Interview de Alain Filippi

Propos recueillis par IdolesMag.com le 17/07/2018.
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Alain Filippi, Certifié non conforme

Alain Filippi a publié le 1er juin dernier son nouvel album, « Certifié non conforme ». Séduit par l’humanité qui se dégage de ses chansons, le propos et les engagements de l’artiste, nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur ce nouvel album et ses projets. Nous évoquerons également le lot de difficultés que rencontrent les artistes indépendants aujourd’hui. Rencontre avec un artiste tout simplement « humain comme vous »...  

Revenons un instant à vos racines… Qu’avez-vous écouté comme musique étant enfant ?

Chez moi, à vrai dire, on n’écoutait pas beaucoup de musique. Je viens d’un milieu ouvrier. Mon père travaillait beaucoup, ma mère aussi. Elle nous gardait à la maison, mon frère, ma sœur et moi. Je me souviens quand même qu’on regardait pas mal d’émissions musicales. Du coup, j’ai été bercé par Michel Berger, Jean-Jacques Goldman… de la variété française.

Quel est votre parcours dans les grandes lignes ? Avez-vous rapidement voulu être musicien ?

Devenir chanteur ou musicien ne m’a jamais véritablement effleuré l’esprit. Mais par contre, j’étais vachement attiré par la musique. Je me rappelle qu’à l’adolescence, je voulais me mettre à la guitare ou au clavier. J’ai fait toutes les « démarches » tout seul, en faisant des petits boulots l’été, pour pouvoir me payer ma première guitare et mon premier clavier. À partir de là, j’ai commencé à apprendre tout seul. Je suis un parfait autodidacte. (sourire)

Et après, le parcours se poursuit en solo, ou en groupe, comme beaucoup d’ados ?

J’avais un copain de classe qui jouait déjà de la guitare, je lui ai demandé qu’il me montre quelques accords. À partir de là, je me suis débrouillé tout seul. Je me suis enfermé dans ma chambre et j’ai gratté, gratté, et gratté. J’ai dû embêter par mal de monde, d’ailleurs. (sourire) Après, j’ai fait la connaissance de quelqu’un qui faisait lui aussi de la guitare, on est devenus copains et on a formé un duo. Je me suis mis au clavier, lui à la guitare. On faisait des trucs assez sympas. Avec le recul, je me dis qu’on ne se débrouillait pas trop mal. On chantait un peu tous les deux. Je n’aimais pas l’exercice plus que ça, mais ça allait. On animait les anniversaires des copains et copines. C’était assez sympa.

Vous jouiez des reprises ou déjà des chansons originales ?

C’était exclusivement de la reprise. On jouait du Jean-Jacques Goldman, du Francis Cabrel, du Michel Jonasz. On faisait du Toto à deux aussi… On n’avait peur de rien ! (rires) Notre répertoire était, à vrai dire, composé d’un peu tout ce qui pouvait faire plaisir aux gens pour qui nous chantions.

Alain Filippi - DR

À quel âge commencez-vous à écrire des chansons ?

Nous avons l’un et l’autre rencontrés d’autres musiciens et là, on a commencé à chanter dans les piano-bars. On a beaucoup joué, nous étions quatre ou cinq musiciens. Et, moi, ce qui me branchait pas mal, c’est qu’on changeait les versions. J’aimais bien réarranger les chansons, l’exercice me plaisait bien. Petit à petit, j’ai commencé à en composer quelques-unes, des petites mélodies. Je les gardais un peu secrètement pour moi à la maison, on ne les a jamais jouées en piano-bar. La composition, finalement, c’était un acte isolé, mon jardin secret. Progressivement, j’ai commencé à avoir des idées de thèmes, de mots, et je me suis mis à l’écriture. Je trouvais ça très grisant.

Est-ce que ça a été facile d’embrasser ce parcours de saltimbanque ?

