Interview de Lynda Lemay

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/10/2016.
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Lynda Lemay © Jean Francois Berube

Lynda Lemay fête ses cinquante ans. Elle revient avec un magnifique nouvel album « Décibels et des silences », porté par une véritable ode au courage, « Attrape pas froid ». C’est une nouvelle fois avec beaucoup de plaisir que nous été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir un peu plus sur la genèse de ses nouvelles chansons, et notamment son besoin de silence et de décibels, justement.

Avant de parler plus précisément des chansons que l’on trouve sur ce nouvel album, j’aimerais qu’on en évoque d’abord son titre, « Décibels et des silences », qui est à mon sens la porte d’entrée de ce nouveau disque. Un mot sur le silence. Les silences sont essentiels à la musique, ils marquent une respiration dans les chansons. Mais le silence est aussi très important sur scène ou dans la vie tout simplement. Il est parfois lourd de sens. Quel est votre rapport au silence ? Avez-vous besoin de silence ?

Lynda Lemay, Décibels et des silencesTellement ! Et j’en ai besoin de plus en plus. Le silence, pour moi, c’est vital. Effectivement, comme vous le disiez si bien, le silence, c’est la respiration. Et la respiration, par extension, c’est la vie. Les années qui ont précédé la confection de cet album, j’ai oublié de respirer. J’ai vécu une période où je me sentais coincée dans cette vie qui devenait trop folle et trop compliquée pour moi. Il a fallu que je me pose, que je me remette à lire et que je remette le focus sur la vie, sur son sens. Je me sentais un peu perdue dans ma propre vie. Et au moment de composer cet album-là, j’ai enfin retrouvé ma façon de respirer. Je me suis laissé de la place dans ma vie pour… vivre. Tout simplement. Ça m’a fait un grand bien. Et c’est pour cette raison que j’ai souhaité que l’album respire lui aussi. C’était très important à mes yeux que les silences fassent partie de ce disque. J’ai toujours beaucoup aimé donner de la nuance, que ce soit sur mes spectacles ou dans mes albums, mais là, j’avais envie que ce soit peut-être un peu plus marqué. Dans ma vie, j’ai besoin de me poser. La télévision, tout ce qui est électronique… tout est toujours en mouvement. Il y a toujours beaucoup de bruit. Donc, pour construire cet album, et auparavant ce spectacle, puisque « Décibels et des silences » a été un spectacle avant, je suis partie dans ma maison là tout là-haut au bord du lac avec ma sœur, sans internet, sans réseau, sans connexion quelle qu’elle soit. Là, j’ai enfin pu me plonger dans le silence, qui est si bénéfique pour moi. Le silence me libère d’une certaine manière.

Avoir chanté quelques-unes des chansons de ce nouvel album sur scène avant de les graver sur disque était-il important à vos yeux ?

J’en ai effectivement chantées quelques-unes sur scène avant de graver cet album, puisque « Décibels et des silences » était en premier lieu un spectacle. Ce spectacle était conçu comme un retour en arrière, un spectacle best-of d’une certaine manière. Donc, oui, certaines chansons de « Décibels et des silences » ont existé sur scène avant, mais pas toutes. On trouve tout de même beaucoup de nouveautés sur ce disque, des chansons que j’ai écrites après ce spectacle. Mais c’est vrai que par exemple « Attrape pas froid » est née sur scène avant d’être grave. Idem pour « Lucie », que j’ai enregistrée pour l’album, mais que j’avais eu l’occasion de chanter sur scène. « Mon cœur de pomme » a aussi vécu sur scène avant. Et c’est vrai que ces chansons qui ont connu la scène avant le disque, elles sont chargées d’une émotion particulière. Même quand je les chante en studio seule devant mon micro, je me souviens et je ressens l’émotion et l’énergie des gens devant qui je les ai chantées auparavant. C’est un échange magnifique qui se produit sur scène, et forcément je retransmets cette énergie lorsque je suis en studio. Cet échange d’énergie est particulièrement palpable dans « Mon cœur de pomme ». On sent cette énergie qui tourne entre le public et moi. J’ai souvent eu des frissons en chantant cette chanson sur scène. Et ça a été le cas quand je l’ai enregistrée pour le disque. C’est un peu comme si les gens m’avaient offert leurs frissons pour que je chante mieux cette chanson une fois dans mon studio… (sourire) C’est un cadeau énorme que le public me fait à chaque fois. Cet échange fait partie de moi, ça fait tellement d’années maintenant que nous nous connaissons et que nous avons nos petits rendez-vous scéniques…

