Interview de Florent Mothe

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/02/2017.
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Florent Mothe © Arno Lam

Florent Mothe a publié son deuxième opus, « Danser sous la pluie », en fin d’année dernière. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur ce disque, nettement plus optimiste que le précédent, tout en s’inscrivant dans un certain clair-obscur. Rencontre avec un artiste à la fois ombreux et optimiste, qui inscrit parfaitement son art dans son époque troublée. Florent Mothe sera notamment sur la scène de La Cigale (Paris 18ème) le 23 mars prochain.

Ton précédent opus « Rock in Chair » était clairement plus sombre que ce nouveau « Danser sous la pluie », qui reste tout de même dans un clair-obscur, mais qui est nettement plus lumineux. Avais-tu consciemment envie d’aller sur un terrain plus positif, plus optimiste ou est-ce que ça s’est dessiné simplement avec le temps et au fur et à mesure que tu écrivais les chansons ?

Florent Mothe, Danser sous la pluieJ’avais envie de faire un truc un peu plus positif. Clairement. Le cheminement de cet album a correspondu à une période de ma vie qui était comme ça. J’ai mûri au fil des années. C’est vrai que j’étais un peu novice sur ce premier album, encore un peu torturé. J’avais de grandes périodes de doutes à l’époque… Aujourd’hui, je reste quelqu’un de sensible, un peu torturé aussi, c’est vrai… (sourire) Mais c’est quelque chose que j’essaye de mettre un peu de côté parce que j’ai grandi et donc, je m’autorise de faire un peu plus ce que je veux dans ma vie. Et au fond de moi, je sais que je suis quelqu’un de profondément optimiste, de joyeux, de rieur… D’un autre côté, j’avais déjà raconté pas mal de truc sur mon côté sombre dans « Rock in Chair », donc, j’avais envie de montrer autre chose aujourd’hui. Alors, je ne dis pas que le sombre ne reviendra pas un jour… (sourire) mais j’avais clairement envie d’aller vers quelque chose de plus positif.

Tu as collaboré avec LIM sur ce disque, qui n’est pas non plus quelqu’un que l’on penserait des plus optimistes de prime abord…

(sourire) Effectivement, LIM est un rappeur, qui, comme moi, est quelqu’un de torturé et de très sensible aussi. En mathématiques, moins et moins, ça fait plus… Eh bien, lorsque nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes dit que nous allions donner raison une fois de plus à cette règle ! Et effectivement, nous nous sommes retrouvés avec un disque assez optimiste et joyeux dans son ensemble, malgré les doutes et les questions que nous nous posons chaque jour ! (rires) Au final, ça m’a fait du bien. Et j’espère humblement que ça fera du bien aussi à ceux qui écouteront le disque.  Nous vivons une période assez sombre, ce serait donc assez facile et logique, d’une certaine manière, de la dénoncer et d’en parler. Mais la musique sert aussi à ça, créer des émotions, et surtout, à nous permettre de nous connecter à ces émotions. En plus, nous vivons dans un monde où nous avons tendance à être déconnectés de nos émotions. Nous nous devons d’être performants à toute heure du jour et de la nuit, d’être excellents et brillants, de toujours raconter de belles choses, de toujours nous montrer sous notre meilleur jour… Mais la vie ce n’est pas forcément ça. Le plus important à mes yeux, et a fortiori dans des périodes troubles comme celle que nous vivons en ce moment, c’est de se connecter à ses émotions. Si on se connecte à ses propres émotions, automatiquement par effet ricochet, on va s’ouvrir plus aux autres. Et se connecter aux autres est devenu essentiel aujourd’hui. C’est en tout cas le cheminement que j’ai fait et quand j’ai découvert ça, tout a été mieux dans ma vie. Pour en revenir à mon premier album dont tu parlais tout à l’heure, à cette époque, j’étais plus renfermé et donc, j’éprouvais plus de difficultés à m’ouvrir et à me connecter avec les autres. « Danser sous la pluie » correspond à cette période de ma vie où je me suis ouvert aux autres et à moi-même. J’avais donc envie de chanter des choses positives.