Facile, oui, dans la mesure où c’était une évidence que j’aimais écrire des chansons. Mais dans la réalité, ça a été assez difficile. Le plus difficile, c’est d’arriver à convaincre les gens avec vos chansons. Au départ, j’ai réussi à convaincre la chanteuse pour qui j’écrivais, puisque je ne sentais pas le fait de chanter moi-même. Puis, au fur et à mesure, à chaque fois que je lui amenais une chanson et que je la lui chantais guitare/voix, elle me disait que je devrais écrire pour moi aussi. Je l’ai fait et j’ai réussi à trouver quelques musiciens. Déjà, ça, ça m’a donné confiance. C’était de supers musiciens et qu’ils acceptent de travailler avec moi m’a donné confiance. Après, effectivement, convaincre le public, c’est autre chose. Mais je ne vais pas me plaindre, dès les premiers concerts, ça a fonctionné pas mal.

Michael Jones a croisé votre chemin, ce n’est pas une rencontre anodine. Qu’est-ce qu’un Monsieur comme lui vous a transmis de plus précieux ?

Michael est quelqu’un de très généreux. Ça a été une rencontre fabuleuse qui m’a beaucoup aidé. Ce que je retiens de plus important, c’est son humilité et son respect du public. On est là pour eux, et pas pour autre chose. Il faut communiquer avec le public. Il faut garder une humilité par rapport à ça. Michael est également un exemple pour moi lorsqu’il est sur scène. C’est quelqu’un qui donne beaucoup. Il m’a fait comprendre que si on voulait recevoir, il fallait donner. Il ne faut pas rester égoïstement dans son coin à faire sa petite musique pour soi. Il faut être généreux. Et Michael est quelqu’un de profondément généreux.

Alain Filippi - DR

Il s’est écoulé huit ans entre la parution de votre précédent album, « Le long des airs », et celui-ci, « Certifié non conforme ». Huit ans, c’est long, mais ramené au temps de la création, ce n’est pas non plus énorme. Que s’est-il passé ? Les aléas de l’indépendance artistique ? L’enchaînement des concerts ? La recherche d’une esthétique musicale particulière ?

Il y a un peu de tout ça… Quand j’ai sorti « Le long des airs », il m’a fallu un certain temps pour l’installer. Je pense là à tout ce qui est radio, concerts, etc… étant artiste indépendant, ça prend du temps, les réseaux ne sont pas les mêmes… (sourire) Donc, ça, ça m’a pris pas mal de temps. Il y a aussi le fait que beaucoup de concerts ont suivi la sortie de ce disque. J’ai notamment pu jouer lors de différents festivals. « Le long des airs » était un album assez rock, et ça plaisait pas mal dans cette configuration. Dans le même temps, j’ai écrit pour d’autres artistes et j’ai été sollicité par des associations. Tout ça a pris du temps. Écrire pour d’autres m’a permis de m’ouvrir également, j’ai vraiment apprécié. Après, les aléas de l’indépendance artistique font que les choses prennent plus de temps.

Quand vous êtes-vous mis réellement à plancher sur ce nouvel album ?

Il y a quatre/cinq ans à peu près que les chansons sont là et l’esthétique des chansons a été peaufinée au fur et à mesure sur scène. J’avais mis de côtés les arrangements de ces titres pour pouvoir me consacrer à d’autres personnes et aux concerts. Après, la mise en place des budgets, de la communication… ça a été assez long, comme pour tout artiste indépendant.

Huit ans, finalement, c’est un laps de temps tout à fait normal.

Effectivement, parce que cet album qu’on a, il faut le faire vivre au mieux, lui permettre d’arriver au public. Et tout ça prend du temps… Il faut faire des concerts, des showcases… Et puis, il y a aussi une autre réalité, c’est que beaucoup de gens n’en connaissent l’existence que deux ou trois ans après sa sortie, ce qui le rend nouveau à leurs yeux. En ça, la promo prend du temps. Pour un artiste indépendant, huit ans, c’est long, mais nous devons gérer tellement de paramètres autres que l’écriture et la composition qu’au bout du compte, c’est un laps de temps tout à fait normal.

Des scènes se profilent pour la rentrée.

Effectivement. Des dates se profilent pour septembre et octobre. On est en train de faire un planning. Les chansons existent sur scène, elles prennent vie sur scène, elles sont créées pour ça. Elles prennent leur dimension sur scène. J’en ai déjà joué quelques-unes avant de boucler le disque, pour voir ce que ça donnait. Et finalement, ce sont les gens qui nous convainquent de publier des chansons.

