Interview de Carmen Maria Vega

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/04/2017.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.








Carmen Maria Vega © Patrick Roy

Après avoir joué la Mistinguett, Carmen Maria Vega revient avec un excellent nouvel album, « Santa Maria », un album mystique où la noirceur étincelle et au cœur duquel la quête d’identité de l’artiste, et par extension la nôtre, sont omniprésentes. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir plus sur la genèse de ce projet, et sur l’ « Ultra Vega Tour » que l’artiste promène sur les scènes de France et de Navarre depuis presque un an maintenant. Rencontre avec une artiste cash et authentique qui ne manie en aucun cas la langue de bois.

Ce nouvel album est avant tout le reflet de votre histoire personnelle. Pouvez-vous me raconter en quelques mots cette quête d’identité qui a été la vôtre et qui a été le terreau de ce disque.

J’ai commencé la construction de cet album il y a quatre ans déjà, avec Kim, qui a réalisé le disque. Ça a pris autant de temps parce que nous étions sur douze auteurs différents, donc il a fallu avancer au rythme de chacun ! Carmen Maria Vega, Santa MariaAu départ, je l’avais clairement dit à Kim, je voulais parler d’identité au sens large. Bien évidemment, ce disque évoque mon histoire, mais pas que. L’identité, ce n’est pas seulement l’endroit où on est né, c’est à la fois ce qu’on construit au fur et à mesure de nos vies, dans notre travail, en amour, etc… Et, effectivement, comme vous le souligniez, mon histoire personnelle a bercé cette envie, puisque je suis retournée pour la première fois en 2011 dans mon pays d’origine. J’y allais au départ dans une démarche de vérité, je voulais comprendre, plus que dans une quête d’amour puisque je n’ai jamais manqué d’amour. Je cherchais des réponses à mes questions, et notamment sur les raisons de l’acte d’abandon de ma mère biologique. Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que les papiers avaient été, pour la plupart, falsifiés, et que ma véritable identité était introuvable puisque les papiers originaux avaient été ou brûlés ou détruits… J’ai découvert que mon nom avait changé, mon lieu de naissance aussi… ça a été des découvertes bouleversantes sur le moment, mais qui avec le recul sont devenues des richesses. Je me retrouve aujourd’hui avec une triple identité, Carmen Maria Vega, mon nom biologique et mon nom français… Je me suis dit rapidement que j’allais faire un travail de résilience autour de tout ça. Alors avec les copains, on a décidé de faire un album lumineux qui sortirait des ténèbres.

Est-ce que ça a été une décision facile à prendre de mettre en musique toute cette histoire ? Vous vous êtes certainement rapidement rendu compte qu’il allait falloir ressasser tout ça lors de la promo, qu’il pouvait y avoir des dommages collatéraux, puisque cette histoire n’engage pas que vous, mais également votre famille.

Bien sûr. J’étais très consciente de ça. C’est pour cette raison qu’il était primordial à mes yeux que le travail thérapeutique ait été fait bien en amont. Je vous le disais tout à l’heure, cet album a mis quatre ans avant de sortir, ceci étant dû notamment à la multiplicité d’auteurs auxquels nous avons fait appel, mais également parce qu’il m’a fallu le temps de digérer tout ça dans mon coin. Pour pouvoir en parler, je savais qu’il faudrait que je sois très fière de ce disque. Je ne pouvais pas le bâcler, il fallait prendre le temps de le faire bien. Et puis, pour le défendre et pouvoir en parler, il fallait que je sois opérationnelle et très claire dans ma tête. Je parle de moi, là, en l’occurrence, mais il fallait que tout soit digéré aussi pour mes proches, parce que c’est une histoire familiale au-delà d’être mon histoire. Disons que la décision de faire ce disque a été facile à partir du moment où tout le monde a été en paix avec cette histoire, ma famille adoptive et moi-même. Si j’avais été en période de conflit interne et familial, il m’aurait été impossible de chanter les titres qui figurent sur ce disque. Impossible.

Carmen Maria Vega © Patrick Roy

Parlez-moi un peu des auteurs que vous avez réunis sur ce disque et des chansons qu’ils vous ont écrites. Vous leur avez donné comme consigne d’évoquer la quête d’identité au sens large, je pense.

