Interview de Kinnie Lane

Propos recueillis par IdolesMag.com le 02/02/2017.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.








Kinnie Lane - DR

Repérée par le grand public il y a quelques années avec son featuring avec le groupe Eskemo (« Oublie-moi »), Kinnie Lane revient aujourd’hui avec un premier album solo. Un album à l’esthétique sonore pop/rock ultra contemporaine qui s’écoute comme la bande originale de la vie d’une jeune adolescente qui devient femme. Au cours de cet entretien, Kinnie Lane reviendra notamment sur la conception et le cheminement de ce disque.

Avant de parler plus en détail de votre album, racontez-moi un peu quel est votre parcours dans les grandes lignes avant votre rencontre avec le groupe Eskemo.

J’ai été bercée dans la musique depuis que je suis toute petite puisque mon père est compositeur. Malgré ça, il ne m’a jamais poussée à faire de la musique. C’est venu de moi. Je suppose qu’en le voyant faire de la musique, j’ai eu inconsciemment l’envie de faire pareil… (sourire) Il m’a donné quelques bases pour la guitare, mais mis à part ça, il m’a vraiment laissée libre de faire mes armes toute seule et de développer mon art comme je l’entendais. Du coup, j’ai commencé à composer assez jeune. Très vite, j’ai commencé à utiliser les réseaux sociaux. C’était la pleine époque de MySpace. Je postais des petites vidéos que j’enregistrais dans le studio de mon papa à la maison. Sur ce coup-là, j’ai eu pas mal de chance ! Ça m’a simplifié grandement la vie ! (rires)  C’est sur MySpace qu’Eskemo m’a rencontrée.

La chanson est venue à vous par le bais de l’écriture ou celui de la composition au départ ?

Au départ, c’est la composition. Ça a toujours été la mélodie qui m’a touchée dans un premier temps. D’ailleurs, avant, j’écrivais essentiellement en anglais. C’est avec le duo avec Eskemo et en lançant le financement de mon projet sur internet en 2012 que je me suis autorisée à écrire en français.

Les premiers textes que vous avez écrits, quelle en était la source ?

J’ai toujours été dans l’émotion. Je suis très émotive dans la vie de tous les jours. Donc, j’ai toujours eu un rapport passionnel avec l’écriture. J’ai d’ailleurs besoin de ce rapport passionnel pour écrire. Au fil du temps, et au fur et à mesure que je maitrisais mieux l’exercice, la dimension ludique est arrivée, parce que faire rimer des mots, ça s’apparente à un jeu aussi, finalement. Vous savez dans l’album, on trouve une chanson qui s’intitule « Ours Days ». C’est la première véritable chanson que j’ai écrite. Je devais avoir quinze ou seize ans. Ça me fait plaisir qu’elle soit présente sur ce premier album. C’est un joli clin d’œil. Elle est très différente des autres titres que j’ai écrits plus récemment mais malgré tout, elle a trouvé sa place.

Justement, cette chanson, tout comme quelques autres, a été écrite alors que vous étiez ado. Vous êtes une jeune femme aujourd’hui. Assumez-vous toujours les textes ou les avez-vous réécrits dans le laps de temps ?

L’album a pris beaucoup de temps avant de sortir… Et au-delà de cette chanson précise, « Our Days », il y a pas mal de chansons que j’ai écrites il y a quelques temps déjà. Ce ne sont forcément pas des textes que j’écrirais aujourd’hui, mais j’ai eu envie de garder l’âme des chansons dans leur jus, comme dit. Donc, garder leur texte d’origine. Ces textes, je ne les ai pas retravaillés. Où il y a eu par contre un sérieux travail, c’est sur les arrangements, qui eux ont été remis au goût du jour. D’ailleurs, on le sent quand on prête attention aux textes des chansons, on entend qu’il y a eu une évolution. Les thèmes évoluent, la façon de les aborder aussi. Mais cette évolution, je la revendique aujourd’hui, elle fait la richesse de cet album. Vu qu’il a mis du temps avant de sortir et que j’ai changé dans ce même temps, j’ai voulu qu’il soit la trace de cette histoire. Mais je comprends votre interrogation. Des textes écrits comme ceux-là peuvent parfois être difficiles à assumer avec le recul. J’aurais aimé que cet album sorte beaucoup plus tôt. C’est toujours frustrant pour un artiste qui a envie d’aller de l’avant et de créer, de devoir patienter. Mais au final, le fait qu’il ne soit pas sorti tout de suite a un sens aussi. Aujourd’hui, cet album retrace toute cette période de ma vie, et j’en suis la plus heureuse. Il reflète vraiment celle que j’ai été à différents moments de ma vie.