Vous qui êtes un homme de scène depuis vos débuts, comment vivez-vous le studio ?

Il y a deux étapes. La première, c’est quand les chansons sont composées et que je rentre dans le mode « arrangements ». Là, j’adore, je prends mon pied ! J’essaye plein de choses, j’explore plein de pistes, je change les tonalités, j’habille les chansons de mille façons pour trouver ce qui leur sied le mieux. C’est un moment de réel plaisir. Par contre, quand arrive le moment du mix… ça ne va plus du tout. C’est très technique tout ce travail sur le son et, très franchement, ça ne m’intéresse pas plus que ça. Il me tarde alors d’aller les jouer sur scène. Pourtant, et j’en suis convaincu, le mix est une étape très importante. C’est pour cette raison que je le confie à Patrice Lasartigues qui m’a bien épaulé sur ce coup-là.

Alain Filippi - DR

Quelles étaient vos envies quand vous avez commencé à écrire ces nouvelles chansons ? Une esthétique sonore particulière ? Envie d’évoquer certains sujets particuliers ?

Les thèmes ne me viennent pas aussi facilement que ça. J’ai besoin de beaucoup bouquiner, de lire les journaux, de regarder des reportages… Après, un mot, une phrase ou une image me donne une idée de texte. Bien entendu, il y a des moments qui me touchent au quotidien, je les note et quand j’ai une musique qui me semble bien aller avec cette idée, là je commence à travailler sur le texte. Les musiques viennent assez naturellement, ce qui est moins le cas pour les textes. Un texte comme « Je suis », par exemple, est destiné à une association, « Le Point Rose » [association qui accompagne les enfants en fin de vie et leurs familles, NDLR]. Cette chanson n’était pas prévue au départ, elle est arrivée au dernier moment. Et j’ai souhaité qu’elle figure sur cet album parce qu’elle me touche et je sais qu’elle touche aussi profondément les gens qui adhèrent à cette association.

« Au bout de la jetée » est également très touchante, qu’est-ce qui vous l’a inspirée ?

C’est une chanson qui m’a été inspirée par une personne qui m’a raconté l’histoire d’un couple. L’un des deux savait que ses jours étaient comptés et ils aimaient le soir aller se mettre sur un banc sur la jetée au bout du port, pour être ensemble, tout simplement. J’ai trouvé cette image forte. Ce couple qui allait s’asseoir presque devant une barrière simplement pour être ensemble et vivre les derniers instants à deux. C’était leur façon d’être et elle m’a touchée…

Dans « Sur ma toile », vous évoquez les réseaux sociaux. Au-delà du formidable outil de communication qu’ils sont pour  un artiste indépendant comme vous, quel regard jetez-vous sur eux ?

S’ils n’existaient pas, nous ne pourrions pas exister non plus, nous artistes indépendants. En ça, ils sont fabuleux. Et ils le sont, s’ils sont bien utilisés. C’est ce que raconte la chanson « Sur ma toile ». Si on s’en sert bien, ça peut être un super outil. Mais surtout, c’est une bouée d’oxygène pour les gens qui sont seuls. Il y a des gens qui n’ont rien d’autre que ça… et pour eux, c’est juste formidable, une fenêtre ouverte. On y poste ses bonheurs et ses malheurs sans vraiment de retenue, je trouve ça pas mal. Après, il y a des dérives, mais c’est partout pareil. En tout cas, contrairement à beaucoup d’autres qui tapent sur ces réseaux sociaux, je ne trouve pas ça négatif. Je trouve qu’ils font du bien.

Y a-t-il selon vous un fil rouge qui relie toutes les chansons ?

Sur les textes, je ne pense pas. Chaque texte a un thème particulier. Le fil rouge serait plutôt musical. Par rapport à mon premier album « Le long des airs », j’ai voulu aller vers quelque chose de plus acoustique, de plus épuré. Pour pouvoir retranscrire le plus fidèlement possible sur scène les chansons de l’album.

