Interview de Minou

Propos recueillis par IdolesMag.com le 14/10/2016.
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Minou © Pierre & Florent

Le groupe Minou, emmené par Pierre & Sabine, publie le 4 novembre prochain son premier album, « Vespéral », un opus électro pop aux accents New Wave et à la poésie dada et faussement naïve qui nous a enthousiasmés. Nous avons voulu en savoir plus sur ce projet véritablement excitant qui rappellera à certains la sacro-sainte période des Elli, Jacno, Mikado, Daho et autres Alphaville et Alan Parsons Project. C’est Pierre qui a répondu à nos questions. Minou sera en concert le 22 novembre prochain sur la scène du Point Éphémère (Paris 10ème).

Quels sont vos parcours respectifs à Sabine et à toi avant que vous ne fondiez Minou ?

C’est en définitive un parcours que nous avions déjà en commun avant même de fonder Minou. Sabine et moi nous connaissons depuis que nous sommes en classe de seconde. Depuis cette époque, nous avons toujours fait de la musique ensemble. On a déjà partagé pas mal de projets avant Minou, dont beaucoup faisaient intervenir d’autres personnes. Là, avec Minou, nous avions envie de nous recentrer sur notre tandem.

Minou, VesperalPeut-on tout de même dater la naissance de Minou, même s’il mûrit en vous depuis plusieurs  années, j’imagine.

On va dire que Minou existe officiellement depuis septembre 2012. C’est en tout cas à cette époque que Minou s’est dévoilé au grand jour, mais ça faisait des mois qu’on travaillait dessus. On avait déjà pas mal de chansons en stock, sans véritablement savoir quoi en faire. Ça partait un peu dans tous les sens, avec de l’anglais et du français. Puis à l’été 2012, on  a commencé à se pencher véritablement sur ce projet. Lorsqu’on s’est focalisés sur le fait de chanter et écrire en français, tout a démarré. On est partis en studio enregistrer les trois maquettes qu’on avait. Ça fait quelque chose comme quatre ans.

Tout a été très vite, finalement.

Oui, mais l’envie était probablement sous-jacente depuis un moment. En tout cas, dès qu’on a eu l’idée, on l’a concrétisée. Ça se passe toujours un peu comme ça avec Sabine. Dès qu’on a une idée, il faut qu’on la concrétise rapidement. C’est un peu la philosophie de ce projet : On n’a pas le temps de penser, alors on trace ! (rires)

Au début de Minou, faisiez-vous déjà de la scène ?

Disons qu’on connaissait la scène et qu’on la pratiquait depuis pas mal de temps. Nous jouions avec notre ancien groupe, notamment. Et nous accompagnions aussi d’autres artistes. Les débuts d’un groupe, c’était un terrain qu’on connaissait. C’était assez banalisé d’une certaine façon. C’est pour cette raison qu’on a été vite.

Qunad on écoute votre album, on pense inévitablement à tous ces artistes en I, en A et en O des années 80 (Elli & Jacno, Mikado, Lio, Daho…). On pense également à la vague New Wave, Alphaville, Alan Parsons Project, etc… Sont-ce des artistes et des groupes qui vous ont nourris l’un et l’autre ? Même si vous n’étiez pas nés à cette époque…

Complètement. Ce sont des groupes qui ont beaucoup tourné pendant notre enfance. Peut-être plus que pendant notre adolescence, d’ailleurs. Ils ont été la bande son de notre enfance. Nous sommes nés en 1988, donc, on a tout de même connu tout ça au début des années 90. Toute cette musique géniale, la pop des années 80 et la New Wave existait et nos parents en écoutaient beaucoup. Mon papa est fan de New Wave. Il a des centaines de disques de New Wave à la maison, donc, mon initiation à la musique est passée par là. Alan Parsons, New Order… oui, ça fait partie de notre culture musicale !

Minou © Pierre & Florent

Qui amène quoi dans le tandem ? Comment bossez-vous tous les deux ?

On travaille le plus possible de façon complémentaire. Il n’y a en tout cas pas de recette miracle. Mais la plupart du temps, on se renvoie la balle constamment. On construit le morceau petits bouts par petits bouts. On construit rarement un morceau ensemble. Ça permet d’avancer plus vite. Chacun dans son coin alimente le projet de son côté et quand on sent que quelque chose de bien est en train de voir le jour, on bosse ensemble pour le terminer. Par contre, même s’il n’y a pas de règle, on peut peut-être dire que j’apporte un peu plus les textes et que Sabine s’occupe d’avantage des arrangements.