Kinnie Lane - DR

Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes mise à écrire en français ?

Le français me faisait un peu peur. C’est une langue magnifique, mais difficile à travailler et à faire sonner, comme on dit. C’est en tout cas beaucoup plus compliqué. Donc, au début, j’ai galéré pas mal… (sourire) Mais avec le temps, je suis devenue beaucoup plus exigeante aussi avec l’anglais. Le cheminement vers le français s’est fait concomitamment. Par contre la forme entre les deux langues est différente, et au final, le fond aussi. On n’exprime pas les mêmes sentiments ni les mêmes émotions dans une langue ou dans l’autre. Ça marche comme ça pour moi en tout cas… Tout ça pour vous dire qu’écrire en français a été vraiment compliqué à mettre en œuvre pour moi. Aujourd’hui, j’ai autant de plaisir à écrire dans une langue ou dans l’autre, mais les émotions ne sont pas les mêmes. Le français occupe en tout cas une place importante dans ma vie d’artiste aujourd’hui.

Le français est une langue plus précise aussi.

C’est vrai. Le vocabulaire français est incroyablement riche. Il existe un mot pour à peu près chaque émotion. Chaque mot a un vrai sens profond ou même peut avoir plusieurs sens. Et nous retombons là sur la notion ludique de l’écriture. La richesse de la langue française est presque infinie. Par contre, je rencontre un souci avec le français, c’est que quand le mot est posé, la chanson peut tout de suite devenir plus grave ou plus profonde. Et il faut faire attention à ça. Il faut garder aussi une certaine légèreté, c’est important dans une chanson.

Vous m’avez dit tout à l’heure qu’ « Our Days » avait été écrite vers l’âge de quinze ans. Mais quand avez-vous véritablement songé à publier un album ? Au moment du featuring avec Eskemo, un peu avant ou après ?

Je pensais à un projet solo depuis suffisamment longtemps, même bien avant ma collaboration avec Eskemo. Mais ce n’était pas précis dans mon esprit. Je vais en revenir au français, mais le passage à l’écriture en français m’a convaincue et renforcée dans cette démarche de premier album. Après, les rencontres ont beaucoup joué également. Et notamment cette rencontre avec Romain Brois, le leader d’Eskemo qui m’a appris énormément de choses, ne serait-ce que par rapport au business de la musique, notamment. Artistiquement, il m’a donné aussi pas mal de pistes. Je dirais donc que ma rencontre avec Eskemo a été un bon déclencheur.

L’esthétique sonore de ce disque est assez définie. Aviez-vous une idée précise d’où vous vouliez amener cet album, musicalement parlant ?

Eh bien, non, pas du tout ! (rires) En réalité, trouver cette esthétique sonore a été très compliqué pour moi. J’ai eu beaucoup de mal à trouver la bonne direction. D’ailleurs, j’en ai essayé pas mal, pour être très franche avec vous. J’aime énormément l’acoustique et la musique Folk, j’en ai d’ailleurs beaucoup fait. Et donc, j’ai eu du mal à me projeter sur quelque chose de plus produit. C’est toujours très compliqué de faire la différence entre ce qu’on aime faire et ce qui nous correspond. C’est là qu’on se rend compte qu’on a besoin d’avoir l’avis des autres sur un projet comme celui-ci. J’ai eu la chance de travailler avec des gens qui m’ont bien guidée et qui ont réussi à trouver une couleur qui me correspondait. Au niveau des arrangements et des ambiances, l’album a été refait plusieurs fois, je ne vous le cache pas. On est retournés en studio à plusieurs reprises tout simplement parce qu’après quelques mois, je me rendais compte qu’on n’avait pas pris la bonne direction. Donc, tout ça a pris pas mal de temps. J’ai vraiment mis du temps à trouver un univers qui me correspondait.