De toutes les chansons, y en a-t-il une pour laquelle vous avez une petite tendresse particulière ?

Il y a deux chansons que j’apprécie tout particulièrement. D’abord « Sur ma toile », dont nous avons déjà parlé, qui est une chanson qui m’a fait sortir de mes habitudes. Il y a pas mal d’accords et de changements dedans. Quand je l’ai montrée au guitariste avec qui je travaille, il en a été surpris. On en a pas mal rigolé. Au final, elle a été assez difficile à mettre en place au niveau arrangements et chœurs. Et puis, il y a « Tout c’qui me ressemble », qui au départ n’était pas du tout cette version-là. Elle devait être une plage d’album avec juste une guitare acoustique et une voix. Au fil du temps, je lui ai rajouté plein de choses, et elle a été choisie pour être extraite en single. Les chansons existent d’elles-mêmes, finalement…

Alain Filippi - DR

En quoi l’album peut-être « Certifié non conforme » ?

Le titre est venu très tard. Cet album a mis huit ans pour être finalisé, et rien n’a été fait normalement. On a pris des endroits différents pour les prises de basses et de batteries. Rien n’a été conforme à la fabrication d’un album. Rien ne s’est fait normalement. Rien n’était conforme. Alors, je l‘ai « Certifié non conforme » ! (sourire) Vous savez il y a huit ans, quand j’ai choisi « Le long des airs » comme titre d’album tout le monde m’a dit que c’était un super titre de chanson. Oui, mais c’était avant tout pour moi un super titre d’album aussi ! (rires) Quand on est un artiste indépendant, c’est tellement difficile de faire que les gens s’intéressent à votre musique et vos chansons, c’est un peu la traversée du désert. Et dans ce disque, il y avait des airs sympas… D’où le titre. J’aime que l’album ait un titre différent de celui de l’une des chansons.

Encore un mot sur la scène, quelle formation avez-vous en ce moment ?

En général, je joue en formule duo ou trio. Quand on est sur un festival ou une plus grosse scène, ça nous permet de venir à quatre ou cinq, donc là, je suis en formation complète. Sinon, je tourne aussi beaucoup en solo, guitare/voix, avec quelques machines additionnelles. J’aime bien aussi cette configuration. Je ne vais rien vous apprendre, ce n’est pas facile de trouver des dates et de tourner avec l’album autoproduit d’un artiste qui n’est pas passé par la télé… Mais c’est motivant. Et je ne me plains pas.

Le passage par la casé télé, ça vous a tenté ou pas ?

Je ne vous cache pas que j’ai reçu des propositions. Certaines personnes de mon entourage d’ailleurs me le conseillent. Mais je ne suis pas convaincu. Médiatiquement, tout irait beaucoup plus vite, c’est certain, mais suis-je capable de faire ce genre d’émission ? Je n’en suis pas certain. Après, il ne faut pas penser que je critique, pas du tout, ce sont de bonnes émissions, mais je ne suis pas certain d’être capable d’y aller. Après, peut-être qu’un jour je le ferai ? Mais a priori, aujourd’hui, ce n’est pas prévu… (sourire) Autant l’impact médiatique me séduit, autant, j’ai du mal à savoir que je vais être jugé sur une seule prestation, et qui plus est avec une chanson d’un autre artiste… étant auteur/compositeur/interprète, j’aurais du mal à être jugé sur la chanson d’un autre. Et puis, personnellement, je n’aime pas découvrir un artiste sur un seul titre, j’aime découvrir son univers dans son ensemble.

« Certifié non conforme » est paru début juin. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

Soulagé qu’il soit enfin gravé sur CD. Les gens attendaient l’album pour pouvoir l’écouter chez eux, donc, il me tardait qu’il soit gravé. Je suis vraiment soulagé de pouvoir l’offrir aux gens. En même temps, je suis extrêmement motivé et j’ai une envie énorme d’aller le défendre sur scène. Mon moteur, c’est le partage. Partager mes chansons avec les gens. C’est ça qui m’anime aujourd’hui, avant de penser passer à autre chose.

Propos recueillis par Luc Dehon le 17 juillet 2018.
Photos : DR

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