Interview de Arnold Turboust

Propos recueillis par IdolesMag.com le 09/03/2017.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Arnold Turboust © Ronan Guennou

Arnold Turboust a publié son premier album éponyme en octobre dernier. Un album empreint de cette fausse légèreté qui plane en filigrane sur l’œuvre de l’artiste depuis ses débuts. C’est avec un plaisir non dissimulé que nous avons été à sa rencontre afin d’évoquer la genèse de ce nouveau disque à quelques jours de sa réédition en vinyle. Rencontre avec un artiste tout aussi discret qu’important, un des maîtres d’œuvre de cette french pop élégante et stylée qui nous ravit et nous émeut depuis de nombreuses années. Un artiste authentique et sincère.

Avant de parler de ce nouveau disque qui est sorti en fin d’année, j’aimerais revenir un instant sur le précédent, « Démodé ». Que retiens-tu de son exploitation ?

(soupir) Disons que j’aurais aimé avoir beaucoup plus sur cet album. J’en attendais beaucoup, mais c’est passé un peu en travers… Ce qui est important pour moi, c’est de faire et d’être. Donc, je l’ai fait, il existe, et c’est le principal. Aujourd’hui encore des gens me laissent des messages à propos de ce disque en me disant qu’ils l’aiment beaucoup, ça me fait plaisir. Là, comme je vais faire un peu de scène, je vais en jouer quelques titres. Donc voilà ce que j’en retiens… J’aurais aimé avoir un peu plus sur ce disque…

C’était un album super cool, pourtant.

Oui, je le pense aussi. Il est passé un peu à côté, il a été un peu incompris, c’est comme ça…

Arnold Turboust © Jean BocheuxQuand t’es-tu remis à plancher sur ce nouveau disque ?

Pendant la promo de « Démodé », j’ai revu un ami que je n’avais plus vu depuis longtemps… et pour cause, il habite à l’autre coin de la terre, aux États-Unis… Rico Conning. Il m’a dit qu’il adorait « Démodé » et plus particulièrement la chanson éponyme qu’il trouvait juste géniale. Il m’a dit que ce serait bien qu’on refasse quelque chose ensemble. L’idée est partie de là. Au début, on s’est dit qu’on allait faire des instrumentaux, puis au fil du temps, je me suis aperçu que c’étaient plus des chansons que des instrumentaux. Tout a démarré quand j’ai revu Rico en fait...

C’est le hasard qui vous a fait vous recroiser.

Tout à fait. Nous avions, tu le sais, beaucoup travaillé ensemble à l’époque de « Let’s go a Goa » et « Pop Satori ». Nous étions restés en contact pendant toutes ces années mais nous ne nous étions pas revus. Là, on a pris le temps de se revoir, on a discuté et décidé de retravailler ensemble. C’était juste génial de le revoir.

Lui est donc reparti aux Etats-Unis. Toi, tu es resté en France. Vous avez beaucoup échangé par FTP. Ce n’est pas évident de travailler à distance…

Non, non, ce n’est pas évident ! C’est bien et pas bien… Comme je le connais vraiment bien, que je sais comment il travaille et combien il fait une musique belle et superbe, ça s’est plutôt bien passé. Je commençais à écrire les chansons, à les arranger, puis je les lui envoyais, lui retravaillait dessus et me les revoyait à son tour et ainsi de suite. On a véritablement avancé comme ça. C’est un album qu’on a fait à deux. Il y a tout de même quelques autres personnes qui sont venues se greffer, comme Xavier Géronimi, qui est un ami. Il est intervenu après nous. À y réfléchir de plus près, le seul problème que ça a posé de travailler à distance, a été un problème de temps. Les petits détails, à distance, peuvent paraître énormes. Je prends tout pour argent comptant quand je reçois quelque chose, j’en fais tout un pataquès… (sourire) C’est ça qui a été difficile. Donc, pour finaliser l’album, on a décidé de se voir et de travailler ensemble. Il est venu ici et nous l’avons terminé à quatre mains, histoire que nous soyons l’un et l’autre d’accord sur tout.