Vous avez noué un lien unique avec le public tout au long des années.

C’est fou. Il y a tellement d’amour dans tous les spectacles que j’ai pu donner. Les gens qui me connaissent peu ou qui ne sont jamais venus à un spectacle ne peuvent pas comprendre ce lien qui nous unit avec le public. Souvent, ils viennent me trouver à la fin, pour me dire que c’est fou tout cet amour qui voyage entre la scène et la salle… C’est de l’amour. Nous formons presque une famille. Les gens se sentent proches de moi, comme je me sens proche d’eux également. Je pense que cette relation unique a été tissée grâce aux chansons. Je parle souvent à la première personne du singulier dans mes chansons. Ce sont mes histoires ou mes réactions face à ces histoires. Et je pense que de la même manière, ça permet au public de se les approprier, comme si j’avais écrit telle ou telle chanson en évoquant une partie de leur vie. Les gens se sentent compris d’une certaine manière. Peut-être est-ce parce que ce que je raconte, je le raconte dans le détail ? Je n’en sais rien. En tout cas, c’est une relation de confiance aussi qui s’est installée entre nous. Toujours, à la fin des spectacles, je vais à la rencontre des gens. C’est essentiel à mes yeux. Il y a juste à l’Olympia où ça m’est impossible, il y a trop de gens dans les loges… Mais partout ailleurs, je fais toujours des séances de dédicaces. Ça nous permet d’échanger. Ce sont des échanges courts et brefs, mais toujours intenses et enrichissants. Vous savez, parfois un seul regard en dit plus long que de longues phrases… Souvent les gens me racontent d’ailleurs des bouts de leur vie. C’est vraiment beau. Je ne sais pas comment le décrire, mais c’est fort. Très fort.

Lynda Lemay © Jean Francois Berube

Un mot sur les décibels, maintenant, ils rythment les chansons. Le dépouillement de vos débuts a fait place, avec le temps, à des orchestrations plus soutenues. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

