Interview de Edgär

Propos recueillis par IdolesMag.com le 08/03/2017.
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Edgar DR

Le tandem Edgär a publié son premier EP, « Persona », le 3 mars dernier. Séduits par l’univers folk et les états d’âme pop d’Edgär, nous avons été à la rencontre des deux musiciens qui se cachent sous ce pseudo, Ronan Mézières et Antoine Brun, afin d’en savoir plus sur le développement du groupe et ses différents projets. C’est Ronan qui a répondu à nos questions.

Avant de parler plus en détail de ce premier EP, « Persona », qui vient de sortir, dis m’en un peu plus sur vos parcours respectifs avant de fonder Edgär.

Ronan : On est encore jeunes, on n’a que 25 ans… Antoine avait un groupe de rock festif limite ska et moi, j’avais un groupe de pop rock. On s’est rencontrés un peu comme ça en se croisant quand nous jouions dans des bars de notre ville. De fil en aiguille, on a sympathisé et on est devenus amis. Quand son projet s’est arrêté, le mien a pris le même chemin peu de temps après, donc on a eu envie de faire quelque chose en binôme.

Quelles étaient vos envies quand vous avez commencé à bosser ensemble ?

Au départ, c’était avant tout un projet humain. On ne savait pas du tout ce que ça allait donner en termes de musique. On a pris juste nos deux guitares et on a commencé à faire quelques reprises. De mon côté, j’avais pas mal de compos que j’avais faites pour mon ancien groupe sous le coude, donc on les a travaillées ensemble. On a aussi écrit de nouveaux morceaux. Quand on a vu qu’il y avait quelque chose, on a commencé à travailler sur un projet folk, avec deux guitares. De fil en aiguille, on a été tâter de l’électro, histoire de se mettre au goût du jour, et puis, surtout, c’était quelque chose qu’on n’avait jamais tenté ni l’un ni l’autre et qui nous intéressait. On voulait aussi – et surtout – monter un live. Et à deux sur scène, les possibilités sont tout de même réduites ! (sourire) Il fallait trouver une solution, et c’est là que l’électro, avec les machines, nous a grandement aidés. En fait, si je vais plus loin, je pourrais dire que l’électro nous a permis de garder cette image et de mettre notre complicité en avant, puisqu’Edgär, c’est avant tout une aventure humaine…

Edgar, EP PersonaTu m’as dit qu’au départ, tu avais amené pas mal de compos. Au jour d’aujourd’hui, ça se passe comment ? Qui amène quoi ?

Ça dépend, mais c’est surtout moi qui écris aujourd’hui. Antoine est plus dans le management du groupe. Antoine est un peu le « papa » du groupe. Moi, je reste sur l’artistique. Après, on coopère toujours sur les morceaux, même si le plus souvent, j’amène une base, il pose son regard dessus et propose lui aussi tout un tas de choses. Pour ce qui est des textes, nous les écrivons souvent ensemble. En fait, c’est comme ça qu’on fonctionne. Je bosse beaucoup en studio en amont de mon côté, pour trouver des idées et une bonne base et à partir de là, on travaille tous les deux. Après, les morceaux passent encore entre d’autres mains, parce qu’on a toute une équipe autour de nous qui nous aide beaucoup, un ingé son, un ingé lumière, etc… On travaille beaucoup les sons pour le live aussi. On veut qu’il y ait un beau rendu sur scène.

Quand avez-vous songé à publier un EP ?

On l’a enregistré en avril dernier, ça fait tout de même presque un an. On y a pensé assez tôt en fait, mais le développement d’un groupe ne se fait pas en quelques jours… On avait fait un choix de plusieurs morceaux qui nous plaisaient bien et qu’on avait déjà pu tester en live. Après, nous sommes rentrés en studio, mais comme le studio, c’est cher, surtout quand on est en autoproduction, on a du resserrer les boulons. On a fait un nouveau choix avec Olivier, notre directeur artistique. L’idée était, pour cette première session de studio, de travailler un son spécifique à Edgär. On voulait vraiment amener notre patte sonore, au-delà des compositions et du chant, dans le traitement du son. On voulait trouver une couleur qui nous soit propre. C’était le challenge de ce premier EP. Nous nous sommes retrouvés dans le studio de potes, à Clermont de l’Oise. Une grande maison avec piscine dans laquelle sont aménagés plusieurs studios d’enregistrement. C’est assez bizarre… (sourire) On y a enregistré cinq morceaux pendant une semaine ou deux. Nous avons refait un nouveau tri avec eux. Et ce sont ces morceaux qu’on retrouve sur cet EP. En digital, sur internet, il y a les cinq. Sur le CD, on n’en a gardé que trois, puisqu’il faut savoir que ce CD est aussi à usage professionnel, il nous sert à démarcher les médias, à trouver des dates, etc… Du coup, il vaut mieux faire court et aller droit au but ! (sourire)

Vous avez édité un vinyle aussi. Était-ce important pour vous de concrétiser ce premier EP aussi par l’édition d’un bel objet ?

