Interview de Barbara Pravi

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/07/2018.
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Barbara Pravi DR

Barbara Pravi, que l’on a notamment pu voir dans « Un été 44 », a publié le 15 juin son premier EP, un recueil de sept chansons emmené par le single estival « Saint Raphaël » qui dévoile une personnalité sensible et touchante et un univers que l’on devine multiple. Rencontre avec une artiste pétillante qui a parfaitement compris l’importance des mots.

Avant de parler de votre premier Ep qui vient tout juste de sortir, j’aimerais que nous remontions le temps ensemble un instant, si vous le voulez bien, et que nous allions du côté de « Saint-Raphaël »… Quelle musique écoutiez-vous à cette époque ?

Ouh la la… On n’avait pas le temps d’écouter de la musique à Saint-Raphaël ! (sourire) On était avec mes copains au bord de la piscine et c’était déjà bien !!! C’était pas l’endroit pour écouter de la musique…

Et dans votre chambre, vous écoutiez quoi ?

(sourire) Enfant, j’écoutais Céline Dion et une comédie musicale incroyable, « Les 10 commandements ».

Barbara Pravi – « Saint-Raphaël »

Et plus tard, à l’adolescence ?

Après, j’ai beaucoup écouté MFM, donc, c’était essentiellement la playlist d’MFM. C’est un peu plus tard que j’ai découvert Barbara, Brel, etc…

Quel est votre parcours musical dans les grandes lignes ?

Je viens d’une famille de musiciens. Je me souviens de Noël où nous chantions tous ensemble. Mon oncle jouait du piano, un autre de la batterie. On chantait, c’était naturel. Je n’ai jamais songé un instant à en faire un métier plus tard. Entre nous, pour moi, à l’époque, je ne considérais pas que c’était un métier… (sourire)

Et, puis, il se passe quoi dans votre vie ?

J’ai fait du Droit pendant deux ans. Je n’ai jamais été ni douée ni très à ma place dans les études. Une amie m’appelle un jour en me disant « Barbara, tu devrais faire de la musique ». Je devais avoir vingt ans à peu près à cette époque et je me suis donné jusqu’à vingt-cinq ans pour voir si je gagnais suffisamment pour payer mon loyer avec la musique…

Quand avez-vous commencé à écrire ?

J’ai toujours écrit. Pas des chansons. Ça s’apparentait plus à des journaux intimes ou des poèmes, mais j’ai toujours eu un rapport fort avec les mots, presque charnel. J’ai toujours beaucoup lu et j’ai constamment écrit les phrases ou les mots qui me venaient à l’esprit. Après, je les mettais de côté précieusement. Mais, encore une fois, il n’y avait rien de prévu dans tout ça. J’aimais les mots, c’est tout.

À quoi associez-vous les mots lorsque vous écriviez ? Un exutoire, une échappatoire, un jeu ?

Un peu des trois. Tout dépendait de ce que j’avais envie de raconter. Mais au tout départ, très honnêtement, c’était clairement une échappatoire. Quand je relis la cinquantaine de carnets que j’ai chez moi, je m’en rends bien compte, bien que, déjà, j’aimais jouer avec les mots et les sonorités.

Aujourd’hui, écrivez-vous pour les mêmes raisons ?

Oui. J’écris toujours à peu près pour les même raisons et j’écris surtout autant, voire plus. Ce qui a changé, aujourd’hui, c’est que j’ai appris à écrire des chansons, ce qui est très différent d’un poème ou de la prose. Mais la source est la même, quand j’écris une chanson, c’est comme si j’écrivais dans mon journal intime. Je n’écris que sur des émotions que j’ai ressenties ou des moments qui me sont arrivés. Il faut que les mots aient un sens et me touchent, sinon, ce n’aurait pas grand intérêt… (sourire) Je m’efforce toujours d’ailleurs d’être la plus juste et la plus précise dans les situations et les intentions. J’écris sur le réel…

C’est un fait, quand on écoute les chansons qui figurent sur votre Ep, on les devine extrêmement autobiographiques. Était-ce un souhait de votre part ? N’avez-vous pas eu peur de vous dévoiler trop ?

Je n’ai jamais pensé que j’allais publier un EP, et encore moins choisir les chansons qui figureraient hypothétiquement dedans. Je n’avais donc jamais envisagé ça… J’ai écrit plein de chansons, et je savais dès le départ exactement celles qui seraient pour moi et les autres. Donc, fatalement, lorsqu’on a songé publier cet EP, le choix a été rapidement fait.

Vous aimez écrire pour les autres ?

Oui, c’est un exercice très sympa. D’ailleurs, depuis que je suis chez Universal, j’ai rencontré plein d’artistes différents et nous avons pris beaucoup de plaisir à travailler ensemble.

Barbara Pravi – « Deda »

Venons-en plus précisément aux chansons qui composent cet EP. J’ai envie de parler de « Deda » dans un premier temps, cette chanson que vous dédiez à votre Grand-Père qui a fui le régime du Maréchal Tito. Est-ce un texte qui a été difficile à écrire ?

