que sais-je ? Mais j’ai eu la chance également de rencontrer des gens sur la route qui m’ont aidé au niveau musical. Je pense notamment à Christophe Baque, qui m’a aidé sur les maquettes de mes chansons. Tu sais, je suis resté assez pote avec Will Barber qui a fait l’émission avec moi et je me suis retrouvé à Gruissan, près de Narbonne dans le Sud-Ouest, un petit village magnifique, je suis resté quelques temps là-bas pour enregistrer mes maquettes. Après, je suis parti du côté de Toulouse où j’ai rencontré Christophe Desprès [le co-compositeur des « Démons de Minuit » d’Images et compositeur de « Quand tu serres mon corps » de Pacifique, entre autres, NDLR]. Il a accepté de faire l’arrangement de mes chansons, et notamment celui de mon premier single « Partir pour partir ». Il a adoré l’ambiance et l’esprit du morceau. Grâce à lui, je me retrouve avec un super son de qualité. Après, on a fait pas mal de concerts, certains gros gros concerts comme au Théâtre Antique d’Orange ou à Port-Barcarès. Je me suis également retrouvé au Réservoir à Paris. J’ai chanté « la Bohème » dans la rue à Montmartre, il n’y avait pas meilleur endroit pour le faire ! (rires) Il s’est passé des choses magnifiques…

J’imagine que tu as fait tout un tas de rencontres plus riches les unes que les autres…

Oh oui ! Forcément. Il y en a tellement. J’ai rencontré pas mal de gens, j’ai créé des liens d’amitié très forts. Même à Paris, j’ai rencontré des chanteurs, des acteurs, des réalisateurs, des comédiens… Par exemple le chanteur Peps [« Liberta », NDLR] avec qui nous avons maintenant un lien d’amitié très forgé, il m’appelle Gavroche ! (sourire) J’ai rencontré aussi le chanteur Jehro [« Everything », NDLR]. J’ai eu la chance de rencontrer des gens supers. Je parle d’eux dans mes chansons. Et puis, il y a des personnes très importantes, qui sont certes moins connues, mais qui ont été très importantes, comme Mounir, qui m’a permis de vivre un moment sur Toulouse… C’est toujours galère avec le camping-car !... J’ai passé beaucoup de temps avec Mounir, il m’a beaucoup aidé, il a toujours été là pour moi. Là, je suis triste de l’avoir laissé puisque je suis revenu vers la Méditerranée, mais c’est ça aussi bouger. On crée des liens, puis on part avec tellement de choses dans le cœur. Ça fait mal, mais on poursuit sa route quand même en les gardant dans notre cœur et en ne cessant jamais de penser à eux.  Mounir est un percussionniste d’origine marocaine, on a chanté ensemble des morceaux comme « Zina », une super belle chanson. Me retrouver sur scène à chanter en arabe à ses côtés, je peux te dire que c’est un souvenir que je n’oublierai pas ! Ce sont des moments magnifiques. C’est ça aussi la force du voyage, on rencontre d’autres horizons, d’autres cultures. Et puis chacun voyage à sa manière, moi c’était en camping-car, pour un autre, ce sera avec un sac-à-dos… On parle un peu en anglais, un peu avec les mains… On trouve toujours un moyen de communiquer. Et puis, on s’apprend les langues mutuellement. C’est formidable. Il y a un partage génial qui se fait sur la route. On se rend très vite compte que nous sommes tous en quête de liberté. On l’a là entre les mains, et on la vit à fond. Toutes ces personnes que j’ai rencontrées, je ne pourrai jamais les citer toutes, mais elles et ils m’ont apporté tellement… On a partagé de beaux moments de bonheur.

Et là, tu es de retour dans le sud.

Oui, retour à Saint-Raphaël. Cet été, je vais jouer du côté de Saint-Tropez, Cannes, etc… avec mon concept de concerts de rue, en attendant d’autres concerts qui devraient tomber un peu plus tard dans la saison. Je suis toujours avec mon camping-car. Je me réveille au bord de la mer et je continue à écrire des chansons.

