Interview de Jean-Félix Lalanne et Jean-Pierre Danel

Propos recueillis par IdolesMag.com le 17/01/2017.
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Jean-Felix Lalanne et Jean-Pierre Danel - DR

Jean-Félix Lalanne et Jean-Pierre Danel publient « Génération Guitare » le 20 janvier, une double compilation des plus grands standards de guitare. Nous avons été à la rencontre des deux artistes afin d’en savoir plus sur ce projet commun, qui est, soyons honnêtes, particulièrement enthousiasmant !

Commençons par le début. Quand et par qui ce projet commun a-t-il été initié ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans une telle aventure ?

Jean-Pierre Danel : Nous nous sommes croisés de temps en temps, mais sans véritablement se connaître très bien. Toujours de façon assez furtive. Jean-Félix tourne énormément et moi, j’enregistre pas mal en studio. On s’était tout de même retrouvés une fois à jouer ensemble sur la scène du Casino de Paris. Là, sur ce coup,  très honnêtement, c’est jean-Félix qui est à l’initiative de ce projet. C’est lui qui est venu me trouver. Et je dois dire que sa démarche m’a beaucoup touché. J’ai fait beaucoup de duos dans ma vie, mais la plupart des projets que j’ai menés étaient à mon initiative. Là, c’est lui qui est venu me chercher. Il m’a appelé et m’a demandé si on pouvait déjeuner ensemble parce qu’il avait envie de discuter de quelque chose avec moi… Moi qui avais l’habitude de faire naître les projets, là, ça m’a tout de suite plu que quelqu’un d’autre en soit à l’origine.

Jean-Felix Lalanne et Jean-Pierre Danel - Generation GuitareJean-Félix Lalanne : En fait, j’ai trouvé en Jean-Pierre et moi une sorte de cousinage. Lui comme moi sommes guitaristes, bien sûr, mais nous sommes également des entrepreneurs, des producteurs. On prend des risques et on s’investit dans des entreprises où certains producteurs n’iraient pas parce que le marché de la musique instrumentale est toujours un peu périlleux, en tout cas moins mis en avant que la chanson. On est des deux côtés de la caméra, artiste et producteur. On a des envies artistiques, et comme c’est nous qui finissons presque toujours par produire les projets, on a la réalité du métier de producteur avec toutes les obligations que ça comporte. Du coup, on a une conscience du terrain qui fait qu’on peut aller au bout d’un projet artistique. On n’en reste pas à l’état de fantasme. Quand on a une envie artistique, on va au bout nous-même, on ne cherche pas quelqu’un pour nous aider à le réaliser. Et ça, c’est très rare. J’ai pris l’habitude de monter des projets un peu pharaoniques comme « Autour de la guitare » avec tout ce que cela comporte de complexité de logistique, et Jean-Pierre est lui aussi un producteur qui maitrise parfaitement les ficelles de la production. Nous avons beaucoup de points communs…

Jean-Pierre Danel : C’est vrai que nous avons beaucoup de points communs… d’ailleurs en tant qu’artistes de musique instrumentales, nous n’avons pas trop d’autre choix que d’être nos propres producteurs… Personne ne mise sur la musique instrumentale, alors que le public aime ça et est demandeur… Cherchez l’erreur ! (sourire) Je rebondis sur ce que tu viens de dire, Jean-Félix, parce qu’au-delà du très grand musicien que tu es, tu as produis de nombreux projets, et notamment les spectacles « Autour de la guitare » dont tout le monde connaît le succès.

Jean-Félix Lalanne : Et puis, bien entendu, au-delà de l’aspect producteur, Jean-Pierre est un très grand musicien et artiste. J’ai beaucoup aimé tout ce qu’il a fait et notamment la série « Guitare Connection ». Donc, pour toutes ces raisons, je me suis dit que ce serait bien de rallier nos forces pour monter, à deux, un gros projet guitare dans lequel on mettrait une sorte de rétrospective des « tubes » de la guitare, en mélangeant tous les styles et en mariant ce que lui savait faire et ce que je savais faire moi aussi.

