Interview de Alain Turban
Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/07/2010.© Reproduction interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.

Alain Turban nous a accordé une belle interview à l'occasion de la sortie de son nouvel (et magnifique) album, « Alain Turban chante l'Ardèche ». Il reviendra avec nous aussi sur ses racines à Montmartre et ses débuts de chanteur disco, le blondinet, comme il le dit lui-même... Alain se dirige depuis longtemps maintenant vers la chanson à texte, et ça lui va à ravir...
IdolesMag : Comme tout le monde le sait, vous êtes donc né à Montmartre. Que vous évoque Montmartre?
Alain Turban : D'abord mon enfance, puisque j'y suis né... Je serais né à Los Angeles, je pense que j'aurais une tendresse particulière pour Los Angeles! Quand on naît à Montmartre et qu'on est gosse, on ne sait pas ce que représente Montmartre. C'est avec le temps qu'on comprend l'importance de ce village mythique qui surplombe Paris. Vous remarquerez d'ailleurs que je fais une différence entre Paris et Montmartre!
C'est donc votre village?
Oui, c'est ça, c'est mon village. Ce n'est qu'après longtemps que j'ai compris ce que représentait mon village aux yeux des autres. Quand on voit le passé de Montmartre (et même son avenir... dans deux mille ans, on en parlera encore), c'est assez inouï!...
Vous avez sorti un album consacré à Montmartre, était-ce important pour vous?
Oui. C'est le retour au stade du foetus. Je ne peux pas dire que ce soit un retour à mes racines, mais disons que c'est un retour à mes premiers pas dans la vie.

Vous dédiez une chanson à Michou sur votre album "Poulbot", et vous lui avez écrit "77% d'amour". Que vous évoque Michou?
Montmartre a toujours été révélé par des personnages. Il y a eu bien évidemment Francisque Poulbot, peintre et illustrateur de talent qui a créé les "Poulbots", il y a eu Aristide Bruant il y a une centaine d'années... Et j'ose le dire, il y a Michou depuis 55 ans à Montmartre. Il va fêter ses 80 ans l'année prochaine. C'est mon ami. C'est un personnage mythique... Cet homme en bleu s'est trouvé un look tout à fait original, un peu comme Maurice Chevalier avec son canotier ou Trenet avec son chapeau... Si on mettait Michou à côté d'autres personnalités très très connues, et bien, tout le monde repèrerait Michou! Pour vous résumer son parcours, il est né à Amiens, il est venu à Paris et a acheté ce bar qui s'appelait "Chez Madame Untel" et il en a fait le cabaret de "Chez Michou" que toute la planète connaît, comme le Moulin Rouge. Je dis toujours qu'à Montmartre, il y a le Moulin Rouge et le Moulin Bleu... Et donc, oui, pour répondre à votre question, j'ai écrit une chanson pour ses 77 ans. Et là, je prépare une chanson pour ses 80 ans.
Vous avez une passion pour le cirque, je pense. Vous avez d'ailleurs écrit la chanson "Medrano". Que vous inspire le cirque?
Vous savez, j'ai découvert le spectacle par le cirque... Et comme vous le savez certainement, je viens du monde des forains. Donc, les gens du cirque, je les connais bien et je les comprends bien. "Medrano", ça m'évoque ma grand-mère nourricière qui me prenait la main pour m'emmener au cirque. Le cirque Medrano se trouvait en face de la Cigale, et il a été démolit en 1973. Donc, quand j'ai fait la Cigale il y a un an et demi, j'ai eu tout naturellement envie de parler de ce cirque... J'ai donc écrit la chanson "Medrano", et elle plaît beaucoup dans mes concerts. Et puis, pour tout vous dire, je suis un grand amoureux du cirque!

Donc, cet album, "Poulbot" est une sorte de retour à l'enfance.
Bien entendu. J'ai fait cet album un peu comme si je refermais le livre de ma vie. Ce qui n'est pas le cas pour l'instant... Mais on ne sait jamais! On fait toujours les choses en fonction de son ressenti. Il faut savoir ce qu'on a envie d'écrire... On ne fait pas un album comme ça, il faut trouver un thème et là, le thème était tout trouvé...