Le temps t’a-t-il paru long ? Quelques années au bout du compte, même si ça représente une éternité aux yeux de certains, au niveau du temps créatif, ce n’est tant que ça. « Démodé » est  paru fin 2010, donc, grosso modo, ça ne fait que quelques années, trois/quatre.

Oui et non. Comme tu le dis, il faut trouver toutes ces mélodies, il faut écrire les textes, il faut faire toute la réalisation, tous les arrangements. Tout ça prend toujours du temps. Très honnêtement, l’album était prêt à la toute fin 2015. Après, il faut organiser la sortie, trouver des partenaires… et tout ça prend du temps aussi. Tout ça pour dire que nous avons commencé à travailler milieu 2012, peut-être un peu avant, et que nous avons terminé fin 2015. Ce n’est pas si énorme que ça quand on voit que nous avons tout de même sorti quatorze titres, plus les instrus qu’on n’a pas sortis, vu qu’on n’en a publié qu’un seul sur l’album. Ça aurait pu aller plus vite si nous avions travaillé ensemble, mais ça s’est passé autrement. Et c’est très bien comme ça. (sourire)

Xavier Géronimi est donc venu jouer quelques guitares. C’est un complice de longue date, lui aussi !

Oui. Xavier est un ami et ça me semblait une évidence qu’il soit présent sur ce disque. Rico le connaissait aussi et il voulait, lui aussi, que ce soit lui qui fasse les guitares. On en avait fait quelques-unes nous-mêmes, mais lui a apporté sa touche tellement forte et personnelle. Il est tellement doué !

Arnold Turboust © Sadaka Edmond/Sipa

Jack Bally est crédité sur « Bubble Gum ».

Comme tu le sais, Jack est décédé il y a très très longtemps. J’ai récupéré un truc que nous avions commencé à faire ensemble à l’époque. C’était juste un petit bout de quinze secondes, que j’ai étiré et dont j’ai fait une chanson entière… Pour moi, c’était très important qu’il soit mentionné sur cet album…

Comme tu viens de m’en parler, un petit mot sur « Bubble Gum » qui est, entre nous, un petit chef d’œuvre pop comme tu en as le secret !

(sourire) J’ai été très content d’avoir réussi à étendre ce petit bout de quinze seconde à une chanson complète. J’ai fait ça très rapidement. C’est d’ailleurs la toute dernière chanson qu’on a fait sur cet album. Elle ne faisait pas partie du programme, mais comme Rico devait arriver d’un moment à l’autre, j’ai attendu un mois quelque chose comme ça, et j’ai fait cette chanson. Je voulais quelque chose de vraiment pop, quelque chose de très coloré. Cette chanson a cette particularité d’avoir été faite au tout dernier moment et d’avoir été finalisée avec Rico.

Je n’aime pas trop rentrer dans l’explication de texte, qui n’a finalement qu’assez peu d’intérêt, comprenne qui pourra ce qu’il voudra ! Mais y a-t-il selon toi une idée maitresse qui plane sur ce  disque, comme un fil rouge ?

Je n’en sais rien… On m’a fait remarquer au court de la promo que le mot « silence » revenait à plusieurs reprises, le souffle aussi. Mais ce n’est pas prémédité. Ce doit être ce que je ressentais à cette époque où j’ai écrit les textes. C’est du silence que naît la musique. La musique est entourée de silence. Si tu veux faire de la bonne musique, il faut partir du silence. Donc, ce pourrait être un fil rouge… mais qui n’a pas été prémédité. Je n’ai en tout cas pas écrit les textes avec cette idée en tête. « Le prix de mon silence », comme « Souffler n’est pas jouer », je trouve que ce sont de bons titres. Je trouvais les formules jolies, ça me donnait des idées. Il y a longtemps que je voulais écrire un texte comme « Souffler n’est pas jouer ».

C’est toi qui a toujours choisi le premier extrait de tes albums. Pourquoi avoir choisi ce titre précisément ?

