Interview de Noon

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/05/2018.
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Noon - DR

Alors que son premier album, « Love in translation », est dans les bacs depuis à peu près un an, Noon vient d’en dévoiler un quatrième extrait, « Intime Paradis », accompagné d’un clip très référencé. L’occasion pour nous d’aller à la rencontre de l’artiste pour en savoir plus sur ce disque composé de dix variations sur un même thème, celui de l’amour, et sur ses différents projets. Rencontre avec une artiste plurielle qui a définitivement fait le choix de vivre du côté du rêve…

Avant de parler plus précisément de votre album « Love in Translation », et puisque vous avez repris « The Logical Song » de Supertramp, qui n’est pas à proprement parler un titre de votre génération, j’aurais aimé que nous revenions quelques années en arrière… Venez-vous d’une famille de musiciens ou tout du moins dans laquelle on écoutait de la musique ?

Noon, Love in translationEn effet, comme vous le soulignez, toutes les musiques que j’aime ne sont absolument pas celles de ma génération ! (sourire) En fait, j’ai baigné dans une famille de musiciens et de gens passionnés par la musique. C’est pour cette raison que je connais tous ces standards plus anciens, j’ai grandi avec eux. Quelque part, ça a été une initiation musicale extraordinaire.

Quelle est votre première approche de la musique ?

J’ai pris des cours de piano assez jeune, je devais avoir six ans. Après, je n’ai plus arrêté.

Les chansons, vous avez commencé à les écrire quand ?

Je devais avoir une dizaine d’années quand j’ai commencé à composer des petites musiques. Je n’avais pas tellement confiance en moi à cette époque (sourire), mais je garde en mémoire ces petites mélodies que je composais.

Vous êtes donc venue à la chanson par la musique.

Exactement, par la composition et le piano. Ensuite, je suis arrivée au chant. En fait, je ne chantais pas, mais ma sœur bien. Et certainement par mimétisme comme j’étais le plus jeune, ou que sais-je ?, comme j’avais l’oreille musicale je me suis mise à chantonner sur mes mélodies moi aussi.

Noon - DR

L’écriture, elle arrive quand dans votre parcours ?

Bien plus tard. Il n’y a qu’une dizaine d’années tout au plus que je me suis mise à l’écriture. J’ai toujours composé beaucoup de musiques, et je travaillais en parallèle avec des auteurs. Et puis un jour, je me suis mise à écrire des textes moi-même quand je me suis sentie capable d’écrire ce que je ressentais. Finalement, c’était pas mal et aujourd’hui, je suis contente parce que les deux singles qui ont bien fonctionné, les textes sont de moi.

Que s’est-il passé pour que vous vous mettiez à l’écriture ?

Une envie d’exprimer les émotions pas seulement par la mélodie, mais par les paroles aussi. Avant, il n’y avait que la musique qui me permettait de sortir les choses, puis j’ai compris que je pouvais « plaquer » des mots dessus également, ce qui était pour moi exceptionnel, puisque depuis longtemps, j’avais des idées, mais des idées que je n’arrivais pas à formuler. D’un jour à l’autre, j’y suis arrivée, et j’en ai été la plus heureuse.

Noon - DR

Quand on regarde votre bio, j’ai envie de dire que vous avez eu plusieurs vies. Vous avez évolué en tant qu’artiste au sein de plusieurs formations différentes, vous avez travaillé en tant que chef de produit pour des chaînes de télé musicales. Qu’est-ce qui vous a décidée à un moment donné de vous imposer en solo, en tant que Noon ?

J’ai effectivement travaillé pour des chaînes de télé pendant des années, ensuite, j’ai fait quelques petites interventions musicales avec différentes personnes, mais plus « comme ça », sans que ça ne donne vraiment grand-chose. Je n’avais en tout cas pas du tout le courage à cette époque de me lancer dans le métier. C’était réellement avant tout un manque de courage, pas d’envie. J’avais le trac de me lancer, en fait… à un certain moment, j’ai trouvé la force d’aller plus loin, avec Valentin Devaux avec qui nous avons monté le projet Shenkin, un groupe électro-funk. Ça m’a donné une force incroyable, j’ai vu qu’on pouvait faire des choses. Je me faisais un monde de ce métier et je me suis rendue compte que l’essentiel était de faire ce qu’on avait envie de faire dans la vie. Donc, ce projet m’a donné la pêche. Après un an, nous nous sommes séparés, chacun a poursuivi son chemin. Ça m’a donné l’opportunité de travailler sur mon propre album. Et c’est quand, chanson après chanson, j’ai trouvé un fil conducteur entre elles, que j’ai fait exister Noon.

Ce fil conducteur, quel est-il ?

Le désir.

Comme le titre de votre chanson…

Exactement. Le désir, c’est finalement ce qu’il y a de plus motivant.