Jean-Pierre Danel : L’idée était de faire un survol des grands standards de la guitare connus du grand public. En ajoutant chacun un titre à nous qui pouvait déjà avoir une petite notoriété auprès des fans de guitare. Au final, on a fait des duos, on a enregistré chacun des choses de notre côté, et ça donne un album assez homogène, me semble-t-il !

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Vous jouez donc ensemble sur certains titres et séparément sur d’autres.

Jean-Pierre Danel : Oui, c’est bien ça. Sur certains titres, le duo se prêtait parfaitement à l’exercice, sur d’autres, ça aurait pu les dénaturer, donc, là, on a préféré jouer chacun notre partie.

Bien que vous soyez tous les deux de grands guitaristes, chacun dans son registre de prédilection,  Jean-Félix dans l’acoustique et Jean-Pierre dans l’électrique, pensez-vous avoir la même approche fondamentalement de l’instrument ?

Jean-Félix Lalanne : Oui, bien que les instruments soient différents, je pense qu’on aborde la guitare de la même manière, avec un esprit d’héritage. L’héritage de Jean-Pierre, ce sont les Shadows, tout vient de là (sourire), moi, ce sont plutôt Chet Atkins et Marcel Dadi. Mais au final, ce sont juste les déclencheurs qui sont différents, l’approche de l’instrument est la même. On se comporte comme des héritiers. Après, nous avons des parcours similaires à de nombreux points de vue, mais différents également. Je compose beaucoup plus que toi, Jean-Pierre, je pense…

Jean-Pierre Danel : C’est sûr !

Jean-Félix Lalanne : Parce que mon parcours a fait que j’ai pu digérer énormément de techniques de jeu et de styles différents. Mais on se comporte malgré tout comme des passeurs. On recrée un nouveau monde en faisant un lien avec l’ancien. C’est amusant de voir d’ailleurs que nous avons les mêmes réflexes à ce niveau, lui parle beaucoup de Hank Marvin dans ses interviews, comme moi j’évoque souvent Chet Atkins ou Marcel Dadi, parce qu’on se sent reconnaissant envers nos aînés. On sait qu’on doit notre carrière à un monde dont on a hérité. Donc, oui, on fait de nouvelles choses, on crée, mais toujours avec la référence de là où on vient. C’est un de nos grands points communs.

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Jean-Pierre Danel : C’est vrai que nous portons en nous l’un et l’autre cet héritage que nous avons, que nous aimons et revendiquons. Mais au-delà de ça, je dirais que tu as un bagage technique et de connaissances musicales, solfège, etc… beaucoup plus poussé que moi. Toi, tu connais tout ça sur le bout des doigts, c’est le cas de le dire ! (rires) Tu sais diriger un orchestre classique, tu sais lire une partition à la volée… choses dont je suis incapable. Et toute cette approche technique est très riche. Moi, c’est l’inverse, je suis totalement autodidacte. Je n’y connais rien en technique, tout ce que je joue, je le joue d’instinct et d’oreille. Donc, à ce niveau-là, au niveau technique, l’approche est différente. Par contre, ce qui nous réunit vraiment, comme vient de le dire Jean-Félix, c’est notre amour pour la guitare et notre héritage. C’est ce qui fait aujourd’hui que nous jouons ensemble avec autant de facilité. Même si je suis plus instinctif et que Jean-Félix se repose sur un bagage plus solide, nous sommes animés par la même passion. Donc la rencontre peut avoir lieu.

Jean-Félix Lalanne : Et elle a eu lieu ! (sourire)

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Comment avez-vous choisi les titres qui figurent sur cette double compile ?

Jean-Pierre Danel : La liste s’est faite toute seule, très naturellement. On voulait mettre quarante titres, donc grosso mode vingt titres chacun…

Jean-Félix Lalanne : … et nous nous sommes retrouvés avec une liste de quatre-vingt ! Nous avons été victimes de notre gourmandise ! Donc, il a fallu faire des choix…

Jean-Pierre Danel : Finalement, tous ces titres que nous avons choisis, même si le grand public ne connaît pas leur nom, sont dans la mémoire collective, sans aucun doute. C’est transgénérationnel, ai-je envie de dire. Ce sont des standards que tout un chacun a entendus et réentendus. Nous avons donc mis le thème de « James Bond », « Apache », « Misirlu » (Pulp Fiction), etc, etc…