Tout simplement parce que j’aime vraiment bien cette chanson, et que c’est la première qui est arrivée. Quand je l’ai écrite, je me suis dit que je tenais quelque chose que j’aimais bien. Ce n’est pas la chanson la plus forte du disque, je le sais. Mais en même temps, c’est une de celles dont je ne me lasse pas. Donc, je l’ai choisie. J’ai un peu forcé… parce qu’évidemment il y avait des avis contraires dans mon entourage. Mais au final, je pense que j’ai fait le bon choix. Pour autant, pour ce qui est du deuxième single, je pense qu’on va se diriger vers « Bubble Gum », justement.

La chanson est plus évidente. Plus grand public, même si je n’aime pas trop cette expression.

Sans aucun doute. Je le pense aussi. Et puis, je pense que c’est une musique qui donne envie de bouger, c’est pop, c’est coloré… C’est différent ! Et il me fallait une chanson comme celle-là pour mon album ! (rires)

Tu as évoqué tout à l’heure « Le prix de mon silence », qui ouvre l’album. Quand a-t-elle été écrite, celle-ci ? Plutôt en début de parcours ou en fin ?... Parce que quand je l’ai écoutée la première fois, je me suis dit « Turboust s’affirme » ! En plus, dans un autre style, elle m’a fait penser aux « Tubular Bells » de Mike Oldfield…

(sourire) Je comprends ce que tu veux dire… Elle fait partie des toutes premières que j’ai écrites. Et dès le départ, j’ai su qu’elle serait l’intro de l’album. Avec les jeux de vibraphones et la panoramique au début, je trouvais ça intéressant. Je trouvais qu’elle lançait bien l’album. Je n’avais pas très franchement pensé à Mike Oldfield. Mais c’est un peu monté comme ça, c’est vrai ! (rires)

De toutes les chansons qui composent l’album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je pense à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pas véritablement la chanson en elle-même.

J’aime beaucoup toutes ces chansons, mais il y a en a deux pour lesquelles j’ai une tendresse toute particulière. La première, c’est « Que la fête commence ». Je l’ai composée et écrite très rapidement. Après, je me suis un peu perdu dans mes arrangements et c’est Rico qui me l’a fait sonner telle qu’elle est. Quand il me l’a renvoyée, je n’y croyais pas. Il avait réussi à sortir quelque chose en étant allé piocher dans tous mes arrangements. Je trouve qu’elle a vraiment quelque chose de spécial, quelque chose que j’ai rarement réussi… (sourire) L’équilibre entre le texte et la musique me semble bon, et je ne peux en dire de même sur toutes. Ce titre me plaît en tout cas énormément. Il y a aussi « Efféminé » qui me plaît beaucoup, pour tout un tas de raisons. J’aime ce côté un peu mélangé des styles, un peu rétro années 30 et en même temps très planant, presque cosmique à certains moments. Et ce texte qui parle de tout et de rien, d’une époque passée…

Au rayon des anecdotes… On te sait hyper pointilleux en studio, mais as-tu laissé passer l’un ou l’autre petit accident sur les bandes def’ ?

Est-ce que j’ai laissé passer des accidents ? Mais je laisse toujours passer des accidents ! (éclats de rire) Je ne vois rien en particulier de très intéressant à raconter, parce que j’ai laissé passer tant de trucs ! C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai tant de mal à me réécouter, parce que j’écoute tellement les chansons qu’à la fin, j’ai de la peine. Je les retrouve toujours à l’état où je les ai laissées. Je me dis toujours « là, ce n’est pas bon, j’aurais dû ajouter tel son ou tel autre », « là, je chante mal », « là, ce n’est pas assez bien », « Je n’aurais pas dû employer ce mot-là, mais tel autre », etc… Donc, oui, je laisse toujours passer des choses qui peuvent me paraître invraisemblables après coup. Il y a d’ailleurs une chanson qui figure sur ce disque et que je ne voulais pas mettre, c’est « Invisible ». Beaucoup m’ont dit que ce serait idiot de ne pas la mettre parce qu’elle était plutôt bien cette chanson. Mais personnellement, oui, je la trouvais pas mal, mais sans plus. Banale. Quand tu pousses loin les arrangements, les couleurs, les textes, les compositions… à la fin, tu en as assez. Je l’ai écouté à satiété mon album… (sourire) Par contre, je sais d’expérience que certains arrivent à écouter leurs morceaux et à les lâcher au bon moment en disant que c’est exactement ce à quoi le morceau doit ressembler. Ce n’est pas mon cas… ça ne m’est en tout cas jamais arrivé. Jamais.

