Interview de Samuele

Propos recueillis par IdolesMag.com le 27/02/2018.
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Samuele - DR

Samuele publie un excellent premier album au titre évocateur « Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent », un bouquet de douze chansons queer et féministes, mais avant tout sincères, sensibles, à fleur de peau et bourrées de poésie. Nous avons été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir un peu plus sur son parcours et ses projets.

Le public français ne vous connaît pas encore très bien, pouvez-vous dans les grandes lignes me dire d’où vous venez et me raconter votre parcours.

Mon papa est auteur/compositeur/interprète, donc je suis née dans « ça », je le suivais dans ses spectacles quand j’étais petite. J’ai grandi dans les guitares si je puis dire ! (sourire) D’un autre côté, j’ai toujours été fascinée par l’écriture. J’ai commencé à écrire des poèmes à l’âge de treize ans, j’étais véritablement obsédée par les mots et la littérature. Après, à l’âge de quinze/seize ans, j’ai commencé à jouer de la guitare et je me suis mise à écrire des chansons dans la foulée. J’ai eu un premier groupe à l’âge de quinze ans, j’y ai vécu quelque chose de fort et d’unique. J’avais le sentiment d’avoir enfin trouvé la façon dont je pourrais m’exprimer. L’écriture et la performance au sein de ce groupe m’ont aidée à traverser l’adolescence, et c’est toujours la même chose aujourd’hui. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu des groupes.

Samuele, Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulentQuand ce premier album, « Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent », a-y-il commencé à prendre forme ?

Dans ce disque, on trouve des chansons qui ont poussé au fil du temps, certaines sont très vieilles et d’autres très récentes. Les premières datent de 2012, quelque chose comme ça, les autres ont été écrites juste quelques heures avant l’enregistrement. Le processus de création a donc duré un bon moment. Mais très honnêtement, l’idée concrète de publier un album est venue lorsque j’ai compris que je pourrais être épaulée. J’avais autoproduit tout ce que j’avais fait auparavant et j’étais arrivée à un point où je n’avais plus la force d’avancer seule. J’ai été cogner à des portes pour voir si je pouvais trouver une équipe qui me permettrait de trouver des sous ailleurs que dans mes poches. Quand j’ai vu que c’était possible, l’idée de publier un album avec des moyens a commencé à germer dans ma tête. J’ai choisi de procéder comme je l’avais fait pour le précédent disque, un mini album autoproduit [« Z’Album », NDLR], j’ai réuni la même équipe dans le même lieu. La seule différence était qu’il y avait plus de chansons à enregistrer.

D’où vient l’idée d’avoir repris ce slogan féministe des années 70, « Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent », en guise de titre ? C’était pour annoncer la couleur d’entrée de jeu ?

Ça vient de la pochette, en fait… Cette pochette, c’est la reproduction d’une toile d’une amie à moi. Je voulais que cette artiste fasse partie de mon album et donc j’ai eu l’idée de reproduire cette toile-là. Ce slogan, en plus, je l’adore, j’aime le dire à haute voix. Et puis, j’avais envie de le partager également. On en a fait des T-shirts, etc,… c’est sympa, non ? (rires)

Selon vous, un titre, et a fortiori un artiste, se doit-il d’être forcément engagé ?

Non. Je ne pense pas. Un artiste se doit d’être fidèle et sincère envers lui-même lorsqu’il fait une proposition, c’est tout et déjà beaucoup ! On n’a pas toujours besoin d’avoir un propos tranché ou intellectualisé, on peut très bien rester dans le superficiel, ça fait du bien aussi. Ce qui importe, c’est d’être sincère.

Samuele - DR

Vos chansons sont tout sauf tièdes, or nous vivons dans une époque frileuse. Avez-vous eu des difficultés à les imposer, que ce soit à votre équipe, maintenant que vous êtes signée en label, ou dans les médias ?

