Interview de Paris Combo, Belle du Berry et David Lewis

Propos recueillis par IdolesMag.com le 27/04/2017.
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Paris Combo © Jorge Fidel Alvarez

Paris Combo revient avec un excellent nouvel album, « Tako Tsubo », tirant son nom du syndrome du cœur brisé, un opus qui explore l’empreinte des émotions sur le corps humain. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de Belle du Berry et de David Lewis afin d’évoquer la genèse de ce disque, plus produit que les précédents.

Parlez-moi un peu du parcours de ce disque, ce qui l’a nourri, ce qui a été son terreau, quelles étaient vos envies quand vous avez commencé à travailler dessus, quelles ont été vos influences principales…

Belle du Berry : Le disque précédent, « 5 », a été fait presque complètement en studio. Je n’ai pas envie de dire en totale improvisation, mais presque ! (sourire) Avec celui-ci, nous sommes revenus à nos premières amours. Paris Combo, Tako TsuboNous avons composé individuellement, travaillé les arrangements aussi un peu chacun de notre côté, puis on a petit à petit incorporé les idées de chacun. Il y a donc sur ce disque quelque chose de plus individuel, d’un côté, forcément, peut-être un peu plus hétéroclite. Les chansons qui composent « Tako Tsubo » partent dans plusieurs directions. En tout cas, en ce qui me concerne, j’avais dans l’idée de développer les émotions qui collent au corps. Le corps humain, la machine humaine, la machine à émotions… la préciosité que représente tout ça. Ça m’intéressait de développer ce sujet.

David Lewis : Effectivement, nous avons décidé de pousser les pré-productions des morceaux. Les arrangements étaient déjà très poussés lorsque nous sommes entrés en studio. On a voulu aller au-delà des simples couleurs d’un groupe qui joue ensemble. Du coup, on trouve pas mal d’habillages de cordes, de cuivres… On a cherché des ambiances. C’était notre souhait. On trouve d’ailleurs sur ce disque une chanson qui vient d’une musique de film, « Notre vie comme un western ». Mais d’une manière générale, notre façon de travailler s’est un peu tournée vers la musique à l’image ou la musique de film. Et après, le groupe a joué dans ces climats et on a façonné le disque avec ce jeu. On voulait combiner en tout cas le côté live et le côté un peu plus poussé dans les orchestrations.

Le fait d’avoir travaillé beaucoup plus les pré-prods en amont vous a-t-il permis d’aller peut-être un peu plus loin que vous ne l’auriez envisagé au départ ? Qu’est-ce que ça vous a apporté au final ?

David Lewis : Avant, on faisait les bases avec le groupe et on façonnait les morceaux en studio avec les arrangements. C’était génial. D’ailleurs, le dernier album, on l’a quasiment arrangé en groupe. Mais après quelques albums, on a senti que le processus pouvait s’épuiser. Donc, on a voulu avoir des images sonores et une interprétation vocale précises avant d’entrer en studio. Ça nous a apporté de mieux définir le climat de chaque chanson au préalable. C’était en tout cas notre intention, que chaque chanson ait son propre climat, qu’elle soit comme un petit court-métrage, une petite saynète.

Vous avez travaillé avec Dominique Blanc-Francard et Bénédicte Schmitt, leur expérience a dû jouer aussi.

David Lewis : Bien sûr ! On a eu beaucoup de chance de travailler avec eux. Travailler avec eux a été déterminant dans la réalisation de ce disque. Ce sont des gens qui connaissent la musique par cœur. Dominique a très bien connu l’époque où la musique se faisait essentiellement en live, mais il a aussi cette approche d’homme de studio, une approche très construite de la musique, avec toutes les technologies actuelles qui nous sont offertes, à nous musiciens. Ils nous ont beaucoup épaulés sur ce coup.

