Interview de Tom Frager

Propos recueillis par IdolesMag.com le 18/12/2017.
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Tom Frager © Helene Pambrun

Tom Frager revient avec un tout nouveau projet, emmené par un nouveau single au titre éloquent et à la mélodie imparable, « Le Bruit des Couleurs ». Nous avons été à la rencontre de l’artiste, inoubliable interprète de « Lady Melody », fraîchement devenu papa, afin d’en savoir plus sur son retour, ses aspirations, ses projets, et ce nouvel album qui devrait voir le jour dans les prochains mois…

Nous nous étions parlé à la sortie de « Carnets de Routes », il y a quelques années. Raconte-moi un peu ce qui s’est passé à la suite de cette sortie, et qui a, d’une certaine manière, été le terreau de ce nouveau projet…

Avec « Carnets de Route », j’ai eu besoin de revenir à quelque chose de plus intime, après l’énorme vague de « Lady Melody ». Je voulais sortir « des gros tuyaux » et vivre des expériences musicales différentes. J’ai joué beaucoup en Afrique, en Australie… dans un réseau tout autre. Du coup, l’album qui va arriver prochainement est nourri de l’expérience de « Better Days », avec le succès que l’on sait, et de « Carnets de route », qui a été moins exposé, mais qui m’a permis de faires d’autres expériences tout aussi enrichissantes. J’ai réussi à trouver aujourd’hui le compromis dans lequel je me sens bien, entre chanson française et musique world/reggae.

Tom Frager, Le Bruit des CouleursTu envisageais d’aller taquiner des terrains plus rock. « Le Bruit des couleurs » n’est pas vraiment dans cette veine, mais qu’en est-il des autres chansons qui vont bientôt sortir ?

J’aime la musique dans tous ses états. Sur mon tout premier disque avec Gwayav’, on trouvait des titres plus rock. Et entre nous soit dit, j’adore des guitares rock sur un morceau reggae. Là, non, sur ce nouvel album, je vais rester clairement dans un registre « chanson », avec des couleurs pop, folk et reggae. Et sincèrement, je m’y retrouve parfaitement puisque j’ai une voix qui se prête plus à ce genre de musique, mais dans l’intention, certains titres seront assez rock !

Tu as participé aux Rencontres d’Astaffort il y a deux/trois ans. Qu’est-ce qui t’a poussé là-bas et avec le recul qu’en retires-tu ?

Ce qui m’a poussé là-bas, c’est un besoin de me remettre en question artistiquement, pour m’ouvrir à d’autres choses. Quand on est artiste, on passe beaucoup de temps seul avec sa guitare dans son studio à écrire des chansons. C’est un peu une introspection permanente. Et j’ai eu envie d’aller voir comment fonctionnaient les autres. Et ces rencontres m’ont apporté un regard neuf sur tout ce travail d’écriture et de composition. J’ai pu constater que personne ne travaille de la même manière et qu’il y a autant de manière de travailler que d’artistes, finalement. Mais il y a tout de même deux grandes familles. Il y a ceux qui partent du texte et qui plantent un décor musical tout autour, puis ceux qui plantent d’abord une ambiance musicale et qui inscrive un sujet dans ce décor. Je fais clairement plus partie de cette deuxième grande famille. Je me suis retrouvé là avec des artistes un peu moins connus, et j’ai trouvé là-bas une fraicheur dont j’avais besoin après presque dix ans de métier. Et puis, se retrouver au contact de Francis Cabrel, qui est tout de même une référence, ce n’est pas rien… (sourire)

Ces rencontres ont-elles été décisives dans la création de ce nouveau projet ?

Décisives, je n’en sais rien, mais ce qui est certain, c’est qu’elles ont orienté la direction que j’ai prise. J’y ai notamment rencontré un auteur compositeur avec qui j’ai décidé de poursuivre la collaboration pour créer ce nouvel album.

Un premier single est paru cet été, « Le Bruit des Couleurs ». Dans quelles circonstances a-t-il été écrit ?

