Interview de Hotel (Anna Reinhardt et Victor Le Dauphin)

Propos recueillis par IdolesMag.com le 02/03/2018.
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Hotel, Room 102 © Arno Lam

Le tandem Hotel, emmené par Anna Reinhardt et Victor Le Dauphin, publie le 30 mars son deuxième EP, « Room 102 ». Séduits par l’esthétique glam et la mélancolie contemporaine qui émane de leurs titres, nous avons été à leur rencontre afin d’en savoir un peu plus sur leurs désirs et leurs projets…

J’aimerais évoquer un court instant vos parcours respectifs avant la formation de Hotel…

Victor : LeSpark a pas mal tourné pendant cinq ans. J’ai joué également avec Lewis Evans. Et puis, nous nous sommes rencontrés avec Anna par l’intermédiaire d’une amie qui est dans la musique. On a commencé à faire de la zik très naïvement au début juste pour se marrer, et puis, c’est devenu sérieux. En fait, on aborde le projet Hotel avec beaucoup de naïveté, et c’est pour ça qu’on reste assez simples et légers sur les compositions et l’écriture.

Anna : J’ai eu quelques projets, mais Hotel est le plus abouti de tous ceux auxquels j’ai participé.

Quelle musique vos parents vous ont-ils fait écouter dans votre petite enfance, et quelles influences revendiquez-vous aujourd’hui ?

Victor : C’était du rock seventies. Les Stones, les Beatles, Led Zep… il y avait aussi l’ombre de Jacques Dutronc et de Nino Ferrer. Finalement, c’était assez qualitatif, mes parents étaient assez mélomanes. J’ai toujours écouté attentivement la musique. Et puis, on ne peut pas oublier les voyages en voiture qu’on a faits avec ses parents quand on était petit… Après, très rapidement à l’adolescence, je me suis mis à écouter du métal, des musiques un peu énervées. Et depuis cette époque, j’ai fait la découverte de plein de trucs, jusqu’à l’électronique.

Anna : Enfant, c’était clairement de la musique classique et du jazz qu’on écoutait à la maison puisque j’ai grandi dans un endroit où beaucoup de musiciens venaient répéter. J’ai été forcément nourrie de musique live pendant toute mon enfance, ainsi que des grands classiques du rock et de la pop. J’ai écouté les Beatles en boucle notamment par le biais de ma mère qui était anglophone. Enfant, j’ai mangé aussi des kilomètres de Sinatra ! (rires)

Victor : Quand j’y repense, c’est clairement Nirvana et Kurt Cobain qui m’ont donné envie de faire ça… c’était la rupture de l’adolescence ! (sourire)

La rencontre s’est faite comment ?

Victor : La rencontre a eu lieu avant qu’Hotel ne voit le jour. Ce devait être en 2014, quelque chose comme ça. C’était assez drôle, on a fait la fête ensemble, j’avais ma guitare et je l’ai perdue. Anna m’a dit qu’elle avait une guitare chez elle qui ne servait pas à grand-chose, qu’elle me la prêtait bien volontiers si je lui filais quelques cours… On a commencé les dits cours de guitare mais ça nous a très vite lassés et on a commencé à écrire des chansons.

Hotel © Arno Lam

Comment fonctionnez-vous ? Qui amène quoi ?

Victor : Je compose et Anna m’y aide beaucoup. Elle écrit également les textes sur le côté. On produit pas mal, en fait… On vit sur une péniche où nous avons notre propre studio, ce qui fait que de jour comme de nuit, quand l’envie nous prend de composer ou d’enregistrer, on ne s’embête pas avec des contingences quelconque, on fonce. Dès qu’on a une idée, on essaye de l’amener très rapidement un peu plus loin.

Un mot sur le nom du groupe, Hotel, qui emporte avec lui toute une mythologie, j’ai envie de dire. En tout cas un champ de possibles infinis.

Victor : Nous voyons notre vie comme un hall d’Hotel ou une chambre d’Hotel. On peut y croiser ce qu’on veut et qui on veut, on peut y faire ce qu’on veut. Dans un hôtel, on peut aussi bien faire la fête, que vivre sa solitude ou tout simplement voyager. Un bar d’hôtel, c’est aussi le bien le luxe que le dégueulasse. Un hôtel, c’est aussi bien un motel pourri qu’un vieil hôtel style années 30 très beau très luxueux et chargé d’histoires. C’est en tout cas un lieu qui abrite toutes sortes de différents moods. On ne voulait pas s’enfermer dans un style musical, l’idée de l’hôtel avec ses portes ouvertes sur tout et rien collait bien avec cette idée. Et puis, comme tu le dis, il y a un côté mythologique à l’hôtel. Tout y est possible. Après, il y a une autre réalité, c’est que nous avons composé beaucoup de chansons et écrit pas mal de textes sur la route, d’un hôtel à l’autre. Ça nous a inspirés pas mal… Alors, très humblement, on espère aujourd’hui que nos chansons sont à la hauteur d’un bel hôtel chargé d’histoires. (sourire)