Un mot sur les instru que vous avez composé avec Rico. Tu m’as dit tout à l’heure que vous en aviez quelques-uns dans les tiroirs. Pourquoi n’en avoir fait figurer qu’un seul sur ce disque ? [« Code spg » qui clôt l’album]

Je vais t’expliquer… Il y a une autre chanson que j’ai ajoutée au dernier moment, une chanson que j’avais depuis un moment déjà, c’est « Le Soleil et la Lune ». J’avais donc au départ un album de douze chansons et d’un seul coup, je passais à treize. Je ne suis pas superstitieux, mais quand même… (sourire) Et comme mon nombre, c’est le quatorze, je me suis dis que ce serait idiot de louper ce coche. Le quatorze m’entoure partout, je suis né un 14 dans le 14… on peut trouver des quatorze partout ! Donc, je me suis dit que ce serait vraiment l’occasion de mettre quatorze titres sur ce disque, j’ai donc ajouté cet instru, « Code spg », que j’aimais beaucoup. En plus, après coup, je me suis dit qu’en fin d’album, c’était une bonne idée parce qu’il clôt l’album et d’une certaine manière, il le ré-ouvre aussi.

L’album est plus structuré qu’il n’y paraît finalement…

(sourire) Il y a « Le prix du silence » au début, qui plante le décor. Après, on passe par plusieurs étapes, la deuxième partie de l’album est plus pop, avec « Bubble Gum », « Sous Blister », « King Size », « Le Soleil et la Lune ». Il fallait donc une fin. La première fin, c’est « Ma septième vie ». C’est en tout cas la fin que je voulais donner à cet album au début. Après, on a ajouté « Le Soleil et la Lune » et l’instru. Quand j’y repense, j’ai mis beaucoup de temps à mettre cet album dans l’ordre, ça a été assez compliqué.

Pourquoi ?

Parce qu’au début, j’ai mis tous ces titres que j’aimais bien qui étaient des titres plus intimes, comme « Que la fête commence », « En rêve », « Le prix de mon silence » ou « Tout est dans le flou ». Il n’y a que « Ma danseuse » qui est un peu différent dans cette première face. La deuxième Face, si l’on peut s’exprimer ainsi, commence avec « Bubble Gum », et là, on est plus dans quelque chose de pop. Au début, j’ai essayé de tout mélanger, mais le rendu ne me plaisait pas trop. J’ai donc préféré résonner par face.

En parlant de vinyle, il vient tout juste d’être édité. Pourquoi une sortie en deux temps ? (Le CD en octobre, le vinyle six mois plus tard.) Pour des raisons logistiques et de timing toutes bêtes, ou était-ce un véritable choix ?

Pour dire la vérité, ça a été essentiellement dû à une question de coût. Le problème de cet album, enfin problème… ce n’est pas un véritable problème, mais quand même, c’est qu’il fait 59 minutes. C’est donc un double album pour un vinyle techniquement parlant. Et je me suis dit que ce serait mieux de le sortir d’abord en CD. Si j’avais eu plus de moyens, j’aurais sorti parallèlement un double vinyle, mais ce sont des coûts extrêmement élevés. L’album a été produit via une toute petite structure, donc ça a été un peu compliqué. Maintenant, je me dis que le vinyle va arriver à point nommé pour le début de la seconde vie de ce disque, avec le deuxième single, qui sera « Bubble Gum », complètement différent de « Souffler n’est pas jouer ».

