Interview de Sol

Propos recueillis par IdolesMag.com le 19/12/2017.
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Sol © Steve Wells

Après « Mon frère », Sol revient avec un nouveau single, « Vers le Nord », l’occasion d’aller à la rencontre de l’artiste pour évoquer son parcours, son passage dans « The Voice », et ses nombreux projets.

Avant de parler de ton actualité, j’aimerais que l’on reparte quelques années en arrière. Viens-tu d’une famille dans laquelle la musique revêtait d’une importance particulière ?

Il n’y avait pas à proprement parler de musiciens de conservatoire, puisque je viens d’un milieu modeste. Mais par contre, beaucoup de membres de ma famille chantaient. Mes tantes, notamment, chantaient du Gospel. Elles m’ont mis la puce à l’oreille très jeune. J’étais très impressionné par tout ça quand j’étais gamin, ça m’a captivé. Je me disais « Plus tard, je vais chanter, ça va être super ! »

As-tu pris des cours de chant, de guitare ?...

Non, autant j’ai toujours chanté, autant je n’ai jamais pris de cours. À vrai dire, je n’étais pas un garçon scolaire dans l’âme, j’ai toujours préféré apprendre par moi-même en écoutant différents trucs et en essayant de les reproduire, dans ma salle de bain et autres…

As-tu monté des groupes comme beaucoup d’ados ?

Ah ça oui, par contre ! (rires) Les groupes, les copains, j’adorais. J’ai eu des groupes d’un peu tout, et même de rock et de métal ! Dès qu’une opportunité se présentait, j’étais partant. Et pour n’importe quoi, de la guitare, du chant, n’importe quoi ! (éclats de rire)

À cette époque, écrivais-tu déjà des chansons ?

Je commençais. J’ai d’ailleurs retrouvé des cahiers il n’y a pas si longtemps, et c’était franchement mauvais.

Après avoir relu tes premiers textes, pourrais-tu dire que la source est restée la même entre hier et aujourd’hui, même si le style a changé ?

Oui. L’envie vient du même endroit, mais le style s’est un peu affiné… et heureusement pour vous tous, d’ailleurs !!! (rires) Quand je prends le stylo, c’est toujours pour raconter une histoire. Un peu présomptueusement, mon envie est de prendre un bout de mon histoire et essayer de la faire passer aux gens par la musique. J’ai un peu de mal à dire les choses, on me le reproche parfois, la musique, c’est ma façon de les dire, justement. Ça m’aide beaucoup à exprimer mes pensées et mes sentiments.

Sol © Steve Wells

J’ai lu dans ta bio que le bac en poche, tu avais pas mal voyagé, et notamment en Algérie, le pays de tes origines et Berlin. Musicalement parlant, c’est le grand écart !

On peut dire ça comme ça (sourire). En Algérie, les gens n’ont pas de moyens pour faire de la musique. Il y a une jeune génération d’artistes, mais ils sont souvent étouffés par le poids de la tradition Chaâbi et tous les machins un peu tradi. Mais il y a, notamment dans le sud du pays, une nouvelle scène complètement déglingo qui est super intéressante. Les mecs font du blues avec des guitares faites de boîtes de conserve… C’était assez impressionnant à découvrir. À Alger, j’ai découvert un groupe de Hip Hop, qui n’avait aucun moyens non plus, et qui freestylait dans les voitures. C’était assez roots !

Ensuite, direction Berlin…

Après, je suis parti à Berlin, presque dans la foulée, ce n’était pas pareil. J’y ai découvert toute la scène électro underground émergente. C’était là aussi impressionnant. J’y ai découvert toute une frange de musique expérimentale de soul, reggae, etc… très intéressante aussi. La scène musicale berlinoise était très vivante et très vivace. J’ai bien aimé la transition entre l’Algérie et Berlin puisque j’ai fait les deux voyages presque bout à bout, j’ai fait escale en France pendant deux mois tout au plus. J’ai adoré découvrir mes origines en Algérie. C’était un voyage plus personnel, finalement. J’y ai découvert des choses sur moi-même. J’y ai découvert un langage musical très débridé, très libre finalement. C’était un joyeux bordel !

Sol © Steve Wells

Retour à la case Dijon, après. Puis Paris.

Oui. Dijon et Lyon pour les écoles de théâtre. Paris me faisait rêver, surtout en période de Noël quand j’y venais avec mes parents.

