Interview de Gwendal Peizerat

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/07/2018.
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Gwendal Peizerat DR

Gwendal Peizerat, six fois champion de France, deux fois champion d’Europe, champion du monde et médaillé d’Or aux JO d’hiver de Salt Lake City, vient de publier un premier EP éclectique plutôt très touchant, « Quand elle me… ». C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de l’artiste qui entame ici, avec humilité et passion, un nouveau chapitre de sa vie.

Quand on écoute vos chansons, on trouve des influences de reggae, de world, de pop, de chanson… J’imagine que vos influences sont diverses et variées. Alors avant de parler de votre premier EP qui vient tout juste de sortir, j’aimerais, si vous le voulez bien que nous remontions le temps un instant. Quelle musique avez-vous écoutée pendant votre toute petite enfance ?

Il y avait du Souchon, du Abba… pas mal de chanson française et un peu de tout. On faisait de grands voyages en voiture, puisque nous partions en vacances en camping, et sur la route, on écoutait vraiment beaucoup de choses différentes. Il y avait là déjà beaucoup de diversité, mes parents écoutaient du rock, de la chanson française, du Brel, du Brassens… Je pense d’ailleurs qu’on peut retrouver cette influence dans mes textes, où j’essaye toujours de raconter une petite histoire. Ce ne sont pas juste des textes pour le divertissement, j’essaye qu’il y ait un fond à chaque fois. Par contre, la grande diversité vient aussi de toutes les musiques que j’ai pu écouter lorsque je patinais. J’ai été à cette époque amené à écouter, apprendre et aimer toutes sortes de musiques qui vont du Flamenco au Rock’n’Roll en passant par la Valse Viennoise et les grands classiques. Ça vient de là, la diversité des musiques que je compose. Et encore, sur cet EP, j’ai choisi les chansons qui étaient les plus proches les unes des autres, pour éviter au public, pour un premier rendez-vous, de devoir faire un grand écart musical ! (sourire)

Gwendal Peizerat – « Quand elle me… »

À quand remonte l’écriture de chansons ?

La première fois que j’ai souhaité écrire une chanson, ce devait être en 2004/2005. C’est la guitare qui m’a donné envie d’écrire des chansons. Par contre, la composition de musique, c’est plus vieux que ça, puisque j’ai fait du piano très jeune. J’aimais bien composer des mélodies sur mon piano. En revanche, je n’ai jamais réussi à poser des mots sur ces mélodies. C’est véritablement la guitare qui m’a permis de placer des mots sur la musique. Et j’en suis assez content.

Gwendal Peizerat, Quand elle meComposiez-vous déjà à l’époque lorsque vous patiniez ?

Oui. C’était plutôt de la composition informelle, plus proche de l’improvisation. Je me mettais sur un piano les soirées où j’avais besoin de me détendre. Je n’ai pas eu de formation classique, je n’ai pas eu la possibilité de suivre un cursus au Conservatoire, du fait de mon emploi de temps chargé en tant que patineur. Mais j’aimais me mettre au piano et jouer. Je jouais de la variété internationale, du Elton John, du Supertramp… plein de titres qui me donnaient envie de chanter dessus. Et dès que j’avais besoin de me libérer, je laissais courir mes doigts sur le piano et j’improvisais. Je composais sur le fil et les notes disparaissaient tout de suite derrière.

Revenons au début des années 2000 où vous avez commencé à écrire véritablement des chansons. Quelle était la source à cette époque ?

C’était pour une femme, tout simplement. Mon désir, au début, était d’exprimer les sentiments que je ressentais en musique, exprimer mon amour. Ça n’a pas été simple. J’ai commencé à écrire des paroles, mais j’ai eu beaucoup de mal à terminer le texte et le mettre en musique. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai repris ces paroles, que j’ai fini la chanson et que j’ai trouvé la musique que j’allais leur coller dessus. Ce titre ne se trouve pas sur cet EP, mais figurera certainement sur un prochain, elle s’appelle « Mon petit bonheur », avec une influence très hispanisante, voire assez flamenca. Voilà l’histoire de cette première chanson.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Mes inspirations sont diverses, elles viennent le plus souvent de gens que je suis amené à croiser. Dans cet EP, j’évoque aussi bien l’humanitaire que des personnes qui me sont très proches, comme mes filles. « 48 heures une fois par mois », c’est une de mes filles qui m’a inspiré cette chanson. C’est la magie de la création. L’inspiration passe comme une odeur peut passer dans le vent…

Gwendal Peizerat © Julien Deschampt

Écrire des chansons, beaucoup de gens le font. Aller les chanter sur scène, c’est déjà une autre étape. La publier sur un EP, c’est encore autre chose. Quand avez-vous véritablement pensé que vous pouviez vous présenter au public en tant que chanteur ?