Entre le fait d’enregistrer des maquettes et de publier un album, il y a tout de même une marge. Déjà artistique, parce qu’il faut trouver une cohérence entre les morceaux, et économique aussi, ne nous voilons pas la face… Quand le projet d’album a-t-il été concret ?

Dès le début, c’était notre objectif. C’était certes très flou au départ, on ne savait pas trop bien comment on allait y arriver, mais c’était là dans un petit coin de notre tête. Sans aucun doute. D’ailleurs, sur ce disque, on trouve des titres qui ont quatre ans et qui remontent aux débuts du groupe, d’autres qui ont à peine quelques mois et d’autres qui sont carrément nés alors que nous étions en studio. Cet album n’avait pas forcément de forme précise, mais en avançant, on savait qu’on allait vers un album. C’était un projet un peu brumeux qui se révélait au fil du temps. Surtout qu’avec nos précédents projets, nous n’avions jamais sorti que des formats courts. Donc, là, on voulait un album. Après, comme tu le dis, il y a une contrainte économique et logistique. Le projet a réellement commencé à prendre forme lorsque nous avons signé en maison de disques. Là, on a prononcé les mots « album », « enregistrement », « studio ». Là, on était dans le bain. C’est là qu’il a fallu donner une forme cohérente et trouver une sorte de logique entre tous ces morceaux que nous avions écrits sur une période de quatre ans. Finalement, c’est en novembre de l’année dernière que nous sommes rentrés en studio pour enregistrer l’album.

Comment avez-vous opéré votre choix dans les chansons ? J’imagine qu’en quatre ans, vous en avez écrites quelques-unes…

Le choix a été complexe ! (rires) Il y avait d’un côté nos vieilles chansons, qui étaient un peu moins dans la couleur musicale de ce qu’on avait envie de proposer sur l’album, mais qu’on avait envie tout de même de placer sur ce disque. Donc, on en a revu certaines, en gardant juste les lignes d’accords et de voix, et en les rhabillant complètement pour l’hiver (sourire). Certaines ont reçu un petit coup de lifting. Et comme toujours avec les liftings, parfois ça fonctionne, parfois pas. (sourire) Après, on s’est dirigés essentiellement sur les chansons qui fonctionnaient bien en live. On savait qu’elles tournaient bien et en plus, la notion d’affect joue un rôle puisque ce sont des chansons auxquelles on est attachés et qu’on joue depuis longtemps pour certaines en concert. Et puis, certaines ont été créées vraiment à la toute fin, comme je te le disais tout à l’heure, et même quand nous étions déjà en studio.

J’adore cette poésie dada, complètement surréaliste et en fin de compte faussement naïve qu’on retrouve au fil des dix titres. Je ne vais pas te faire le coup de l’explication de texte qui n’aurait somme toute aucun intérêt, mais y a-t-il une idée maîtresse qui se dégage de ces dix titres ?

C’est compliqué de répondre à cette question… Je dirais que s’il y avait une sorte de fil rouge entre tous ces titres, ce serait les moments de suspension qui existent dans nos vies, qui sont des moments de réflexion. Ces moments de quasi retraite pendant lesquels on cherche à se renouveler, à faire le point ou tout simplement à se détendre. En tout cas, tous ces moments de suspension, en dehors du temps, nous inspirent beaucoup. Et c’est le plus souvent dans ces moments que nous écrivons les textes. Donc, c’est cohérent. Alors, parfois, les textes sont flous parce qu’une retraite est forcément personnelle, et les réflexions qu’on peut se faire dans ces moment-là ne sont pas forcément concrètes. Chercher un nouveau souffle ou faire le point sur ce qui existe déjà sont des états d’esprit qui nous inspirent en tout cas. Trouver une porte pour s’évader.

Minou © Pierre & Florent

Le titre, « vespéral » en dit long aussi.