Arnold Turboust, vinyle du nouvel album

Les pochettes sont différentes…

Effectivement, et ça, c’est pour une raison de cohérence puisque ce vinyle, qui sera un vinyle simple et qui va sortir dans les prochains jours, ne contiendra que huit titres. Les autres titres seront disponibles au téléchargement via un coupon. C’est pour cette raison que j’ai souhaité avoir une pochette différente, puisque le contenu sera différent de l’édition originale. Plus tard, je souhaiterais rééditer l’album en double vinyle cette fois-ci, comprenant tous les titres de l’album, et quelques inédits. Là, on retrouvera la pochette du CD.

Un mot sur cette excellente reprise de Trenet, « Le Soleil et la Lune ». On sait tout ce que Trenet a apporté à la chanson française. Mais toi, personnellement, que t’a-t-il apporté ?

Je pense que c’est le grand novateur de la chanson d’expression française. C’est lui qui a rendu possible la chanson française dite moderne. De par ses textes, déjà, mais également ses mélodies. C’était d’une grande modernité tout ce qu’a fait Trenet. Quand on écoute « Le Soleil et la Lune », ce texte est juste formidable. J’adorais tout simplement ce texte, je le trouve juste sublime et magnifique, hautement symbolique. Il est tellement bien écrit… Mon idée était de ne pas l’amener comme lui, d’une façon très rapide, mais différemment. À ma façon. C’est ce que j’ai essayé de faire humblement. Un truc un peu… pas groovy… mais dans l’esprit. Je trouve que ça met bien en valeur ce texte.

Ceci reste une appréciation toute personnelle, mais j’ai toujours trouvé qu’il y avait une filiation entre Trenet et toi, et ce depuis tes débuts.

Merci.

Il y a chez l’un comme chez l’autre comme une fausse légèreté qui se balade au fil des chansons. Même si l’époque et les styles sont différents, il y a un parallèle entre vous…

C’est étrange ce que tu me dis… Parce que c’est un Monsieur pour qui j’ai toujours eu beaucoup d’admiration. Je vais même te faire une confidence. Quand j’ai commencé à chanter, j’ai été voir des professeurs de chant un peu comme tout le monde (rire), et j’ai toujours essayé de chanter un peu plus grave que je ne le suis. Là, d’ailleurs, sur ce disque précisément, je commence à m’installer dans mon vrai registre de voix. Et je me souviens d’une professeure de chant qui m’avait dit « Je ne comprends pas pourquoi vous voulez chanter aussi grave, alors que votre voix s’inscrit beaucoup plus dans un registre à la Charles Trenet… » Et quelque part avec les années, je lui ai donné raison. Je le pense aussi aujourd’hui. Et puis, tu me parles de la légèreté feinte de Trenet. Elle est formidable. C’est tellement bien écrit ! Quand tu regardes toutes ses chansons, elles évoquent le quotidien, mais elles regorgent de subtilités et de symboles en tous genres. C’est en tout cas quelqu’un qui était extrêmement doué et me comparer à lui, je ne le pourrais pas. Je reste humble. Je connais mes limites. Mais je suis touché par ce que tu viens de me dire… Sincèrement touché.

C’est le premier album éponyme de ta carrière. Pourquoi ? Est-ce celui qui te ressemble le plus ?

Probablement, oui. J’avais plusieurs titres possibles. J’ai longtemps travaillé avec des noms de code différents. Pendant longtemps, je l’ai appelé « Le prix de mon silence ». Ensuite, je l’ai appelé « Que la fête commence ». À un moment donné, il s’est même appelé « Souffler n’est pas jouer », puisque j’aime toujours bien prendre le titre d’une chanson comme titre de l’album. Et puis, après y avoir bien réfléchi, et puisque je n’y aurais droit qu’une seule fois dû à des histoires de recensement, je me suis dit que ce serait bien qu’il porte mon nom, tout simplement. Ça collait bien avec cette photo de moi que j’aimais bien. C’est la première fois que je regarde vraiment l’objectif de cette manière, que je m’affirme, même si je porte des lunettes de soleil. Avec cette photo, il ne me semblait pas judicieux d’ajouter un titre. Voilà l’histoire de cet album éponyme. Après, avec le recul, je me rends compte que c’est certainement l’album avec lequel je me rapproche de plus en plus de ce que je suis. Cet album est en adéquation avec ma personne et mes musiques. Je ne cherche pas à revendiquer ce que je ne suis pas ni ce que je ne sais pas faire. Je suis juste moi. Après, ce qui est certain c’est que je me suis autorisé un album éponyme aujourd’hui, et que c’était la première fois et que ce sera la dernière. Je n’ai pas le choix. J’aurais pu avoir le titre en tête dès le début, mais ce n’était pas le cas. Ça l’a été pour « Démodé », par exemple, puisque c’est la première chanson que j’avais écrite. Et puis, l’idée collait avec mon état d’esprit du moment. Beaucoup m’ont dit que c’était une idiotie d’appeler son album « Démodé », puisque c’était déjà le démoder avant qu’il ne paraisse… Mais bon ! (sourire)