Vous savez, ça n’a pas été si réfléchi que ça… Si je me suis mis à la guitare, c’était pour les autres. Le piano, de Gwendal Peizerat, Quand elle mefait, c’est nettement moins facile pour se socialiser. Je me retrouvais le plus souvent seul dans une pièce à jouer sur un piano. Alors qu’avec une guitare, qu’on peut toujours avoir avec soi ou presque, on peut jouer et chanter avec les copains. Celui qui m’a fait monter sur scène, c’est mon ami Michaël Jones. On s’est retrouvés sur scène les premières fois plutôt pour des actions de bienfaisance. Nous chantions ensemble sur « Tout le monde chante contre le cancer », sur le « Foot Concert », etc… Puis progressivement, il m’a fait rencontrer d’autres musiciens, nous avons de fil en aiguille monté un groupe et nous sommes retrouvés à faire les premières parties de Michael Jones. Et ça, ça m’a donné envie d’aller plus loin dans le chant. J’avais des choses à raconter et à dire, et le chant a été un formidable vecteur. Tout ça pour vous dire que c’est naturellement que j’en suis arrivé à cet EP. Tout ça a pris quatre/cinq ans, quelque chose comme ça.

Qu’est-ce que ça vous a fait de retrouver le public? Avant, sur la glace, vous aviez quelques minutes, là, vous avez une heure et demie voire deux.

Le retour vers le public a été mon moteur. À la fin de ma carrière de compétition, j’ai monté une société qui fait du contrôle d’équipement sportif, c’était quelque chose de très sérieux, nettement moins glamour, et surtout très loin du public. Et là, avec la musique, je reviens au contact avec le public. J’en avais besoin. Et effectivement, comme vous le disiez, sur une scène musicale, l’échange avec le public est plus long, plus intime, plus interactif. Alors que quand on est quatre minutes sur la glace, le seul véritable moment de partage avec le public se résume aux trente secondes de fin où on salue. Et encore, quand ça dure trente secondes… (sourire) Du coup, c’est un vrai grand plaisir de me retrouver sur scène. Et en plus, cette expérience de la scène que j’ai eue sur la glace me sert énormément. Vous savez, ce n’est pas évidement de se retrouver à deux sur une scène nue de 1800m²… (sourire) Aux États-Unis, par exemple, nous nous retrouvions dans des salles qui faisaient le double de Bercy chaque soir. C’était très difficile en termes de présence. Il faut projeter énormément pour juste exister. Alors que là sur une scène musicale, on peut se retrouver dans de toutes petites salles, et là, le contact est presque charnel. J’adore ça !

Gwendal Peizerat © Julien Deschampt

Un mot sur le titre, un peu surprenant, de votre EP, « Quand elle me… », qui tisse finalement un lien entre toutes les chansons…

C’est vrai. « Quand elle me… » laisse une ouverture à celui qui l’entend et qui peut révéler l’état d’esprit de la personne au moment où elle le dit ou elle l’entend. Dans ce titre de trois mots, il y a deux mots importants, le « elle » et le « me ». Le « me » indique que cet EP m’est très personnel. Et le « Elle » évoque le féminin, qui m’inspire énormément. Et quand je dis le féminin, je ne parle pas forcément de la femme, mais du féminin dans la globalité. D’ailleurs, c’est un petit jeu sur cet Ep, dans chaque chanson, on peut entendre « quand elle me… » « Quand elle me fait voyager » sur « The Island », « quand elle me retrouve » sur le titre « 48h une fois par mois » qui explique comment je retrouve ma fille à cette fréquence-là, « quand elle me transcende » sur « La ruée vers l’or » où je raconte tout ce qu’est le parcours d’un sportif de haut niveau, d’un Olympien, depuis la découverte du sport jusqu’au grand succès et aux déceptions… Donc, le fil rouge de cet Ep, c’est le titre, mais aussi et peut-être surtout le féminin.