C’est toujours à ma demande lorsqu’on produit une chanson plus orchestrée. Mon souci est de ne pas me répéter au fil des disques. Étant une fille de scène, j’ai tendance à vouloir faire rentrer la scène sur mes albums, si je puis dire. Ce qui donne des albums live ou à moitié live. « Blessée », par exemple était un album live qu’on a retouché en studio. J’aime les décibels sur scène, tout autant que le dépouillement et les respirations. Les rires et l’humour aussi sont importants. On peut moins jouer sur cette palette avec des albums studio. Pour cet album-là, précisément, et pour marquer le coup de mes cinquante ans, j’avais envie d’un album studio. J’avais envie de me laisser surprendre par des arrangements qui m’emmèneraient un peu ailleurs. Un peu comme à mes débuts, lorsque j’avais fait « Y », j’avais fait des arrangements qui me sortaient de ma zone de confort. Sans jamais dénaturer mon métier. Je suis une raconteuse d’histoires avant tout, et en aucun cas je ne voudrais que la musique ne prenne le pas sur mes histoires. C’est d’ailleurs ce que les gens aiment dans mes chansons. Je le pense en tout cas. Ils aiment mes histoires, et, bien entendu, se laissent transporter par la musique. Donc, pour cet album-ci, j’ai demandé à mon fidèle complice Mégo de me confectionner un album qui sonnait. Je savais en faisant appel à lui que nous n’irions pas dans le dépouillement… (sourire) ça aurait pu, mais ce n’était pas le but. Je n’étais pas dans le trip de « Ma Signature », avec deux guitares. Là, le mot d’ordre était « Surprends-moi, mon Mégo ! Je te délègue mon chapeau de réalisatrice que je portais depuis quelques années… » Je souhaitais qu’il travaille de son côté et qu’il arrive en studio avec des cadeaux d’arrangements qui pourraient faire en sorte que je redécouvre mes propres chansons. Et c’est ce qui s’est passé sur plusieurs des titres de cet album-là. Même pour une chanson qui s’appelle « C’est quoi un ventre ». Je me demandais comment j’allais faire pour être surprise puisque ça faisait près de quatre ans que je la chantais sur scène. Depuis tout ce temps, les gens me demandaient pourquoi je ne l’insérais pas sur un disque… aujourd’hui, c’est chose faite. Je savais que c’était une chanson importante à mettre sur l’album puisque les gens l’attendaient depuis des années. La réalité est que pendant toutes ces années, je me suis demandé comment l’enregistrer en studio, puisqu’elle est à moitié touchante et tendre et à moitié drôle et souriante. Je ne savais pas comment traiter ce titre en studio, tout simplement. [Lynda commence à chanter] En live, ça le faisait, mais en studio, coupée des rires, ça ne sonnait pas bien. Et c’est Mégo qui a eu cette idée des harmonies de voix qui viennent faire sourire et qui remplacent d’une certaine manière les éclats de rire du public. Ces harmonies colorent le titre. Mégo est arrivé comme ça avec tout un tas de cadeaux d’arrangements musicaux qui collaient parfaitement bien à mes chansons. Et de mon côté, au moment de la composition, avant que je ne fasse appel à Mégo, j’avais comme un rythme fou qui me traversait le corps. Autant je n’étais pas dans une des meilleures périodes de ma vie, autant j’avais envie que ça bouge. Ce devait être mon besoin intense de défoulement… (rires) J’avais envie de décibels. Cette période en peu en dessous a eu un effet étrange, c’est qu’elle m’a donné une liberté au niveau de la composition de la musique intense. Alors, j’ai décidé de prendre des textes sur lesquels je n’avais jamais été satisfaite de la musique. J’ai voulu poser sur ces textes-là une mélodie qui me ressemblerait aujourd’hui. Ça a donné des chansons comme « Une main sans bague », qui est presque disco, ou « Gages-tu » dans laquelle on entend la respiration et la musique qui est en train d’exploser. Dans ces chansons-là précisément, on entend les décibels et les silences… (sourire) Ce sont de bonnes chansons pour comprendre ce besoin de respiration et de liberté de mouvement. Ce sont des chansons qui remettent les choses en place, d’une certaine manière…

« Attrape pas froid » est une véritable ode au courage. Des mots comme « Crier ses opinions sans craindre les conséquences » ou « ne pas se soumettre » ont dans notre contexte sociétal une résonnance toute particulière. N’est-ce pas finalement le rôle de tout artiste, de ne pas se soumettre, et en particulier de l’auteure/compositrice/interprète que vous êtes ?