En parlant de l’époque troublée dans laquelle nous vivons, j’aurais aimé savoir si « Les oiseaux nous observent », dans laquelle tu dis « C’est cette nuit que je fais danser Paris, C’est cette nuit que je m’en vais voir les étoiles », avait été écrite avant ou après les tragiques évènements qui ont endeuillé Paris.

Elle a été écrite un peu avant. Mais quand on écrit, on essaye de se connecter au monde. C’est un peu ésotérique ce que je te raconte, mais c’est vrai qu’il y a dans l’écriture ce besoin de connexion à l’âme, aux autres et aussi au monde dans lequel nous vivons. Dans cette chanson, il y a, c’est vrai, un sentiment d’urgence assez présent. C’est un sentiment que l’on retrouve également en filigrane tout au long de l’album. Une envie de vouloir profiter de la vie, d’avancer… Cette chanson, j’avais voulu l’inscrire dans le temps, en disant « cette nuit » ou « ce soir ». « Les oiseaux nous observent » peut être écoutée de plusieurs façons. Il y a le premier degré avec les oiseaux qui nous observent de là-haut, eux qui sont là depuis plus longtemps que nous… Que pensent-ils de nous ? (sourire) C’est une image que j’avais envie de développer. Les oiseaux nous voient très certainement comme nous, nous regardons des fourmis dans un jardin. Il y a aussi d’autres degrés de lecture. On peut le voir comme une épée de Damoclès que nous avons au-dessus de nos têtes, quelque chose qui nous observe. C’est une autre dimension. Il y a quelque chose d’un peu plus grand qui nous observe. On n’est pas éternels. La race humaine, comme la vie en général, n’est pas éternelle. Et c’est aussi pour cette raison qu’il faut profiter de la vie, qu’il faut essayer d’être optimiste.

Il y a une alternance entre des titres très ouverts et abstraits, comme « Les oiseux nous observent » et d’autres plus ancrés dans la réalité.

Effectivement. Il y a des titres très concrets comme « Quelle drôle de fille », où une fille en fait baver à un gars qui lui court après. Et d’autres, comme « Les oiseaux nous observent » ou « Le Monde », plus ésotériques d’une certaine manière. Ce sont des chansons avec un côté un peu plus lointain, plus vague, plus poétique, plus métaphysique, plus abstrait… j’aime bien ça aussi.

Encore une petite question de « datage » de texte… « Qu’est-ce qu’un homme » a-t-il été écrit suite à la polémique plutôt stérile qu’il y a eu en France il y a quelques années autour de la théorie du genre ?

Là non plus, ce texte n’a pas été écrit suite à ça. Par contre, ça parle de la fragilité de l’homme, donc je comprends ce que tu veux dire… Comme je te le disais tout à l’heure, on demande à l’homme aujourd’hui d’être toujours plus performant. Il se doit de toujours se montrer sous son meilleur jour. Et la question qui se pose dans cette chanson, c’est de savoir si un homme est moins un homme s’il a peur, s’il pleure, s’il montre ses faiblesses… Et au contraire, si je ne suis pas le meilleur, est-ce que je serai encore un homme ? Et si je sème la terreur, deviendrais-je un homme ? Est-ce que si mon cœur devient un bunker, je deviendrai un homme ? Et donc, même si le texte n’a pas été écrit suite à cette polémique, on en revient à la théorie du genre. Est-ce que la fragilité et la sensibilité sont l’apanage de la femme ? Moi, je pense au contraire qu’un homme sort grandi d’une situation s’il n’a pas peur de montrer ses faiblesses. Au contraire, ça lui permettra de devenir plus fort.

Florent Mothe © Arno Lam

Il est question de l’enfance à plusieurs reprises dans ce disque. Dans « Sur mon nuage », évidemment, mais dans plusieurs autres chansons également. As-tu gardé ton âme d’enfant ? Et si on va un peu plus loin, as-tu réalisé une partie de tes rêves d’enfant ?