Gwendal Peizerat – « The Island »

En parlant de féminité, quand avez-vous écrit « Un monde sans hommes », dans laquelle vous évoquez, notamment, les difficultés rencontrées par les familles homoparentales.

« Un monde sans hommes », c’est un couple d’amies qui me l’a inspirée. Elles souhaitaient avoir un enfant et elles m’avaient parlé longuement de leur projet et de toutes les difficultés qu’elles rencontraient. Elles m’avaient notamment expliqué pourquoi elles avaient besoin, en tant que couple, d’exprimer leur amour en devenant mamans. J’avais trouvé cette histoire très belle, très inspirante. C’était au lendemain de ces débats qui ont divisés la France. Et j’ai souhaité me projeter dans l’avenir et me mettre dans la peau de cet enfant. Cette chanson ne juge pas, elle s’en tient aux faits, je suis l’enfant d’un couple homosexuel et en tant qu’enfant, je regarde avec bienveillance la vie de mes deux mamans et comment je suis né de leur amour.

De toutes les chansons qui composent cet EP, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je ne pense pas forcément à ce que la chanson raconte, mais plutôt à une anecdote qui se serait passée autour d’elle.

Je les aime toutes. J’ai une énorme tendresse pour « 48h une fois par moi » parce qu’elle me touche énormément, vous vous en doutez bien. Mais par rapport à votre question, j’ai beaucoup de tendresse pour « Humanitaire ». C’est une chanson dont je suis très heureux. Ça a été un flash de création. Tout s’est fait très vite. La muse de cette chanson, je ne la connaissais pas, je ne lui ai même pas adressé la parole. J’ai juste vu son nom sur son bagage lorsque nous nous sommes croisés dans un aéroport. Son nom m’a amené sur son blog sur internet, Marie-Camille Rivière. Je trouvais ce nom très rythmé. Et en allant sur son blog, j’ai découvert qu’elle était infirmière et qu’elle souhaitait se lancer dans l’humanitaire. Et tout de suite, Marie-Camille Rivière, infirmière, humanitaire, ça rimait… En une heure, la chanson a été écrite. Je volais jusqu’à Biarritz, et en arrivant, le texte était écrit. Pendant ma semaine de vacances, j’ai composé la musique. Ça a été très rapide, c’était un flash…

Gwendal Peizerat DR

Vous m’avez dit tout à l’heure que vous aviez pas mal de chansons dans les tiroirs. La suite de « Quand elle me… », vous la voyez plutôt en EP ou en album ?

Si je m’étais écouté, je serais immédiatement parti sur le format album. Mais la tendance actuelle est toute autre. Beaucoup de gens m’ont conseillé de présenter le projet au public dans un premier temps avec un EP. Alors, j’ai fait un compromis… un EP, c’est quatre/cinq titres, là j’en ai mis six… (sourire) Avec le recul, je me dis qu’avoir plus de fréquence, avec des albums plus courts, donc des EP, c’est pas mal. Aujourd’hui, je m’en rends bien compte, c’est devenu rare que les gens prennent le temps d’écouter l’intégralité d’un album. Moi, par exemple, je sais que le format EP me convient parfaitement. Ça correspond à la durée des trajets que je fais en voiture, par exemple. Le EP est plus dans l’air du temps. En nombre de chansons, c’est vrai que j’ai de la matière pour en sortir au moins trois dans les deux ans qui viennent. En tout cas, ce que je veux avec cet EP introductif à une nouvelle carrière, c’est aller faire de la scène. J’y chanterai de toute façon les chansons qui figureront sur les prochains EP. Là, je suis dans l’attente du retour du public, ressentir son émotion, avant de penser à sortir autre chose. Je pense que ce retour me donnera une indication plus franche. Aujourd’hui, cet EP, c’est un peu un pavé dans la mare. J’ai envie de savoir comment les gens régissent à ce style de musique, avec mon image.

On ne va pas refaire votre palmarès sportif ici, même s’il est plus qu’impressionnant. Là, vous repartez de zéro, j’ai même envie de dire que vous vous mettez dans la peau d’un débutant. Comment le vivez-vous ?