Jamais. En tout cas, pas avec mon équipe. Vous savez, l’album était terminé quand j’ai signé dans ce label. Celle qui m’a signée me suivait depuis des années, et elle n’a même pas voulu écouter le disque avant de signer. Elle en imaginait parfaitement la teneur. Elle connaissait ma démarche et mon approche de ce métier. Elle m’a fait entièrement confiance. Personne, jamais, dans mon équipe n’a mis son nez dans ma créativité, jamais. Ils bossent mon projet tel que je le leur présente. Je ne fais aucun compromis quant à ma créativité. Jamais. Je crée comme je sens que je dois le faire. Je vous l’accorde, j’ai une chance inouïe de travailler avec une équipe qui croit en moi, qui a totalement confiance en moi et qui me laisse toute la liberté nécessaire à la création. Contrairement à d’autres, je n’ai pas besoin de me battre pour être qui je suis, je bosse avec une équipe qui m’encourage à être ce que je suis, et c’est un grand confort de travail. Entre nous, mon équipe au complet représente trois personnes, ce n’est pas une multinationale non plus ! (éclats de rires) Ce sont des passionnés et qui s’investissent à mes côtés parce qu’ils aiment ce que je fais et qu’ils ont confiance en moi. Maintenant, en ce qui concerne les médias, c’est autre chose. Parfois ça passe, parfois pas. Ils ont leur liberté de choix eux-aussi !

Seriez-vous prête à écrire un texte plus tiède pour pouvoir passer plus facilement en radio ?

Non. Définitivement, non. Mais vous savez, on est parfois étonné des choix des médias. En ce moment, j’ai une chanson qui est beaucoup jouée en radio, et j’en suis la première étonnée. Mais non, jamais, je ne pourrais écrire en me disant, celle-ci, elle sera parfaite pour passer en radio, ce ne serait pas honnête envers moi-même, ni envers le public qui me suit et qui apprécie ce que je fais. Par contre, où je peux faire une exception, c’est quand j’écris pour un autre artiste. Là, je peux m’autoriser à écrire un titre plus « formaté », même si je n’aime pas ce terme, disons un titre qui aura plus de chance d’être diffusé sur les ondes. C’est un exercice de style, et je sais comment faire. Mais pour moi, non, jamais.

Samuele - DR

C’est un exercice qui vous plait d’écrire pour les autres ?

Oui, vraiment beaucoup. Je peux me détacher de mes entraves, d’une certaine manière. Je peux employer un autre vocabulaire musical que je n’utiliserais pas pour moi. C’est très récréatif d’écrire pour les autres. Ça m’amuse. C’est un jeu, en fait.

Vous mettez-vous parfois des barrières lorsque vous écrivez un texte ?

Non, jamais. Par contre, j’écris parfois des chansons qui ne feront jamais partie d’un album, j’en suis parfaitement consciente. Il y a aussi le cas de chansons que j’écris mais que je ne pourrais pas chanter, parce qu’elles ne me correspondent pas, et là, il n’est pas question de barrières ou de quoi que ce soit. Ces chansons-là, je les propose à d’autres artistes qui les défendront bien mieux que moi ! Quand j’écris une chanson, j’essaye toujours de rester dans le domaine de la poésie. J’aime l’idée qu’une chanson soit universelle. J’ai envie que les gens se sentent concernés par ce que je dis. Donc, je choisis volontairement d’employer un vocabulaire simple pour pouvoir m’adresser à des gens qui n’ont pas le même background politique, mais je ne fais jamais de compromis sur le fond. Ma démarche est d’apporter un message un peu plus radical à un public plus normal… (sourire)

Samuele - Dactylo

À l’écoute de votre album, j’ai été saisi par ce mélange très réussi de propos très tranchés et de poésie. On sent que vous aimez véritablement les mots, les phrases, les idées. Vous m’avez dit tout à l’heure qu’à l’adolescence, vous étiez obsédée par les mots et la littérature, quel sont vos auteurs de prédilection ? Que lisez-vous en ce moment-même ?

(éclats de rires) Là, c’est la question piège parce que j’ai la manie de ne jamais retenir le nom des auteurs des livres que je lis ! Je ne suis pas scolaire. Je ne retiens pas les noms, je ne retiens pas les dates, je ne retiens pas les lieux. Par contre, je retiens les idées. En ce moment, je lis un livre qui s’intitule « Maurice ». C’est une histoire d’amour homosexuelle à Cambridge à l’époque édouardienne, alors que c’était éminemment tabou. C’est magnifiquement bien écrit et je me plais beaucoup dans cette histoire-là, mais je serais incapable de vous en donner le nom de l’auteur ! (rires) [Il s’agit de « Maurice » d’Edward Morgan Forster, NDLR]

Samuele - DR

Personnellement, je trouve qu’il y a des ponts entre vos créations et l’univers de Virginie Despentes.