Jean-Félix Lalanne : Après, on a essayé de faire en sorte que ce soit équilibré sur chacun des deux CD. Dans ma partie, je souhaitais justement un bel équilibre entre les titres brésiliens, jazz, country, classiques, etc… Nous nous sommes fait confiance l’un l’autre dans nos registres de prédilection et en même temps, nous nous sommes mis d’accord facilement sur les titres qui se devaient d’être là puisqu’ils étaient dans l’inconscient populaire. Quand on parle guitare, on pense inévitablement à « Jeux Interdits », « Freight Train », etc…

Il n’y a qu’un titre chanté sur ce disque, c’est « Johnny B. Good », et là, je vais plus me tourner vers vous Jean-Félix qui avez beaucoup travaillé sur l’alchimie entre la voix et la guitare, est-ce un de vos regrets ? Ou peut-être est-ce une idée pour un second volume ou le live…

Jean-Félix Lalanne : Vous avez mis le doigt dessus, ce pourrai être la suite de « Génération Guitare ». Nous avons beaucoup travaillé l’un et l’autre avec d’autres artistes, et notamment des chanteurs. Je prends personnellement un énorme plaisir à accompagner des chanteurs. Pour moi, la musique ne doit jamais être figée. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise musique, il n’y a que de bons et de mauvais musiciens. Parfois, ça m’a valu des réflexions de tierces personnes ne comprenant pas pourquoi j’aimais accompagner des chanteurs. Je n’y vois aucune incongruité. Tout est question de vibration. Si à un moment donné je vibre avec la personne que j’accompagne, j’estime que le moment est réussi, que le pari est gagné. Il m’est parfois arrivé de jouer avec de super instrumentistes et n’avoir qu’une seule envie : que ça s’arrête, parce que ça devenait une compétition. Je ne vois pas la musique de cette manière. Tout ça pour vous dire que oui, j’adore accompagner les chanteurs et donc, je verrais bien évoluer ce projet dans ce sens, si évolution il y a, bien sûr. Donc, pour un deuxième volet, c’est une piste que j’aimerais explorer, amener un peu plus de voix.

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Vous avez enregistré dans les presque conditions du live, si je suis bien renseigné.

Jean-Pierre Danel : Oui, de façon parfois presque même improvisée. Presque ! On avait une idée d’où on allait mais tout était loin d’être écrit d’avance. (sourire)

Jean-Félix Lalanne : C’est vrai que le projet a été un peu précipité par la maison de disque, donc tout a dû aller très vite. Mais pour moi, de toute façon, plus j’avance, moins je conçois le studio sans une part de live. Plus je vieillis, plus j’ai envie de retrouver en studio ce qu’on trouve sur scène, c’est-à-dire une espèce de démystification de l’erreur et de la perfection. Et encore plus pour un projet commun comme celui-ci. Les titres qu’on jouait en duo, il fallait absolument qu’on fasse une production qui soit le moins aseptisée possible. Il fallait que ce soit une production qui ressemble à la musique qu’on fait. À l’époque, tous ces morceaux ont été joués en live. On se devait de faire la même chose aujourd’hui. Comme on allait le faire sur scène…

En parlant de live, ce projet a-t-il vocation à aller sur scène ?

Jean-Félix Lalanne : C’est mon souhait le plus cher. Je vais être honnête, j’ai l’impression que ça m’excite plus que Jean-Pierre qui est un peu plus réservé à ce niveau… il est plus casanier ! (éclats de rires) Moi, j’aime aller sur la route. Mais naturellement, je pense qu’on va essayer de faire tourner ce projet. Et dans la mesure où nous amènerons ce projet sur scène, je compte bien en faire un vrai spectacle et pas un simple concert. Je souhaite qu’on ne se borne pas à jouer de la guitare, mais qu’on raconte une histoire. Et là, il y a forcément matière à raconter une histoire puisque nous avons l’un et l’autre notre histoire personnelle et notre histoire commune.