Paris Combo, DR

Il y a trois champs lexicaux qui se détachent. Celui de l’anatomie, dans un langage presque médical parfois, celui des sentiments et celui de l’identité. Cela faisait donc partie, d’une certaine manière, du cahier des charges, comme on dit…

Belle du Berry : (sourire) Il y a des textes qui datent d’il y a plusieurs années, mais la plupart ont été écrits récemment. Donc, oui, ce sont des thèmes que j’avais en tête lorsque j’écrivais. Comme vous le soulignez, l’identité est un thème assez récurrent tout au long de l’album. « Profil » en est le parfait exemple. Que demande-t-on à l’être humain dans notre société ? De faire bonne figure, d’avoir un bon profil, de présenter son meilleur profil… En même temps, c’est super parce que ça permet de se projeter dans autre chose, qui n’est pas forcément soi, ce qui est très intéressant. Et d’un autre côté, ça peut rapidement devenir aliénant, fatigant, désespérant… toutes les rimes en « ant ». Il parle de ça cet album, de ce qui est à la base notre identité émotionnelle. Vous savez, on est tous des « Spécimen », des gens très spéciaux, des VIP. Il faut le savoir et le prendre en compte. Il n’y a pas une masse de gens, nous sommes tous des machines extraordinaires. On est tous un petit miracle de la nature. Il faut avoir conscience de ça. Et le respecter. Si chacun pouvait avoir un peu plus de respect pour ce petit miracle-là, on s’entendrait mieux les uns les autres… Enfin, c’est ce que je crois… (sourire)

En parlant d’identité, j’ai envie de faire un tout petit aparté. Vous signez une très belle chanson sur le nouvel album de Carmen Maria Vega, « Santa Maria » (« Jettatore »), au cœur duquel se trouve justement la quête d’identité. Comment s’est passée votre collaboration ?

Belle du Berry : Carmen est quelqu’un que je suis depuis qu’elle est apparue dans le paysage musical français. Je trouve qu’elle a une voix extraordinaire. C’est une excellente chanteuse doublée d’une excellente comédienne, ce qui me touche beaucoup. Nous nous sommes rencontrées par le biais d’une autre chanteuse pour laquelle j’écris des textes et quand elle m’a parlé de son album, je lui ai proposé naturellement ce titre.

Revenons à Tako Tsubo et à Paris Combo. Dites-moi en quelques mots ce qu’est ce syndrome de Tako Tsubo, et surtout, en quoi il vous a inspirée.

Belle du Berry : Tako Tsubo, c’est le nom japonais d’un piège à poulpe. Au Japon, comme un peu partout dans le monde, je pense, on attrape les poulpes avec un genre d’amphore, qui a une forme assez féminine. Et c’est cette forme d’amphore que prend le cœur humain lorsqu’il subit un gros choc. On appelle ce syndrome de Tako Tsubo également le syndrome du cœur brisé. Sur le coup d’une trop forte émotion, généralement négative, le cœur se crispe. C’est le syndrome d’une attaque cardiaque. C’est très douloureux parait-il, mais on n’en meurt pas, ce qui est la bonne nouvelle de l’histoire… Donc, voilà, ce syndrome du cœur brisé. J’ai entendu ce que je viens de vous raconter un jour dans une émission, j’ai trouvé incroyable la force que pouvaient avoir les émotions. Me sont alors revenues en mémoire toutes ces expressions qui nous sont familières… « ça me donne des boutons », « j’en ai plein le dos », « j’ai la chair de poule »… Toutes ces expressions qui montrent l’empreinte des émotions sur nos corps. Du coup, j’en ai fait une chanson.

Barcella partage ce titre avec vous. Comment cette collaboration est-elle née ?

Belle du Berry : Nous nous étions croisés à plusieurs reprises au détour de scènes ici en France. David Lewis, le trompettiste et pianiste de Paris Combo, a fait un projet avec lui et d’autres musiciens à Reims, une sorte de résidence réunissant plusieurs artistes d’horizons différents. Il avait très bien accroché avec Barcella, donc lorsqu’on a enregistré cette chanson, on s’est dit que ce serait bien d’avoir une voix masculine, un slam par exemple, et il a tout de suite pensé à Barcella, il l’a contacté et il a accepté bien volontiers. Il est venu poser son texte et sa voix sur la chanson, et elle a ainsi trouvé son identité propre.

L’album est paru à l’étranger avant la France. Était-ce un choix délibéré ou simplement le hasard du calendrier ?

Belle du Berry : C’est le hasard des élections présidentielles ! (éclats de rires) On aurait pu le sortir avant, mais durant les périodes électorales, il y a traditionnellement moins de place pour autre chose dans les médias. Donc, nous avons préféré attendre qu’elles soient passées pour sortir ce disque. On ne pensait pas, d’ailleurs très franchement, que cette élection prendrait ce tournant, puisque nous avons décidé cette sortie il y a de nombreux mois. On ne pensait pas que ce serait si complexe et passionnant… Enfin… passionnant, on va dire ça comme ça ! (sourire) [Notre interview a été réalisée entre les deux tours de la présidentielle, NDLR] Mais en tout cas, c’est le hasard du calendrier évènementiel français qui a dicté cette sortie en France après l’étranger, puisque le disque est prêt depuis juillet/août.