Oui, c’était important. Personnellement, je suis très fan de vinyles, j’en achète beaucoup. Alors, on retrouve ce côté affectif dans la démarche. Après, le vinyle revient à la mode depuis quelques années et nous étions assez contents de la pochette, du coup, on avait envie de l’avoir en grand, d’avoir un bel objet comme tu dis. Ça nous permettait aussi, vis-à-vis du public, d’avoir un objet un peu plus classieux et précieux. Et sur le vinyle, avec la Face A et la Face B, on a mis les cinq titres du coup.

Un mot sur cette pochette, comme tu m’en parles, ce regard d’enfant inquiet et inquiétant quelque part…

C’est une image tirée de notre clip, « Two trees », tout simplement. Quand nous cherchions une idée pour la pochette, je suis tombé sur cette image et j’ai trouvé qu’elle représentait bien l’état dans lequel on était tous les deux quand on s’est dit qu’on allait enregistrer cet EP. On était très spontanés à cette époque, le projet n’était pas réfléchi comme il peut l’être aujourd’hui, nous avions un regard d’enfants, tout simplement. D’où ce regard enfantin. Et puis, l’enfance se raccrochait aussi au titre phare de l’EP, « Two Trees », qui lui, pour le coup parle beaucoup de l’enfance. Ça réunissait un peu tout ça. Et puis, le cliché en lui-même est très parlant, même tiré de son contexte de clip.

Un mot sur les titres qui composent cet EP. Je n’aime pas trop rentrer dans l’explication de texte qui n’a somme toute pas grand intérêt, mais y a-t-il une idée maîtresse qui se dégage des titres, comme un fil rouge ?

Le fil rouge, il se trouve essentiellement dans notre façon de faire, et d’écrire notamment. On essaye toujours d’avoir du recul sur les choses et les évènements. D’un autre côté, on écrit toujours des textes assez introspectifs qui parlent par image. Du coup, ça devient comme un dialogue interne. C’est en tout cas notre démarche. Ça nous permet de prendre le recul nécessaire sur les émotions, pouvoir les raconter autrement, parfois d’une façon un peu plus romancée. On retrouve aussi le côté enfantin dans cette démarche. Après, notre souhait sur ce premier EP était également de mettre des morceaux assez différents les uns des autres, histoire de montrer une certaine palette de ce qu’on pouvait faire et où on pouvait aller. Je pense que le jour où nous penserons à publier un album, on pensera à quelque chose de plus conceptuel. Là, clairement, on a fait le choix des morceaux qu’on préférait et qui nous représentaient le plus aujourd’hui.

Tu me parles d’un album. Est-ce dans les tuyaux ? Est-ce un projet concret ?

Pour le moment, très sincèrement, on est dans une période particulière. On est sur les concerts, sur la promo, sur un peu de composition aussi… Personnellement, je suis assez partisan d’écrire beaucoup de morceaux pour avoir un large choix le jour où on pourra penser réellement à un album. C’est ma façon de voir les choses. Et donc, ça, ça prend du temps… (sourire) Tout ça pour te dire que l’album, il n’est pas concret, on n’y pense pas encore, même si l’idée fait son chemin. Si on a assez de morceaux, pourquoi pas ? Sinon, publier un deuxième EP un peu plus long, pourquoi pas non plus ? Tout va dépendre aussi du développement d’Edgär, de comment le EP va être reçu, des partenaires qu’on va trouver…

Par contre, le format album garde un sens pour vous deux ?

Oui, complètement. Personnellement, ma façon de faire de la musique s’inscrit dans le temps. Je ne suis pas pour faire un tube et puis passer à autre chose. Je ne suis pas trop dans cette optique-là. Je préfère une démarche comme celle qu’ont pu avoir les Beatles avec des albums concepts comme « Sergent Pepper ». Là, il y a plus qu’une idée directrice, il y a un réel parti-pris artistique global. C’est ça qui est difficile dans un album. Réussir à faire un bon morceau, c’est déjà difficile. Réussir à faire une dizaine de bons titres, cohérents entre eux, c’est encore quelques crans au-dessus… (sourire) le challenge est plus grand. Mais c’est ça aussi la musique, c’est essayer d’aller toujours un peu plus loin, de se surpasser. On essaye en tout cas de privilégier la qualité. C’est notre démarche.