Je vous remercie du compliment. J’ai lu presque tous ses livres et je l’adore ! Je trouve fantastique la façon qu’elle a de faire passer autant de messages au travers d’un récit… c’est phénoménal. Elle est très forte.

Vous avez déjà publié quelques clips. Tout ce travail de l’image vous intéresse-t-il ?

Oui. C’est un travail intéressant dans le sens où il faut que ça me ressemble, que ça serve mes chansons. Maintenant, je ne sais pas s’il y a une véritable unité entre les clips. Si on les regarde tous, on se rend très vite compte qu’ils sont tous très différents les uns des autres. Chaque clip a été fait parce que j’avais envie de travailler avec telle personne à ce moment-là. Le clip de « La fête », par exemple, c’est le réalisateur qui m’a approché. Il a écouté mes chansons. Il en a choisi une. On en a parlé ensemble. Et puis, nous sommes partis sur un concept. Pour ce qui est de la vidéo de « La sortie », l’idée vient plus de moi. C’est un ami qui s’est occupé du montage. En ce qui concerne « Dactylo », c’est encore une autre histoire. C’est un ami réalisateur avec qui j’avais envie de travailler depuis très longtemps qui a choisi ce titre. Je m’implique beaucoup dans le travail du visuel, mais je laisse les professionnels s’occuper de l’image à proprement parler. Chacun a ses spécificités ! Donc, oui, le visuel est important à mes yeux, mais je n’ai pas une idée précise de ce que mon image devrait être. Je préfère laisser faire les gens qui s’y connaissent mieux que moi.

Samuele - DR

Vos deux derniers clips, « Dactylo » et « La Révolte », sont sous-titrés. Pour quelle raison ? Est-ce une marque respect envers le texte ? Pour que le propos soit plus précis ?

C’est plus simple que ça. Tout a commencé avec « La Révolte ». À cette époque, on a commencé la traduction des chansons en langage des signes. Sous-titrer le clip permettait aux personnes sourdes et malentendantes d’avoir accès au texte. Donc, avec « Dactylo », nous sommes restés dans la même démarche.

Samuele - La révolte

Un mot d’actualité, mais qui colle parfaitement au propos de votre album et au zine que vous avez publié en fin d’année, quel est votre sentiment face aux #BalanceTonPorc et #MeToo ?

C’est le début de quelque chose. Je trouve qu’il y a là un espoir immense de pouvoir prendre la parole, de pouvoir parler. Ça permet aux gens de comprendre qu’ils ne sont pas seuls dans leur coin avec leurs problèmes, que l’on soit actrice, chanteuse, ou madame-tout-le-monde. Que certaines prennent la parole publiquement donne le courage à d’autres de faire de même. On grandit, nous les femmes, en pensant que tout ça est normal. On grandit en pensant que c’est normal d’avoir peur en marchant dans la rue, de se sentir obligée de garder ses clés entre les doigts le soir quand on est seule… Je pense que ces mouvements-là, ces prises de parole, donnent l’idée aux plus jeunes filles que non, ce n’est pas normal d’avoir peur, non, ce n’est pas normal d’être agressée. C’est le début de quelque chose…

Pour reprendre vos propres termes, vous êtes actuellement en promo et en concert « de l’autre côté de la grosse flaque »… Quel accueil le public et les médias français vous réservent-ils ?

(rires) Je n’ai pas encore véritablement rencontré le public français, la tournée ne débute que dans quelques jours, donc j’ai essentiellement rencontré des journalistes. Ils sont très cools. Je sens que ce sont des gens qui se sont intéressés à mon projet, qui ont écouté mes chansons et du coup, on m’a posé plein de questions super intéressantes. C’est fun ! Par contre, j’avais déjà joué en France il y a quelques temps, et ce qui m’avait surprise, c’est que le public français était plus réservé. Les gens sont beaucoup moins expressifs ici qu’au Canada pendant le spectacle. Par contre après le spectacle, lorsqu’ils viennent me trouver, je comprends qu’ils ont vraiment apprécié mes chansons, qu’ils les ont écoutées. Le public français est très poli, finalement. Les canadiens sont plus bruyants ! (rires)

Samuele - DR

Votre album sort actuellement en France, mais il est sorti depuis un moment au Canada. Quelle suite envisagez-vous de lui donner ? Planchez-vous déjà sur le deuxième ?