Je pense que oui, mais je vais aller plus loin. C’est également le rôle de tout un chacun. Ce n’est pas tant l’artiste qui s’exprime dans cette chanson-là, c’est la mère. C’est la mère que je suis qui avait besoin de s’exprimer face à ces évènements affreux qui se sont produits et qui se produisent aujourd’hui encore un peu partout dans le monde. Comment aborder ces sujets-là avec ses enfants ? Quels conseils leur donner ? Comme dans la plupart de mes chansons lorsque j’aborde un thème qui me secoue, qui me fait peur et qui est plus gros que moi, je me contente de décrire ce que je ressens. Ça donne une chanson toute simple au travers de laquelle je ne lance pas de message. Peut-être en lancé-je malgré moi ? Mais le but n’est en tout cas pas là. Le but est de me confier, de peindre mes sentiments sur le papier, dirais-je. Alors oui, ce qui ressort, c’est que je conseille à mes filles de ne pas attraper froid aux yeux, de garder leur audace, mais ce n’est pas calculé. Je fais bien évidemment attention aux mots que je pose sur le papier. Je sais que c’est un sujet délicat, donc je m’applique. Mais en même temps je ne calcule pas trop. Je laisse sortir tout simplement ce qui m’habite. Et ça a donné cette chanson-là que je chante avec tout mon cœur et avec beaucoup de conviction. Mais ce n’est pas facile. S’il arrivait quelque chose demain matin à l’école de ma fille, je ne pense pas que je chanterais la chanson de la même manière… Donc, je ne me pose en juge de rien ni personne. Je pense à une autre chanson que j’ai écrite, « Berceuse saccadée », qui évoque cette peur qui nous noue la gorge. Ces chansons seraient moins faciles à chanter si j’étais touchée dans ma chair, au travers de mes filles, dans cet exemple précis. Quand on touche à sa propre famille, il y a d’autres paramètres qui rentrent en ligne de compte, comme la colère… Donc, cette chanson reste une chanson, il n’y a pas de jugement. C’est aussi vrai que c’est le discours que je tiens à mes filles. D’ailleurs ma plus jeune fille connait cette chanson par cœur et elle est venue en chanter les derniers mots sur la scène de l’Olympia avec moi. Ça avait une portée particulière d’entendre cette petite voix pure qui comprend cette chanson… En tant que maman, j’ai trouvé ce moment très émouvant. Et en même temps, il se peut que je pose d’autres mots sur ces émotions que j’ai ressenties suite à ces évènements-là, et que je ressens encore d’ailleurs. Ce seront des sujets pour de nouvelles chansons. Il y a plein d’angles à aborder sur ce sujet. Mais surtout, il ne faut pas juger des gens qui pourraient avoir un discours plus hésitant que le mien. Il ne faut pas juger… La seule chose qu’il faut garder à l’esprit, c’est qu’il faut continuer et avancer. À tout prix. C’est ce que je chante…

Un mot sur « Votre griffe », maintenant, qui évoque le don d’organe. C’est une rencontre à la fin d’un spectacle qui est à l’origine de ce titre, si je ne m’abuse…

Effectivement. Je ne me rappelle d’ailleurs plus d’où c’était. Mais je me rappelle de cet homme souriant, de sa prestance, de son énergie, qui était venu me trouver. Il m’avait impressionnée en me racontant son histoire. J’ai compris, après qu’il m’ait raconté son histoire, d’où venait cette énergie vitale qu’il dégageait. Il avait le cœur de quelqu’un qui battait dans son corps. Cet homme avait donc eu une deuxième chance de vie. Je l’ai trouvé tellement beau et joyeux… Il vivait sa vie comme nous devrions la vivre tous autant que nous sommes. Alors que paradoxalement, nous la subissons souvent. Cette rencontre a été une véritable leçon de vie et de bonheur pour moi. Il connaît le côté merveilleux de la vie, il apprécie chaque seconde de vie. Nous devrions tous vivre de cette manière. Les choses seraient différentes. Cette rencontre marquante a donné cette chanson. J’avais écrit sur un petit bout de papier « don d’organe », sachant qu’un jour j’allais probablement écrire une chanson sur l’histoire de ce monsieur. J’ai retrouvé ce petit bout de carton il y a peu, et j’ai pensé que c’était le bon moment pour écrire cette chanson. C’est une rencontre marquante, en tout cas. Ce qui est intéressant dans cette chanson, c’est que les gens ne la comprennent pas toujours tout de suite. J’ai beaucoup de chansons très précises et concrètes dans mon répertoire, celle-ci, il faut fouiller un peu. Si on ne sait pas qu’elle parle du don d’organe, on peut l’interpréter autrement dans un premier temps…