« Two Trees » bénéficie d’un très chouette clip, que vous avez écrit tous les deux et que tu as réalisé…

Je viens de la vidéo à la base… donc c’est moi qui l’ai réalisé, même si je ne m’étais jamais véritablement frotté à cet exercice. On a, pour le coup, été entourés d’une bonne équipe, tous des copains, mais tous des professionnels. On a tout de même mis six mois à le préparer ce clip, à trouver les acteurs, les lieux de tournage… Après, il y a eu des heures de montage… J’ai essayé d’être présent à chaque étape, même si je sais que le danger de ne pas avoir assez de recul guette. On a envie de tout faire, de garder le contrôle sur tout, mais en même temps, c’est très important de travailler en équipe. Quand on veut un projet final qui soit plein et nourri, il faut plusieurs intervenants. Il faut absolument pouvoir prendre du recul. C’est essentiel. Et prendre le temps. C’est essentiel aussi.

À une époque où le vite-fait mal-fait est légion, votre démarche s’inscrit à contre-courant…

(sourire) On a le souci du détail. On essaye de proposer des choses, qu’elles soient sonores ou visuelles, les plus abouties et complètes possible, même si ça prend du temps. On préfère publier moins, mais mieux. Mais tout est question de point de vue. Certains préfèrent aller vite. Nous, nous sommes perfectionnistes tous les deux, et donc on tire une certaine fierté de proposer des choses bien faites. On préfère sortir un clip qui aura mis un an à être finalisé mais dont on pourra être fiers qu’un clip qui aura été tourné en trois jours que nous pourrions regretter quelques temps plus tard…

Quelle part accordez-vous à l’image au sein de votre projet musical ? J’ai l’impression que le visuel est tout aussi léché que le son…

Aujourd’hui, c’est devenu essentiel. Au final, et je vais encore faire référence aux Beatles, c’est bien de faire des bons morceaux, mais encore faut-il bien les présenter au public. Et c’est là que l’imagerie et le visuel rentrent en ligne de compte. L’image prend entièrement part dans le projet musical. Avec les réseaux sociaux, notamment, il nous faut des éléments pour communiquer. On ne peut pas sortir un morceau toutes les semaines, donc, avoir une identité visuelle qui marque, c’est essentiel. Alors, oui, on fait attention à ça. D’ailleurs, très rapidement, nous nous sommes entourés de personnes qui étaient expérimentées dans ce domaine. On avait déjà un peu l’idée d’où on voulait aller, et eux nous ont aidés à y parvenir. Et puis, au-delà de ça, je trouve que le visuel apporte une autre dimension, et une autre saveur, à la musique.

Le son de votre EP est hyper léché. Comment appréhendez-vous le live, toujours plus brut par essence ?

Le live… on le travaille beaucoup ! C’est d’ailleurs peut-être le poste qui nous prend le plus de temps ! (sourire) Il a fallu que nous nous adaptions puisque nous ne venons ni l’un ni l’autre de l’électro. Il a fallu apprendre… On voulait aussi développer un son qui nous était propre. Ça aussi, ça prend du temps. Notre directeur artistique nous a bien épaulés sur ce coup. Donc, oui, on a mis beaucoup d’énergie dans le live. On voulait qu’il s’apparente à l’EP, évidemment, mais qu’il soit aussi un peu différent. L’atmosphère du EP est comme décuplée en live. On met l’accent sur les voix, comme on est deux avec des machines, on ne voulait absolument pas que les machines prennent le pas sur nous, sur les voix, le chant. Et puis, chanter en harmonie, ça demande du travail. Après, il y a aussi un dernier point qui nous importe énormément, c’est le visuel. On essaye de recréer une intimité sur scène avec les effets de lumière, comme si nous nous retrouvions dans notre petit espace. Notre ingé son nous a beaucoup aidés sur ce coup. On a développé tout un jeu de lumières avec lui très intéressant.

En prenant un prénom comme nom du groupe, vous l’avez personnalisé d’une certaine façon. Qui est Edgär ? Quelle est sa personnalité ?

(sourire) En fait, en terme de caractère, avec Antoine, nous  sommes très différents l’un de l’autre. Et  ce qu’on a voulu mettre en avant en choisissant un prénom comme nom de groupe, c’était la cohésion de deux personnalités finalement très différentes l’une de l’autre. Après, comment décrire Edgär ? Disons qu’il est au croisement de nos deux personnalités, c’est un dandy anglais qui sort dans les pubs jusqu’à pas d’heure, c’est en même temps quelqu’un d’un peu réservé qui peut exploser d’un instant à l’autre. C’est une sorte de collision, Edgär. Il y a un côté un peu éphémère dans cette personnalité. Edgär n’est pas un personnage à part entière, on ne peut pas le définir comme une vraie personne, c’est plus un concept.

Prendre un prénom, ça le personnifie.

Oui, tout à fait, et c’était l’idée. On aimait bien l’idée que les gens disent « on va voir Edgär en concert », un peu comme s’ils allaient voir un ami.

Propos recueillis par Luc Dehon le 8 mars 2017.
Photos : DR

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