On sent, à l'écoute de l'album, que vous y avez mis beaucoup de coeur...
Oui, c'est un album très personnel et qui a un écho auprès du public. J'en suis heureux.
Vous souvenez-vous de quand vous avez eu le déclic en vous disant "je veux devenir chanteur"? Etait-ce un rêve de gosse de devenir chanteur?
Pas vraiment... En fait, ça ne s'est pas passé comme ça. Ma grand-mère nourricière était une concierge de Montmartre. Et je me revois gosse en train d'accrocher des ampoules usagées et des cordes dans sa loge, comme un éclairage de Music-Hall. Je me souviens de ça... Est-ce dû aux multiples représentations du cirque Medrano que je suis allées voir, est-ce dû aux films que j'ai vus et revus?... Les feux de la rampe m'ont toujours fasciné. Et pour moi, les feux de la rampe ont commencé dans une loge de concierge... Mais je n'ai pas voulu être chanteur. C'est mon grand frère, Christian Turban, qui commençait à écrire des chansons qui m'a donné le goût de la chanson. Il les chantait lui-même et j'étais très impressionné par lui. C'est d'ailleurs grâce à lui que j'ai connu le succès en 1978 avec "Quatrième Dimension". Je suis donc certainement devenu chanteur par admiration pour mon grand frère. Il n'a pas eu la chance de faire carrière et donc, j'ai repris le flambeau...
Aviez-vous des idoles quand vous étiez ado?
Oui, bien entendu! Je vais enfoncer des portes ouvertes... mais mes idoles, c'étaient James Dean, Paul Anka, les Yéyé. Mais à côté de ça, j'écoutais aussi Claude Nougaro, Jacques Brel et Serge Gainsbourg. Tout en étant un yéyé, je m'intéressais à un autre style de chansons et de chanteurs! Je m'intéressais déjà à des choses plus profondes. J'écoutais beaucoup Luis Mariano, puisque ma grand-mère nourricière m'emmenait voir ses spectacles au Châtelet et elle m'emmenait voir tous ses films aussi. Elle était en admiration devant lui. Luis Mariano, c'était une star mystique et mythique!
Pensez-vous que ces personnes que vous écoutiez ont été vos influences musicales?
Oui, bien sûr. J'ai toujours été un "touche-à-tout" tout au long de ma carrière. D'ailleurs, j'ai souvent dérouté mon public... Déjà avant de connaître le succès, j'ai sorti quelques 45 tours qui n'ont pas marché. Je voulais devenir une vedette de la chanson, puis le temps a fait son oeuvre et j'ai vraiment démarré dans les années disco. ça aurait peut-être été plus difficile pour moi si j'avais fait vraiment ce que je voulais faire... Le disco, ça a été un peu une solution de facilité! Avec les années, j'espère avoir redressé un peu la barre! (rires) Quand je dis que j'ai dérouté mon public, c'est dans le sens où on peut difficilement me cataloguer... Je ne suis plus l'homme de "Santa Monica". Je ne le renie pas, bien évidemment, mais j'ai évolué. L'être humain est fait pour évoluer, pas pour stagner ni pour régresser.
Vous avez aussi dérouté votre public en changeant de nombreuses fois de nom... Al Turban, Alain Céres, Alain Murat, Allain, Alain Turban et même Tubanovitch...
C'est très simple cette histoire... Quand un disque ne marchait pas, ma maison de disques ne voulait pas sortir le suivant sous le même nom! C'était le cas pendant ma période noire, ou plutôt grise... Par contre, avec "Quatrième Dimension", comme c'était RTL qui me produisait, j'étais plus sûr de moi, je savais que le disque allait être diffusé plusieurs fois par jour à l'antenne. Ils m'ont donc demandé de trouver un pseudonyme qui effacerait tout ce qui n'avait pas marché avant. Je suis donc devenu Allain, avec deux L, et le suis resté quelques années... Ensuite, en 1984, quand j'ai signé chez Tréma, j'ai enlevé un L et j'ai repris mon vrai nom, Turban. Et bien plus tard... Je me suis fait appeler Turbanovich qui est un vieux nom de famille d'il y a plus de 100 ans.