Vous avez déjà tourné l’album aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande, en Australie, et dans une moindre mesure un peu ici en France. Quel accueil les titres ont-ils reçu ?

Belle du Berry : Un très bon accueil. Ces nouvelles chansons plaisent beaucoup. Et nous en sommes ravis. On a vraiment hâte de les jouer un peu plus ici en France. Dès le 1er juin au New Morning, on va s’y mettre sérieusement.

David Lewis : Il y a des morceaux qui fonctionnent très bien. Il y a un très bon feeling avec le public.

Paris Combo est, depuis ses débuts, un groupe de scène. Pensez-vous rapidement au devenir d’une chanson sur scène quand vous l’enregistrez ?

David Lewis : Je pense qu’il y a toujours une arrière-pensée… (sourire) C’est très difficile pour nous d’imaginer enregistrer une chanson qui ne sera pas jouée un jour sur scène… Même sur ce dernier disque qui a été très construit au niveau des arrangements, on a essayé de garder le jeu du groupe en live. C’est essentiel. Après, on ne sait jamais exactement ce que va donner une chanson en live avant de la jouer. On a parfois de drôles de surprises. Il y a une sorte d’alchimie qui se passe avec le public.

Paris Combo © Jorge Fidel Alvarez

Aviez-vous joué ces nouvelles chansons avant de les graver ?

David Lewis : Dans le passé, oui, il nous est arrivé de jouer des chansons en tournée avant de les graver. Mais pas cette fois-ci, ce n’était pas à l’ordre du jour. Nous voulions les construire en studio avant de les jouer en live. Par contre, le fait d’avoir une image précise de ce qu’on voulait sur telle et telle chanson en studio m’a semblé mieux préparer les titres au live.

L’argu qui accompagne ce disque suggère de réécouter le premier album de Paris Combo, paru il y a vingt ans. Je l’ai fait et je me suis rendu à l’évidence : même si la forme a un peu changé, que le son est plus maîtrisé d’une certaine manière, le fond et l’essence sont restés les mêmes. J’imagine que c’est une fierté pour vous.

Belle du Berry : C’est en tout cas c’est une œuvre cohérente. Le son de Paris Combo, c’est comme un enfant, à la fois il nous échappe et à la fois, c’est vraiment nous. Donc, oui, nous en sommes fiers, comme on peut être fier de regarder ses enfants grandir. Mais en même temps, ça peut aussi être un handicap. À l’heure actuelle, on demande beaucoup aux artistes de se renouveler, d’apporter du neuf sans arrêt, alors que nous, nous sommes plutôt dans une continuité. On essaye depuis plus de vingt ans de creuser ce mélange de sons tout en essayant de le faire évoluer. À nos yeux, il évolue, j’espère que d’autres le remarqueront ! (sourire) En tout cas, oui, on est très fiers de ce parcours. C’est le fruit d’une belle entente musicale, d’un long travail, d’une durée… C’est important pour un artiste de pouvoir s’installer dans la durée. On a la chance de pouvoir perdurer, et là aussi, nous en sommes très fiers.

David Lewis : Je suis ému quand je parle du parcours de Paris Combo. Hier soir encore, je discutais avec un caméraman, et il me disait qu’il devait avoir huit/dix ans quand le groupe a débuté. Mais il connaissait notre musique parce que ses parents nous suivaient depuis un moment. Ça donne une idée de la longévité du projet. On essaye en tout cas de faire évoluer le répertoire de Paris Combo. Mais quand on y pense, l’histoire est un peu miraculeuse. Nous nous connaissons depuis tant d’années, on fait de la musique ensemble depuis tant d’années. Moi, je suis arrivé en 1995, il y a une vingtaine d’années. Là, je me dis qu’on a eu cette chance de se rencontrer et cette opportunité de faire entendre notre musique. On a eu la chance de rencontrer le public. C’est une vraie chance pour un artiste parce que tout le monde ne le rencontre pas. C’est ce qui nous a permis de nous inscrire dans la durée.

Propos recueillis par Luc Dehon le 27 avril 2017.
Photos : Jorge Fidel Alvarez, DR

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