Le grand public t’a découvert dans « The Voice ». Qu’est-ce qui t’a mené là-bas et, avec le recul, qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Ce qui m’a mené là-bas, c’est le pur hasard. Je n’ai jamais candidaté pour aucune émission, quelle qu’elle soit. J’étais à Dijon à l’époque et je me sentais un peu tout seul à faire ma musique là-bas. Il y a plein de musiciens à Dijon, mais pas tellement dans le milieu de la Soul, ce que j’avais envie de chanter à cette époque. J’ai donc candidaté pour un tremplin hyper qualitatif sur Paris, et ce jour-là, Bruno Berbérès était dans la salle. Il est venu me trouver en me disant qu’il me trouvait intéressant. Il m’a proposé de faire les castings pour « The Voice », je lui ai répondu que ça ne m’intéressait pas. Il a pris mon numéro de téléphone et il m’a rappelé à plusieurs reprises. J’avais pris un peu d’âge, j’avais pu voir ce que ça donnait, et je me suis dit « Pourquoi pas ? »

Comment as-tu vécu l’hypermédiatisation ? Quand tu passes à la télé, ta vie change du jour au lendemain.

C’est flagrant. Ce qui change dans le fond, c’est le rapport aux gens qu’on ne connait pas. Avec nos proches, pour peu que ce soient des gens biens, ça ne change pas grand-chose au final. À part qu’ils se rendent compte rapidement qu’on a beaucoup de boulot d’un jour à l’autre, alors qu’avant, on ne faisait pas grand-chose… (sourire) En tout cas, j’ai eu de la chance, je me suis présenté assez naturellement à cette émission et j’ai bénéficié rapidement d’un gros capital sympathie. Les gens sont vraiment cool avec moi. Pour l’anecdote, le jour de la diffusion des auditions à l’aveugle, je stressais encore plus que le jour où j’avais enregistré, ce qui est paradoxal puisque je n’avais rien à faire ce soir-là, j’étais juste dans mon canapé à regarder la télé. Mais c’était horrible. Je me suis demandé dans quoi je m’étais embarqué. Mais avec le recul, j’en suis très content, tout s’est très bien passé pour moi. « The Voice », c’est comme une énorme machine à laver, une espèce de Space Mountain de la musique. Et au final, c’est une super aventure. Je suis bien entouré aujourd’hui. Je suis quelqu’un qui a besoin de trucs simples dans sa vie, qui a gardé les mêmes potes… et je suis resté le même. « The Voice » m’a permis de rencontrer plein de gens super intéressants, ça a donné un sacré coup d’accélérateur à mon parcours, et ça m’a fait grandir. C’est mon père qui m’a dit ça un jour… En tout cas, ça ne m’a pas détruit.

Parlons de la suite, maintenant… Un superbe clip a été réalisé sur « Mon Frère ». Un clip qui explore ce monde fantasmagorique des pantins et des marionnettistes. Un clin d’œil à ton aventure « The Voice » ?

(sourire) On a voulu faire quelque chose de très ouvert, très conceptuel et très artistique. J’adorais l’idée de devenir ce pantin puisque je venais de passer par la télé. Même si ça a été une super expérience, on peut être assimilé à une espèce de pantin, une marionnette. « Souris, ça tourne », « Maquillage », etc, etc… Ce clip a été fait comme pour faire un pied de nez, pour dire « J’ai conscience de tout ça, les gars ! Maintenant, c’est après, et je vous emmène dans mon monde. » Je souhaitais aussi que le marionnettiste soit un personnage bienveillant pour dire que oui, je peux être une marionnette, mais que les personnes qui tiennent les fils sont plutôt des Gepetto que des Thénardier, ce sont des gens bienveillants.

En parlant de clip, quel est ton rapport à l’image ?

Tout passe par l’image aujourd’hui. J’ai besoin de me représenter des images pour faire de la musique. Certains musiciens ne travaillent que sur le matériau son, moi, j’ai grandement besoin du visuel. Je trouve ça super important pour exprimer les choses clairement. J’essaye de raconter dans mes chansons de vraies histoires, et forcément, ça passe par l’image. J’ai une écriture aussi assez imagée. Chaque morceau est une espèce de mini-film que je me raconte à moi-même. C’est ainsi que je le vois, en tout cas.

Sol © Steve Wells

Un mot sur ton dernier single « Vers le Nord », où tu chantes en français et en anglais. Au-delà du fait que les rythmiques et les sémantiques des deux langues soient très différentes d’une langue à l’autre, abordes-tu l’écriture, et plus généralement l’interprétation, de la même manière en anglais ou en français ?

Le français est très exigent. C’est une langue très difficile à travailler. C’est impressionnant de voir des gens comme Vianney, Orelsan ou Stromae qui arrivent à faire sonner le français et créer un univers riche et profond avec. C’est ma recherche. J’essaye d’écrire de cette manière en français, c’est une démarche récente. C’est difficile, mais plus j’avance, plus je prends mon pied. Le français est une langue moins accessible au son, moins sonore. L’anglais, au contraire, c’est comme un chewing-gum ou de la pâte à modeler, tu peux en faire à peu près ce que tu veux. Mais attention, l’anglais peut aussi être très exigent. Je vais prendre pour exemple des mecs comme Neil Young ou Ed Sheeran chez qui tous les mots sont cohérents. Chaque langue a ses propres forces et ses propres difficultés. Mais au fond, la démarche reste la même. Parler de soi, développer un univers et l’amener aux gens. C’est ça qui est important au final.