Jean-Pierre Danel : Depuis l’épisode du Bataclan, c’est difficile avec les tourneurs. Je ne vais pas me cacher là-derrière, mais c’est vrai que je suis moins chaud que Jean-Félix. Disons que je serais ravi de le faire, mais plus dans l’optique d’un gros concert sur Paris, alors que Jean-Félix est plus parti, comme il vient de te l’expliquer sur l’idée d’une tournée de plus petites salles. L’avenir nous dira ce qu’il en adviendra. Mais c’est vrai que tu as raison, Jean-Félix, je suis plus casanier que toi… Même si j’ai très envie de jouer avec toi sur scène, comme nous l’avons fait il n’y a pas si longtemps d’ailleurs !

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Toutes les aventures comme celle-ci comportent leur lot d’anecdotes, en avez-vous une amusante à me raconter ?

Jean-Pierre Danel : Il y en a pas mal… Parce qu’avec Jean-Félix, on rigole beaucoup !

Jean-Félix Lalanne : Et on s’amuse beaucoup ! (rires)

Jean-Pierre Danel : J’ai même envie de dire qu’on rigole plus qu’on ne travaille… Non ! J’exagère ! Mais c’est vrai que nous avons un socle culturel commun. Nous adorons tous les deux Guitry, par exemple. On a les mêmes goûts littéraires, on a le même humour… Il n’y a pas que pour la musique que nous sommes complémentaires. À chaque session d’enregistrement, il y a toujours eu une très bonne atmosphère dans le studio, donc des anecdotes amusantes, il y en a à la pelle… Après, ce qui s’est passé lors de l’enregistrement de « Shazam » et de « BlackBird », et qui est moyennement rigolo, l’est énormément au final. Nous avions réservé le studio depuis un moment et je n’avais pas osé dire à Jean-Félix que pour la première fois de ma vie j’avais une épouvantable tendinite à la main gauche… J’avais tout de même vu trois médecins, je portais une attelle et je n’arrivais pas à tenir un stylo dans la main… ça tombait plutôt mal. Très mal. Je me devais d’assurer vis-à-vis de Jean-Félix qui est toujours au top et je ne pouvais pas planter le projet. Donc, espérant que ça allait s’améliorer, je n’avais rien osé lui dire en amont. Je suis donc arrivé avec mon attelle au studio et j’ai observé sa réaction…

Et quelle a été votre réaction, Jean-Félix ?

Jean-Félix Lalanne : J’ai été inquiet, tout simplement… Le problème de la tendinite, c’est que c’est extrêmement douloureux. C’est ce que tout musicien craint. Ça fait des ravages au niveau de la conscience, en fait. Les dégâts sont beaucoup plus souvent psychologiques que physiques. On n’a pas le choix, on doit accepter la douleur quand on joue. C’est comme un sportif qui a une crampe la veille de sa compétition. Il peut, simplement par peur, se recréer une crampe le jour J. Le mental joue beaucoup. Là, c’est pareil. La peur de la douleur est souvent pire que la douleur elle-même. Donc, j’ai eu peur de la manière dont lui allait appréhender l’histoire… Mais mon inquiétude a été vite dissipée parce que Jean-Pierre est un battant et un guerrier. Mais cette session a dû être moins agréable pour toi, non ?... ça fait atrocement mal, tout de même une tendinite ! (sourire)

Jean-Pierre Danel : Je confirme ! (rires) Finalement, je suis passé outre la douleur et j’ai réussi à enregistrer sans problème. D’une façon plus positive, le lendemain on a tourné le clip de « Shazam » !

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Justement, dites m’en un mot de ce clip sur « Shazam ». En quoi ce support vidéo était important à vos yeux pour porter le projet ?

Jean-Félix Lalanne : Ce qui est important à mes yeux, c’est qu’un clip envoie le signal que ce projet n’est pas marginal et n’est pas destiné uniquement aux guitaristes. C’est avant tout un album grand public et la réalisation d’un clip va dans ce sens. Et quand j’emploie le terme « grand public », c’est très positif. Vous savez, plus on touche de gens, plus nous sommes heureux.