Il y a quelque chose de mystérieux avec l’enfance… Parce que bien sûr, c’est l’apprentissage de la vie, mais on perd notre âme d’enfant quand on devient adulte. Je me suis rendu compte qu’en grandissant, je commençais à avoir des peurs, j’ai commencé à croire que des choses étaient impossibles… parce que la réalité nous montre que tout n’est pas possible. Mais je ne suis pas sûr aujourd’hui que ce soit totalement vrai. En mûrissant, je me suis rendu compte que ce que je voulais absolument en tant qu’homme, c’était de ne surtout pas perdre mon âme d’enfant, de ne surtout jamais arrêter de rêver. On se perd si on perd l’enfant qui est en nous. On devient un adulte, on a des responsabilités, on doit s’inscrire dans la vie, mais il ne faut surtout jamais oublier l’enfant qu’on a été. Il ne faut pas laisser partir l’enfant qui est au fond de nous. En en effet, je parle beaucoup de l’enfance dans ce disque. Alors, oui, j’ai réalisé quelques-uns de mes rêves d’enfant. Je rêvais de monter sur scène, d’écrire des chansons… de devenir chanteur, tout simplement. Et je le suis devenu. Comme quoi, tout est possible. Il faut laisser la place au rêve. Il faut garder ses rêves. Si je m’étais dit que ce rêve était impossible, je me serais mis des barrières et jamais je n’y serais arrivé. Je ne me serais pas donné les moyens d’y arriver. J’en suis convaincu. Ça me fait penser à cette phrase de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait. » Donc, aujourd’hui encore, j’essaye de rêver. C’est très important. Notre vie n’appartient qu’à nous, à personne d’autre, donc, il faut la réaliser.

Pour mieux faire sonner le français, tu n’as pas écrit tes chansons d’une manière traditionnelle ai-je envie de dire, mais tu as top-liné en studio. Peux expliquer rapidement en quoi ce processus d’écriture consiste, et ce qu’il a apporté au texte de tes chansons, précisément.

Comment expliquer ça ?… (sourire) Top-line writer est un nouveau terme qui vient du monde anglo-saxon, et qui s’oppose d’une certaine manière à songwriter. C’est une nouvelle façon de créer des mélodies. Avant quand je composais, ma mélodie m’emmenait à trouver des accords. Maintenant, c’est un peu l’inverse, je trouve des accords et j’essaye de trouver des mélodies dessus. Donc, je trouve une suite d’accords qui me créent une sensation ou une émotion et j’essaye d’écrire des chansons là-dessus. Voilà en quoi consiste en gros ce processus. C’est parfois assez difficile d’écrire en français. D’ailleurs quand on chante en yaourt, comme on dit, c’est du faux anglais quelque part… c’est très difficile de faire sonner le français, sa rythmique est très différente de celle de l’anglais et on se heurte parfois à de grosses problématiques en écrivant en français. Donc, ce que j’essaye de plus en plus, c’est d’écrire le texte en même temps que la musique, parce que le texte peut m’emmener à d’autres mélodies, d’autres rythmiques.

Ça apporte aussi une certaine urgence et une immédiateté dans les textes. C’est l’instant présent que tu retranscris.

Tout à fait. Parfois, on n’a pas le choix, on ne trouve tout simplement pas les mots. On peut rester bloqué des années sur une chanson. Et forcer un texte sur une mélodie, ça peut donner une sensation de lourdeur. Et la lourdeur n’est jamais très agréable à écouter. Il faut qu’une chanson reste légère, immédiate. C’est pour cette raison que quand le texte est écrit en même temps que la musique, l’alchimie est plus facilement trouvable. Top-liner permet de ne pas avoir cette lourdeur dans une chanson.

Le 23 mars, tu seras sur la scène de La Cigale, puis en tournée. Que représente la scène pour toi, qui est avant tout un artiste de scène ? Est-ce l’espace de tous les possibles ? Est-ce là l’essentiel de ton métier ?