Quand "Quatrième Dimension" sort, le succès est énorme assez rapidement. Comment le vivez-vous à l'époque?
J'étais heureux bien entendu. A cet âge-là, j'ai une trentaine d'années... Et de m'entendre à la radio, j'étais vraiment heureux! J'ai eu une réaction un peu bizarre... La première fois que je me suis entendu à la radio, sur RTL, je me suis dit "à force de jouer avec le feu, on finit par se brûler"... (rires) C'était un peu le rêve d'Icare.
L'année d'après, vous sortez "Santa Monica", nouveau succès. Avez-vous pu profiter de tout ce qui vous arrivait?
ça passe tout de même assez vite le succès d'une chanson, vous savez... Je ne pense pas avoir eu la grosse tête. J'étais content de tout ce qui m'arrivait et je l'ai très bien vécu!! Nous étions dans la mouvance "Marureva" de Chamfort, "Born to be alive", Patrick Juvet... Nous faisions danser les gens et moi, je les emmenais sur la plage de Santa Monica en Californie...
Avant cette période Disco, côtoyiez-vous Christian Delagrange? Parce que je sais que vous êtes très amis avec Christian aujourd'hui.
J'ai connu Christian quand il s'appelait Chris Gallbert. C'est à dire au tout début de sa carrière. Lui aussi, d'ailleurs, a changé de nom! C'est amusant la coïncidence! (rires) Nous nous connaissions, mais sans plus. Nous nous croisions, en fait. Et nous nous sommes vraiment rencontrés quand ça a commencé à marcher pour moi et que lui, ça ne marchait plus des masses. Nous sommes devenus très très amis, et nous le sommes toujours. Je lui ai co-écrit tout un album avec des reprises de chansons, "Vivre seul", "Le monde est merveilleux"...

Ensuite, vous sortez des chansons plus douces, comme "On s'écrivait Annie". On a l'impression qu'Allain devient plus romantique. Est-ce que je me trompe?
Pas du tout! Vous ne vous trompez pas...
Puis, après cette période, vous vous orientez plus vers la chanson à texte. Etait-ce important pour vous de mettre le texte plus en valeur?
C'est vrai... ça a commencé en 1987. C'est à cette époque que j'ai décidé de me produire moi-même et de réaliser mes chansons. C'est à cette époque que j'ai écrit "De l'autre côté de la vie" et "Mystique". Et effectivement, le texte a commencé à prendre de plus en plus d'importance. Et en avançant, il en a pris de plus en plus... Fort heureusement!
Les mots sont importants pour vous?
Absolument, extrêmement importants! J'ai besoin d'écouter ce que racontent les chansons. Effectivement, on ne s'en rend pas bien compte en écoutant "Santa Monica"... Mais je ne renie pas "Santa Monica" aujourd'hui, pas du tout! Disons que cette chanson me paraît un peu "guimauve" aujourd'hui! (rires) A l'époque de "Santa Monica", il y avait déjà des artistes qui chantaient des chansons à texte, mais moi, je me suis retrouvé un peu coincé dans l'image du petit chanteur disco blondinet... Mais les mots ont toujours eu de l'importance à mes yeux, disons que depuis quelques années, c'est plus flagrant, on va dire! (rires)
ça a été difficile pour vous de vous décoller cette image de blondinet?
Bien sûr. C'est le métier qui fait les artistes, ce n'est pas le public qui choisit. Après, le public choisit dans la palette d'artistes qu'on veut bien lui présenter. Et le public n'est pas toujours forcément fidèle...
C'est peut-être aussi à cause des médias qui décident ou non de passer un artiste...
Bien entendu, ce sont les médias qui font et défont les artistes. Alors, autant dans ma période 1978-1985, j'ai bien été suivi par les médias, autant après, ça a été beaucoup plus difficile... Ils avaient certainement l'impression que le petit chanteur de disco voulait jouer au grand chanteur... Et ils ont peut-être voulu me le faire payer... ça tient à peu de choses le succès...

Et vous le prenez comment, ça?