Un EP est attendu à la rentrée.

Effectivement, courant septembre ou octobre. Il y aura cinq chansons françaises qui, je l’espère, seront populaires. Des chansons avec du texte, des histoires, des aventures et de la bonne humeur. Puisque ces chansons que j’ai écrites racontent essentiellement les rencontres que j’ai pu faire ces dernières années.

Romain Regnier - DR

Dis m’en un peu plus sur ces chansons.

La première chanson donne le ton, « Partir pour partir ». C’est le départ. On s’en va sur les routes. On va de ville en ville. On rencontre des gens. On découvre du pays… que du bonheur ! Je suis très heureux de vivre ma vie comme ça. Une autre chanson parlera du fait qu’il ne faut jamais laisser tomber, qu’il ne faut rien lâcher. Chaque jour est une nouvelle chance. Je me suis retrouvé certains jours avec mon camping-car totalement paumé, mais je n’ai jamais laissé tomber. Il faut croire en la vie. Il y a toujours des gens dans la vie qui sont là, au bord de la route, pour nous aider. Après, il y a des rencontres, des gens qu’on aime, pour qui on a envie d’écrire des chansons. On trouvera aussi des chansons d’amour et d’espoir.

Tu en es où concrètement ?

Tout est déjà presque prêt au niveau des chansons. J’ai encore pas mal de cartons remplis de textes, et certains sont encore chez ma mère… (sourire) Il faudra que je fasse un tri là-dedans pour la suite. Mais pour le EP, tout est à peu près cadré. Ça sonne bien, ça se retient, ce sont des chansons simples que j’ai en tout cas essayé de faire le mieux possible. Après, j’espère que le public suivra et les aimera autant que moi. J’ai déjà de très bons retours. Encore une fois, c’est que du bonheur. Je me répète au niveau du bonheur, mais on oublie vite combien il est important, ce bonheur !

Quid de l’esthétique musicale ?

J’ai souhaité quelque chose de populaire, d’assez vivant. Il y aura des chansons plus rythmées que d’autres, mais je veux que l’auditeur reste dans l’écoute. Je ne veux pas que ce soit juste des chansons qu’on entend, mais des chansons qu’on écoute. J’espère que les gens aimeront mes jeux de mots, de sonorités, mes textes, tout simplement… En tout cas, si on devait donner une couleur à mes chansons, je dirais que ce serait celle de la vie. Une couleur très énergique, très ensoleillée. Quelque chose qui réveille et qui fait du bien. Ça m’a fait du bien d’écrire mes chansons, j’espère que ça fera autant de bien au public de les écouter… (sourire)

Dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ? Tu viens de rentrer chez toi riche de toutes ces belles rencontres et avec quelques chansons dans le sac, ton premier single « Partir pour partir » vient d’être dévoilé, un Ep est attendu à la rentrée… Il se passe pas mal de choses en ce moment.

Il y a pas mal de choses qui se concrétisent. C’est un peu ma vie, ça. Il se passe toujours plein de choses, qui aboutissent au bout d’un certain temps. Je suis vraiment heureux. Tout se passe bien en ce moment… Et même quand tout ne se passe pas toujours trop bien, je reste positif et je reste heureux. On va dire que j’affronte les problèmes avec le sourire. J’ai un état d’esprit assez combatif. Et puis, il y a ma famille, qui est très importante pour moi. Sachant que je ne suis pas souvent là, j’essaye d’être le meilleur fils possible, en respect envers mes parents, ma sœur, mon beau-frère, mes neveux… Ce sont des gens que j’aime beaucoup et que je ne veux pas décevoir. En vrai, je suis tout simplement heureux. Heureux de ce qui s’est passé, de ce qui se passe et de qui se passera demain ! Tu vois, ce matin, je me suis réveillé les doigts pieds dans le sable avec un soleil jaune orangé qui se levait sur une mer très calme… Je suis allé directement me baigner. Il est là, le bonheur ! (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 17 juillet 2018.
Photos : DR

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