J’adore ! C’est comme ça qu’on apprend et qu’on avance dans la vie. Si on se contente de faire ce qu’on sait faire… ce n’est pas très intéressant. Même si on continue de patiner avec Marina. On revient là de Nagano où on a fait toute une série de galas pour fêter les vingt ans des Jeux Olympiques de Nagano où nous avions eu la médaille de Bronze, et je peux vous assurer que c’est toujours un vrai bonheur. Cet échange avec le public est génial. Mais j’avoue très humblement que je n’ai plus grand-chose à apprendre en tant que patineur aujourd’hui… Et quand on n’apprend plus, on risque de s’endormir. Et moi, je suis curieux, j’ai besoin de découvrir un nouveau milieu, de nouveaux codes, de nouvelles ficelles de création aussi… Je peux vous assurer que de me mettre en danger et prendre tous ces risques-là, c’est génial. Aller vers quelque chose de nouveau, c’est formidable, ça permet de grandir. C’est peut-être un peu plus difficile du point de vue du public français, qui aime bien que tout soit bien rangé dans des petites cases. Un sportif est un sportif, un acteur un acteur, un chanteur un chanteur. Je ne le vois pas tout à fait de la même manière, mais plutôt avec un regard plus anglo-saxon où un artiste apprend toutes les disciplines. Mon idéal, c’est « Fame », cette école des arts que les Américains proposaient dans les années 70/80, c’était exceptionnel. Vous rentriez dans cette école, et vous étiez voué à apprendre les techniques de chant, de jeu d’acteur, de composition, de danse, d’écriture, etc, etc… On y formait des artistes complets. Ça se rapproche un peu du but que j’ai dans la vie, d’être un sportif complet, de ne pas me contenter de faire du patinage, même si j’adore ça, et d’être un artiste complet, être capable de sauter de la musique à la danse en passant par jouer la comédie ou que sais-je ? Encore faut-il apprendre à le faire bien, et ça, ça demande beaucoup de travail. Mais le bonheur ne passe-y-il pas par le travail ?

Il est vrai que chez nous, tout est très segmenté…

C’est un fait, mais les visions françaises et américaines sont essentiellement dues à des questions de culture et d’éducation. Rien n’est figé. L’exemple aussi est important. Vous savez, j’ai connu ça dans ma carrière de sportif pendant longtemps. On m’a dit que je devrais choisir, que je ne pourrais pas faire des études de haut niveau et une carrière de sportif de haut niveau. Et parfois, il est bon de ne pas choisir. C’est ce refus de choisir qui m’a permis d’être diplômé d’EM Lyon et d’être champion Olympique. Il faut parfois casser un peu les codes et les habitudes pour avancer.

Gwendal Peizerat DRVous vous êtes exprimé pendant des années avec uniquement votre corps. Là, vous vous exprimer avec votre voix, qu’est-ce qui touche le plus à l’intime ?

 La voix fait partie du corps. C’est un muscle à travailler comme tous les autres muscles. Le travail que je fournis aujourd’hui sur ma voix est très proche de celui que j’ai fourni pendant des années en tant que patineur. Sur chaque chanson, il faut travailler les respirations, comment faire passer l’émotion au travers de ce muscle. En ça, c’est une expression physique comme une autre. Je pense que ce qui change, c’est le point du vue du public. Le chant se perçoit par l’ouïe, le patinage se perçoit par la vue. Et là, ça change la donne… mais pour le performer, le travail est le même pour apprendre un mouvement de bras pour une chorégraphie ou une intention ou une respiration sur une chanson. Il faut apprendre à maîtriser ses cordes vocales pour une envolée dans une chanson, comme contracter ses muscles pour effectuer un mouvement parfait. De mon point de vue, c’est la même chose, mais la perception du public est très différente. C’est là que je me sens plus à mon aise sur scène qu’en studio, c’est que quand je chante devant le public, il y a également une projection visuelle, une énergie visuelle, qui n’est évidemment plus une chorégraphie, mais qui existe tout de même.

Gwendal Peizerat DRVous évoluez maintenant sur scène en tant que chanteur, mais continuez à patiner avec Marina Anissina, vous revenez d’ailleurs de Nagano. Qu’est-ce qui est le plus grisant pour vous aujourd’hui, la scène musicale ou la glace ?

Avant Nagano, je vous aurais répondu sans aucune hésitation la scène musicale. Mais là, je reviens du Japon avec neuf mille personnes qui vous font une standing ovation tous les soirs… j’avoue que c’est grisant aussi ! C’était magique de retrouver le public japonais. Alors, je vais vous répondre « match nul » ! (rires)

Propos recueillis par Luc Dehon le 5 juillet 2018.
Photos : DR

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