C’est un titre que j’ai écrit avec un autre artiste, qui est avant tout un très bon copain, Ben Mazué. C’est un mec qui écrit des trucs super. Il a une plume comme on dit. « Le Bruit des Couleurs », c’est une chanson que j’ai envie de défendre parce qu’elle a beaucoup de poésie. Déjà le titre en lui-même est tout un concept. C’est une chanson qui retranscrit l’émotion du quotidien. Il y a de la couleur et de l’émotion dans tout quand on y pense, même dans les choses qui nous paraissent parfaitement banales. Rien n’est banal ni anodin en réalité.

Un mot sur la pochette du single plutôt originale.

Quand je chante cette chanson, j’ai une image très précise en tête, et c’est celle-ci qu’on a essayé de retranscrire en visuel. Dans cette pochette, il faut voir les fenêtres d’un immeuble qui s’allument et s’éteignent les unes après les autres. Ce sont autant de petites scènes de vie. la poésie du quotidien.

Un album est en préparation. Concrètement, où en es-tu ?

Il est enregistré et nous sommes en pleine phase de mixage. En réalité, treize titres sont presque « dans la boîte », et un quatorzième, un ovni parmi les autres, dans des teintes reggae/rock symphonique, est en devenir. J’ai voulu repenser le texte de ce morceau. Là, je suis en train d’en finir l’écriture, mais le reste de l’album est quasiment fini. Il pourrait sortir dans les prochains mois.

Une date de sortie est déjà envisagée ?

Non. Non pas que l’album ne soit pas prêt, puisqu’il l’est quasiment, mais parce qu’avec ma maison de disques, nous avons fait le choix d’installer ce premier single comme il se doit. Il faut que ce titre vive et qu’il trouve sa place sur les ondes. Aujourd’hui, très sincèrement, on est dans l’attente que ça se débloque. Nous sommes dans la file d’attente et on espère que les radios vont nous faire une place pour déclencher la suite. Un tourneur est prêt à lancer une tournée, la maison de disque qui a envie de bosser le projet, un bel album est enregistré… donc, on est dans l’attente de lancer tout ça. Pour moi, cet album est super abouti, donc je ne te cache pas que la situation est plutôt frustrante. J’ai tellement envie de partager cet album avec le public ! Ce disque est le fruit d’une longue maturation et j’espère qu’on va pouvoir lui donner une vraie chance d’exister.

Tu m’as parlé tout à l’heure de Ben Mazué, as-tu collaboré avec d’autres artistes ?

Oui, j’ai travaillé avec un jeune homme qui s’appelle Jean-Baptiste Soulard, qui n’est pas hyper connu, mais qui a un talent fou. C’est un guitariste rock qui joue dans un groupe qui s’appelle Palatine. Il vient de la scène indé, très clairement. J’ai bossé également avec Renan Mazéas qui écrit et compose de son côté. J’ai travaillé aussi avec une dame qui est journaliste à la base, Sabrina, qui m’a écrit un superbe texte. Comme tu le vois, j’ai réuni une belle équipe autour de moi, et puis, de mon côté, j’ai écrit plusieurs titres, dont un pour mon fils.

Devenir père a changé l’homme, c’est une évidence, mais qu’en est-il de l’artiste ?

Aujourd’hui, au lieu d’avoir mon seul regard sur les choses, j’ai également celui de mon fils. Il m’a inspiré des mots. Entre nous, j’ai écrit plusieurs chansons sur mon fils, mais au bout du compte, je n’en ai gardé qu’une sur l’album. On ne voit plus et on ne vit plus les choses de la même manière quand on devient père. Je crois que c’est aussi pour lui que j’ai eu envie de faire cet album au mieux. On a toujours envie de faire du mieux possible, mais quand on a un enfant, cette exigence monte encore d’un cran. Que va-t-il penser de ce que j’ai écrit ? J’ai pesé chaque mot parce que je sais que c’est un album qu’il écoutera quand il sera plus grand, et je veux qu’il en soit fier lui aussi. Je veux qu’il sache ce que son père avait envie de dire et qu’il comprenne pourquoi et comment il a voulu le dire. C’est mon regard sur le monde que je pose dans cet album, et je voudrais qu’il comprenne ce regard, et qu’il soit, si possible, accord avec.

On reparlera de l’album plus en détail lors de sa sortie, mais encore un mot à son propos. Tu as toujours eu à cœur de mélanger des titres plus légers et d’autres plus graves, au propos écologique, notamment, voire même politique parfois. En sera-t-il de même cette fois-ci ?