Très bien! J'adore le combat! C'est jouissif de pouvoir exister presque sans l'appui des médias. Depuis 1987, je ne dis pas que je ne passe pas à la télé ni à la radio, mais disons que je ne suis pas omniprésent sur les ondes!! (rires) J'ai tout de même fait plusieurs fois Sacrée Soirée, Jacques Martin, Pascal Sevran, etc... Mais, aujourd'hui, un nouveau public, qui ne connaît pas Allain, commence à s'intéresser à ce que je fais. Je commence à exister d'une autre façon, et ça me fait plaisir... J'ai l'impression que la "punition" du chanteur de disco des années 80 s'est levée...
Pouvez-vous me parler de la superbe chanson "Jean d'ici Jean d'ailleurs", dédiée à Jean Marais et Jean Cocteau. Les connaissiez-vous? Et quels rapports aviez-vous avec eux?
J'ai toujours eu une grande admiration pour l'oeuvre de Jean Cocteau. Jean Marais, j'ai eu la chance de le rencontrer plusieurs fois à Montmartre lorsqu'il y vivait. Nous avons d'abord eu une relation épistolière, puis nous nous sommes rencontrés. Quand j'ai écrit cette chanson, j'ai voulu qu'il me donne son accord. Il l'a fait. J'ai créé cette chanson à la Cigale en 1991 et ensuite, j'ai même été une de ses surprises à Sacrée Soirée. J'ai une grande admiration pour Jean Marais aussi. Et j'ai voulu écrire une chanson sur leur belle histoire d'amour et leur réussite. Ce sont deux géants. Voilà encore un thème que le petit chanteur blondinet de disco a osé chanter!...
Il y a une chanson de votre répertoire qui est un peu moins connue, c'est "Go Homme". Qu'est-ce qui a motivé ce choix?
Encore une fois... Quand on parle de Jean Cocteau et Jean Marais, ils ont plus aimé les hommes que les femmes... Vous savez, pour moi, rien ne me dérange. Tout m'arrange. Je dis toujours que les anges n'ont pas de sexe et que chacun doit choisir sa sexualité, qu'elle soit masculine ou féminine. Donc, ce thème de l'homosexualité m'intéressait et je voulais en parler dans mes chansons... C'est une chanson qui n'est pas très connue mais qui est appréciée par les gays. Je pense et j'espère que cette chanson leur touche l'âme et le coeur, autant qu'elle me touche quand je la chante... Et puis, vous savez, je ne suis pas le seul à l'avoir fait... Aznavour l'a fait aussi, et d'une belle façon.
C'était osé pour vous de sortir une chanson sur l'homosexualité, non? Ce n'est pas le genre de chanson qui est diffusée en priorité sur les ondes...
La chanson est tout de même passée pas mal sur NRJ à l'époque. Ce sont d'ailleurs les seuls qui l'ont diffusée. Mais c'est grâce à cette chanson que j'ai signé un gros contrat chez Phonogram qui est devenu Universal depuis... Ils avaient adoré cette chanson et étaient persuadés que ce serait un gros succès. Même Barbelivien a voulu les droits de la chanson pour son édition, mais ça n'a pas pu se faire pour diverses raisons. Le problème, c'est que je m'appelait Alain Turban. Je me serais appelé Michel Sardou ou Jean-Jacques Goldman, je pense que la chanson aurait reçu un meilleur accueil dans les médias.
Tout au long de votre carrière, vous avez beaucoup écrit pour d'autres... Est-ce un exercice que vous aimez?
J'aurais pu écrire plus pour les autres, si je m'étais plus tenu au travail... Mais, en général, lorsque j'écris pour quelqu'un, ça part d'un coup de foudre. J'ai d'ailleurs plus écrit pour des amis... Christian (Delagrange), Patrick (Topaloff), Stone, Patricia Lavilla... Ce sont de belles rencontres qui ont débouché sur des chansons. Ce sont des chansons que j'ai écrites pour eux à un moment donné. Quand on écrit une chanson pour Patrick Topaloff à propos de son fils qu'il ne voyait pas, ça ne s'invente pas... Et pour Christian, je lui ai aussi écrit des chansons qui lui correspondaient. Je ne le voyais pas chanter "De l'autre côté de la vie" ou "Mystique"! D'ailleurs, la chanson que je lui ai écrite et dont je suis le plus fier, c'est "Revenir". ça a donné une belle signature chez CBS à l'époque... On a fait un beau clip. La chanson a eu un succès relatif, parce que à l'époque, les médias ne voulaient pas passer Delagrange...