Kinnie Lane - DR

C’est bizarre ce que vous me racontez parce que quand on écoute l’album, l’esthétique musicale est parfaitement définie.

(rires) Tant mieux ! Finalement, le fait de refaire les arrangements m’a permis d’explorer des sonorités différentes, des terrains différents… Comme je vous le disais tout à l’heure, le temps qu’il a fallu avant que l’album ne sorte a été long, mais aujourd’hui, au bout du compte, je me demande s’il n’a pas été nécessaire pour le livrer tel qu’il est aujourd’hui. Je me demande avec le recul si ça n’a pas été un bien, finalement. J’en suis même persuadée. Étant très exigeante avec moi-même et avec ceux avec qui je travaille, et… compliquée à satisfaire (sourire), ce temps m’a permis d’avoir un album harmonieux et une vraie couleur.

Nous avons parlé de Romain Brois, le leader d’Eskemo, qui vous a accompagnée sur ce projet, mais il y a également Matthieu Tosi (Tal), Yann Macé (Tal, Amel Bent, Irma) et Yann Marchadour. Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec eux et comment sont-ils arrivés sur le projet ?

Avec Matthieu Tosi, nous étions en contact depuis un moment. Il bossait pas mal avec plein de petits groupes que je connaissais. J’avais très envie de bosser avec lui et de voir ce qu’on pouvait faire ensemble. Je l’ai proposé à la maison de disque et ils ont accepté tout de suite parce qu’ils trouvaient son travail très intéressant.  Yann Macé, par contre, je l’ai rencontré par l’intermédiaire de ma maison de disques parce qu’ils avaient l’habitude de travailler avec lui. J’ai découvert humainement l’homme qu’il est, sa démarche artistique et j’ai adoré travailler avec lui. Il est hyper créatif et talentueux. Ce qu’il a apporté à l’album, c’est top. Je suis très fière d’avoir travaillé avec lui. Pour ce qui est Yann Marchadour, qui est le réalisateur principal de l’album, la connexion s’est faite avant qu’il ne soit question d’un album véritablement. Il était venu me voir en me disant qu’il aimait ce que je faisais et au fil du temps, une relation amicale s’est créée. Aujourd’hui, nous bossons ensemble sur de nombreux projets.

Jena Lee vous a rejointe pour la composition de « Je te suivrai ».

Exactement. Jena Lee, je l’ai rencontrée via Eskemo et tout de suite le feeling est passé. Il était logique que nous allions collaborer ensemble dans le futur, et ça s’est donc fait sur « Je te suivrai ».

J’ai l’impression que l’imagerie et le visuel qui accompagnent votre projet sont essentiels à vos yeux.

C’est vrai. L’image et la musique sont pour moi indissociables. J’ai toujours des images en tête quand je compose. Toutes les chansons que j’écris sont liées à des images. Immanquablement. J’ai besoin d’avoir un support visuel. Ça donne une autre dimension à la chanson. Si je pouvais le clipperais toutes les chansons que j’écris. L’image sublime une musique ou un texte. C’est très important pour moi.

Un mot sur la scène. Comment l’envisagez-vous ? Comme un récital ou plutôt comme un véritable spectacle, avec une scénographie travaillée ?

Nous sommes en train d’organiser quelques show-cases dans le Sud-Ouest et sur Paris. J’annoncerai les dates sur les réseaux sociaux. Ce sera pour présenter l’album au public et, surtout, aller à sa rencontre. La scène, ça me manque énormément. Je n’attends qu’une seule chose, c’est y aller. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai beaucoup fait de scène en acoustique. Donc, avec très très peu de mise en scène. La démarche était très spontanée, presque viscérale. En revanche, maintenant, j’ai envie d’exploiter la partie scénique. J’aimerais arriver avec un show plus construit, plus un véritable spectacle, tout en gardant la spontanéité que j’aime en live. Il faut garder cette spontanéité, ne pas devoir réfléchir à chaque pas, à chaque geste.