Lynda Lemay © Jean Francois Berube

Vous évoquez dans plusieurs chansons le mal de vivre, et au travers de prismes très différents. Je pense notamment à « Leurs yeux tombaient », qui évoque l’autisme, ou, plus précisément « Le hamster ». Sont-ce des rencontres qui ont nourri ces chansons-là ?

Je dirais plutôt que c’est un mélange de choses. Quand on pense au Hamster, étant donné que j’avais vécu pour la première fois de ma vie un vrai moment de fragilité, j’avais envie d’évoquer le mal de vivre. Dans ce titre, je parle précisément de l’alcoolisme, mais c’est sûr que le propos est plus large que ça. Ça parle de mal de vivre, et même, en allant plus loin, d’envie de disparaitre. Ça peut être une dépendance quelconque, une dépression, une sensation de sentir qu’on n’est pas compétent dans notre rôle de parent, par exemple. Dans cette chanson, l’alcoolique se réfugie dans l’alcool pour affronter une réalité qu’il n’est pas capable d’affronter, justement. Ses enfants en souffrent. C’est très précis et très concret. Mais le propos de la chanson va au-delà de ce carcan précis. Le mal de vivre, il me semble qu’il est déjà moins lourd à partir du moment où on le décrit en chanson et où on le chante. C’est à partir de ce moment-là que les gens se sentent moins seuls dans cette réalité-là. C’est pour ça que je ne me gêne jamais d’écrire des chansons sur ce thème-là, parce que je sais que ça fait du bien. Je n’ai pas consulté lors de ma période de fragilité, essentiellement par manque de temps parce que j’aurais aimé le faire, mais c’est sûr qu’il m’aurait conseillé d’écrire ce que je pensais et ce que je ressentais. « Le hamster » est le portrait de quelqu’un qui est très mal en point, mais ce qu’il faut retenir, c’est le message d’espoir à la fin de la chanson. On ne sait jamais quel matin va nous apporter l’énergie nécessaire qui va nous permettre de rebondir. La chanson est très longue, et à la fin, on sent que la personne a touché le fond et qu’elle rebondit. Il y a toujours cette note d’espoir qui est très importante quand j’aborde un sujet comme celui-là.

Au-delà des portraits et des sujets précis que vous abordez dans vos chansons, même si vous laissez toujours une fenêtre ouverte, j’ai l’impression que cet album-ci est un peu plus lourd que les précédents, qu’il s’inscrit parfaitement dans notre contexte troublé. Êtes-vous d’accord avec moi ?

Je ne dirais peut-être pas qu’il est plus lourd, mais qu’il est plus dense, oui. Comme je vous le disais tout à l’heure, je ne calcule rien et je n’ai jamais rien calculé. Je laisse sortir de moi ce qui a besoin ou envie de sortir. Et à cette période-ci de ma vie, ce sont ces chansons-là qui se sont imposées à moi. Ce sont des chansons assez récentes, certaines je les ai écrites alors même que j’étais en studio. Donc, elles collent à leur époque et à celle que je suis aujourd’hui. Il y a une autre réalité, c’est qu’il est difficile de placer une chanson humoristique sur un album studio. Quand on regarde mon répertoire, les chansons drôles sont nettement moins nombreuses, alors que je suis aussi une fille amusante. En tout cas, il se peut, et c’est même fort probable, que le choix des chansons de ce disque reflète un état d’esprit moins léger. C’est dû à ce que j’ai vécu ces dernières années, et pas seulement dans ma vie personnelle. Je ne suis pas la seule embarquée dans cette vie devenue un peu plus lourde, nous le sommes tous. Je n’ai pas eu en tout cas de réflexion à ce sujet. Le choix des chansons s’est simplement imposé à moi. J’avais envie de chanter ces chansons-là maintenant.