Je sais comment je veux faire ce nouvel album, c’est certain, mais je vous avouerai que je ne suis pas du tout en mode création en ce moment ! Je suis en mode performance et c’est déjà pas mal ! (rires) On va tourner ce disque jusqu’au mois de décembre, et puis on va s’arrêter pour me donner le temps d’écrire. Là, je n’ai ni le temps ni l’envie, en fait. Je ne peux pas performer et créer en même temps. Par contre, ce que je sais sur le prochain album, c’est que je veux le composer avec mon band. Je veux écrire les textes et composer avec eux. Mais je n’ai aucune idée de quand on va faire ça, probablement l’année prochaine.

C’est dans l’optique de la scène que vous souhaitez composer avec votre band ?

Pas tant que ça. En fait, j’ai un bon vocabulaire littéraire, mais un vocabulaire musical plutôt limité. Je m’en suis rendue compte que les chansons que je prends le plus de plaisir à jouer, comme « Toune d’hiver » ou « Cœur de tôle », sont des chansons qui n’ont rien à voir avec les chansons que j’ai écrites seule. Le texte est le même, mais la musique s’est écrite en groupe, et ça change tout. C’est une expérience que j’ai adorée et je pense que ça apporte beaucoup aux textes que j’amène. Composer avec mon groupe permet d’élargir le vocabulaire de la chanson, si je puis dire. Et puis, il y a aussi une autre raison… mon band, ce sont des gens que j’aime d’amour et j’ai envie de passer encore plus de temps avec eux ! (sourire)

Même si c’est vous qui portez le projet, qui êtes « devant », les musiciens le font vivre également.

Et bien plus qu’on ne pourrait le croire ! Mes musiciens ne sont pas juste des gens que je paye pour venir jouer avec moi, ce sont des amis. C’est moi qui écris les textes, qui raconte les histoires et qui montre sa tête lors des interviews, mais ça ne représente que 15% du projet tout au plus. Le reste, c’est l’énergie du groupe, l’énergie que nous dégageons tous ensemble.

Propos recueillis par Luc Dehon le 27 février 2018.
Photos : DR

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Samuele en concert :
01 Mars 2018 Maison du Peuple, Balaruc-les-Bains       
02 Mars 2018 Cave Castelbarry, Montpeyroux, Gignac, France               
06 Mars 2018 La 2Deuche, Lempdes, France      
07 Mars 2018 Salle Dumoulin, Riom, France       
08 Mars 2018 Le Sémaphore, Cébazat, France  
09 Mars 2018 Grange Dîmière, Fresnes, France                
13 Mars 2018 Casino Barrière de Deauville, France         
16 Mars 2018 Trianon Transatlantique, Sotteville-Les-Rouen, France    
20 Mars 2018 ACB Scène Nationale, Bar-Le-Duc, France              
22 Mars 2018 Théâtre du Chevalet, Noyon, France        
24 Mars 2018 Centre Culturel Rossignol-Tintigny, Belgique         
25 Mars 2018 Maison Des Arts Et Loisirs, Laon, France
27 Mars 2018 Le Mail Scene Culturelle, Soissons, France              
29 Mars 2018 Espace Flandre, Hazebrouck, France        
30 Mars 2018 Maison de la Culture et des Loisirs, Gauchy, Saint-Quentin, France           
07 Avril 2018 Cabaret des amants, Saint-Georges, QC, Canada               
27 Avril 2018 Vieux Couvent de Saint-Prime, QC, Canada            
28 Avril 2018 Maison de la Culture Waterloo, QC, Canada          
03 Mai 2018 Complexe Culturel Felix-Leclerc, La Tuque, QC, Canada      
04 Mai 2018 Théâtre du Marais de Val-Morin, QC, Canada        
11 Mai 2018 P'tit Bonheur de Saint-Camille, QC, Canada             
18 Mai 2018 Maison de la Culture Francis-Brisson, Shawinigan, QC, Canada    
26 Mai 2018 La Grange du Presbytère, Stoneham, QC, Canada









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