J'ai envie de dire que vous avez écumé les scènes les plus emblématiques de Paris... L'Olympia (en 1984), La Cigale (en 1991 et 2008), Le Sentier des Halles (en 1999), Le Casino de Paris (en 1999), L'Européen (en 2009). De quelle salle gardez-vous le meilleur souvenir?
[NDLR : Alain réfléchit un bon moment] La Cigale! Parce que La Cigale est l'Olympia de Montmartre. Cette salle a quelque chose de mythique.
L'Olympia, je l'avais fait en première partie de Frédéric François à l'époque...
Le Casino de Paris, le Sentier des Halles et l'Européen, ce sont aussi de très bons souvenirs. Chaque salle est différente et a son histoire...
En parlant de scène, je peux déjà vous l'annoncer, je serai sur une belle salle Parisienne d'ici un an et demi...
Laquelle, sans indiscrétion?
L'Olympia!
C'est une salle qui reste mythique pour vous?
Bien entendu. Chaque artiste a envie de poser sa pierre à l'édifice. Je l'ai fait en 1984 dans des conditions désastreuses, donc, là, j'ai envie de faire un bel Olympia!
L'Olympia a été reconstruit. Reste-t-il le même à vos yeux?
Oui. J'ai chanté dans l'ancien. Mais le nouveau est plus beau, plus grand, plus accessible... Et surtout, il est plus aux normes actuelles!! Il faut vivre avec son temps. Cette salle reste une magnifique salle où l'on se sent bien. Les loges sont un peu moins familiales que ce qu'elles étaient à l'époque, mais bon...
En parlant de scène, vous vous retrouvez actuellement sur la tournée "Age Tendre et Têtes de Bois". Vous y chantez "Santa Monica" et "Le Moulin Rouge". Pourquoi avoir fait l'impasse sur "Quatrième Dimension"?
Michel Algay est venu me voir à la Cigale et il a adoré mon album autour de Montmartre (Poulbot). Il est revenu quelques mois plus tard me voir à l'Européen, avec sa femme et sa fille, et il m'a dit qu'il aimerait que je fasse "Santa Monica" sur la tournée, parce que c'est une référence, et "Le Moulin Rouge". C'est lui qui a choisi. Et il m'a dit : "Tu verras, tu auras plus de succès avec Le Moulin Rouge qu'avec Santa Monica"...Et il ne s'est pas trompé! Sur "Santa Monica", j'ai certes un accueil chaleureux, mais moindre que sur "Le Moulin Rouge". Parce que, il faut le reconnaître, le public de la tournée "Age Tendre et Têtes de Bois" est plus orienté années 60/70 que 80. Je m'aperçois que le public connaît mieux les chansons plus anciennes. La période disco a été moins appréciée par ce public, je pense... Et je m'aperçois tous les soirs que sur "Le Moulin Rouge", je suis vraiment en osmose avec le public. En plus, Guy Mattéoni a fait un arrangement encore plus beau que sur le disque! Cette chanson fonctionne vraiment très bien sur la tournée... Je suis d'ailleurs un des seuls à chanter une nouvelle chanson.
En plus, le tableau est magnifique... Elle pète bien la chanson!
ça va devenir l'hymne de Montmartre!! (rires)
Votre petit fils vous a accompagné sur scène à Lille. Vous devez être drôlement fier...
Oui, il est venu me faire une surprise. C'est Michel Algay et Patrick Carrier qui m'ont arrangé la surprise! Le môme, il a 15 ans et une gueule de poulbot avec les cheveux longs comme les gamins de maintenant. Il joue de la guitare et il est donc venu me faire une surprise... C'était très sympa!
J'imagine que ça vous a fait plaisir...
Oui, beaucoup. Il était déjà venu à l'Européen jouer avec moi et c'est là que Michal Algay l'a repéré.

