Interview de Alexandre Fievée à propos de son livre sur Jean-Jacques Goldman

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/01/2017.
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Jean-Jacques Goldman. Sur ses traces. par Alexandre Fievee aux editions Grund

Alexandre Fievée a publié le 6 octobre dernier « Jean-Jacques Goldman. Sur ses traces » aux Éditions Gründ, non pas une énième biographie de l’artiste, mais plutôt une mise en lumière des déclarations que celui-ci a pu faire dans les médias tout au long de sa carrière. Le tout servi par de nombreuses photographies rares et même souvent inédites. Nous avons été à la rencontre de l’auteur afin d’en savoir un peu plus sur son projet.

Vous êtes avocat, la musique n’est donc pas votre occupation principale. Qu’est-ce qui vous a incité à écrire cet ouvrage sur Jean-Jacques Goldman ? Et surtout, de cette manière-là ?

Tout est né d’une petite déception… Je suis depuis toujours un grand fan de Goldman et au fil des années, j’ai acheté de nombreux livres lui étant consacrés. J’ai toujours été un peu déçu parce que je n’avais pas le sentiment qu’on retrouvait le personnage dans ces livres, pour la simple et bonne raison que la plupart du temps, les trois-quarts contenu de ceux-ci correspondent aux mots du journaliste ou éventuellement de tiers plus ou moins proches du chanteur et le quart restant correspond quant à lui aux véritables propos du chanteur. C’est vrai pour Goldman, comme ça l’est pour beaucoup d’autres artistes.  Donc, on se retrouve à lire un ouvrage dont les propos ne sont pas ceux du chanteur-lui-même. Sur la base de ce constat, je me suis rendu à l’évidence. Le seul livre consacré à Goldman qui me ferait plaisir de lire serait un livre écrit par lui. Ce qui est très peu probable puisqu’il ne semble pas forcément très intéressé par l’exercice ! (sourire) C’est là que j’ai eu cette idée de partir de ses déclarations publiques et de les compiler dans un livre, pour que le lecteur ait l’impression de lire Jean-Jacques Goldman et pas une tierce personne.

Depuis quand avancez-vous sur ce projet ? J’imagine que le travail de recherche a été long et peut-être même fastidieux.

Pas tant que ça. C’est très récent. J’ai eu l’idée en décembre 2014. Je suis allé sur internet afin de me rendre compte si je pouvais avoir accès à un certain nombre de choses. J’ai été étonné de voir que beaucoup de choses étaient disponibles. Il y avait là déjà pas mal de matière. Après, j’ai creusé un peu. Je suis notamment allé à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand. Il a fallu également que je prenne contact avec certaines radios et l’INA, que j’achète sur le web des magazines de la presse jeune de l’époque pour vérifier l’authenticité des transcriptions que j’avais trouvées sur le net. Tout ça a été très vite, un mois ou deux de recherches intensives avant de me lancer dans l’écriture. En tout cas, j’ai pris très vite conscience qu’il y avait la matière pour écrire quelque chose.

Il y a deux grands axes dans votre livre. Les propos de Goldman, nous venons de les évoquer, mais également une partie visuelle conséquente, l’iconographie et l’imagerie qui ont accompagné son projet. On en parle finalement assez peu, Goldman n’étant pas un artiste estampillé « image » et pourtant, celle-ci a nourri son propos, son œuvre.

N’étant pas du tout dans le monde de l’édition, je ne connaissais pas cette notion de « beau livre ». Mais dans mon esprit, il fallait que le lecteur qui parcourt ce livre ait la possibilité de se raccrocher à des photos de l’époque, des photos qui pourraient illustrer d’une certaine manière son propos. Je connaissais Claude Gassian, son photographe attitré, juste de nom. En juin 2015, je devais avoir une cent-cinquantaine de pages écrites, je me suis dit que je devais rendre ce projet moins confidentiel. J’ai donc tenté de contacter Gassian. Je suis allé sur son site internet et je lui ai présenté le projet via le formulaire de contact, tout simplement. Trois ou quatre semaines plus tard, il m’a répondu qu’il pourrait être intéressé, mais que si le projet devait aller plus loin, il fallait qu’on en parle en amont au bureau de Jean-Jacques Goldman.

A-t-il « lâché » facilement des clichés inédits ?

Oui. Que ce soit Gassian ou Pingouin, un autre photographe emblématique de tournée, tous deux m’ont ouvert leurs studios. J’ai pu regarder tout ce qu’ils avaient sur Jean-Jacques Goldman dans leurs cartons. J’ai fait une première sélection. Ce n’est qu’ensuite que eux sont intervenus avec leur regard de photographe et de professionnel. Ils ont refait une sélection au sein de la mienne pour garder les « belles » photos. Par contre, je tiens à le préciser, j’ai été complètement libre dans le choix des photos. J’avais en tête de ne pas publier des photos de tournée trop « photos de vacances », et que celles-ci illustrent les propos retranscrits dans le livre.

À la lecture de ce livre, on se rend rapidement compte que l’artiste discret a finalement été assez prolixe avec les médias…

(sourire) Goldman a été rare dans certains médias, certes, mais extrêmement présent aux moments essentiels de sa carrière. Il fréquentait pas mal les médias. Les radios notamment. Et la presse écrite. Il accordait assez facilement des interviews en fin de compte. Par exemple, en tournée, il donnait chaque soir une interview à une radio locale. En me replongeant dans ces interviews et en les relisant avec un autre regard, j’ai été agréablement surpris de leur contenu. Goldman a beaucoup parlé sur sa carrière, sur ses choix, sur ses chansons, sur sa façon de voir les choses.