Comme ta langue maternelle est le français, je suppose que la pudeur lorsque tu écris en français n’est pas la même. Tu vas toucher à des émotions peut-être plus profondes.

C’est vrai. Écrire en français implique de franchir cette étape de la pudeur. Après, dans une chanson comme « Vers le Nord », je ne voudrais pas qu’on pense que le refrain soit sans signification. En fait, dans ce refrain, je dis que je me sens comme les premiers hommes des tribus et que j’essaye de m’en sortir. C’est un voyage sans carte et je cherche un chemin. Le but avec ce refrain en anglais, ce n’était pas de faire un truc à la « One again », mais un refrain qui avait du sens. Le français et l’anglais sont mes deux amours. Et ça ressemble au monde moderne dans lequel nous vivons tous. Les deux langues coexistent dans notre quotidien. Et en allant plus loin, toutes les langues coexistent dans notre monde aujourd’hui. Et comme la musique se doit d’être le reflet de nos vies, je trouvais intéressant de mêler les deux langues dans un morceau.

Un album est prévu pour l’année prochaine. Où en es-tu concrètement ?

Il est quasiment terminé. Quand on a du temps, on se donne toujours le droit de peaufiner certaines choses. Mais très honnêtement, je pense qu’on a là déjà un bel album qui se tient.

Une date de sortie est avancée ?

Pas encore, on attend de voir ce que va donner « Vers le Nord ». Mais j’ai bon espoir. Tous les échos que je reçois sont positifs, que ce soit de ma fanbase, des radios, de ma famille, des journalistes… C’est un morceau auquel je crois. Et j’aborde sereinement la promo avec ce nouveau titre.

Sol © Steve Wells

De quelle couleur va être cet album ? Un mélange d’organique et d’électro comme sur les deux singles ?

Le premier single était plus électro, et j’ai souhaité que le reste de l’album soit plus organique, même si on reste dans cette couleur de pop électro que j’aime bien. Je souhaiterais avant tout qu’on donne leur chance aux chansons et qu’on entende de vrais instruments de musique. En parallèle, je souhaitais qu’il soit bien léché, bien produit. On va trouver des voix, des cordes, de beaux instruments. On tend plus vers quelque chose d’organique, de naturel.

Tu as notamment travaillé avec Antoine Essertier, Boris Bergman et Sandro Albaldonato, trois vieux routards de la musique. Comment s’est faite la connexion ?

Pour ce qui est de Bergman, je l’ai souhaité. Mon directeur artistique m’a demandé avec qui je souhaiterais travailler, j’ai répondu Boris Bergman en déconnant à moitié et il m’a dit qu’on aurait rendez-vous la semaine suivante ! Et nous nous sommes retrouvés avec ce Monsieur autour d’un café la semaine suivante. C’est aussi simple et aussi invraisemblable que ça. Antoine, on me l’a présenté et on s’est tout de suite super bien entendu. En plus, j’aime beaucoup ce qu’il fait. Antoine est super atypique et super intéressant. Et puis, Sandro, c’est un peu l’homme de la situation, c’est lui qui a réalisé mon album. On a quasiment vécu ensemble pendant six mois !

Des scènes sont-elles prévues ?

Beaucoup  de scènes et de plateaux en duo avec Guillaume. On va aller un peu partout en France. En parallèle, on est en train de travailler un vrai live, avec un vrai plateau de musiciens et un décor. Un vrai spectacle. Mais ça, ça viendra dans un deuxième temps. Rien que cette année, depuis mars, on a dû faire une cinquantaine de dates, ce n’est pas rien. On est en train de se faire la main.

Il se passe plein de choses pour toi aujourd’hui, dans quel état d’esprit es-tu ?

Je suis assez serein, bizarrement. J’ai confiance en ma musique, et notamment dans ce single « Vers le Nord ». Je crois aux signes, légèrement, n’est-ce pas ? (sourire), mais suffisamment pour me rendre compte qu’il y a plein de signes positifs autour de moi en ce moment. Quand le single est sorti, j’étais un peu fébrile. Aujourd’hui, je suis heureux de le défendre. Je suis ravi d’être là où je suis. Je me rends compte que j’ai une chance exceptionnelle. Maintenant, j’ai envie de croquer cette promo à pleines dents, d’aller à la rencontre des gens. J’essaye d’être à fond et sincère dans tout ce que je fais…

Propos recueillis par Luc Dehon le 19 décembre 2017.
Photos : Steve Wells

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