Nous avons beaucoup parlé de Montmartre... j'ai envie de parler un peu avec vous de l'Ardèche, maintenant!... Je pense que c'est aussi une région que vous aimez beaucoup...
Vous ne pensez pas si bien dire! Mon nouvel album parle de l'Ardèche... Je n'ai pas de racines Ardéchoises, à proprement parler. C'est mon beau-père qui emmenait ma mère de Montmartre en Ardèche pour les vacances. Et donc, depuis mes 10 ans, je pars en vacances dans le sud de l'Ardèche. J'y ai passé une partie de mon enfance, pendant les vacances, puis mes parents y ont acheté une maison, donc j'y suis allé aussi à l'adolescence et quand je suis devenu un homme... J'ai une énorme histoire d'amour avec l'Ardèche. J'ai d'ailleurs écrit quelques chansons sur l'Ardèche, dans le temps, comme "L'Ardéchoise aux cheveux blancs", "Vivre ici"... Et j'ai eu très très envie de faire un album sur l'Ardèche.
Justement, parlez m'en un peu de cet album...
Il y aura des anciennes chansons, que j'ai rechantées, et j'ai inclu de nouvelles chansons, comme une chanson sur Ruoms, une chanson sur Papillon, le bagnard devenu milliardaire, et une chanson sur Jean Ferrat, "La Maison d'Antraïgues", que j'ai écrite il y a 6 ou 7 ans. Je lui avait d'ailleurs montré le texte et présenté la chanson, et il m'avait dit que ça lui plaisait...
Donc, cet album vient de sortir... Et il a reçu un bel accueil sur les radios en Ardèche.
Comme le disait Joséphine Baker, j'ai deux amours, Montmartre et l'Ardèche.
Vos deux derniers albums sont deux albums sur des lieux qui vous on profondément marqués...
Oui, effectivement... Maintenant, je vais peut-être écrire un livre! (rires)
Ah bon?
En fait, moi seul le sais... Mais je pense que je vais dérouter les gens une fois de plus... J'ai une petite idée...

Alors, je ne peux pas ne pas vous demander quels sont vos projets... Vous m'en avez dit trop ou pas assez!
Il y a donc la tournée "Âge Tendre et Têtes de Bois", nous avons encore une trentaine de dates à faire.
Il y a aussi cet album sur l'Ardèche.
Et j'ai un grand projet : une comédie musicale autour de Montmartre!
C'est ça ce fameux projet...
Oui. Et je peux vous dire qu'il sera appuyé par Michel Algay qui y croit beaucoup.
Et aussi, j'ai un projet de livre sur ma vie. Je n'ai pas eu une vie ordinaire... Il s'appellera "Un Taxi vers les étoiles". J'ai été chauffeur de taxi pendant cinq ans. D'ailleurs, sur l'album, j'ai une chanson qui en parle. J'avais 20 ans, et j'ai envie de raconter mes anecdotes avec Gainsbourg, Hallyday...
Enfin, on va terminer cette interview par quelques petites questions
Pour vous paraphraser, êtes-vous mystique?
Oui, bien sûr. Je crois beaucoup à l'au-delà et à une force de l'esprit. Je crois que nous sommes des mutants et que nous vivons dans une quatrième dimension avant d'arriver dans notre enveloppe charnelle et on y retourne après la mort. Je crois plus à l'esprit qu'à la vie, puisque tout est mortel ici-bas. Avant de naître et après la mort, nous sommes éternels, dans une autre dimension... Je le vis tous les jours. Je le ressens et j'entends des petites voix qui me parlent. Je ne suis ni Jeanne d'Arc, ni mythomane, mais je crois beaucoup en l'esprit.
Pensez-vous que nous sommes tous des clowns?
Je pense que la terre est un grand théâtre, bien ou mal organisé, et que tout le monde joue un rôle. Qui dit théâtre, dit comédie et travesti. On se travesti pour vivre sa vie. On est un mec bien, un salaud, un curé, un policier ou que sais-je encore... C'est le théâtre de la vie. La terre est ronde et la piste de cirque est ronde, et dans cette piste, on voit des clowns et des saltimbanques. Donc, nous sommes tous des clowns.