Arnold Turboust - DR

Un mot sur la scène… Tu n’es pas connu pour être un artiste de scène à part entière. Là, quelques scènes se profilent tout de même.

J’ai fait un concert au Petit Bain dans le cadre d’un festival qui s’appelle « Frenchy but chic » au mois de février. C’était vachement bien. On a fait ça à deux, c’était vraiment sympathique. Là, au mois d’avril, il y a trois dates. [Le 8 avril à Torigni-sur-Vire (Festival Un soir dans la Manche), le 12 avril à Paris aux Trois Baudets et le 22 avril à Reims à l'Exode, NDLR] Et puis, il y a certainement d’autres dates qui vont arriver.

Quel est ton rapport à la scène ? Tes productions sont toujours hyper léchées, la scène, c’est nécessairement plus brut.

Pour te parler franchement, c’est un rapport de débutant. (sourire) Et tu as raison, j’ai toujours été plus dans les studios à écrire des chansons, à peaufiner le son, à chercher sans cesse de nouveaux arrangements, etc… Et la scène, en tout cas pour moi, je ne l’ai jamais véritablement envisagée, même à une époque, celle d’« Adélaïde », où on m’a proposé beaucoup de scènes. J’ai refusé parce que ça ne m’intéressait pas plus que ça. C’est aussi parce que je viens d’une autre époque. Actuellement, je pense que beaucoup d’albums sont fait pour aller sur scène. Mais je viens d’une autre époque, où nous avions ces grands albums des années 70 qui étaient vraiment des trucs très conceptuels. Les gens passaient parfois un an en studio pour enregistrer un disque. C’était l’objet qui primait, le vinyle, en l’occurrence. Lennon, Pink Floyd, Bowie, etc… C’est une époque qui m’a marqué. C’est ce qui m’a fait aimer écrire des chansons aussi. Aujourd’hui, les temps ont changé. La scène devient pour beaucoup comme une évidence. Elle t’emmène ailleurs. Le public a lui-même de plus en plus envie d’aller voir les artistes sur scène. C’est en tout cas ce que je ressens. D’ailleurs, quand j’ai donné ce concert au Petit Bain, j’ai ressenti que les personnes étaient très contentes de venir me voir et d’entendre ces chansons sur scène. J’ai senti beaucoup de bienveillance de leur part… mais j’étais tellement dans mes petits souliers que… (sourire) La scène, c’est se projeter vers les autres. C’est à moi que revient le fait de créer mon univers sur l’espace scénique, de donner envie au public de venir écouter mes chansons en live et de lui donner envie de l’emmener avec moi pour ce voyage. Mais c’est évident que je ne ferai jamais de performing danse et chant.

Tu ne vas pas devenir la nouvelle Beyoncé demain…

(éclats de rire) Je ne pense pas ! Mais à ma façon, je peux peut-être emmener le public dans une histoire… Il faut que j’arrive à imposer qui je suis. Ne pas chercher à être ce que je ne suis pas.

Quand tu as débuté ta carrière, on ne parlait pas d’internet, tout juste d’ordinateur, et encore moins de réseaux sociaux. Quel rapport entretiens-tu avec Facebook, Twitter et compagnie ?