Effectivement. Il dit tout et ne dit rien, finalement. Ce qui est certain, c’est que ce moment particulier de la journée où le jour décroit, c’est celui qui nous inspire. C’est à ce moment-là où les ombres et les lumières changent que la réflexion devient possible.

C’est Julien Delfaud qui a réalisé l’album. Déjà, dans un premier temps, pourquoi et comment avez-vous fait appel à lui ? Et avec le recul, que vous a-t-il apporté musicalement parlant ?

Il faut être honnête, l’idée au départ ne vient pas de nous mais de notre directeur artistique. C’est lui qui nous a proposé de travailler avec Julien Delfaud. On connaissait son travail, bien évidemment, mais pas l’homme. La première rencontre s’est très bien passée. C’est très impressionnant de se retrouver dans le studio d’un Monsieur qui a fait Phoenix, Air, Woodkid, Gaëtan Roussel et qui travaillait sur Biolay à l’époque… ça force le respect. Mais ce qu’il y a de plus fou, c’est que dès les premières écoutes de nos maquettes, il a tout de suite saisi ce qu’on voulait faire et là où on voulait aller. Il nous a pris par la main pour nous emmener un peu plus loin, mais dans notre sens. Et là, quand on écoute le travail qu’il a fait, c’est juste magnifique. Il a fait ce dont on rêvait et qu’on n’aurait jamais pu faire nous-mêmes. C’est mortel, finalement.

C’est vrai que ça sonne particulièrement bien…

Merci ! Et pour la petite histoire, c’est Alex Gopher qui a maternisé d’album. On a donc avec nous deux sur les trois membres du « Super Discount ». Ce qui est… formidable ! Etienne de Crécy, c’est juste à nos yeux le meilleur groupe d’électro français. Donc, avoir une partie de ce trio mythique sur notre disque nous a rendus très très contents… et même plus ! (rires) C’était véritablement un honneur.

Minou © Pierre & Florent

Pour un premier album, ce sont des références dont vous n’aurez pas à rougir par la suite…

Je ne te le fais pas dire ! (sourire)

As-tu une petite anecdote qui se serait passée autour de l’un des titres, qui pourrait, une fois dévoilée, permettre à l’auditeur d’écouter le titre d’une autre manière ?

Il y a eu, tu t’en doutes, pas mal d’anecdotes tout au long de la création de ce disque… Sabine a d’ailleurs tenu un journal de bord dans lequel elle a consigné tout ce qui s’était passé. Au début, très franchement je trouvais ça un peu nul. Mais aujourd’hui, je trouve qu’elle a eu une idée de génie. Je pense d’ailleurs qu’il faudrait qu’on le publie d’une manière ou d’une autre. On est en train d’y réfléchir. Et ta question rejoint cette idée du carnet de bord… Le premier truc qui me vient en tête, là tout de suite, c’est une anecdote sur « Native », qui est un titre assez doux et nostalgique qui parle d’une terre natale que parfois on quitte ou on boude mais sur laquelle on revient toujours, parce que ça nous fait du bien. On n’arrivait pas à enregistrer les prises de chant de ce titre. On était peut-être un peu trop énervés ou que sais-je ? Bref, on n’arrivait à trouver le calme et poser nos voix. On était en plein mois de mars, et d’un coup, il a commencé à neiger. Notre studio étant au rez-de chaussée, on a enregistré la chanson comme si nous étions sur un tapis de neige blanc. Le temps s’est comme arrêté. Il y avait un silence magnifique. Ça nous a permis de trouver pile poil l’intention qu’il nous fallait pour enregistrer ce titre. Tu vas croire que je te raconte une histoire toute faite, mais c’est la stricte vérité… (sourire) J’aime bien réécouter ce titre aujourd’hui, en repensant à ces moments, même si je sais que ce n’est pas un des titres les plus forts du disque, mais peu importe…

Ce genre d’anecdote donne une plus-value aux chansons, à mon sens…

Mais j’en ai d’autres ! Tiens… Sabine a posé des voix alors qu’elle venait d’être anesthésiée par son dentiste… Je te laisse découvrir de quel titre il s’agit !! (éclats de rires)

Un mot sur le visuel qui accompagne le projet. La pochette, les clips… Vous mettez le paquet. J’imagine que vous lui accordez une grande place dans votre travail.