Enfin, je vais vous donner quelques mots. Vous allez me dire ce qu'ils vous évoquent instinctivement...
Marionnette
Encore une fois, les fils invisibles entre nous et le monde supérieur. Je pense que nous sommes guidés et manipulés par des forces invisibles.
Michou
La réussite en partant de rien. Devenir quelqu'un de très important avec pas grand chose au départ. J'ai beaucoup d'admiration pour Michou, c'est la réussite personnifiée. Il n'a pas du tout le culte de la personnalité. Bien entendu, il aime être connu et aimé, mais Michou est un grand bonhomme.
Rastaquouère
Nous sommes tous des rastaquouères, nous sommes tous des voleurs de poules. Nous sommes tous issus d'un mélange ethnique. C'est pour ça que le racisme est quelque chose de terrible. Il faut juste savoir d'où on vient et qui on est. Il faut savoir apprécier les différences de chacun et s'intéresser aux autres...
Ardèche
Un point de rencontre avec la nature. Ce n'est pas innocent si Jean Ferrat a voulu s'y déposer et y reposer. C'est un endroit de prédilection pour écrire des chansons. C'est d'ailleurs là-bas que j'ai écrit mon album sur Montmartre...
Et l'album sur l'Ardèche, vous l'avez écrit à Montmartre?
Oui, absolument... Vous savez, écrire une chanson vient toujours d'un manque. On a besoin du manque pour écrire. C'est le manque qui nous pousse à faire des choses... Si j'étais resté à Montmartre, je n'aurais pas eu l'idée d'écrire sur Montmartre, je pense. Et inversement. Prenez l'exemple de "Ne me quitte pas" de Jacques Brel, il l'a écrite parce que Suzanne Gabriello l'avait quitté. Sans ce manque, cette magnifique chanson n'aurait probablement jamais été écrite...
Santa Monica
Le petit poulbot que j'étais qui allait voir les films de cow-boys, avec John Wayne... et ce môme s'est retrouvé un jour à chanter Santa Monica, la Californie, Los Angeles... C'est merveilleux. C'est aussi un pied de nez à la vie.
Vous savez je crois beaucoup aux signes... Et "Santa Monica", c'est Monique Lemarcy de RTL qui lui a donné sa chance... c'est drôle, non?... (rires)
Montmartre
Haut lieu des artistes. La grande histoire de Montmartre, c'est énorme. La révolution... La commune de Montmartre qui a voulu rester indépendante. Et l'Eglise qui y a bâti son Sacré-Coeur... Les Montmartrois n'ont d'ailleurs pas toujours vu d'un bon oeil le Sacré-Coeur. Mais Montmartre sans son Sacré-Coeur ne serait pas Montmartre. J'aimerais d'ailleurs y reposer quand j'aurai fini ma vie...
Papillon
Papillon vivait en Ardèche, puis il est monté à Paris et a un peu mal tourné. Il se retrouve au bagne, puis il s'évade et est repris plusieurs fois... Puis, le reste de l'histoire on la connaît. Son livre a été vendu à des millions d'exemplaires, d'ailleurs les Américains en ont fait un film avec Dustin Hoffmann et Steeve McQueen... Et Papillon a vécu à Montmartre.
Pony
L'Amour-Amitié. Mon meilleur pote qui est parti en 1977 de l'autre côté de la vie... C'était un type formidable qui est mon ange gardien. J'espère que quand j'arriverai sur le quai de l'au-delà, il sera là pour me souhaiter la bienvenue...
Propos recueillis par IdolesMag le 7 juillet 2010
-> Notre autre interview exclusive d'Alain Turban:
http://www.idolesmag.com/interview-43-Alain-Turban.html
-> Plus d'infos sur Alain Turban et acheter ses CDs et DVDs:
http://www.alainturban.com
-> Retrouvez l'univers de Alain Turban :
.
. Sur Amazon.fr :
. Sur PriceMinister.com :
-> Téléchargez sur iTunes :
-> Alain Turban en concert. Réservez vos places :
. Sur CarrefourSpectacles.com :

. Sur Digitick.com :

«« Retour »»
Accueil
Le Magazine
Interviews
Biographies
Concerts
Recherche