Selon vous, comment évoluerait-il aujourd’hui dans un paysage médiatique qui a fortement changé, où tout artiste est surexposé ?

Je pense très humblement qu’il continuerait comme il l’a toujours fait. C’est-à-dire faire le minimum mais suffisamment pour que le public ait accès à son œuvre. Comme il le dit souvent quand on travaille et que ce travail a vocation à être rendu public, il faut que le public en ait connaissance. Maintenant Goldman aurait-il eu réellement besoin des médias pour exister ? Je ne le pense pas. D’ailleurs, depuis 2003, à la fin de sa dernière tournée, il n’a plus rien publié et ça ne l’empêche pas d’être l’une des personnalités préférées des Français… Malgré son retrait de la vie artistique et médiatique, il existe toujours. D’ailleurs, comme il l’a dit à propos de sa culture musicale des années 70, il n’a jamais véritablement cherché à faire autre chose, donc, sur le plan des médias, et pour un exercice qui ne l’intéressait pas énormément, je ne pense pas qu’il aurait fait un effort particulier pour s’adapter non plus… (sourire)

Alexandre Fievee, DRJ’imagine que le principal intéressé a eu un droit de regard sur votre ouvrage.

Ce n’est pas tout à fait ça. Par correction, j’en ai parlé à son bureau. Ils m’ont expliqué ce qu’ils indiquent à tous ceux qui les contactent pour ce genre de projet, c’est qu’ils n’y participent pas parce que Jean-Jacques Goldman n’en voit pas l’intérêt. Donc, ils n’encouragent pas ce genre d’initiative. Par contre, ils ne s’y opposent pas au nom de la liberté d’expression. D’un autre côté, il m’arrive de croiser Jean-Jacques Goldman de temps en temps, donc je lui ai parlé de mon projet. Lorsque je l’ai fait, il était vraisemblablement déjà au courant. Il m’a dit qu’il ne voyait rien de malhonnête dans ma démarche. Il a tout de même mis en exergue une limite ! (sourire) Il m’a expliqué qu’à une époque, on pouvait dire certaines choses lors d’une interviews qui ne portaient pas bien loin, dans le sens où la durée de vie d’une interview était extrêmement réduite. Après la publication dans un quotidien ou une diffusion sur les ondes, on passait très vite à autre chose. Il n’y avait pas forcément d’archives à cette époque et donc l’interview disparaissait dans la foulée de sa publication. Aujourd’hui, avec la révolution numérique, certains qui auraient gardé copie de ces interviews pourraient les diffuser à grande échelle. Tout ça pour dire qu’à cette époque, lorsqu’on donnait une interview, tous les mots n’étaient pas pesés, ils étaient parfois un peu lancés à la volée, en ayant en tête que ça n’avait pas vocation à rester dans la mémoire collective. Du coup, dans ce contexte, il a pu dire des choses qui ne correspondaient pas véritablement à ce qu’il pensait réellement à l’époque, et a fortiori aujourd’hui non plus. Je lui ai dit que je n’avais pas relevé d’incohérence dans ses propos. Lui m’a dit qu’il en voyait au moins une, lors de la première interview qu’il avait accordée à Rock’n’Folk en 1975. Mais mon but n’était pas de le trahir, je pense qu’il a très bien compris ma démarche.

Dans l’avant-propos du livre vous sous-entendez qu’il pourrait un jour revenir avec un nouvel album. Pensez-vous véritablement que ce soit possible ?

Ce qu’on comprend en relisant les propos qu’il a tenu dans sa dernière interview donnée à la SACEM en 2014, c’est qu’il a pris beaucoup de plaisir à écrire des chansons, que ça l’a passionné et même dévoré à une époque, mais qu’au bout de trois ou quatre cent chansons, on a peut-être fait le tour. Quand il a dit ça, il a tout dit. Si on s’en tient à ça, non, il ne publiera pas de nouvel album et ne se lancera pas dans une nouvelle tournée. Mais si on se base sur la notion de plaisir et d’envie, qui ont été ses moteurs, on ne peut pas exclure que demain, après-demain, dans un an ou dans dix il ne retrouve pas une forme de plaisir à revenir, peut-être dans une forme différente. Tous ses choix ont été dictés par le plaisir et l’envie, donc, pourquoi ce plaisir et cette envie ne referaient-ils pas surface ? S’il s’est retiré au début des années 2000, c’est parce que justement il commençait à perdre ce plaisir qu’il avait toujours eu, les contraintes du métier devenant plus pesantes. C’est pour cette raison qu’il s’est mis en retrait. D’ailleurs, lui-même ne pensait pas arrêter quand il a annoncé qu’il se mettait en retrait en 2005. Il a même dit qu’il n’était pas exclu qu’il revienne pour ses soixante ans pour montrer à ses filles qu’il avait un métier. Le fait est qu’il n’a certainement pas retrouvé l’envie à cette époque de revenir sur le devant de la scène… Mais pourquoi pas une autre fois ? L’avenir nous le dira.

Propos recueillis par Luc Dehon le 10 janvier 2017.
Photo couverture : Claude Gassian
Photo Alexandre Fievée : DR

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