Vous avez publié un premier EP l’année dernière [« Express Checkout »]. Que retenez-vous de son exploitation, parce que j’imagine que c’est ce qui a suivi la sortie de cet EP qui a été le terreau de « Room 102 »…

Victor : « Room 102 » est clairement plus DIY, il est plus brut. Le premier était vachement plus produit. Sur celui-ci finalement, les chansons se jouent sur deux accords le plus souvent. On est plus dans une attitude de chant, de textes et d’arrangements que sur le premier. On a été vachement influencés par des groupes comme Kraftwerk. Faire de la mélodie avec que dalle, une boîte à rythme et un synthé, et être reconnaissable, c’est jouissif. C’est ça le terreau du deuxième Ep, on voulait être plus directs, avec plus de caractère. Maintenant sur l’exploitation du premier, « Express Chekout », il s’est passé plein de trucs géniaux. « Macadame » s’est notamment retrouvé sur la BO d’une série, « Search Party ». Pas mal de trucs ont bougé à cette époque. Et on se rapproche plus du français sur celui-là. Je le vois plus proche de nous, plus confiné.

D’avoir clairement appuyé le français sur ce deuxième Ep va également dans l’optique d’être plus direct, plus brut. Peut-être plus accessible aussi ?

Anna : Très honnêtement, ce n’était pas la volonté de départ, mais pas du tout, du tout. Je suis bilingue et avant de travailler avec Victor, j’avais pris l’habitude d’écrire plus en anglais. C’était plus simple, moins chargé. L’anglais est une langue naturellement rythmique, tout le monde le sait… c’est une langue bien pratique quand il s’agit de mettre des mots en musique. En revanche, relever le défi d’écrire en français m’a fait un bien fou. Ça m’impressionnait un peu, je te l’avoue. Aujourd’hui, quand j’arrive à être un peu contente d’un truc que j’écris en français, j’en suis la plus heureuse. Le français exige plus de travail, c’est clair. Et notamment sur le rythme et les doubles sens. Écrire un bon texte en français est plus gratifiant qu’en anglais.

Ecoutez "Perfecto"

Quelle était ta langue maternelle, Anna ?

Anna : J’ai été élevée dans les deux langues, mais d’abord en français.

Le fait d’écrire en français t’a donc certainement permis de t’impliquer plus sur les textes, non ?

Anna : Bien sûr ! Dans notre langue maternelle, en plus d’exister, les mots sont chargés du passé qu’on a vécu avec eux. On pourrait être tentés d’aller vers une plus grande pudeur. Dans une langue étrangère, paradoxalement, je crois qu’on se met à nu plus facilement, c’est une sorte de paravent rythmique ou sonore qui ne nous appartient pas depuis toujours, qui ne fait pas partie de notre histoire. Alors oui, quand on arrive à écrire en français, ça raconte forcément un peu plus de choses de nous encore… c’est clair.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de publier un deuxième EP et non un album ?

Anna : C’est un choix délibéré d’avoir republié un EP. Comme te le disais Victor, on a la chance d’avoir chez nous tout le matériel nécessaire à l’enregistrement. On n’a pas de contraintes de studio, de répètes, de temps ou que sais-je ? Du coup, on voulait clairement publier un deuxième EP, dans le souci de pouvoir proposer plus rapidement nos nouveaux morceaux, c’est une des leçons qu’on a tirées d’ « Express Checkout ». Très clairement, à un moment, on trépignait de partager les chansons qu’on avait fabriquées le plus vite possible. On voulait être dans une cohérence totale entre ce qu’on est, ce qu’on crée et ce qu’on raconte. J’aime toujours beaucoup chanter « Macadame », mais c’est un titre qui a été composé bien avant que le premier EP ne sorte, c’est un vieux titre, du coup, à un moment donné on a envie d’avancer, d’être plus dans le présent. Le EP est un format plus spontané qui nous correspond bien, il est ancré dans le présent.

Un album, vous y pensez tout de même ?

Anna : On ne se pose pas véritablement la question. On ne s’interdit pas de publier un album, mais il n’est pas impossible que le prochain projet soit une nouvelle fois sous la forme d’un EP.

Hotel © Arno Lam

La publication d’un album n’est pas une priorité.