Lynda Lemay © Jean Francois Berube

Vous êtes auteure, compositrice et interprète, mais avant tout, vous êtes une femme, une mère et une citoyenne.

C’est tout à fait ça. Le monde s’inscrit dans mes chansons un peu malgré moi, finalement…

Vous fêtez cette année vos cinquante ans. Ce n’est pas bien vieux, mais…

(éclats de rire) … c’est un demi-siècle tout de même !

… mise à part l’expérience acquise au fil des années, la source de votre plume est-elle restée la même ?

C’est une grande chance que j’ai. S’il y a une chose qui n’a pas changé, c’est mon envie d’écrire, mon inspiration et la spontanéité avec laquelle j’écris. L’écriture vibre en moi. Je n’ai jamais connu la peur de la page blanche et je ne la connais pas encore aujourd’hui. Je n’ai d’ailleurs pas l’impression que c’est quelque chose qui me menace. Comme je l’explique souvent, c’est peut-être aussi dû au nombre impressionnant de chansons que j’ai écrites au fil des années et qui se sont accumulées. J’ai tellement d’albums d’avance que je n’ai pas la pression de l’album.  C’est une forme de sécurité. Quand j’écris, je n’écris pas pour un album. Je le fais, mais je ne suis pas obligée de le faire. Je le fais par plaisir, pour me faire du bien. Je l’ai toujours fait de la même façon. Je n’ai jamais écrit une chanson dans l’unique but de la mettre sur un album particulier. Jamais. Je ne me suis jamais mis aucune limite. Écrire et composer, c’est la liberté totale. Je crée de toute pièce quelque chose qui n’existait pas. Je peux décider de ce que ça va devenir. J’écris sur mesure pour que ça devienne ce que j’ai envie que ça devienne au moment où je le fais. Je me fous que ça sonne bien à la radio que ça s’intègre bien à tel ou tel registre particulier. Non. C’est uniquement l’émotion de la chanson qui me guide. L’histoire que j’ai envie de raconter. Je laisse l’histoire me surprendre. La chanson « Lucie », par exemple, est la toute première chanson que j’ai écrite de A à Z en présence de ma plus jeune fille Ruby, qui chante d’ailleurs aussi sur l’album. Nous étions là à regarder des films, j’écrivais à côté d’elle… Alors que d’habitude, je n’ai pas le droit d’écrire ni de prendre ma guitare à la maison, je dois aller au chalet ! (rires) Mais là, je pense qu’elle a eu la curiosité de voir comment j’écrivais une chanson. Elle a voulu voir comment je travaillais. Finalement, elle s’est fait un marathon de trois films au moins, mais elle m’a laissé écrire ma chanson. Je voyais bien qu’elle m’épiait du coin de l’œil, histoire de voir comment je m’y prenais. C’est comme ça que j’ai écrit la chanson « Lucie » en présence de ma fille. C’était fun de sentir qu’elle m’accompagnait à sa façon dans l’écriture, un peu comme ma sœur le fait lorsque nous allons au chalet. Sa présence fait en sorte que quand j’ai écrit un bout de chanson, je sais tout de suite dans son regard si je suis sur une bonne piste ou non. Là, j’ai vécu cette sensation avec ma fille. Elle m’a laissé écrire ma chanson jusqu’au dernier mot. Elle a pu ainsi se rendre compte qu’écrire une chanson demande du temps, du travail et de la réflexion, que ça ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Ce n’est pas du travail au sens propre pour moi, l’écriture, ça me met en joie, mais ce n’est pas anodin non plus.

Propos recueillis par Luc Dehon le 10 octobre 2016.
Photos : JF Bérubé

Liens utiles :
Site officiel :
http://www.lyndalemay.com

 









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