Noon - DR

Quand vous avez commencé à réunir vos chansons, aviez-vous déjà une idée très précise de l’esthétique sonore vers laquelle vous vouliez tendre ?

Pas du tout ! (rires) Au début, tout était très très acoustique, uniquement piano/voix. Je n’avais pas du tout d’idée précise d’où je voulais aller. Je partais à vrai dire dans une idée beaucoup plus pop que ce que ça est devenu par après. J’ai eu la chance de travailler avec des gens qui m’ont fait des propositions auxquelles je n’avais pas forcément songé, des sonorités plus électros. On en avait parlé, mais sans plus. On a avancé un peu dans ce sens dans les arrangements, et ça m’a beaucoup plu. Nous sommes donc partis dans cette direction-là.

Un mot sur le titre de l’album, « Love in translation », clin d’œil au film de Sofia Coppola. En quoi ce film vous a-t-il inspirée ? Et en quoi la fiction, au sens large, vous inspire-t-elle ?

« Lost in translation » est la rencontre de deux solitudes, sur un fond de communication, de langage. C’est une problématique que l’on retrouve dans toutes sortes de relations diverses et variées… Je pense que ça m’a inspirée, déjà parce que j’ai beaucoup aimé le film, mais aussi parce que quand j’ai composé cet album, avec en filigrane l’envie de décliner l’amour sous différentes facettes, j’ai eu le souhait de me rapprocher le plus possible d’une traduction amoureuse. De fil en aiguille, j’en suis arrivée à « Love in translation ». Ça parlait de langage amoureux, de traduction amoureuse, et ça, ça me parlait !

Noon – « Desire » (English version)

Nous évoquions tout à l’heure le désir qui plane sur toutes vos chansons, un mot sur la chanson « Desire », qui a sa version anglaise et sa version française. Abordez-vous la création de la même manière dans une langue ou dans l’autre ?

Absolument pas. Quand je compose, j’ai tendance à chantonner par-dessus en anglais, ou quelque chose qui se rapproche de la langue anglaise. Ça a été assez problématique. De rares fois, par contre, comme sur « Let my soul », par exemple, ce sont des mots français qui me sont venus à l’esprit. « Desire », ça a été un exercice de style assez particulier. Je l’avais composée en anglais et on m’a demandé d’en faire une version française. Il a fallu que je j’adapte le questionnement anglais en français. Ce n’était pas évident. Mais au final, quand aujourd’hui j’écoute la version française, je trouve que le texte a presque plus de profondeur que la version anglaise, si ce n’est plus.

Noon – « Desire » (french version)

Et puis le français, c’est votre langue maternelle…

Écrire en français m’a fondamentalement toujours fait un peu peur (sourire). Dans sa langue maternelle, on emploie des mots plus précis, on exprime plus précisément ce qu’on ressent. On se déshabille plus, d’une certaine façon, ce qui est nettement plus angoissant. Mais au final, c’est sans aucun doute plus agréable parce qu’on exprime très précisément ce qu’on ressent. Il faut juste affronter sa pudeur. Je repense à une de vos précédentes questions, à savoir ce qui a été déclencheur dans l’envie de me lancer en solo, je pense qu’accepter de chanter français sans sentiment de honte a joué dans ce sens, également.

J’imagine alors qu’au jour d’aujourd’hui, vous écrivez de plus en plus en français, que vous vous libérez de vos entraves…

Évidemment (sourire). C’est exactement ça. Et ce qui est marrant, c’est que quand on y pense, ça veut dire ça aussi « Love in translation »… On en revient toujours à cette problématique de langage et de communication. En répondant à vos questions aujourd’hui, je me rends compte que j’ai choisi ce titre consciemment et inconsciemment… Merci le psy !!! (éclats de rires)

Noon – « Intime Paradis (Just to live) »

Vous venez de sortir un nouveau single « Intime Paradis ». Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur ce titre ?

Ce n’est pas moi qui ai écrit ce titre, je n’en ai composé que la musique. Le texte a été écrit par ma sœur, Florence Rouas. J’ai composé cette musique dans un contexte familial très compliqué puisque j’ai perdu ma nièce. Je ne savais pas que j’allais sortir cette chanson en quatrième extrait, mais je l’ai fait comme pour faire un clin d’œil à ma petite nièce que j’ai perdue l’année dernière, qui est donc la fille de ma sœur qui a écrit ce texte. L’« Intime Paradis », c’est comment réussir à continuer à vivre dans son intime paradis malgré le fait que la vie ne soit pas toujours telle qu’on l’attend, qu’elle soit faite de hauts et de bas, de choses magnifiques et à la fois dramatiques… Comment se créer un « Intime Paradis » pour continuer le chemin sans s’écrouler ?…

Un mot sur la reprise de Supertramp, « The Logical song ». Était-ce une réelle envie de votre part ou un passage un peu obligé pour buzzer, comme on dit ?