C’est probablement le texte que j’ai eu le plus de mal à écrire. Il a connu au bas mot au moins quinze versions différentes. Et d’ailleurs, je n’ai pas réussi à écrire la version définitive toute seule, puisque le texte qu’on retrouve sur le disque a été co-écrit avec Sébastien Rousselet, un excellent auteur et surtout un super ami. Je lui ai envoyé les différentes versions que j’avais écrites en lui expliquant je ne n’arrivais pas à trouver le bon angle. Je pensais qu’avec son recul il allait pouvoir trouver la trame de la chanson et en effet, c’est lui qui a trouvé la structure de la chanson et toute la manière d’aborder le sujet. C’est ce qui est difficile quand on écrit une chanson. Il n’existe pas des millions de thèmes différents, mais une infinité de manières de les aborder. C’est là que l’écriture est intéressante et personnelle. Trouver un angle, c’est le plus difficile. Prenons « Deda », c’est une chanson sur la famille et la transmission. C’est un peu vaste dit comme ça… ce qui est le plus difficile, c’est de trouver la manière dont on va évoquer ce sujet hyper vaste, pour qu’il nous colle à la peau et qu’il soit le plus proche de nous possible. Il faut savoir quel sentiment on veut transmettre à l’auditeur et comment on veut le lui transmettre. En soi, trouver un sujet, c’est assez banal, nous vivons tous les mêmes choses à différents moments de nos vies, c’est la manière de les raconter qui importe.

Un mot sur « On s’éveillera », un formidable hymne à la paix. Un évènement particulier a-t-il été précipité l’écriture de cet titre ?

Oui… Il faut savoir que je n’ai pas la télé chez moi. Et c’est en allant chez mes parents, qui regardaient les infos, que j’ai eu l’idée d’écrire ce texte. Ça m’a angoissée et j’ai écrit. Après, il y a plein de choses qui sont rentrées en ligne de compte, un de mes meilleurs amis est parti faire l’armée en Israël dans le même temps, et nous sommes tous autant que nous sommes soumis à des tas d’informations toutes plus tristes les unes que les autres… Ce n’est pas un évènement particulier qui m’a poussé à écrire ce texte, mais plutôt le contexte dans lequel nous vivons. C’est un cri du cœur, ce titre.

La condition de la femme dans notre société revient à plusieurs reprises dans vos chansons, et je pense notamment aux incivilités que vous avez subies lorsque vous étiez serveuse [dans la chanson « Je sers », NDLR]. Avez-vous rencontré des hommes indélicats dans votre jeune parcours d’artiste ?

Tout le temps ! « Je sers » en est le parfait exemple. Si vous saviez le nombre d’hommes indélicats que j’ai rencontrés… (éclats de rire) Quand on est serveuse, un peu mignonne et qu’on a à peine vingt ans, je peux vous dire qu’on en subit des drôles et des moins drôles… Il faut juste savoir le gérer, et chacune gère à sa manière. On ne peut rien faire face à l’indélicatesse de certains, ce qui change c’est la façon de réagir. Il faut prendre le pouvoir. Dans ma carrière de jeune chanteuse, ça a été pareil. Là, depuis deux ans, j’ai beaucoup de chance parce que je suis très bien entourée. Mais quand j’ai débuté, ça a été très difficile… J’avais un producteur qui voulait me faire chanter des chansons qui n’étaient pas du tout en accord avec la personne que j’étais. Il voulait faire de moi un produit très lisse, sous prétexte que j’étais petite, mignonne et que j’avais vingt-et-un an. Tout ce que je ne voulais pas… (sourire) Mais ce n’est pas grave, j’ai pu réagir et imposer ce que je voulais. C’est notamment grâce à mon entourage. Je n’ai jamais cédé à quoi que ce soit ou que sais-je. La clé, c’est de rester soi-même, et faire ce qu’on a envie de faire, pas ce que les codes actuels nous imposent d’être ou de faire…

Nous évoquions le monde de l’enfance tout à l’heure, monde qui est d’ailleurs omniprésent dans vos chansons. Pour faire un rapprochement avec votre titre « Pas grandir », pensez-vous qu’une artiste peut un jour quitter ce monde de l’enfance ?

Je pense que non… Et surtout, je ne le souhaite pas. Je crois que c’est ce qui fait la force des artistes dans leur globalité. Ils ont gardé une part d’enfant, pas d’enfance au sens infantilisation, mais au niveau de l’imaginaire. Je sais que quand on est adulte, qu’on est « dans la vraie vie », cet imaginaire n’a plus vraiment de sens, il n’existe presque plus. Et c’est là la force des artistes, ils gardent une poésie liée à l’enfance. Et ils ne devraient jamais la perdre…

Barbara Pravi – « Pas Grandir »

Un mot sur le duo avec Calum Scott « You are the reason ». Comment ça s’est fait ?