Jean-Pierre Danel : En plus, on s’est amusés comme des petits fous sur ce clip avec les Ferrari ! Le clip a été tourné pas loin de chez moi à la campagne. J’avais envie de mêler au duel de guitares un autre duel, une course de voitures, cette fois-ci, qui rappellerait « Amicalement Vôtre ». Si sur un morceau instrumental, tu réalises un clip où il ne se passe rien, à moins d’être un fou de guitare, tu vas vite t’emm***. Un mec qui joue de la gratte pendant une quatre minutes, si ce n’est pas sur scène, ça peut vite lasser ! (sourire) Donc, je voulais raconter une histoire dans ce clip, qu’il y ait de l’action. Résultat : on s’est amusés come des gamins ! On a bien bossé dans le sens où on a pas mal joué de la gratte, et on a tourné de 9 heures du matin à 4 heures du matin le lendemain, mais on a aussi – et surtout – passé une bonne partie de la journée à faire la course en Ferrari, et ça, c’était franchement sympa ! (rires)

Jean-Félix Lalanne : C’est vrai qu’on a bien rigolé sur le tournage !… Et puis, j’ai piloté une Testa Rossa, je peux vous dire que c’était pas banal ! (sourire) J’ai pris mon pied !! (rires) Ce clip, finalement, c’était un peu la cerise sur le gâteau, une sorte de récréation.

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Les médias et l’industrie du disque sont souvent frileux voire réticents vis-à-vis des projets de musique instrumentale, alors que finalement, elle est transgénérationnelle et aimée de tous. Quel regard jetez-vous sur ce phénomène ?

Jean-Félix Lalanne : C’est particulier. Nous sommes à une époque où tout est super cloisonné et les médias ne représentent plus forcément les gens qu’ils sont censés représenter. De plus en plus, les médias essayent de créer le goût des gens. Parfois, ça marche, parfois pas. Parfois les gens sont passifs et acceptent de croire ce que les médias leur racontent. À tous les niveaux, d’ailleurs, ce n’est pas spécifique à la musique. Les gens ont de plus en plus de mal à se faire leur propre opinion et se créer leurs propres goûts. Donc, on est obligés de concilier avec ça. Après, il y a des musiciens qui remplissent des Zéniths et même des stades, preuve qu’il y a un public pour la musique instrumentale. La guitare, c’est encore un peu plus particulier… les guitaristes ont tendance à fédérer un public de guitaristes. C’est propre à cet instrument, et c’est un peu dommage. C’est pour cette raison que mes spectacles sortent de plus en plus du cadre du concert pur. J’ai envie de raconter autre chose que de jouer de  la guitare. Jean-Pierre a été numéro 1 à plusieurs reprises avec « Guitare Connection », et dans les émissions consacrées à ceux qui étaient en haut des tops, il n’était jamais invité… tout simplement parce qu’il fait de la musique instrumentale. Les médias partaient du principe que comme ce n’était pas de la chanson, ça ne pouvait guère intéresser grand monde. Ce qui est une bêtise profonde de la part de certains médias. Si eux ne connaissent pas, ils pensent que ce n’est pas connu. C’est malheureusement la triste réalité, et ce n’est pas spécifique à la musique, on retrouve ce phénomène dans beaucoup de secteurs, et notamment celui de l’information. Et là, la portée peut, peut-être, être plus lourde de conséquences encore.

Jean-Pierre Danel : Je ne te raconte pas combien, à chaque sortie d’album, je dois batailler pour avoir une belle mise en place, de la pub télé et de la promo… Alors, je leur rappelle gentiment, à chaque fois, que le précédent disque s’est plutôt très correctement vendu. Et quand ils regardent les chiffres, ils obtempèrent… En tant que producteur, je sais très bien que c’est à nous à mettre la main au portefeuille pour beaucoup de choses. Les clips, etc… Eux ne veulent la plupart du temps, prendre aucun risque. Comme le dit Jean-Félix, c’est probablement par manque de connaissance. Alors que pour miser de l’argent sur un projet de chanson, qui se vendra – ou pas d’ailleurs –, ils sont moins frileux. C’est incompréhensible, mais c’est la réalité.