La photo qui a servi pour la pochette a été prise par un tandem de photographes avec qui nous travaillons depuis notre précédent EP, « Pierre & Florent ». À la base, ce sont plutôt des photographes de mode, ils ont notamment travaillé avec de Castelbaljac. Comme on avait déjà travaillé avec eux et que le résultat nous avait beaucoup plu, on a souhaité remettre le couvert pour l’album. Les références, c’étaient « Six Feet Under » et les peintures flamandes. Et voilà le résultat… (sourire) Ça donne un mélange de trucs très pop, très colorés… qu’on aime beaucoup !

Plusieurs clips ont déjà été tournés aussi. Et là, vous êtes en plein tournage, si je ne m’abuse.

C’est un petit peu plus ambitieux que ça, si je puis me permettre. On est en train de tourner six mini-films pour teaser six titres de l’album à sa sortie. On libèrera un titre par semaine jusqu’à la release party au Point Éphémère le 22 novembre.

Au bout du compte, vous accordez une place très importante au travail du visuel.

Oui. Le visuel est vecteur de plein de choses. Surtout la vidéo, c’est un exercice qui nous inspire beaucoup. Au moment où on crée une chanson, on a déjà les images en tête, ce qu’elle pourrait donner soit en clip, soit sur scène. Très rapidement, le visuel entre en ligne de compte. Souvent d’ailleurs, ce sont des images ou des ambiances qui nous viennent à l’esprit qui nous permettent de finaliser certaines chansons. En vrai, le travail de l’image qui entoure le projet, c’est quelque chose de mûri, de réfléchi qui est passé par plusieurs filtres. Après toutes ces étapes, une fois que l’idée est sur la table, ça sort très vite de la maison. On aime quand les choses avancent vite et se font rapidement.

Minou © Pierre & Florent

Un mot sur la scène. Il y aura notamment une release party au Point FMR le 22 novembre. Comment ça se passe sur scène ? Y a-t-il une scénographie particulière ?

Sur scène, c’est plus brut, plus rock. Pas forcément dans le son, mais dans l’énergie. C’est ce qu’on aime en concert. On n’a jamais essayé de garder les chansons dans leurs jus. Une chanson dansante peut devenir calme et vice-versa. En ce moment, on réfléchit beaucoup au live et on est en train d’exploser les codes pour revenir sur cette énergie très rock qu’on avait aux débuts du groupe. On a beaucoup joué avec des bandes, donc souvent on souvent été contraints de respecter un format ou tout simplement les arrangements qui tournent derrière. Et ça, ça a tendance à nous emm*** un peu ! Donc, la semaine dernière avec Sabine, on a tout explosé. On est repartis à zéro pour tenter de retrouver cette énergie qui nous plaisait tant avant. Et pour ce faire, on va exploser les codes de format et de son. Du coup, on remonte un tout nouveau live pour cette date au Point Ephémère. On travaille également en parallèle avec notre éclairagiste sur un univers graphique qui nous plait beaucoup. Et nouveauté, nous serons accompagnés d’une troisième personne sur scène, qui s’occupera des claviers et des guitares. Donc, le live va beaucoup bouger…

L’album sort donc dans quelques jours. Toute cette aventure devient parfaitement concrète. Que se passe-t-il dans ta tête ? Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

J’ai beaucoup de mal à m’endormir parce que j’ai mille trucs en tête à la seconde ! (éclats de rires) C’est la guerre en ce moment. On prépare la sortie du disque, le live, les vidéos… On est très impliqués dans toutes ces étapes avec Sabine, donc ça nous bouffe tout notre temps et notre énergie. C’est une période super excitante, il se passe plein de choses. On n’avait jamais vécu ça avec une telle intensité jusqu’à aujourd’hui. Donc, ça nous fait extrêmement plaisir. On est enfin en train de toucher du doigt quelque chose qu’on a construit, non pas depuis quatre ans, mais depuis des années. Ça fait dix ans qu’on fait de la musique avec Sabine et je crois, et j’en suis même certain, que ça fait dix ans qu’on rêve de se retrouver dans une telle situation. Aujourd’hui, on a l’impression que le fruit de notre travail devient concret, et ça, ça nous rend extrêmement heureux !

Propos recueillis par Luc Dehon le 14 octobre 2016.
Photos © Pierre & Florent

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