Oui. Ce qui est assez troublant, avec le recul, c’est que les chansons qui évoquent mon histoire personnelle, excepté « Le grand secret », je pense notamment à « Aigre-Doux », « La fille de feu », « Amériques Latrines » ou « Santa Maria », ce sont des auteurs qui ont entendu par bruits de couloir, par Kim ou d’autres intermédiaires, que j’étais en train d’écrire un disque autour de cette histoire. Ils ont été touchés par mon histoire et ils m’ont proposé des chansons. C’est assez troublant parce que ce sont des textes tellement justes qui mettent parfaitement le doigt là il fallait le mettre… C’était un peu comme si c’étaient des gens qui me connaissaient hyper bien, ce qui n’était pas franchement le cas. Avec Mathias Malzieu, on se connait depuis le deuxième album où il m’avait écrit une sorte de fable érotico-comique. Je lui avais déjà demandé à l’époque de m’écrire une chanson sur cette histoire, mais on ne se connaissait pas encore assez bien. Et puis à force d’apprendre à se connaître, nous sommes devenus amis, et ça a été plus simple de lui demander franchement de m’écrire une chanson. Il m’a écrit « Le Grand Secret », qui résume assez bien la finalité de l’histoire. « Santa Maria », elle, parle du départ, du voyage, de la quête en elle-même quand on ne connait pas encore la vérité, c’est une chanson qui m’a scotchée. C’est une des premières que j’ai reçues avec « Le Grand Secret », et je me suis dit que c’était fou. Ce sont encore des gamins, Baptiste et Alma [Baptiste W. Hamon & Alma Forrer, NDLR], ils sont encore super jeunes, et ils m’ont écrit un texte d’une telle maturité !... C’est fou d’être aussi clairvoyant à vingt-cinq ans ! (sourire) La chanson « Amériques Latrines » est sans aucun doute la plus dure sur la réalité et la découverte de la réalité. Elle a été écrite par David Assaref. David, je l’avais rencontré une seule fois au moment où je lui avais parlé de cette histoire, à Bourges pendant le festival, j’étais en plein « Mistinguett » à l’époque. De retour à Paris, je reçois ce titre piano-voix et je l’ai trouvé juste sublime. Jean Felzine, pour le coup, je lui ai parlé de l’histoire en elle-même autour d’un café. On avait beaucoup parlé de la notion de réminiscence, de ces souvenirs qui nous hantent et dont on ne sait jamais s’ils sont vrais ou faux. Il est parti là-dessus et il a écrit cette espèce de rengaine dont on n’arrive pas à se rappeler, dont on ne sait pas si ces souvenirs viennent de France ou d’ailleurs. Quand nous avions eu cette discussion tous les deux, on avait aussi beaucoup parlé de cette chanson de Michel Polnareff, « Sous quelle étoile suis-je né ? », qui m’a beaucoup parlé à l’époque.

Carmen Maria Vega © Patrick Roy

Beaucoup de textes évoquent la quête d’identité au sens large, par forcément celle qui a été la vôtre.

C’était une évidence pour moi, je ne voulais pas faire un album nombriliste ! (rires) Zaza Fournier, Belle du Berry ou Mathieu Côte ont écrit des chansons magnifiques qui vont sur d’autres terrains. Belle du Berry a parlé d’identité numérique. Mathieu est mort, lui, il y a dix ans maintenant, donc, je lui ai piqué ces deux textes, « L’honneur » et « Bradé » qui tournaient autour de ce thème de l’identité. « Bradé » parle du licenciement économique. Et pour moi, le travail construit notre identité puisque si on nous l’enlève, on nous enlève un bout de nous. Zaza Fournier voulait parler de genre aussi, c’est un thème qui lui est cher. Je lui ai demandé d’écrire une chanson d’amour sur quelqu’un qui avait vécu une histoire avec un transsexuel. Le message étant que peu importe ce qu’il a, qui il est, il l’aime, c’est tout. Ça a donné « J’ai tout aimé de toi », qui est juste sublime… Je me rends compte en vous parlant que je ne m’arrête jamais ! Mais vous savez, je suis véritablement fière de ce disque et de toutes ces collaborations. (sourire)

Au final, « Santa Maria » est parfaitement cohérent d’un bout à l’autre. Pourtant travailler avec douze personnes différentes, en soi, c’est compliqué…

Avec Kim, on construisait quelque chose avec une idée d’un son très seventies. J’ai beaucoup parlé à Kim de David Bowie, de Freddie Mercury, de Klaus Nomi, du surréalisme allemand… que ce soit sur la scénographie ou sur la pochette du disque. Il fallait aussi que dans le son on retrouve cette homogénéité puisque, comme vous le soulignez, travailler avec douze auteurs différents implique douze façons d’aborder la chanson différemment. Il fallait que nous, de par le son, les arrangements et par ma voix, on trouve cette cohérence et fassions le lien entre les titres.