Jean-Félix Lalanne : Quand j’ai monté le concept « Autour de la guitare », tout le monde m’a ri au nez, ou presque. Alors que c’est un spectacle qui a du succès. Plusieurs musiciens interprètent un même titre, il y a une richesse d’interprétations différentes presque infinies. Et puis, on peut mêler à ce spectacle de la danse, de la chanson… d’un coup, ça devient un spectacle qui dépasse la guitare en elle-même. Mais « Autour de la guitare », c’est typiquement le genre de spectacle sur lequel personne n’aurait misé un centime, mais au vu du succès, tous ont été unanimes en disant que c’était une super idée… (sourire) Au départ, sans la passion qui m’anime, si je n’avais pas produit ce spectacle, il n’aurait jamais pu exister, alors que nous avons rempli des Zéniths… Nous en parlions au début de l’interview, c’est aussi ce sentiments qui me rapproche de Jean-Pierre, perce que je sais qu’il pense comme ça également.

Jean-Pierre Danel : Tu as entièrement raison. Il y a un peu d’injustice là-dedans…

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Vous fourmillez l’un et l’autre de projets. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur ceux que vous menez en parallèle et ceux qui devraient voir le jour à moyen terme. Vous poursuivez notamment votre hommage à Marcel Dadi, Jean-Félix.

Jean-Félix Lalanne : Effectivement, je tourne en ce moment avec « Ma guitare à Dadi », qui est un spectacle qui marque les vingt ans de la disparition de Marcel. J’y raconte mon histoire avec Marcel. Dans ce spectacle, je joue les morceaux qui ont jalonné la carrière de Marcel à l’intérieur d’une pièce de théâtre dans laquelle je joue la comédie, en jouant, en temps réel, mon histoire avec lui. Je rentre sur scène avec lui, à l’âge de treize ans jusqu’au moment où j’apprends le drame. Je joue tout ça en temps réel sur scène.

Un peu dans l’esprit de transmettre votre savoir comme l’a fait Jean-Pierre, vous venez de monter le site web « Guitare VIP ».

Jean-Félix Lalanne : Effectivement. C’est un site internet sur lequel on peut prendre des leçons via Skype avec des guitaristes professionnels. Ce sont des profs, mais avant tout, ce sont des artistes. Ce sont des musiciens solistes qui mènent en paralalèle leur carrière. J’y donne des cours, mais il y a également Christian Séguret, Michel Haumont… Nono, Norbert Krief, nous rejoindra bientôt. Il y a des cours de Flamenco, de classique, etc… C’est assez bien fourni. Ça démarre tout juste. L’idée de départ était que les gens puissent prendre des cours avec les guitaristes qu’ils allaient voir sur scène, grâce à la technologie moderne. C’est un projet qui me tient à cœur parce qu’il joue avec ces nouvelles technologie, et j’en suis friand.

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Et toi, Jean-Pierre, tu as deux trois trucs sur le feu comme on dit !

Jean-Pierre Danel : Oui, j’ai toujours des trucs sur le feu ! (sourire) J’ai plusieurs projets liés à la guitare. C’est encore un peu tôt pour en parler, mais concrètement, j’ai déjà enregistré plusieurs choses. Après, j’ai des projets de production divers et variés avec d’autres artistes.

Avec ton papa, notamment… Cette envie n’est pas nouvelle, nous en avons souvent discuté.

Jean-Pierre Danel : Effectivement ! Et je dois t’avouer qu’on a bien du mal à caler nos agendas. Lui est sur la nouvelle version de la tournée « Âge Tendre », donc il est très occupé en ce moment. Mais ce projet nous tient à cœur, c’est juste un problème de planning. Enregistrer un morceau, c’est facile, tout un album, il faut bien y réfléchir. J’ai aussi un autre projet avec Mathieu Sempéré des Stentors. Je ne porterai pas la casquette de producteur sur ce coup-là, mais disons que j’interviendrai dans la logistique. J’ai d’autres projets de bio avec des artistes français et d’autres internationaux. Donc, il y a tout ça, plus la gestion de tout le catalogue dont je détiens les droits, ce qui représente plus de 18000 chansons, ça demande du boulot et de l’organisation là aussi. J’ai un planning bien rempli jusqu’à l’horizon 2019/2020. Il y a de quoi voir venir. Et en plus, je me dois de lire une histoire à ma fille tous les soirs… et ça, c’est le plus beau et le plus grand des projets ! Celui qui me tient le plus à cœur (sourire)…

Propos recueillis par Luc Dehon le 17 janvier 2017.
Photos : DR

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