C’était un vrai choix. Encore une fois, là aussi, le texte me plait. Ce qu’exprime Rodger Hodgson, c’est comment dans l’enfance on a cette vision magique des choses, et comment au fil du temps, on finit par devoir rentrer dans un rang qui nous rend finalement très amers. Et quelque part, on se sait plus qui on est et ce qu’on fout là… [dit-elle en éclatant de rire !, NDLR] C’est une chanson qui j’aime beaucoup et dont j’aime profondément le texte. J’avais la réelle envie que ce titre fasse partie intégrante de l’album.  J’avais envie de dire que moi aussi, j’avais envie de garder cette innocence d’enfant et pouvoir regarder les choses avec cette magie d’amour. Je n’ai pas envie qu’on me ternisse le tableau… À la fois, Rodger Hodgson l’a écrite dans un autre contexte, mais c’est ce qui ressort de son texte, ce refus de rentrer dans le rang et cette envie de garder la magie de l’enfance.

En parlant de la magie des choses, vos chansons suggèrent énormément de sentiments, elles touchent à l’imaginaire, elles emportent avec elles beaucoup d’images. D’un autre côté, on sent une vraie recherche dans la conception de la pochette, des clips qui accompagnent vos chansons. Quelle place accordez-vous au visuel au sein de votre projet ?

J’ai une imagination débordante, en fait… Et donc, ça tombe plutôt bien que vous trouviez qu’il y a beaucoup d’imaginaire dans ma musique parce que c’est ce qui la nourrit ! Je crois que c’est l’imagination qui me définit le mieux. Vous venez de me parler de cette pochette, je pense que là aussi elle annonce parfaitement ce qu’on va trouver dans le disque. Elle est dans le mythe sans être cucul la praline (sourire).

Noon - DR

On a l’impression que des petits farfadets vont sortir de quelque part…

(éclats de rires) C’est une façon de voir les choses !!!

L’image nourrit le propos musical, mais permet-elle d’aller plus loin que la musique même ?

L’image et la musique sont complémentaires. Très sincèrement, lorsque j’ai composé mon album, je n’avais pas forcement d’images bien précises en tête. J’étais moi-même, et c’était déjà assez compliqué comme ça ! (sourire) Souvent, on me disait qu’il fallait que je travaille l’image, mais je n’en avais pas forcément envie parce que je voulais travailler sur qui je suis, pas une image que je pourrais renvoyer. Au bout du compte, quand je regarde l’univers que j’ai créé autour des chansons, les clips, les visuels, je suis sereine parce que c’est parfaitement ce que je voulais transmettre, à savoir ce que je suis, ce que je ressens. Je n’aurais pas pu créer un univers éloigné du mien.

Des scènes sont-elles prévues prochainement ?

En ce moment, ce sont essentiellement des lives sur des plateaux radio. On prépare par contre un concert pour la rentrée, en septembre, quelque chose comme ça.

Comment abordez-vous la conception du spectacle ? Serez-vous seule en scène ?

Non, il y aura plusieurs musiciens. Vous savez, mon expérience de la scène se limite essentiellement à celles que j’ai pu faire avec Shenkin, et c’étaient de vrais concerts. Par contre, avec mon projet Noon, j’ai essentiellement joué en radio, et quelques rares fois en live avec des musiciens. Donc, là, ce sera la première véritable scène pour Noon. Je l’aborde donc avec grand bonheur et… grande anxiété ! (rires)

Noon – « Let my soul »

De toutes les chansons qui composent ce disque, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je pense au-delà des mots et de la musique mêmes.

Ce doit être « Let my Soul ». Cette chanson, c’est moi, tout simplement. Je ne sais pas véritablement pourquoi, mais je l’aime cette chanson, depuis le début. Même le clip qui est fait à base de photos qui défilent très vite, je le trouve très chouette. J’ai beaucoup travaillé dessus. C’est l’histoire d’une femme qui s’amourache à chaque fois et qui finit par se lasser et recommencer… C’est l’histoire d’une femme qui a plusieurs vies… comme vous le disiez tout à l’heure à mon propos ! (sourire)

« Love in translation » est sorti il y a déjà un an, j’imagine que vous ne vous êtes pas arrêtée de composer et d’écrire en chemin. Comment envisagez-vous la suite ?

Je pense que je vais bientôt partir sur un nouveau single, pas tout de suite un album.

Pourquoi ? Parce que l’album est un format plus lourd et difficile à travailler à notre époque ?

Il y a de ça. Mais dans l’idée, j’ai surtout envie de recommencer avec un single pour mieux envisager la suite.

Propos recueillis par Luc Dehon le 3 mai 2018.
Photos : DR

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