Oui, ce sera toujours le cas. J’ai besoin de ça. J’ai besoin de parler de choses légères et d’autres plus graves, autant que j’ai besoin de varier les genres. Je ne pourrais par exemple jamais publier un disque sans aucune influence reggae, ça ne me ressemblerait pas. Même si c’est un vrai choix de revenir aujourd’hui avec un album clairement « chanson française ». Pareil dans les thèmes abordés. J’ai autant de plaisir à chanter « Lady Melody », au propos plus léger et qui permet de se laisser emporter par la mélodie sans se poser de questions, qu’une chanson au propos plus appuyé. Étant surfeur, je suis aux premières loges pour voir les dégâts que l’homme fait à la mer, aux océans et à la planète en général. Sans faire de clichés, les rappeurs sont légitimes dans leur démarche lorsqu’ils évoquent les problèmes de la rue ou des cités, moi, je le suis pour évoquer les marées noires ou les problèmes écologiques. Mais dans le même temps, j’ai aussi besoin d’entendre dans ma voiture une jolie petite ritournelle qui me met de bonne humeur. Après, dans ce disque, on trouvera pas mal de textes qui évoquent le voyage, la tolérance entre les peuples… ça peut paraître cliché dit comme ça, mais ce sont des thèmes qui me tiennent à cœur.

As-tu déjà chanté certaines de ces nouvelles chansons sur scène ?

Pour la première fois le week-end dernier, sur une toute petite scène. J’ai conclu le concert avec la chanson que j’ai écrite pour mon fils, en acoustique. Les gens se sont levés à la fin, donc, j’étais super content de leur réaction. Il y a la chanson d’album, et puis le fait de vivre cette chanson sur scène, ce sont deux émotions très différentes. Après, je préfère ne pas trop jouer les nouvelles chansons, je n’ai pas envie qu’elles circulent trop sur internet avant que le disque ne sorte véritablement. J’aime bien garder l’effet de surprise.

Ton dernier single s’intitule donc « Le bruit des Couleurs ». Nous vivons aujourd’hui dans un monde où nous sommes submergés par le bruit. Quel est ton rapport au silence ?

J’aime profondément le silence sauf quand il s’installe entre deux personnes qui n’arrivent pas à se parler. Sinon, je suis un amoureux du silence.  On se ressource dans le silence. J’ai eu un doute quant au titre de cette chanson, j’avais peur que le mot « bruit » ne la desserve. Mais en réalité, non, parce que quand on écoute la chanson, on comprend tout de suite son propos. Je suis très sensible au bruit, je ne peux pas rester dans une pièce avec la télé allumée par exemple… Je pense que certaines personnes oublient à quel point le silence est important. Certains ont peur du silence. Du coup, ils se noient dans le bruit, la lumière…. Alors que le silence est très ressourçant. En tout cas, je ne le crains pas le silence. Si ce n’est le silence entre deux êtres. Je le dis dans la chanson que j’ai écrite pour mon fils, je redoute qu’il y ait un jour un silence entre nous… Le silence d’une personne que j’aime, c’est le seul silence que je redoute, en fait… (sourire)

Dans quel état d’esprit es-tu avec ce nouveau single qui vient de sortir et la sortie de ce quatrième album dans les prochains mois ?

Tu sais, j’ai toujours été très franc là-dessus, l’écriture et la composition ne sont pas une partie de plaisir pour moi. Le plaisir vient une fois que j’ai trouvé les mots. Mais aller les chercher, c’est une autre paire de manches. Je n’ai pas envie de parler de souffrance, mais disons que je dois me faire violence tout de même. Donc, là, aujourd’hui, je suis un peu dans le même état qu’une femme qui arrive au terme de sa grossesse… ce serait bien qu’il arrive maintenant ! (sourire) J’arrive au bout d’un gros travail, il y a une grosse satisfaction personnelle, mais également l’envie de le partager avec le plus grand nombre. En tout cas, artistiquement, je suis content à titre personnel et j’espère pouvoir avoir la visibilité que j’ai eue il y a quelques années. J’ai surtout envie de partager tout ce travail avec un maximum de monde…

Propos recueillis par Luc Dehon le 18 décembre 2017.
Photo : Hélène Pambrun

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