Anna : On n’est pas contre, mais ce n’est pas une priorité. Par contre, là me reviennent en tête des albums-romans, des albums concepts que j’ai adorés. Un album, c’est presque un film, parfois. Alors, oui, c’est mythique, c’est clair…

Victor : Le marché a pas mal bougé ces dernières années et c’est cool d’être au plus proche des gens qui t’écoutent. Je pense qu’aujourd’hui, les gens préfèrent écouter quinze chansons dans l’année que douze chansons en une seule fois. Publier plusieurs Ep ou des singles, ça permet de raconter des histoires différentes, ça permet de changer très vite d’un univers à l’autre, ça permet d’expérimenter des moods différents. Le devoir de cohérence sur douze ou quinze chansons au sein d’un même album est plus devenu une contrainte, finalement. C’est presque plus intéressant d’écouter, au fil des mois, comment un artiste évolue.

Contrairement à d’autres groupes, vous publiez assez peu de photos à l’arrache sur les réseaux sociaux. Vous publiez à bon escient, si je puis dire. Quelle place accordez-vous au visuel au sein de Hotel ?

Victor : Le visuel occupe une place énorme. C’est super important pour un jeune groupe. Travailler l’image visuelle d’un groupe, c’est vraiment cool. Très cool.  Après, en ce qui concerne les réseaux sociaux, il y a un truc un peu vicieux là-dedans. On ne sait pas trop où ça va finalement. Nous sommes, Anna et moi, des gens assez pudiques et je ne pense pas que ce soit intéressant qu’on publie des choses, photos ou autres, qui n’aient pas une finalité artistique. C’est un choix. Je sais aussi que certains aiment découvrir un groupe « de l’intérieur », je peux le concevoir, mais ce n’est pas notre démarche. Publier tout et n’importe quoi, je n’y vois pas un intérêt énorme. Maintenant, qu’on publie une image quand on est en studio, pourquoi pas ? Tant que ça reste dans une démarche artistique, oui. Autrement, publier des photos de nous sous toutes nos coutures, non, ça n’aurait aucun intérêt… Les réseaux sociaux donnent un vrai pouvoir à l’artiste, un vrai pouvoir direct, sans le filtre d’un média, c’est plutôt cool. Après, il ne faut pas que ça devienne n’importe quoi ! (sourire)

Aucun clip n’a encore été publié en ce qui concerne ce deuxième EP…

Victor : Le clip de « Digitale » est en préparation, il devrait être publié très bientôt. Celui de « Transcendental Express » mettra quant à lui un peu plus de temps, il devrait arriver courant de l’année, on n’a pas encore de date. Là encore, pour en revenir à ta précédente question, le travail du clip est un travail à part entière. On a envie de publier de belles images, pas n’importe quoi, donc, là aussi, ça prend du temps. Il n’y a pas de recette express miracle. Un clip fait à l’arrache n’a que peu d’intérêt. Travailler avec un réalisateur et une équipe en a beaucoup plus. Ça prend plus de temps, certes, mais c’est un travail nettement plus intéressant...

Je n’aime pas rentrer dans l’explication de texte pure et dure, mais s’il devait y avoir un fil rouge tout au long de « Room 102 », quel serait-il ?

Anna : Je pense qu’il y a dans chaque chanson un rapport fort à l’instinct. On parle de nos instincts, de mise en danger. Dans « Perfecto », on peut parler plus de sensations, mais on reste dans cette idée d’instinct. Victor travaillant plus au clavier qu’avant a aussi contribué à cette idée.

Victor : il y a beaucoup de liberté aussi.

Anna : Quelque chose d’animal, d’instinctif. « Dust », pour le coup, parle d’un vieux New-Yorkais que j’aimais beaucoup qui était toujours assis sur d’escalier d’un immeuble. Je le croisais chaque fois que j’allais là-bas. C’est une figure peu connue de New-York, mais qui avait beaucoup d’importance pour moi.

Ecoutez "Digitale"

Comment ça se passe sur scène ?

Anna : On est cinq sur scène et on y prend un plaisir assez énorme. Là, il va y avoir deux dates parisiennes. Puis, plus tard, on sera aux Francos, au Printemps de Bourges. Victor passe de la guitare au clavier, moi à la voix et aux percus… et c’est déjà pas mal ! (sourire)

Victor : On s’est posé la question d’un setup assez réduit pour correspondre au disque, mais l’idée de tourner avec nos potes l’a emporté. C’est toujours plus cool de partager la scène. Très personnellement, j’ai tendance à me faire chier dans les concerts où je ne vois pas de regards entre les musiciens, où on a zappé une batterie au profit d’un ordi ou ce genre de choses… Donc, on ne va pas le faire.

Il y a ce deuxième EP qui sort le 30 mars, deux clips en préparation, les Francos, le Printemps de Bourges… d’autres projets ?

Victor : Plein de choses. On fait Bercy à la fin de l’année… Non, je déconne (rires) !

Anna : Ce qui est certain par contre, c’est qu’on compose déjà pour un nouvel EP.

Victor : Oui, et puis on espère faire beaucoup plus de live. On espère plein de belles rencontres.

Propos recueillis par Luc Dehon le 2 mars 2018.
Photos : Arno Lam

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