Disons que j’y suis présent. C’est dans l’air du temps. C’est l’époque qui veut ça. Et on ne peut pas aller contre son époque. Toutes les informations arrivent sur les réseaux sociaux avant les autres médias. J’ai donc un Facebook dont je m’occupe, mais pas seul. On ne peut pas aller contre son époque, on doit vivre avec. Et les réseaux sociaux ont autant d’avantages que d’inconvénients. C’est aussi un lieu de rencontres, virtuelles certes, mais rencontres tout de même. En ça, c’est déjà pas mal. C’est aussi un lieu de température. Il y a vingt ans, quand tu sortais un album ou tout simplement un titre, s’il ne fonctionnait pas, tu ne savais pas du tout pourquoi, tu n’avais aucun retour. Les réseaux sociaux changent la donne à ce point de vue. Tu t’aperçois assez rapidement si ça plaît ou non, et pourquoi. C’est un retour immédiat. Et ça, pour nous créateurs, c’est très bien. C’est aussi une façon nouvelle de promouvoir ton travail, d’aller plus à la rencontre des autres. Certaines amitiés sont nées des réseaux sociaux, notamment. C’est juste formidable quand tu y penses.  Après, à des fins personnelles, je ne les fréquente pas, ça ne m’intéresse pas du tout de partager mes photos de vacances ou quoi ou qu’est-ce. J’y vais juste pour partager ma musique. C’est tout. Il m’arrive quelques fois de parler de choses plus personnelles, mais ça reste exceptionnel.

Arnold Turboust © Natalia Mlodzikowska

Tu es pas mal occupé en ce moment avec la promo de l’album, la sortie du vinyle, les concerts qui se profilent, mais as-tu d’autres projets sur le feu comme on dit ?

En fait, le gros truc en ce moment, c’est préparer la scène. C’est un travail à part entière. Après, pour te dire la vérité, je réfléchis déjà à la suite. Vers quel genre de musique je vais aller, ce genre de choses. J’ai déjà quelques idées. Bien qu’à chaque fois quand je termine un album, je me dis que ce sera le dernier. Mais comme je me connais un peu, je sais que ce ne sera jamais le dernier… (sourire) Il y a aussi des amis qui m’ont contacté pour travailler sur des chansons pour une comédie musicale. J’ai commencé à leur proposer des titres. Ça, c’est encore une autre aventure. Le livret va bientôt être fini, j’y ai écrit quatre/cinq chansons. Je vais aussi essayer de proposer des chansons à d’autres interprètes. C’est un exercice que j’ai déjà pratiqué, mais à très petite dose. C’est toujours assez flatteur quand quelqu’un vient te demander d’écrire un titre pour elle/lui. J’ai notamment écrit une chanson pour Marie-Claire Buzy, elle m’a donné son texte et j’ai posé une musique dessus, j’ai essayé de coller à son univers et je pense qu’elle en est contente, une autre avec Jacques Duvall, mais je n’ai encore aucune idée de l’interprète à qui nous la confierons… C’est un exercice que j’aime bien.

Vous aviez déjà collaboré avec Duvall sur « Les Envahisseurs ». J’ai d’ailleurs été étonné que vous n’ayez pas été amenés à collaborer plus souvent ensemble.

C’est quelqu’un que j’apprécie énormément. Il est au jour d’aujourd’hui l’un des meilleurs auteurs à mon sens. J’aime beaucoup son univers. Nous avons collaboré ensemble sur « Les Envahisseurs », comme tu le soulignes. La première fois que j’ai entendu parler de Jacques Duvall, c’était à propos d’une chanson qu’il avait écrite, « N’importe quoi pour le fric ». Je trouvais ce titre génial. Je venais de débarquer à Paris et ça m’a donné envie d‘aller m’installer à Bruxelles… (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 9 mars 2017.
Photos : Jean Bocheux, Ronan Guennou, Natalia Mlodzikowska et Sadaka Edmond /SipaADAK

Liens utiles :
Site officiel :
http://www.arnoldturboust.net
Facebook :
https://www.facebook.com/arnoldturboust?fref=ts









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