Un mot sur la transsexualité, justement, qui est au cœur de la quête d’identité. Était-ce important pour une artiste comme vous, qui êtes présente dans les grands médias, d’aborder ce sujet qui est aujourd’hui encore malheureusement épineux et délicat en France ? On l’a bien vu il y a quelques mois…

(soupir désabusé) On est un peu à la traîne en France vis-à-vis de l’intégration des transgenres… ça reste abstrait d’une certaine manière. Dans la tête des gens, ce n’est pas clair. Même au niveau purement clinique, on est à la traîne en France. Il faut bien souvent aller à l’étranger pour se faire opérer si on a envie de sauter le pas. Donc oui, pour moi, c’était important d’en parler. Quels que soient nos choix sexuels, qu’il s’agisse simplement de bisexualité ou d’homosexualité, ou de transsexualité, on ne peut pas lutter contre. C’est en nous, c’est comme ça. Beaucoup trop de gens sont encore rejetés par leurs proches ou leurs familles en raison de leur orientation sexuelle. C’est courant, malheureusement. Il existe des foyers, certes, mais trop peu. Il y a encore beaucoup trop de gamins qui se retrouvent à la rue parce qu’ils sont rejetés par leurs familles. Peu importe les croyances religieuses de ces familles, d’ailleurs. C’est quelque chose qui n’est pas encore rentré dans nos mœurs. Et au vu de tout ça, oui, je trouvais important d’en parler. C’est un sujet qui me touche. Je suis très entourée d’homosexuels, de lesbiennes et même d’hétéros. Peu importe ! (rires) Et je tiens à faire mentir ce cliché débile… ce n’est pas parce que je suis dans le milieu du spectacle que je suis entourée de personnes LGBT. Tou(te)s ces ami(e)s ne sont d’ailleurs pas forcément dans le milieu du spectacle, loin s’en faut. Et puis, comme vous venez de le souligner, on a été bien malmenés ces derniers temps avec cette campagne, la manif pour tous ! Pffft… On n’est pas gâtés entre ça et nos élections présidentielles en ce moment ! Il y en a qui doivent bien se marrer en regardant ce qu’il se passe en France en ce moment… (éclats de rire) ou en pleurer, c’est au choix. On peut franchement se demander aujourd’hui où est le spectacle, sur scène ou dans la vie politique ! J’ai été décontenancée avec ces manifestions contre le mariage pour tous. Mais qui peut se permettre d’interdire à des gens de s’aimer et de se marier ? Non, mais franchement ?!... Qui peut interdire à quelqu’un d’être heureux et d’aimer une autre personne ? Où va-t-on ? Après, il ne faut pas s’étonner s’il y a des replis communautaires… Vous savez, même dans ma propre famille, il y a parfois des débats houleux. Et ça me rend complétement hystérique de constater que ce qui dérange au fond, c’est que le mariage doit être entre un homme et une femme. Que ce soit entre deux femmes, deux hommes, avec un transgenre… qu’est-ce que ça peut foutre ? Vous voyez, rien que d’en parler avec vous, j’en ai presque de l’urticaire, tellement ça me dépasse. Qu’est-ce que ça peut foutre aux autres ? Laissez les gens s’aimer. Laissez les gens se marier. Foutez-leur la paix ! En tout cas, à cette époque, avec les copains et les copines, on est tous restés bouche bée. On n’y croyait pas. Et le pire, c’est que des gays sont montés au créneau en se revendiquant contre le mariage !!! (rires) J’en rigole là, mais c’est cynique, croyez-moi… Et ne parlons pas de cette néo-punk des années 70 qui a été le porte-drapeau de ce mouvement, entourée de tous ces culs-bénis… Vous imaginez l’image que ça donne de la religion catholique ?! Heureusement, tous les catholiques ne pensent pas comme eux. J’en connais plein qui sont en paix avec ça, qui sont même pour le mariage pour tous. Si on lit la Bible… le message principal est d’aimer son prochain, d’être tolérant et de ne pas se juger les uns les autres. Certains devraient peut-être la relire !! La religion, c’est un choix, mais souvent, elle a bon dos tout de même… Personnellement, j’ai réglé le problème, je suis athée.

Vous êtes athée, mais par contre, vous êtes passionnée par l’art sacré.

C’est exact ! Qu’il soit catholique, musulman, juif, orthodoxe… peu importe. C’est d’ailleurs pour ça qu’on retrouve toutes ces bondieuseries sur scène et que cet art sacré fait partie intégrante de la scénographie que j’ai développée avec mon nouveau spectacle. Mais il ne faut rien y voir de blasphématoire, d’irrévérencieux ou d’une espèce de spiritualité qui me tombe dessus. Rien de tout ! Je suis en tout cas pour casser les codes.

Carmen Maria Vega © Manu Abella

Il y a une dimension mystique autour de ce nouveau projet. Son titre, déjà, « Santa Maria », son visuel, la scénographie de l’ « Ultra Vega Tour »… Est-ce que c’est cet amour pour l’art sacré qui a motivé ce choix ?