Vous m’avez parlé à plusieurs reprises des réseaux sociaux. Est-ce que ce contact avec le public, aussi virtuel reste-t-il, est important à vos yeux ?

C’est hyper important. Vous savez, c’est grâce à internet que j’ai réussi à faire financer cet album. Ce n’est pas rien. J’ai un public extraordinaire qui me suit depuis plusieurs années maintenant et qui ne cesse de grandir. Etant donné que j’ai fait peu de scène ces trois ou quatre dernières années, vu que j’étais en pleine création de l’album, j’ai vécu comme une frustration le fait de ne pas pouvoir aller à la rencontre de tous ces gens qui me soutiennent. Donc, les réseaux sociaux, c’est un moyen magnifique en ce qui me concerne pour rester en contact avec eux.

Kinnie Lane - DR

Je ne vais pas vous demander si vous préférez une chanson à une autre, ça n’aurait aucun intérêt, mais y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre, et pourquoi ? Quand je parle de tendresse, je pense plutôt à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pas forcément le propos de la chanson en lui-même.

En réalité… c’est sûr que chaque chanson a son importance, mais « Heartbreaker », mon dernier single, je l’ai fait avec Loup. On l’a écrit ensemble, on a mis pas mal de temps à la faire. On a passé des journées entières à expérimenter des choses sur ce titre. C’est la première fois que nous avons travaillé de cette manière ensemble. C’était une super expérience, qui est d’ailleurs assez récente. Après, j’ai aussi la chanson « Our Days » dont je vous ai parlé tout à l’heure. Je l’avais écrite il y a fort longtemps quand j’étais très jeune suite à une rupture amoureuse, qui reste un souvenir, peut-être pas douloureux, mais qui l’a en tout cas été à l’époque… (sourire) Je peux encore me souvenir de cette émotion que j’ai ressentie à cette époque et l’état dans lequel j’étais lorsque je l’ai écrite. Et ça ne me laisse toujours pas indifférente aujourd’hui.

Vous êtes de la génération MP3, pas vraiment de celle qui a connu les albums. Qu’est-ce que ça représente pour vous le concept d’album ? Est-ce que ça veut dire quelque chose ? Est-ce que ça concrétise quelque chose ?

C’est vrai que c’est très particulier… Surtout qu’on sait que sortir un album aujourd’hui, c’est un peu compliqué ! (sourire) C’est beaucoup plus simple de sortir un single de temps en temps en digital. Mais en réalité, un album, c’est important. Quand je l’ai tenu dans les mains, je n’y croyais pas trop. Ça concrétise vraiment quelque chose. On se dit « qu’on l’a fait ». C’est une grande fierté, finalement. Je suis très heureuse quand je repense au chemin parcouru. Ça représente beaucoup de choses pour moi. Déjà, les cinq dernières années de ma vie. Et puis, cet album marque aussi le début d’une aventure. Je suis reboostée à fond et je pense déjà au deuxième ! (rires) Pourvu que ça continue !...

Une dernière question, le visuel du disque est particulièrement réussi, avez-vous l’intention d’éditer le disque en vinyle ?

J’aimerais beaucoup, d’ailleurs, je suis une grande consommatrice de vinyle depuis quelques temps. Il y a un côté fantasme de l’objet, je trouve. Par contre, publier un vinyle aujourd’hui, c’est compliqué. Ça coûte cher. Je ne pense pas que la maison de disques et le distributeur l’aient envisagé.

Propos recueillis par Luc Dehon le 2 février 2017.
Photos : DR

Liens utiles :
Facebook :
https://www.facebook.com/kinnielaneofficielle
Twitter :
https://twitter.com/kinnielane?lang=fr









+ d'interviews
Inscris toi à la newsletter
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
 
Retour en haut