Ah… ça s’est fait suite au Taratata que nous avions fait ensemble. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus et il m’a ensuite proposé de faire sa première partie. Du coup, quand il a été question d’écrire la version française de sa chanson, il m’a proposé de le faire et… j’ai accepté tout de suite évidemment ! (rires) La chanson est très très belle, mais l’humain l’est encore plus, vous pouvez me croire. Je vous souhaite un jour de parler trois minutes avec lui, ça vous égaye votre journée. C’est quelqu’un de génial.

Barbara Pravi / Calum Scott - « Your are the reason (frech duet version) »

J’ai mis le focus arbitrairement sur quelques chansons qui m’avaient interpellé, mais vous, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ?

J’ai un vrai amour pour la chanson « Louis ». C’est la première chanson que j’ai écrite, c’était il y a cinq ans. Je l’ai composée hors système, je ne savais pas à l’époque que je voulais être chanteuse. Je l’ai écrite avec un ami, Wladimir Pariente. On était chez lui, lui au piano. Je lui avais amené le texte et la mélodie nous est venue hyper naturellement. On a mis quoi ? quinze minutes pour la composer ? Pas plus. Et c’est cette même mélodie qui est toujours là aujourd’hui, et la chanson sort enfin aujourd’hui, après cinq ans. Pour toutes ces raisons, j’ai une tendresse toute particulière pour ce titre.

Alors maintenant, la suite… Que va-t-il se passer après la publication de cet EP ? Un album ? Un deuxième Ep ?

Un album ! Un vrai album ! D’ailleurs, il était terminé, mais là, je suis en train de modifier encore différente chose. Je pense qu’on lui ajoutera peut-être l’une ou l’autre chanson. Tant qu’il n’est pas pressé, il peut être modifié et je compte bien en profiter. Tant qu’il n’est pas sorti, tout est possible…

Comment abordez-vous la scène ? Quand on regarde vos clips, il y a toujours beaucoup de simplicité, mais on sent une simplicité particulièrement travaillée, rien n’est dû au hasard. Quid de la scène ?

Sur scène, je fais des claquettes. Mais l’ensemble reste assez simple. J’ose espérer que quand les gens viennent me voir, ils écoutent ce que j’ai à raconter. C’est l’essentiel pour moi. Du coup, la scène, je l’envisage assez simplement. Je n’ai pas de décor, j’ai trois musiciens qui m’accompagnent, nous sommes donc quatre amis sur scène. C’est très sobre, très sincère. J’essaye juste de rester la plus naturelle possible. Si la chanson m’invite à danse, eh bien, je vais me mettre à danser, mais je ne le calcule pas avant. Si la chanson me donne envie de pleurer, je laisse couler les larmes… Rien n’est véritablement orchestré, mises à part les claquettes ! Parce que les claquettes, tout de même, ça se travaille ! (rire)

Votre premier EP est paru il y a quinze jours maintenant [le 15 juin], qu’est-ce que ça représente pour vous et dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis soulagée. Ça faisait tellement longtemps que je souhaitais qu’il se passe quelque chose et que j’avais envie que ces chansons sortent ! Comme je vous le disais tout à l’heure, « Louis », cette chanson, elle a cinq ans. J’étais la seule à pouvoir l’écouter, là, je peux la faire écouter à tout le monde. Et puis, il y a là-dessous aussi une histoire de crédibilité. C’est comme quand on dit qu’on est comédienne et qu’on n’a jamais joué dans un film… Quand on est chanteuse et qu’on n’a jamais sorti de disque, ce n’est pas crédible. On en arrive à un moment donné à se poser des questions identitaires. Suis-je vraiment chanteuse ? Est-ce une blague ? M’aurait-on menti ? (éclats de rires) Du coup, je suis super fière de cet EP, mais surtout, comme je vous le disais, soulagée… j’ai l’impression que j’ai passé un cap et que je peux passer à autre chose, je peux envisager une suite. Mes chansons existent et Barbara Pravi existe. C’est déjà pas mal ! (sourire)

Quels sont vos projets à court et moyen terme ?

À court terme, partir en vacances ! (rires) Mais plus sérieusement, en ce moment, je rencontre plein de nouvelles personnes, j’écris des chansons avec plein de gens. Et puis, je commence à travailler sur la pochette de l’album, et à rassembler les titres qui figureront dessus. Et puis, ce que je souhaite le plus, c’est qu’elles sortent le plus rapidement possible.

En parlant de pochette, quelle importance accordez-vous au visuel qui accompagne votre projet ?

C’est tout aussi important. Pour la sortie de l’EP, j’ai fait un court-métrage où j’ai mis en images quatre chansons. Je travaille l’image de la même manière que le son. J’ai une super équipe qui là aussi m’accompagne et me conseille, exactement comme pour la musique.

Les fleurs sont omniprésentes dans le visuel, que ce soit sur la pochette ou dans les clips, quelles sont celles qu’il faut vous offrir pour être certain de vous faire plaisir ?

N’importe quelles fleurs, je suis dingue de fleurs… Même un petit arbre, ça marche très bien aussi ! (rires)

Propos recueillis par Luc Dehon le 5 juillet 2018
Photos : DR

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