Pas seulement. Je pense qu’essentiellement, c’est cette envie de casser les codes et de faire en sorte que tout se mêle. Sans vouloir jouer ma Bisounours, je suis pour l’ouverture. Outre ma passion pour l’art sacré, le mysticisme est plus dans la quête d’identité en elle-même, dans l’introspection. Après, quand on écoute une chanson comme « L’Honneur » qui a été écrite par Mathieu Côte, tout le monde en prend pour son grade. C’est un texte qui s’attaque aussi bien aux hommes qu’aux femmes, à toutes ces guerres de religion… La religion, ce qu’elle prône, c’est le partage, l’amour, pas la guerre. Mais des guerres, il y en aura toujours. C’est aussi pour cette raison que je dis haut et fort que je suis athée. J’ai des copains qui croient en Dieu, d’autres qui sont athées… et même d’autres qui sont les deux à la fois ! (rires) Tout ça tourne autour de la question de l’identité aussi. En France, on ne se rend pas compte de la chance qu’on a de ne pas se poser la question de savoir pourquoi on est né à tel endroit. Des français de pure souche, il n’en existe quasiment plus. Tout le monde a une identité. Là où on est né détermine une partie de notre identité. C’est un luxe aujourd’hui d’être français et de partir en vacances à l’étranger et de dire qu’on est français quand d’autres doivent quitter leur pays pour des raisons politiques, religieuses ou de guerre, tout simplement. Cet album est aussi là pour ça, pour faire prendre conscience aux gens de leur identité. Ce n’est pas un gros mot l’identité. Il faut à la fois en être fier et ouvert d’esprit.

Un petit mot sur l’« Ultra Vega Tour » avec lequel vous tournez déjà depuis un moment. Quelles ont été vos principales sources d’inspiration sur ce spectacle ?

Il y en a eu plein. Je suis un peu monomaniaque, donc je suis obsédée par Freddie Mercury, dont je suis une grande grande fan, par David Lynch et « Twin Peaks », par « Suspiria » d’Argento (j’aime beaucoup les néons roses et bleus qui sont souvent utilisés dans les films du genre), par Kubrik qui m’obsède pas mal aussi, que ce soit « Eyes Wide Shut » ou « Shinning », par Helmut Newton dont le côté sensuel me fascine, par Khalo et Magritte qui me fascinent aussi par leurs peintures, Koltès aussi, dans un genre plus macabre… J’aime mélanger l’ombre et la lumière, donc forcément le macabre, l’espoir et l’hyper sensualité. Je crois qu’on peut mélanger tout ça sans être dans le blasphème, avec l’identité comme point central de tout ceci. Je reviens un instant sur Lynch, j’ai une passion pour sa manière d’éclairer les femmes. Toujours très maquillées, très sensuelles…

Carmen Maria Vega © Marylene Eytier

Au regard de votre parcours, la scène a toujours été essentielle pour vous. Quand vous recevez une chanson, pensez-vous rapidement à comment vous allez l’habiller sur scène ?

Très rapidement. Et probablement peut-être même avant ! (sourire) C’est pour cette raison que cet album, on le tourne depuis déjà presque un an. On n’avait pas encore terminé les enregistrements quand on a commencé en mars 2016. C’était une volonté de ma part, parce que je fonctionne comme ça. J’ai beaucoup de chance d’avoir le tourneur que j’ai et qui me suit dans mes envies et me permet de tourner en amont. Je trouve les réponses à mes questions en général sur scène. C’est pour ça qu’en général, je termine mes albums pendant que je tourne. Je ne peux pas m’enfermer et chercher la musique en laboratoire sans l’avoir vécue, ressentie et sans m’être parfois trompée de voie, d’ailleurs. C’est sur scène que je trouve mes réponses. Être cloisonnée dans le noir pour créer, je ne peux pas… J’ai besoin de me nourrir de la vie pour créer. Les gens en face de moi m’aident à trouver des réponses. Donc, oui, je sais toujours très bien ce que je veux et où je veux aller.

« Santa Maria » suit une trame, il y a un début, une histoire et une fin. J’ai l’impression que vous avez apporté un soin tout particulier à l’ordre des titres.

Je suis contente que vous l’ayez remarqué. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai toujours un peu de mal avec le MP3, et en particulier avec ce disque, parce que les gens vont pouvoir piocher tel ou tel titre sans forcément écouter l’album dans son intégralité. Cet album, je l’ai conçu comme un voyage. On part de ma quête personnelle, de la découverte, puis on ouvre sur la question de l’identité dans nos vies et notre quotidien à toutes et tous, et ça se termine par « Ultra Vega » qui pour moi est la libération de tout ça, la chrysalide qui s’ouvre…

Propos recueillis par Luc Dehon le 3 avril 2017.
Photos : Patrick Roy (shooting studio), Marylène Eytier (photo scène), Manu Abella (affiche Ultra Vega)

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