Oui, je pourrais dire tout ça, mais ce que j’ai envie de te répondre c’est que nous avons tous nos forces et nos faiblesses. Et en ce qui me concerne, j’ai toujours pensé que ma force, je la trouvais sur scène. C’est là que je suis le meilleur. C’est là que j’ai le moins peur. C’est là que je suis le plus à mon aise. Alors, bien évidemment, c’est quelque chose qu’il faut beaucoup travailler. C’est comme l’humour. Il faut que ça fonctionne tout de suite, sinon, ça ne fonctionne pas. J’essaye de construire mes concerts de cette manière. En me disant que ce qui compte avant tout, c’est l’émotion que les gens vont recevoir de la façon dont je raconte mon histoire. Comme tu le sais, j’ai beaucoup fait de comédie musicale, et donc, j’ai aimé cette façon de raconter une histoire, que ce soit celle de Mozart ou celle du Roi Arthur. Aujourd’hui, sur scène, j’essaye de raconter mon histoire. Là, je vais raconter mon parcours, des bars où je chantais des reprises à Toronto à « Mozart L’Opéra-Rock », puis l’écriture de mon premier album, « Le Roi Arthur » et enfin ce nouvel album, « Danser sous la pluie ». Le sens de notre métier, c’est sur scène qu’on le trouve, finalement.

Tu viens d’écrire trois titres pour Céline Dion. Qu’est-ce que ça t’a fait d’entendre sa voix sur tes chansons ? Ce n’est pas banal…

Je ne te le fais pas dire, ce n’est pas banal du tout… (sourire) Et là, pour le coup, ce n’est pas quelque chose que j’espérais forcément. Comment pouvoir penser qu’un jour Céline Dion chantera une de tes chansons ? On n’y pense pas. Du coup, quand j’ai écrit ces chansons, je me suis éclaté à écrire des titres pour une voix exceptionnelle, des titres où tout devenait possible, finalement. Ou presque. Quand j’ai entendu sa voix sur mes chansons la première fois… très sincèrement, j’ai ressenti beaucoup d’émotions, beaucoup… les larmes me sont venues. Les métiers de chanteurs, et d’artistes au sens large, sont des métiers difficiles. Un jour tout va bien, tout est pour le mieux. Le lendemain, tout peut s’effondrer. Et le fait d’entendre la voix de Céline Dion sur une de mes chansons, je l’ai vu comme le début d’une nouvelle ère, écrire pour les autres… Ça a représenté une forme d’accomplissement. J’ai trente-cinq ans aujourd’hui, ça fait des années que je fais de la musique et que j’écris des chansons. Et qu’une artiste comme Céline Dion pose sa voix sur mes mélodies ou sur mes textes, je l’ai pris comme un honneur. Très sincèrement, quand je l’ai entendue la première fois, toutes mes années de galère sont revenues dans ma mémoire d’un coup d’un seul. Je ne me suis pas dit que j’avais réussi, mais très humblement, j’ai ressenti une énorme fierté. Les larmes ont coulé, je ne le cache pas… (sourire)

Florent Mothe © Arno Lam

Une toute dernière question. On a pas mal parlé de toi pour représenter la France à l’Eurovision cette année. Qu’en est-il réellement ?

Ce ne sera pas moi. Ce n’était qu’une rumeur. Tout est venu d’une interview dans laquelle le journaliste me demandait si j’accepterais de représenter la France à l’Eurovision et j’avais répondu que oui, pourquoi pas, que le challenge me plaisait et que je serais très honoré qu’on me le propose. Tout vient de là. Le truc c’est qu’on ne me l’a jamais proposé, donc… (éclats de rire) Aujourd’hui, avec Internet, tout va très très vite. Une phrase tirée de son contexte peut très vite faire le tour des réseaux… Donc, c’était juste une rumeur, ce n’était pas dans les tuyaux, comme on dit !

Propos recueillis par Luc Dehon le 3 février 2017.
Photos : Arno Lam

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